CHAPITRE VIII
PROPRIÉTÉS AGGLUTINANTES DÛ SÉRUM
L'importance pratique qui s'attache à la recherche des propriétés agglutinantes du sérum, depuis la découverte du sérodiagnostic par Widal explique le développement que nous avons cru devoir donner à cette partie de l'hématologie.
Nous étudierons dans deux chapitres distincts : 1° les propriétés agglutinantes des sérums en général ; 2° le sérodiagnostic.
§ I". — Historique.
C'est à Bordet que l'on doit la première constatation précise du phénomène de l'agglutination des microbes par le sérum des animaux vaccinés. Etudiant le phénomène de Pfeiffer, Metchnikoff avait démontré que la transformation en granules peut s'observer in vitro ^ si l'on mélange du choléra-sérum à des vibrions cholériques en présence d'une petite dose d'exsudat péritonéal de cobaye sain, Bordet - constata que la présence de cet exsudât était inutile, et que le phénomène pouvait s'observer facilement par le simple mélange de choléra-sérum frais et de vibrions cholériques. Il signale, à ce propos, un phénomène nouveau, qui ne s'observe pas dans le corps des animaux, mais seulement in vitro, l'agglomération des vibrions, en petits amas sous l'influence du choléra-sérum. Bordet montre encore que la réaction persiste si on se sert de sérum dilué dans une solution salée, et qu'on pare ainsi à une cause d'erreur importante, l'existence d'une propriété agglomérante dans le sérum de certains animaux neufs.
Gruber et Durham^, Pfeiffer et Kolle* étudient ensuite le phéno-
1 Widal. Soc. mcd. des hôp., 26 juin 1896.
2 Bordet. Ann. de l'Insl. Pasteur, avril 1896, p. 211. Gruber et Durham. Munck. med. Woch., 31 mars 1896.
4 Pfeiffer et Kolle. Zeitschr. f. Hygiène^ 1896, p. 203 ; Deutsche med. Woch., 19 mars 1896.
PROPRIÉTÉS AGGLUTINANTES DU SÉRUiM.
mène de V oggJ utination selon le terme proposé par Grnber, et montrent tout le parti qu'on en peut tirer pour distinguer, les unes des autres, les espèces microbiennes voisines, le vibrion cholérique et les pseudo-vibrions, le bacille d'Eberth et les bacilles éberthiformes; il suffira, en effet, pour assurer le diagnostic de la nature du microbe, de vérifier si le microbe suspect est agglutiné par le sérum dilué d'animaux vaccinés contre le vibrion cholérique ou le bacille d'Eberlh.
Constatant que la réaction agglutinante nest pas une réaction (Tinimunifé, mais une réaction contemporaine de la période d'infection^ F. Widal a montré que l'étude de la réaction agglutinante a une portée autrement grande que de servir au diagnostic bactériologique d'espèces microbiennes voisines, et en a fait la base d'une méthode nouvelle de diagnostic des maladies infectieuses, le sérodiagnostic.
Il est juste cependant de rappeler que, à une époque où il n'était pas encore question d'agglutination, le phénomène avait été observé par quelques expérimentateurs :
En 1889, Charrin et Roger* ont les premiers constaté le développement en amas du bacille pyocyanique ensemencé dans le sérum pur d'animaux immunisés contre l'infection due à ce microbe.
Deux ans plus tard, en 1891, MelchnikoflF - étudia méthodiquement la question et fît des constatations analogues pour ce qui concerne le vibrio Metchnikowi et le pneumocoque ; n'ayant plus constaté le même phénomène avec le sérum des animaux immunisés contre la pneumo-entérite des porcs, MetchnikofF n'osa lui attribuer une portée générale.
En 1893, M. IssaefP^, dans un travail fait à l'Institut Pasteur, confirme pour le pneumocoque ce que Metchnikoff avait vu en 1891. Plus tard, Issaef et IvanofF^ firent semblable constatation pour le vibrion d'IvanofP.
1 Charrin et Roger. Comptes rendus de l'Acad. des se, 1889, t. GIX, p. TIO.
- Metchnikoff. Ann. de l'insf. Pasteur, 1891, p, 473, 474.
3 Issaef. Ann. de l'Inst. Pasteur, 1893, p. 279.
* Issaef et Ivanoff. Zeitschrift f. Hygiène, 1894, p. 123.