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RÉTRACTION DU CAILLOT

Le sang normal coagulé, abandonné dans l'éprouvette, subit des modifications. Il se rétracte et bientôt se sépare en deux parties : le caillot et le sérum.

Quelques minutes après la coagulation, la surface du caillot se creuse en cupide et s'humidifie légèrement. Au bout d'une demiheure à une heure, la partie moyenne se décolle de la paroi, dont la sépare une légère couche de sérum, et le caillot adhérent à l'éprouvette par ses extrémités prend la forme d'une poulie à gorge. Plus tard, après 6, 12 ou 18 heures, le caillot se rétracte encore plus et l'une de ses extrémités, généralement l'inférieure, se détache.

Quand la coagulation a été retardée, le caillot a des caractères spéciaux : le sang a commencé à se sédimenter, les globules rouges tombant au fond et étant surmontés des globules blancs et des hématoblastes. Par suite, la rétraction du caillot est inégale ; la partie supérieure formée de fibrine et de globules blancs se rétractant plus que la partie inférieure qui contient les globules rouges, le caillot est conique à sommet supérieur, cupuliforme.

Si le sang contient une grande quantité de fibrine, comme dans la pneumonie, le caillot est surmonté d'une cupule blanchâtre fortement rétractée [crusta phlogistica des anciens).

Lorsque le retard de la coagulation a été considérable, le caillot est formé d'une couche cruorique inférieure, non rétractée, surmontée d'un long cylindre en gorge de poulie, complètement incolore.

La rétractilité du caillot varie suivant les cas. Tantôt il se rétracte normalement ; tantôt c'est à peine s'il s'est formé une goutte ou deux de sérum ; tantôt même le caillot est resté intimement adhérent aux parois du vase, comme une gelée ; il est ir rétractile.

1 Claude Bernard. Leçons sur les propriétés physiologiques et les altérations pathologiques des liquides de l'organisme, 18S9.

COAGULATION DU SANG

Dans l'apprécialion de la rélractilité, il ne faut pas tenir compte des nuances, mais seulement des différences très accusées. On observe en effet souvent, pour nn môme sang, recueilli dans plusieurs récipients de même forme, des modes de rétraction différents : certains caillots se rétractent fortement et donnent une grande quantité de sérum, d'autres se rétractent à peine.

Il n y a pas de rapport entre la rapidité de la coagulation et la rétractilité du caillot. On peut voir un sang coaguler normalement en 5 à 10 minutes, et le caillot qui en résulte ne pas se rétracter; il en est ainsi dans certaines variétés de purpura. Dans d'autres cas, le retard de la coagulation coïncide avec Tirrétractilité du caillot.

La faiblesse ou l'absence de rétractilité du caillot s'observe, suivant Hayem caillot et Lenoble, dans deux conditions prin-

ile.

cipales :

1" Dans un premier groupe de faits, elle coïncide avec l'existence d'hématoblastes en nombre normal dans le sang. C'est ce que l'on voit dans les infections profondes (fièvre typhoïde, pneumonie), dans les intoxications expérimentales par la toxine diphtérique ou tétanique.

2° Dans les autres cas, l'irrétractilité coïncide avec la diminution plus ou moins considérable du nombre des hématoblastes. Cet état se voit dans les purpuras, dans l'anémie pernicieuse, dans la variole hémorragique primitive et dans les états cachectiques très avancés (Hayem et Bensaude^, Lenoble).

L'état du sang n'est pas identique dans toutes les variétés de purpura :

a) Dans les purpuras hémorragiques graves, le nombre des hématoblastes est très abaissé et l'irrétractilité du caillot absolue. La coïncidence de ces deux caractères est un fait rare, suivant

Fig. 15. — Coagulation du san

rétractile ; b, caillot irréfractile.

i Hayem et Bensaude. Non rétractilité du caillot dans la variole hémorragique primitive, Soc. de biologie, M janv. 1901.

RÉSULTATS

Bensaiide ; le pronostic est très grave et même fatal si les caractères du sang ne se modifient point.

b) Dans la maladie de Werlhof, Tirrétractilité du caillot, coïncidant avec un abaissement moins marqué du nombre des bématoblastes, constitue un caractère intermittent. Ce caractère est observé à son maximum pendant ou avant les crises bémorragiques ; il diminue dans leur intervalle ; il ne disparaît définitivement que d'une façon lente , progressive et tardive ; quelquefois la guérison est annoncée par une crise bématoblastique coïncidant avec la réapparition de la rétractilité du caillot.

c) Dans les purpuras infectieux^ toxiques et cachectiques (p. rbumatoïde, p. simplex, p. myélopatbique, etc.), les caractères sont variables, transitoires, et les modifications du sang sont, en général, beaucoup moins intenses que dans les premiers cas. Le caillot est ou non rétractile.

Cette scbématisation, vraie pour la généralité des cas, est cependant trop absolue, et souffre quelques exceptions. Ainsi; on peut voir exceptionnellement Tirrétractilité du caillot dans le purpura rhumatoïde ; la maladie de Werlhof passagère ne s'accompagne pas d'une irrétractilité absolue du caillot.

Tandis que, pour Bensaude, l'irrétractilité absolue est le caractère des purpuras bémorragiques, pour Lenoble * elle ne s'oberve d'une façon constante que dans la maladie de Werlhof à forme chronique ; dans ces cas, aucune influence ne peut modifier l'irrétractilité du caillot : ni le repos, ni les médications, ni le fait de recevoir le sang sur de l'extrait de foie ainsi que l'avaient indiqué Gilbert et Weil \

Lenoble pense en outre que l'état du caillot est insuffisant pour classer les purpuras, et qu'il faut tenir compte de l'ensemble de la formule sanguine. Il distingue ainsi :

1° La maladie de Werlhof chronique, caractérisée par l'irrétractilité du caillot, les modifications profondes des hématoblastes (rareté, augmentation de volume, perte de la tendance à se grouper),

1 Lenoble. Le caillot et le sérum des purpuras. Arch. provinciales de médecine, 9 sept, 1900, ^ Gilbert et Weil. Soc. méd. des hôpitaux, 1898.

COAGULATION DU SANG

la présence constante d'hématies nucléées dans le sang, une leucocytose (10 à 17000), avec légère éosinophilie et présence de quelques myélocytes dans le sang, un réticulum librineux à grosses fibrilles écartées et un nombre assez élevé d'hématies avec une faible quantité d'hémoglobine.

2° La maladie de Weidhof légère, et les purpuras hémorragiques graves, où l'absence de rétraction du caillot n'est plus absolue, les altérations des hématoblastes sont moins profondes, les hématies nucléées inconstantes, la leucocytose légère, l'éosinophilie atténuée, le réticulum librineux à grosses fibrilles écartées, l'anémie intense mais curable.

3° Les autres variétés de purpura (simplex, rhumatoïde, infectieux, scorbutique, cachectique), où le sang est à peu près normal. Généralement, le caillot se rétracte ; le chiffre des hématoblastes est normal, l'éosinophilie est rare.

La faible coagulabilité du sang et la faible rétractilité du caillot a été attribuée par Hayem à une lésion des hématoblastes. Elle tient dans certains cas à la diminution du ferment de la fibrine dans le sang. Sicard ' a montré que le sérum de certains malades atteints de purpura hémorragique possède des propriétés fibrinogénétiques moindres que le sérum d'individus normaux. Pour faire coaguler le liquide d'hydrocèle, non spontanément coagulable, il faut ajouter plus de sérum purpurique que de sérum normal ; la différence peut être appréciée exactement si on ajoute le sérum avec une pipette graduée.

Le sang contiendrait donc moins de plasmase qu'à l'état normal, ou bien ce ferment serait moins actif et ne pourrait donner naissance qu'à la première variété de fibrine, fibrine qui coagule, et non à la fibrine qui se rétracte.

Il y aurait intérêt à doser exactement la plasmase dans le sang au lieu d'en apprécier indirectement la quantité par l'effet qu'elle produit ; mais cette recherche, tentée par Achard et Loeper, n'a pas donné de résultat.

1 Sicard. Société de Biologie, l<-' juillet 1899.

KKSULTATS.

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