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PROPRIÉTÉS PRÉVENTIVES ET ANTITOXIQUES DU SÉRUM

Cette propriété préventive n'est pas en rapport avec Texistence chez l'animal d^une immunité naturelle ; les individus dont le sérum prémunit les animaux vis-à-vis du vibrion cholérique sont en effet susceptibles de prendre le choléra.

L'action préventive du sérum des animaux normaux ne se manifeste en général que si on inocule des doses relativement importantes de sérum et n'a jamais l'intensité de celle qui se développe après l'inoculation des microbes.

Sérum des animaux vaccinés. — L'inoculation répétée de microbes à un animal à dose insuffisante pour le tuer, détermine en général l'apparition dans le sérum de propriétés préventives.

Ces propriétés préventives ne sont pas en rapport absolu avec le degré d'immunité de l'animal et l'on peut observer ce fait, en apparence paradoxal, d'animaux qui, à la suite d'inoculations microbiennes, fournissent un sérum doué de propriétés préventives énergiques contre le microbe, lorsqu'on l'injecte à d'autres animaux et qui sont cependant susceptibles de succomber à l'inoculation d'une nouvelle dose relativement faible de virus.

Par contre, l'animal peut acquérir par l'inoculation une immunité très solide et cependant ne posséder qu'un sérum à faible propriété préventive ; ainsi les animaux vaccinés contre le charbon n'ont pas ou n'ont que peu de sérum préventif. On peut même observer le fait suivant : on vaccine deux animaux semblables de même espèce, et l'on voit que seul l'un des deux donne un sérum protecteur.

Le sérum des animaux, préparés contre une espèce microbienne, est sans action contre les toxines sécrétées par ce microbe, comme l'ont montré les recherches de MetchnikofP, Roux et Salimbeni à propos du vibrion cholérique. D'après Behring, il semble même que, dans certains cas, des animaux vaccinés contre les microbes, soient plus sensibles à l'action des toxines microbiennes correspondantes que les animaux neufs.

Les sérums antimicrobiens n'agissent donc pas par leurs propriétés antitoxiques ; on a supposé qu'ils agissaient surtout par leurs propriétés bactéricides; nous verrons dans la suite que le plus souvent les sérums des animaux vaccinés sont dépourvus de ce pouvoir et

PROPRIÉTÉS ANÏITOXIQUES DU SÉRUM DES ANIMAUX VIS-A-VIS DES MICROBES. 775

que, tandis que la propriété préventive persiste dans le sérum, malgré le chauffage à 55°, la propriété bactéricide disparaît dans les mêmes conditions. On admet volontiers aujourd'hui que ces sérums agissent surtout en stimulant Faction des leucocytes. Ce sont des stimulines, selon l'expression de Melchnikoff.

§ II. — Propriétés antitoxiques.

Sérum des animaux sains. — Le sérum de quelques animaux sains peut jouir de propriétés antitoxiques vis-à-vis de certains poisons microbiens. C'est ainsi que le sérum de cheval et de cobaye exercent un pouvoir antivenimeux ; que le sérum sanguin de chèvre est capable d'empêcher l'empoisonnement mortel par la toxine cholérique (Pfeiffer). Cette propriété anti toxique du sérum vis-à-vis d'un poison, nemarclie qu^exceptionnellement depair avec l'immunité naturelle de l'animal contre ce poison; il en est ainsi pour le hérisson; cet animal est réfractaire au venin de vipère, son sérum est antivenimeux.

Sérum des animaux vaccinés. — Le sérum des animaux vaccinés contre un microbe alors même qu'il possède des propriétés préventives antibactériennes n'est pas de ce fait antitoxique (Metchnikoff, Roux et Salimbéni). Pour que le sérum devienne antitoxique, il faut que l'animal ait reçu de la toxine, soit des petites doses répétées de toxines microbiennes, soit des toxines atténuées.

Le sérum d'un animal vacciné contre une toxine a, par contre, un pouvoir préventif contre le microbe même. Cette anomalie apparente tient au fait que le sérum antitoxic[ue protégeant l'animal contre les sécrétions toxiques des bactéries, les microbes devenus inoffensifs ne tardent pas à être rapidement détruits dans l'organisme.

Le sérum des animaux vaccinés contre la toxine possède des propriétés antitoxiques préventives et curatives, c'est-à-dire qu'inoculé avant ou après la toxine, il en neutralise les effets. Certains sérums, tels que le sérum antitétanique, présentent plus le pouvoir préventif que le curatif, d'autres inversement.

Mode d'action des sérums antitoxiques. — Les bactériologistes ne s'entendent pas sur le mode d'action des sérums antitoxiques. Pour

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Behring, le sérum antiloxique serait capable de neutraliser chimiquement la toxine diphtérique, de sorte que le mélange deviendrait neutre et sans action. Buchner a montré que ce fait n'est pas exact, puisqu'un mélange de toxine et d'antitoxine tétanique, en apparence neutre, ne peut être considéré comme tel que vis-à-vis d'une espèce animale, par exemple pour la souris, et reste, au contraire, toxique pour une autre espèce animale plus sensible, par exemple pour le cobaye. Il n'y aurait point de combinaison, mais simplement coexistence dans le sérum du poison et du contre-poison.

Pour Roux, il ne saurait être aussi question de mélange neutre, puisque le mélange de sérum et d'antitoxine, inofîensif pour les cobayes sains, fait périr cependant les cobayes débilités, et que, d'autre part, comme il l'a vu avec Calmette, si l'on chauffe vers 80° un mélange neutre de venin et d'antivenin, on arrive à détruire l'antitoxine sans modifier la toxine, ce qui prouve qu'elles n'étaient pas combinées.

D'après Metchnikoff, le sérum agirait non en neutralisant la toxine, mais en stimulant les moyens de défense de l'organisme de façon à permettre aux leucocytes de mieux détruire la toxine ; ce ne serait pas une action chimique, mais une action biologique.

Ehrlich, dont nous donnerons plus tard la théorie en détail, considère cependant qu'il y a une véritable combinaison chimique répondant à la loi des doses multiples ; une véritable neutralisation due à l'union de l'antitoxine et du groupement haptophore de la toxine.

§ III. — Propriétés du sérum des nnininux accoutumés aux

poisons.

C'est un fait bien connu que l'organisme de l'homme ou de l'animal s'habitue aux poisons, accoutumance à la morphine, à la cocaïne, à l'arsenic, à l'alcool, etc.

On s'est demandé si le sérum de l'homme et des animaux ainsi accoutumé3 et pour ainsi dire vaccinés contre ces poisons, n'avait pas des propriétés préventives et curatives.

Pour les alcaloïdes et les glycosides, ces propriétés seraient complètement absentes, d'après Ehrlich : le sérum de morphinomane n'a aucune propriété antitoxique vis-à-vis de la morphine. Il en

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