ÉTUDE MICROSCOPIQUE
La coagulation du sang peut être observée sous le microscope qui permet de suivre pas à pas la formation du réseau de fibrine.
1° IIÉTICULUM FIBRINEUX FRAIS
La goutte de sang à examiner doit être recueillie avec des précautions spéciales pour ne pas écraser les éléments cellulaires. On doit la laisser tomber sur la lame de verre sans appuyer le doigt du sujet ou la baguette de verre qui a pu servir d'intermédiaire entre le doigt et la lame.
On peut se servir d'une lame de verre ordinaire, soigneusement nettoyée à l'alcool et à l'éther, qu'on recouvre ensuite d'une lamelle également propre et
-1- Hayem. Sur un cas d'hémoglobinurie paroxystique. Gaz. des Jiôpitaujr, 24 juillet 18915.
COAGULATION DU j SANG.
séchée. Il est préférable d'employer la cellule à rigole d'Hayem qui permet d'obtenir toujours la même épaisseur de sang. La cellule est une lame de verre épaisse au milieu de laquelle on a isolé, par une rigole circulaire, un petit disque de 4 millimètres de diamètre. Après lavage et sécbage, on étend autour de la rigole une mince couche de vaseline. La cellule à rigole de l'hématimètre de Malassez ou de Hayem peut servir pour cet examen.
La goutte de sang est déposée sur le disque central et on la couvre aussitôt avec la lamelle, sur les bords de laquelle on appuie légèrement. Le sang se trouve ainsi à l'abri de la dessiccation et répandu en une mince nappe d'épais-
Fig. IG. — Réticulum libriueux du sang normal.
seur uniforme ; cette épaisseur ne doit être ni trop grande, auquel cas les globules seraient en piles trop considérables, ni trop faible car les globules seraient comprimés; avec un peu d'habitude, en contrôlant au microscope la préparation obtenue et en la recommençant plusieurs fois au besoin, on obtient facilement une préparation bonne à observer.
On se sert pour l'examiner d'un objectif à sec, assez fort (l'objectif 6 ou 7, avec l'oculaire 1 ou 3 (Leitz) sont très favorables^ et l'on réduit un peu l'éclairage au moyen du diaphragme, de façon à voir les globules blancs et la fibrine, plus réfringents, se détacher en clair sur le fond un peu gris.
Dans ces préparations, les globules rouges s'empilent en petites colonnes comme des pièces de monnaie. Les piles se réunissent en îlots, séparés par des espaces libres plasmatiques, communiquant les uns avec les autres et formant une sorte de mer dans laquelle
RÉSULTATS
nagent des globnles blancs, quelques globules rouges isolés et des plaquettes sanguines isolées ou en amas.
Quand le sang se coagule, on voit apparaître dans les espaces plasmatiques de lins fdaments de librine qui rayonnent en général autour des plaquettes sanguines ou hématoblastes.
A cet égard, Hayem distingue trois types de sang :
Fig. n. — Hi'liculum librineux du sang phlegmasique
1" Le sang normal, où le réticulum apparaît assez rapidement (au bout de 10 à 15 minutes), mais n'est pas très abondant. Les globules rouges forment des îlots au milieu de la mer plasmatique. Les globules blancs sont peu nombreux.
Ce type de sang se retrouve aussi à Tétat pathologique au cours de certaines atï'ections qui n'augmentent pas la fibrine, comme la fièvre typhoïde, le paludisme, la granulie.
2" Le sang phlegmasique atténué^ où la coagulation est légèrement retardée, où le réticulum librineux est formé de fdDrilles épaisses en nombre modéré, ou de fibrilles grêles et serrées. Les îlots de globules tendent à se rejoindre. La leucocytose est modérée.
Ce type se voit dans la plupart des infections aiguës, dans les inflammations des séreuses liées à la tuberculose ou à une autre
cause, dans la j)neuinunic Uiljei'culeiise, les népliriles, la blennorragie aiguë, la grippe, Térysipèle, la diphtérie, la variole à la période de suppuration, la rougeole à la période d'éruption, la scarlatine avec angine.
3° Le sang phlegmasiqiie franc, caractérisé par un relard de la coagulation, par l'apparition de filaments de fibrine nombreux et épais ; par des piles de globules rouges plus épaisses et réunies les unes aux autres de façon à (ransformer en une série de lacs isolés la mer plasmatique ; par des globules blancs très abondants (leucocytose) ; par l'agglomération des hémaloblastes qui constituent de véritables plaques phlegmasiques.
Ce type se rencontre dans la pneumonie et le rhumatisme articulaire aigu. Il est moins franc dans la goutte aiguë, dans la pleurésie séro-fibrineuse aiguë, dans les phlegmons.
L'élude microscopique de la coagulation peut servir au diagnostic des maladies, ainsi que l'a bien montré Hayem. Dans certaines pneumonies infantiles, où les signes physiques font défaut, la constatation d'un réticulum fibrineux abondant permet d'affirmer le diagnostic. Au contraire, la fièvre coïncidant avec un réticulum fibrineux normal fait penser à la dothiénentérie. L'apparition d'un sang à type phlegmasique au cours d'une fièvre typhoïde doit faire prévoir une complication inflammatoire. Il y a dans ces faits les éléments d'un véritable fibrino-diagnoslic.
De même l'étude de la coagulation sert an pronostic : ainsi la pneumonie qui s'accompagne d'un sang franchement phlegmasique est moins grave que celle où la fibrine augmente à peine ; dans un état pneumonique, la constatation d'un réticulum phlegmasique franc écarte l'idée d'une pneumonie tuberculeuse.
Nous verrons dans la suite que les affections inflammatoires qui s'accompagnent d'un réticulum fibrineux très net sont précisément celles où l'on observe une hyperleucocytose polynucléaire. La leucocytose et l'hyperinose, généralement concomitantes, ont pu être considérées comme des processus de défense de l'organisme dans sa lutte contre les bactéries. L'expérimentation avec le pneumocoque, corroborant les faits cliniques, nous montre la leucocytose et l'hyperinose dans les infections atténuées, tandis qu'on voit cette
IIKSULTATS.
réaction manquer dans les septicémies pneumococciques graves à type hémorragique (Gilbert et Fournier ' ; Bezançon et (iriffon) -.
2° RÉTICULUM FIBRINEUX SEC
Ranvier, Mayet ont proposé un autre procédé pour l'étude du réticulum fdjrineux. Une goutte de sang est placée sur une lame de verre et recouverte d'une lamelle qu'on appuie modérément, de façon à laisser au sang une épaisseur d'un dixième de millimètre environ. La préparation, placée sur quelques doubles de papier à filtrer humecté d'eau, est abandonnée pendant quelques heures sous une cloche de verre pour éviter la dessication. On enlève alors avec précaution la lamelle, on lave la lame avec un faible courant d'eau, de façon à entraîner les globules et à laisser la fibrine, on colore par la fuchsine en solution aqueuse, on lave, on sèche et on monte dans le baume. Le réticulum fibrineux coloré en rouge est ainsi facile à étudier.
Lîne autre préparation, faite avec une couche plus mince de sang, pourrait être, après coagulation, fixée à l'acide osmique et colorée à la fuchsine, pour étudier les rapports de la fibrine et des hématies.