PROPRIÉTÉS CYTOTOXIQUES DES SÉRUMS
§ II. — Sépums leucotoxiqucs.
Au cours de ses recherches sur le mécanisme de la vieillesse, Metchnikoiî' a été amené à considérer que l'atrophie sénile d'un grand nombre d'organes était due à l'action des leucocytes mononucléaires qui, par suite de leur rôle de macrophage, se substituent aux éléments nobles de l'organe. Il y aurait donc utilité à posséder un sérum anti-macrophagique ; Metchnikolî a pu obtenir un sérum antileucocytaire en injectant au cobaye une émulsion de rate de rats, Ce sérum, mis m vitro en contact avec des leucocytes du rat, les immobilise, les agglutine et les dissout. Ce sérum, malheureusement, n'est pas toxique seulement vis-à-vis des grands mononucléaires, mais aussi vis-à-vis des autres leucocytes, des polynucléaires en particulier.
La leucémie est caractérisée par l'hypergenèse démesurée d'une certaine variété de globules blancs, lymphocytes dans certains cas, myélocytes dans d'autres; Widal, dans un cas de leucémie lymphatique, a cherché à obtenir un sérum leucotoxique contre la variété de leucocytes en prolifération excessive. Injectant au lapin des émulsions d'organes lymphatiques prélevés à l'autopsie d'individus morts accidentellement, il a déterminé chez cet animal un sérum leucotoxique pour les leucocytes de l'homme. L'injection de ce sérum à \\n leucémique a été sans effet favorable sur la marche de la maladie.
Les sérums hémotoxiques ont, nous l'avons vu, des propriétés inverses, selon la dose inoculée; il en est de même, d'après Besredka, des sérums antileucocytaires, ceux-ci, à haute dose, tuent l'animal en quelques heures, ou plus lentement si la dose est plus faible, en exposant l'animal à l'envahissement par les microbes saprophytes de ses cavités naturelles, autrement dit en permettant par la suppression de la fonction protectrice leucocytaire normale, une véritable infection analogue à l'infection agonique.
L'injection de dose faible, non mortelle, détermine aussi, tout d'abord, une chimiotaxie négative des globules blancs, mais celle-ci est de courte durée et bientôt suivie d'un appel intense de leuco-
1 Metchnikoff. Année biologique, t. VIII, 3^ année, p, 249.
SÉBUMS LEUCOTOXIQUES.
cytes au point d'inoculation, comme à la suite de l'inoculation de certaines substances à chimiolaxie positive.
Le sérum leucotoxique favorise in vitro, d'après Delezenne la coagulation du sang de l'animal dont les globules ont servi à la préparation ; il entrave, au contraire, le phénomène quand il est injecté in vivo dans la circulation générale.
§ III. — Sérum spermotoxique.
Landsteiner - a obtenu un sérum spermotoxique en injectant au lapin des spermatozoïdes de laureau. MetchnikofT a vu que cette inoculation de spermatozoïdes détermine la formalion d'une spermotoxine alors même que l'animal a été châtré au préalable. Cette expérience est en contradiction avec l'hypothèse d'Ehrlich : que les antitoxines se produisent par une sorte d'excitation exagérée des cellules de même espèce que celles qui ont servi à l'inoculation.
Metchnikofî^ a montré, d'autre part, que l'inoculation dans le péritoine d'un animal de son propre sperme, détermine l'apparition d'une aulospermotoxine. Nous verrons plus tard la cause de cette infraction apparente à la loi de la formation des cytotoxines.
Le sérum spermotoxique arrête d'abord les mouvements des spermatozoïdes, puis les agglutine et enfm les dissout.
MetchnikofP n'a pu observer avec de petites doses de sérum spermotoxique aucune action excitante sur les mouvements des spermatozoïdes.
§ IV. — Sérum trichotoxique.
En injectant des lambeaux d'épithélium vibratile de la trachée du bœuf au cobaye, Dungern * a obtenu un sérum qui détermine l'arrêt des mouvements des cils vibratiles de ces cellules et la formation de vacuoles à leur intérieur.
1 Delezenne. C. R. Ac. Se, 1900, p. 938. Landsteiner. Centr. f. Bald., t. XXV, n» l.ï, u. 16.
3 Metciinikoff. Etude sur la spermotoxine. Aiin. InsL Paaieur, XIV, p. 577.
4 Dungern. MUncli. medic. Wochen., n» 38.
PHOPRIÉTÉS CYTOTOXIQUES DES SÉRUMS.
§ V. — SéVum néphrotoxique.
Il a été surtout étudié par Lindemann ' et par NefediefF^. On peut l'obtenir soit par inoculation à un animal d'une émnlsion de rein provenant d'un animal d'une autre espèce, soit en déterminant chez l'animal même une destruction de son propre rein, par la ligature de l'uretère (Nefedieff) ; soit en produisant une néphrite par injection dans le sang de chromate de potasse (Lindemann).
Le sérum des animaux ainsi préparés est très toxique ; il détermine, selon la dose, soit des lésions de congestion vasculaire rénales, avec infdtration embryonnaire du tissu interstitiel, soit des lésions épithéliales. Le sérum néphrotoxique, produit après ligature de l'uretère, détermine des lésions similaires mais plus intenses. Castaigne et Rathery^ ont obtenu aussi un sérum néphrotoxique; ce sérum a une véritable affmité pour la cellule rénale et injecté à un animal détermine chez celui-ci la cytolyse protoplasmique des tubes contournés, exactement comme le ferait une injection intrapéritonéale d'émulsion rénale.
L'affinité élective, pour le rein, du sérum néphrotoxique est loin d'être admise par tous les expérimentateurs. Schulze \ en suivant la technique de Lindemann, n'a pu produire de sérum néphrotoxique ; Albarran et L. Bernard ^ considèrent aussi que la toxicité peu élevée du parenchyme rénal, empêche le développement de néphrotoxines actives dans le sérum des animaux inoculés.
§ VI — Sérum surrénotoxique.
Bigard et Bernard en injectant des capsules surrénales de cobaye aux canards, ont obtenu un sérum très toxique. Ce sérum détermine, chez l'animal, une paresse extrême du mouvement, de l'amaigrissement et la mort.
1 Lindemann. A>in. Inst. Pasteur, t. XIV, p. 49.
2 Nefedieff. Ann. Inst. Pasteur, t. XV, p. 17.
3 Cast.uone et Rathery. Soc. de biol., 1 mai 1902.
4 Schulze. Deutsche med. Wochei^s., 1900, n» 27.
s Albaiîran et L. Behnard. A7-ch. de méd. expe'r., 1903, n" 1. 6 Bigard et L. Bernard. Soc. de biol., 14 février 1901.
ISOHÉMOTOXINES ET AUTOHÉMOLYSINES.
§ VII. — Sérum antihépatique.
Delezenne ^ en injectant une émulsion de foie de chien au lapin ou au canard, a obtenu un sérum très toxique. Ce sérum, injecté à la dose de 2 cent, cubes par kil. d'animal, tue le chien, en déterminant soit des lésions de dégénérescence graisseuse, soit de la nécrose hépatique.
Achalme, Surmont et J. Drucbert ont obtenu un sérum antipancréatique ; l'inoculation de ce sérum diminue le pouvoir amylolytique du sérum sanguin.
§ VIII. — Sérum névrotoxique
On peut obtenir aussi, d'après Delezenne -, un sérum néyrotoxique. Les injections de cerveau de lapin au cobaye ne donnent lieu qu'à la production d'un sérum peu toxique pour le cerveau du lapin. Pour obtenir un sérum réellement toxique, il faut se servir d'animaux plus éloignés entre eux dans l'échelle zoologique, ainsi inoculer le cerveau du chien au canard. L'injection de 0,5 cent, cubes de ce sérum dans le cerveau du chien, détermine d'abord de la paresse, puis des mouvements convulsifs avec paralysie et mort ; si la dose injectée est plus faible, la paralysie est précédée d'excitation ; à la dose de 0,1 cent, cube enfin, on observe des convulsions épileptiformes, qui peuvent durer pendant 8 heures avec alternance de rémissions et de contractions.
Delezenne n'a pu obtenir de sérum ayant une action spécifique sur une seule partie du cerveau,
§ IX. - Isoliémotoxines et autohémolysines.
Isohémotoxines. — Les cytotoxines ne se forment, en général, que si l'on inocule à l'animal des cellules d'une espèce étrangère, hélé-
1 Delezenne. Sérum antihépalhique. C.-R. Ac. des Se, 11 août 1900. - Delezenne. Sérum néyrotoxique. Ann. Inst. Pasteur., t. XiV, p. 686.