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APERÇU DE L'ÉTAT DES ORGANES HÉMATOPOIÉTIQUES DANS LA LEUCÉMIE

La leucémie, affection dont le primum movens nous échappe, est caractérisée, au point de vue anatomo-pathologique, par l'hyperactivité désordonnée des tissus hématopoïétiques. Selon les cas, cette hyperactivité porte sur le tissu Ijmplioïde ou sur le tissu myéloïde, qui se substituent au tissu même de l'organe.

Leucémie lymphatique. — La leucémie lymphatique est caractérisée par riiyperplasie du tissu Ijmphoïde dans les organes lymphatiques tels que le ganglion, la rate, les amygdales, les follicules clos, etc., et par l'apparition de ce tissu dans des organes à fonction myéloïde telle que la moelle osseuse et même dans des viscères qui ne jouent aucun rôle hématopoïétique chez l'adulte, tels que le foie, le rein, la peau, etc.

Ganglions. — Les ganglions sont constitués^, comme à l'état normal, par une trame réticulée, contenant des cellules lymphatiques, mais leur texture est très modifiée.

Le fait primordial est, comme nous l'avons montré, la perte de la disposition architectonique normale; on ne peut reconnaître ni substance corticale, ni substance médullaire, ni système folliculaire, ni système lymphatique ; il semble que tout l'organe soit revenu à une sorte d'état indifférent.

Les cellules appartiennent exclusivement à la série lymphatique, lymphocytes et petits leucocytes mononucléaires, il n'y a ni leucocytes éosinophiles, ni leucocytes polynucléaires. Ces cellules sont susceptibles de se reproduire par karyokinèse, mais il n'existe plus de centres germinatifs et la karyokinèse se fait d'une façon diffuse au sein de la nappe réticulée.

Rate. — La rate n'a pas perdu complètement sa disposition

LEUCÉMIE MYÉLOGÈNE.

architecLonique normale. La lésion primordiale consiste dans l'hypertrophie colossale des corpuscules de Malpighi, qui en arrivent à se toucher, à se fusionner ; ils sont presque uniquement formés de lymphocytes.

La pulpo est diminuée d'importance, elle est en général le siège d'une forte sclérose, le réticulum épaissi est très distinct; dans un cas que nous avons observé, il enserrait presque chaque cellule. Comme dans le ganglion ce sont les lymphocytes qui prédominent, mais il n'y a pas disparition absolue des autres formes cellulaires, et dans une observation de E. Weil, on voit notés un certain nombre de mononucléaires plus volumineux, des leucocytes éosinophiles et quelques gros leucocytes à protoplasma basophile.

Moelle osseuse. — La moelle osseuse, comme il ressort d'une de nos observations et d'un cas de lymphocytémie étudié par Widal, présente le même aspect que les ganglions ; dans le cas que nous avons observé, le phénomène primordial était l'envahissement de tout le tissu, d'une façon diffuse, par les lymphocytes ; dans certains points, cependant, on retrouvait quelques vestiges du tissu normal, leucocytes mononucléés, hématies nucléées, cellules à noyau multilobé ; dans le cas de Widal, la transformation était encore plus complète et l'organe avait la même structure que les ganglions.

Dans les viscères, foie et rein, on trouve le même aspect, réticulum contenant dans ses mailles des lymphocytes en quantité considérable.

Leucémie myélogène. — Dans la leucémie myélogène, par contre, il y a dans les divers organes lymphatiques, prolifération intense d'un tissu analogue à celui qu'on trouve dans la moelle osseuse en activité. Dans un cas que l'un de nous a observé avec E. Weil, les lésions étaient ainsi caractérisées.

Ganglion. — La structure normale du ganglion avait disparu et l'on ne pouvait distinguer la substance corticale de la médullaire, il n'y avait plus de follicules, plus de sinus périphériques; seuls persistaient quelques sinus caverneux. Les lymphocytes étaient encore en majorité, mais on trouvait à côté d'eux des mégacary ocy tes et les divers types de myélocytes.

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Rate. — La structure normale était aussi tout à fait modifiée, on ne voyait plus trace de corpuscules de Malpighi ; il semblait que tout l'organe était réduit à l'état de pulpe splénique, c'est-à-dire de cordons de tissu réticulé épaissis, remplis de cellules et séparés par de gros capillaires veineux. Les cellules qui remplissaient ces cordons étaient des myélocytes et aussi des mégacaryocytes.

Moelle osseuse. — La moelle osseuse n'était pas transformée entièrement en moelle rouge et Ton trouvait encore de nombreuses aréoles graisseuses. Entre celles-ci et les cavités vasculaires était un réseau de tissu réticulé, formé de grandes travées parallèles les unes aux autres, reliées entre elles par des travées secondaires, dessinant des mailles. Dans celles-ci, on trouvait d'innombrables éléments cellulaires blancs et rouges ; certaines mailles renfermaient plutôt des hématies, d'autres des leucocytes ; les hématies étaient des hématies adultes et des hématies nucléées, normoblastes et mégaloblasles, microblastes ; des leucocytes, des myélocytes neutrophiles surtout et, en petit nombre, des myélocytes éosinophiles et basophiles ; les polynucléaires neutrophiles étaient peu nombreux, les éosinophiles et les basophiles absents. Il y avait de nombreux mégacaryocytes et des mononucléaires non granvdeux.

La leucémie est donc essentiellement caractérisée selon la forme par la prolifération intense soit du tissu lymphoïde, soit du tissu myéloïde.

Pour Ehrlich, cette prolifération s'explique de la façon suivante. Dans la leucémie lymphatique, le ganglion ou les autres organes à structure lymphoïde sont le siège primordial de la maladie et le foyer d'émission des éléments lymphatiques qui, par métastases, à la manière des cellules cancéreuses, vont coloniser dans les autres organes hématopoiétiques, même dans les autres viscères ; dans la leucémie myélogène le processus est le même, mais c'est la moelle osseuse qui est le foyer primordial de la maladie.

Dans une communication faite au Congrès de Lille', nous nous sommes élevés contre la théorie de la métastase étayée par Ehrlich,

i Bezançon et M. Labbé. Essai sur l'anatomie patholog. et la pathogénie du lymphadénome ganglionnaire. Congrès de Lille, 1899.

LEUCÉMIE MYÉLOGÈNE.

et avons montré toute la différence qui existe entre le lymphadénome et le cancer.

Tandis que dans le cancer, c'est une production étrangère qui se forme au sein de l'organe envahi secondairement et qui devient à son tour un nouveau centre de multiplication^ dans le lymphadénome quand de nouveaux ganglions se j)i'ennent et que la rate ou la moelle des os sont envaliis, ce sont ces organes tout entier qui prennent les caractères de la tumeur Ijmphadénique primitive. On peut même dire qu'à un moment donné, c'est le système lymphoïde dans son ensemble qui subit la même évolution.

Dominici ' se basant, d'une part, sur la présence d'une petite quantité de tissu lymphoïde dans la moelle osseuse normale, et, d'autre part, sur l'existence du tissu myéloïde dans les ganglions et la rate, pendant la période fœtale, et surtout sur la reviviscence de ce tissu au sein des organes lymphoïdes au cours de certaines infections et de certains états anémiques, a formulé avec une grande netteté une conception de la leucémie à laquelle nous nous rallions pleinement. La leucémie n'est pas une maladie d'organe selon la conception d'Ehrlich, c'est une maladie de tissu ; ce n'est pas l'aptitude à proliférer du ganglion ou de la moelle osseuse avec métastase secondaire, c'est l'hypergenèse, soit du tissu lymphoïde, soit du tissu myélogène qui s'hyperplasie dans les organes où il est en pleine activité déjà et qui reparaît, se réveille dans les organes où, après la période fœtale, il était entré en régression.

1 Dominici. Le sang et la moelle osseuse dans les leucémies, in Manuel d7iisl. pathol. de CoRNiL et Ranvier, t. II, p. 671.

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