THÉORIES DE LA COAGULATION
La coagulation du sang est caractérisée essentiellement par la formation de la fibrine aux dépens du fibrinogène du plasma et par sa précipitation.
Elle n'est pas due à des conditions physiques, comme on l'avait cru autrefois ; ce n'est ni l'immobilisation, ni le refroidissement du sang, ni l'action de l'air sur le sang, qui produit la coagulation.
Les travaux récents de Schmidt, de Hammarsten, de Pekelharing, de Arthus, etc., ont mis en lumière le rôle des ferments solubles dans le phénomène de la coagulation. La fibrine ne préexiste pas
' GiLBEivr et FûUHMEii. La défense de l'organisme parla fibrine. Semaine inéc/., li juin 1899, p. 201.
- Bezançon et Griffon. Art, Pneumonie de Landouzy, in Traité de inéd. et de thérap.,\.\U.
COAGULATION DU SANG
dans le sang liquide eL résulte de raclion réciproque de deux substances : la matière fd^rinogène et le ferment de la fibrine ou plasmase. Chacune de ces substances a pu être extraite du sang, de sorte que le phénomène de la coagulation a pu être reproduit in vitro ^ dans des conditions expérimentales bien définies.
La matière /ihrinoc/è?ie, sorte d'albuminoïde dans un état très voisin de la précipitation, est soluble dans l'eau ; la solution coagule instantanément si on lui ajoute un peu de plasmase ; elle coagule aussi par le chauffage à 56°. Elle existe en solution dans le plasma sanguin, comme dans toutes les sérosités coagulables.
La plasmiise est lui ferment soluble qui a la propriété de faire coaguler tous les liquides contenant du fdjrinogène, comme le plasma sanguin, et même les sérosités non coagulables spontanément, comme le liquide d'hydrocèle.
La plasmase est un des nombreux ferments des leucocytes : elle reste contenue à l'intérieur de ceux-ci pendant la vie de la cellule et n'est pas susceptible de diffuser au dehors ; la mort du leucocyte, ou même certaines conditions qui modifient la tension superficielle du leucocyte, la mettent en liberté.
La production de plasmase paraît être un phénomène complexe. Pekelharing pense que les leucocytes ne sécrètent qu'une matière zymogène, capable de se transformer en plasmase par sa combinaison avec les sels de chaux. Ainsi s'explique l'action coagulante du chlorure de calcium et l'action anticoagulante des oxalates et des fluorures alcalins qui précipitent les sels de chaux et les empêchent de s'unir au zymogène.
Étudier les causes de la coagulation revient à étudier les conditions de la mise en liberté de la plasmase.
Lorsque le sang est extrait de l'organisme et reçu dans un vase, les leucocytes s'accolent aux parois du vase, se détruisent, laissent transsuder le ferment, et la coagulation se produit. Si l'on empêche l'adhérence du sang, en le recevant dans un vase dont les parois ont été vaselinées, les leucocytes se détruisent plus lentement et la coagulation est retardée. Si, au contraire, on ajoute au sang un corps étranger quelconque, auquel les leucocytes peuvent adhérer, a coagulation est accélérée.
RÉSULTATS
Il en est de même dans les vaisseaux sanguins. Si la paroi est intacle, les leucocytes restent sains, retiennent la plasmase, et il ne se fait point de coagulation. Au contraire, la paroi est-elle lésée ou vienl-on à introduire un corps étranger dans le vaisseau, les leucocytes se détruisent, exsudent la plasmase, et le sang se coagule.
On comprend ainsi comment l'intégrité de la paroi vasculaire est la condition principale qui permet au sang de rester liquide dans les vaisseaux. Cependant, comme il se fait sans cesse dans l'organisme une destruction des globules blancs, une certaine quantité de ferment coagulant est mise en liberté ; si le sang reste cependant fluide, c'est que cette quantité de plasmase est trop faible pour agir, ou bien qu'elle est neutralisée par des substances anticoagulantes sécrétées par l'organisme.
Les substances anticoagulantes ou Ihromhnses sont encore mal connues. Une seule a été isolée et paraît assez active, c'est la tbrombase contenue dans la tête des sangsues. Elle agit in vitro et in vivo. Injectée dans les veines d'un animal, elle rend son sang incoagulable ; mêlée in vitro au sang d'un animal, elle empêche sa coagulation.
Les autres tbrombases paraissent résulter de réactions assez compliquées de l'organisme. L'injection de peptones de Witte dans les veines d'un chien à la dose de 3 décigrammes par kilogramme d'animal, rend le sang de cet animal incoagulable spontanément durant quelques heures. Ce sang contient de la thrombase qui peut manifester son action in vitro et in vivo : mélangé dans un vase à du sang d'un autre animal, il empêche sa coagulation ; injecté dans les veines d'un lapin, il rend le sang de celui-ci incoagulable.
Le foie joue un rôle important dans la production des substances anticoagulantes. En eifet, l'injection de peptones de Witte à un chien reste inefficace si on a détruit ou enlevé le foie de cet animal ; il suffit de faire circuler, à travers les vaisseaux d'un foie enlevé de l'organisme, une solution de peptones pour obtenir un liquide anticoagulant.
La thrombase paraît être, ainsi que la plasmase, sécrétée par les leucocytes. Les organes riches en globules blancs, comme les ganglions lymphatiques et le thymus, en contiennent.
COACULATION UU SANG.
Lilienfelcl pense que les substances anlicoagulantes existent à côté des substances coagulantes dans le noyau des leucocytes. Ce noyau est formé de nucléo-bistone, substance capable de se dédoubler en leuconucléine et en histone ; la leuconucléine a une action coagulante ; Thistone est anticoagulante. L'injection de peptones, comme celle de certaines substances bémolyliques (sérum d'anguille, venin des serpents) et de certains extraits d'organes (muscle d'écrevisse, foie et intestin de cbien, etc.), produirait une leucolyse, d'où la mise en liberté dans le plasma sanguin des ferments coagulants et anticoagulants contenus dans le corps des leucocytes. Le foie retiendrait la plasmase et laisserait circuler la tbrombase, d'où la manifestation de propriétés anticoagulantes dans le sang.
En résumé, le sang contient à la fois de la plasmase et de la tbrombase ; c'est de la neutralisation réciproque de ces deux substances que résulte la conservation de sa fluidité ; mais qu'une circonstance accidentelle ou patbologique vienne à modifier la production de ces diastases, l'action de l'une prédominera, le sang deviendra plus ou moins facilement coagulable et il en résultera soiL des tbromboses, soit un état bémorragipare.