PROPRIÉTÉS GYTOTOXIQUES DES SÉRUMS
§ I". — Propriétés hémolytiques.
Sérum des animaux sains. — Les notions svir l'action nocive des sérums normaux pour les cellules de l'organisme sont déjà de date assez ancienne et remontent à l'époque où l'on introduisit dans la thérapeutique le procédé de la transfusion du sang. On s'aperçut alors que l'inoculation du sang de certains animaux déterminait la dissolution de l'hémoglobine, la coagulation du sang et la production d'embolies, constituées par des amas de globules détruits (Landois).
Cette action toxique vis-à-vis des globules rouges, du sang de certaines espèces étrangères^, peut s'observer in vitro comme l'ont montré depuis les expériences de Landois, de Hayem, de Buchner, de Camus et Gley, etc.
Les recherches de Buchner ont démontré d'autre part qu'elle était comparable aux propriétés nocives qui existent vis-à-vis de certains microbes dans le sérum des animaux sains, c'est-à-dire aux propriétés bactéricides.
Le sérum d^un animal peut dissoudre les hématies d'animaux appartenant à une ou à plusieurs autres espèces, par exemple :
Le sérum de poule dissout fortement les hématies du lapin ;
— — moyennement les hématies du rat ;
— — faiblement les hématies du cobaye.
Le sérum de chien dissout fortement les hématies de poule ;
— — faiblement les hématies du cobaye.
Le sérum de cobaye dissout moyennement les hématies de Thomme ;
— — — de poule.
PROPRIÉTÉS CYTOrOXIQUES DES SÉBUMS.
Le sérum du lapin dissout moyennement les hématies du cobaye ;
— — faiblement les hématies de poule ;
— — — de rat ;
— — — d'homme.
Le sérum de l'homme sain est hémolysant pour les hématies de lapin ; nous avons vu au chapitre de Tliémolyse que cette propriété hémolysante varie au cours des divers états pathologiques.
Les exsudats pathologiques (liquides de pleurésies, d'ascite) conservent à un degré plus ou moins marqué ces propriétés hémolytiques du sérum normal, qui manquent, par contre, dans la sérosité de Toedème par compression et dans certains cas d'hydrothorax. Elles semblent d'avitant plus abondantes que l'épanchement est plus ancien.
Le liquide céphalo-rachidien est complètement dépourvu de propriétés hémolytiques.
Le sérum d'un animal comme l'a montré Ehrlich, est sans action sur les globules des autres individus de la même espèce, il en est de même chez l'homme à l'état normal et aussi à l'état pathologique et si, comme nous le verrons plus loin, le sérum humain peut avoir une action agglutinante sur les hématies d'autres individus, la propriété hémolytique du sérum humain pour les globules de l'homme n'a pu être constatée.
La cause des propriétés hémolytiques du sérum normal nous échappe ; on pourrait a priori supposer que le sérum d'un animal est d'autant plus toxique pour une variété de globules rouges appartenant à une autre espèce que la distance qui, dans l'échelle zoologique sépare les deux animaux, est plus grande ; cette opinion émise par M. Delezenne pour expliquer les différences qui existent dans le degré du pouvoir hémolytique du sérum des divers animaux préparés par l'inoculation de globules rouges d'espèces étrangères, n'est guère satisfaisante pour les sérums normaux.
Propriétés hémolytiques du sérum à la suite de rinoculation d'hématies d'espèces étrangères. - Bordet' a montré que, de même que l'inoculation de vibrions cholériques au cobaye détermine dans
1 BoRDET. Ann. de l'Inst. Pasteur, 1888, p. 688.
PROPRIÉTÉS HÉMOLYTIQUES.
les humeurs de cet animal rappariiion de la propriété bactériolytique (transformation en granules) absente des humeurs du cobaye sain, de même l'inoculation d'hématies de lapin au cobaye détermine l'apparition, dans le sérum de ce dernier animal, de propriétés hémolytiques puissantes vis-à-vis des hématies de lapin.
Metchnikoff ^ n'a pas tardé à montrer qu'il s'agissait là d'une loi très générale, applicable à toutes les variétés de cellules.
Tfxhnkjue. — On recueille aseptiquement par saignée, du sang de lapin ou du sang de poule dans un ballon contenant des billes de verre, on agite au fur et à mesure pour le défibriner ; le sang défibriné est ensuite injecté tous les huit jours sous la peau du cobaye à la dose de 3 à 6 cent, cubes ; 8 à 10 jours après la dernière injection le cobaye est sacrifié et le sérum recueilli.
Ce sérum mis en contact d'hématies de lapin préparées comme nous l'avons indiqué au chapitre de l'hémolyse, ne tarde pas à en produire la dissolution.
Le sérum qui a acquis la propriété hémoly tique in vitro, est bien plus toxique in vivo que le sérum neuf d'un animal de même espèce ; ainsi lorsqu'on injecte 5 cent, cubes de sérum de cobaye normal dans les veines d'un lapin, l'animal résiste, mais il meurt presque immédiatement lorsqu'on injecte 5 cent, cubes de cobaye préparé (c'est-à-dire inoculé à plusieurs reprises avec des hématies de lapin). A l'autopsie, on trouve des lésions analogues à celles que produit la transfusion du sang : caillots volumineux dans le cœur et dans les gros vaisseaux, nageant dans le sérum coloré en rouge, sufFusions hémorragiques sur les reins, les muscles, le psoas en particulier.
Cantacuzène - a étudié avec soin l'action de doses moins brutales de poison hémolytique : l'injection de doses moyennes de sérum hémolytique détermine une diminution du nombre des hématies et du taux de l'hémoglobine avec augmentation des hématoblastes. Cette anémie ne se produit pas si on injecte de petites doses de sérum, il semble, au contraire que, à cette dose, selon une loi fréquemment observée en toxicologie, il y ait, non plus action toxique mais stimulante, ici augmentation du nombre des hématies par excitation des organes hématopoïétiques .
1 Metchnikoff. Etude sur la résorption des cellules. Ann. Inst. Pasteur, t. XIII, p. 737. ^ Cantacuzène. Ayin. Inst. Pasteur, t. XIV, p. 686.