CHAPITRE V
APERÇU SUR LA STRUCTURE DU TISSU CONJONCTIF ET SUR SES RÉACTIONS DANS LES ÉTATS PATHOLOGIQUES
Le tissu conjonctif est formé de faisceaux conjonciifs, de fibres élastiques et d'éléments cellulaires ; cellules fixes du tissu conjoncLif d'une part, cellules mobiles, contenues dans la lymphe interstitielle d'autre part.
Cellules fixes. — Elles se présentent sous des aspects divers :
1° Cellule conjonctive fixe. — Ces cellules, à l'état normal, semblent n'être constituées que par un noyau volumineux ; c'est, en effet, la seule partie de la cellule qui apparaisse sur les coupes, si l'on a employé les techniques habituelles. Ce noyau apparaît volumineux, ovalaire ou allongé, d'aspect vésiculeux, faiblement teinté ; il présente un ou deux nucléoles centraux, reliés par de fins tractus à d'autres grains très petits qui tapissent la membrane périnucléaire.
Le protoplasma appliqué sur les fibres conjonctives s'anastomose avec les cellules voisines pour former un iplasmodium ; il n'est pas colorable et peu perceptible à l'état normal, mais peut être mis en évidence dans certains états inflammatoires du tissu, par exemple, à la suite de l'œdème prolongé ; il se colore en bleu par la thionine, soit d'une manière homogène, soit assez irrégulièrement, et apparaît alors semé de vacuoles ; il forme de longues expansions et on reconnaît sur les coupes l'aspect caractéristique des cellules conjonctives, telles qu'on les obtient par la boule d'œdème artificielle et la dissociation.
2° Mcistzellen. — Le tissu conjonctif présente en très grande quantité des cellules à granulations basophiles, auxquelles Ehrlich a donné le nom de mastzellen.
Ces cellules ont, dans le tissu conjonctif, un aspect très spécial, très différent de celui des mastzellen du sang. Ce sont des cellules
MASTZELLEN.
beaucoup plus volumineuses que les autres cellules du tissu conjonctif ou du sang, qui atteignent, en moyenne 30 et 40 [j. et souvent davantage
De forme régulièrement arrondie ou polygonale lorsqu'elles sont tassées, elles apparaissent, le plus souvent, allongées, fnsiformes comme les cellules conjonctives; souvent, de la masse principale, se détachent des expansions granuleuses qui donnent à la cellule un aspect ramifié ; ces expansions peuvent présenter des parties alternativement renflées et rétrécies; leur noyau unique est, en général, arrondi "ou ovalaire, peu coloré, et ressemble à celui des cellules fixes ; il est souvent masqué par les granulations. Celles-ci, en général volumineuses^ de taille variable, très fines ou, au contraire, très volumineuses, sont tantôt assez clairsemées pour laisser voir le noyau, tantôt assez confluentes pour le masquer et lui donner un aspect fusiforme. Les granulations ne semblent pas être contenues exactement dans les limites de la cellule ; on les voit souvent répandues autour du corps principal de celle-ci, comme éparpillées dans les mailles du tissu conjonctif.
Cellules libres. — Elles sont constituées par des cellules mononucléées à noyau rappelant celui des cellules endotliéliales, à protoplasma bien limité. Considérées par Ranvier comme des leucocytes, elles sont regardées comme des cellules conjonctives libres. Les polynucléaii^es semblent faire défaut du tissu conjonctif, les éosinopliiles de même.
A Vétat pathologique, sans parler de la diapédèse intense des leucocytes qui accompagne la pénétration de la plupart des corps microbiens, on assiste à des réactions des diverses cellules conjonctives, des cellules fixes en particulier, dont les altérations ont été bien étudiées, de même que celles des endothéliums vasculaires par Cornil. Elles se tuméfient, leur protoplasma s'accroît et devient globuleux; les noyaux augmentent de volume, elles prennent les caractères des grands leucocytes mononucléés de la lymphe etjouent comme elles le rôle de macrophage.
1 Leiiedde et Bezançon. Principales formes cellulaires des tissus conjonctifs et du sang, Presse médicale, 23 nov. 1898.