ÉTUDE DES PRINCIPALES SEPTICÉMIES
§ ^^ — Fièvre récurrente.
Dans la fièvre récurrente, l'examen du sang frais prend une haute valeur, puisque le diagnostic bactériologique de la maladie repose exclusivement sur la constatation dans le sang du spirille ou
1 Busquet, Presse médicale, 15 janvier 1902,
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spirochœle décrit par Obermeier ; ce microbe qui, jusqu'ici, n'a pu être cultivé,- doit être recbercbé dans le sang pendant l'accès de fièvre; on ne le trouve pas, en effet, pendant la période d'apyrexie ; dans l'intervalle des accès, on peut encore l'observer dans le suc splénique retiré par ponction capillaire.
Fig. in. — Spirilles de la fièvre récurrente dans le sang du singe.
L'examen du sang, pratiqué à l'état frais, montre en très grande quantité, entre les globules rouges, des filaments incurvés en spirille de 10 à 20 tours très mobiles, animés de mouvements de torsion ou de pas de vis ; après fixation du sang par l'alcool-éther, le microbe se colore par les couleurs d'aniline.
§ II. — Paludisme i.
La constatation dans le sang des paludéens de l'hématozoaire décrit par Laveran^ en 1880, comme l'agent du paludisme, a une impor-
1 Pour la bibliographie consulter :
Lavehan. Traité du paludisme [Encijclop. Léaulé), 1892 et Traite de Méd. et de T/iérap., art. Paludisme, t. lll ; — II. Hacenmulleh. Bi/jliotheca sporozooloç/ica Bibliographie générale et spéciale des travaux concernant les sporozoaires parus antérieurement au X^'-' janv. 1899; — NEVEu-LEMAUtE. Les Hématozoaires du Paludisme. Thèse Paris, 1901.
PALUDISME
tance telle pour le diagnostic de la malaria dans les cas difficiles, que nous croyons utile de décrire en détail la technique usitée pour celle recherche et de rapporter les principaux caractères du parasite .
L'examen du sang doit être pratiqué, comme Ta montré Laveran, un peu avant les accès, ou au début de ceux-ci ; c'est dans ces conditions seules qu'on observera d'une façon constante le parasite. Celui-ci, en effet, quelques heures après l'accès, devient déjà un peu moins fréquent ; il disparaît de la circulation dans l'intervalle des accès, sauf chez certains cachectiques. Le sang peut être examiné à l'état frais, ou après fixation et coloration.
Examen à l'état frais. — Il suffit, après piqûre du doigt, de recueillir sur une lame de verre une goutte de sang, de la recouvrir d'une lamelle et de porter la préparation sous le microscope.
L'emploi de la platine cliaaffante est nécessaire si l'on veut étudier les mouvements des corps amiboïdes et ceux des flagella. On admet aujourd'hui que ces derniers ne se forment qu'en dehors de l'organisme, 15 à 20 minutes après l'issue du sang hors des vaisseaux, d'après Laveran.
Pour favoriser la formation des flagella, Laveran \ mélange au sang du sérum artificiel, à parties égales; on peut examiner une goutte du mélange soit à l'état frais, soit après étalement et coloration. En ajoutant un peu d'eau à l'échantillon de sang prélevé, un médecin américain cité par Ewing -, aurait pu constater la transformation immédiate des corps en croissant en corps sphériques munis de flagella.
Examen de sang- sec, fixé et coloré. — L'étalement du sang doit être fait avec le plus grand soin. Laveran recommande de ne déposer sur la lame qu'une goutte de sang assez petite pour pouvoir être étalée en entier. En effet, les hématies parasitées se trouvent entraînées en très grand nombre vers la partie terminale de la préparation.
Le mode de fixation varie un peu avec les divers hématologistes , le plus simple est le mélange à parties égales d'alcool absolu et d'éther, ou l'alcool absolu, qu'on laisse au contact 20 minutes comme l'a conseillé Laveran.
Marchoux se sert au lieu d'alcool-éther, du mélange suivant :
Alcool à 930 100 ce.
Formaline 1 ce.
11 fixe pendant 5 minutes.
1 Laveran. Soc. de BioL, Iti fév. 1902.
- Ewing. The Journal of expérimental médecine, mars 1901.
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Coloration. — On emploiera une méthode de coloration différente selon le but que l'on se propose : méthode extemporanée si l'on veut faire un diagnostic rapide ; méthode de recherche, si l'on veut étudier en détail la structure du parasite.
Méthode extemporanée. — Billet recommande le procédé de Malackowsky, qui utilise le bleu de méthylène borate. On prépare à l'avance les deux solutions suivantes:
A. Bleu de méthylène médicinal de Hochst à 1 % dans l'eau di.>tillce.
B. Solution de borate de soude à 5 "/o dans l'eau distillée. Dans une éprouvette on mélange :
12 ce. de la solution A.
8 ce. — B.
20 ce. d'eau distillée.
On agite et on laisse reposer 24 heures ; on ne filtre pas (le mélange se conserve un mois ou deux).
On colore 10 à 20 secondes, on lave soigneusement à l'eau, jusqu'à ce que la teinte générale soit d'un bleu verdâtre très pâle ; on sèche.
Les globules rouges sont teintés en bleu vert pâle, le parasite en bleu plus ou moins foncé, le noyau est incolore, le nucléole ou karyosome en gris pâle.
Nicolle recommande l'emploi de la thionine ou du bleu polychrome de Unna.
Marchoux se sert du phénate de thionine :
Traiter la thionine dans un tube à essai par une solution de soude. Rejeter le liquide coloré au bout de 20 minutes ; laver le résidu à l'eau distillée et le dissoudre ensuite dans de l'eau phéniquée à 2 "/o.
Méthode de double coloration. — Procédé de Laveran ^ — On emploie les réactifs suivants :
1» Bleu de méthylène à Voxyde d'argent ou bleu Borrel. Dans une fiole de 150 cent, cubes, on met 1 gr. de nitrate d'argent et 40 à 50 cent, cubes d'eau distillée; quand les cristaux sont dissous, on remplit la fiole avec une solution de soude au 10™*= et on agite ; il se forme un précipité noir d'oxyde d'argent qu'il faut laver à l'eau distillée, au moins 3 fois par décantation, de manière à enlever l'azotate de soude et l'excès de soude. On verse alors sur l'oxyde d'argent une solution aqueuse saturée de bleu de méthylène. Le bleu employé doit être le bleu médicinal de Hochst qui sera très légèrement alcalinisé au moyen de 2 à 3 gouttes d'une solution au 10™" de soude.
2° Solution aqueuse d'éosine à 1 p. 100, éosine soluble dans l'eau de Hochst).
3'^ Solution de tanin à 5 "jo.
1 Laveran. Soc, de biologie, 9 juin 1900.
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On met dans les fioles qui contiennent de l'éosine et du tanin de petits morceaux de camplire afin d'empêcher la formation des moisissures.
Pour colorer une préparation préalablement fixée par l'alcool absolu, on prépare, au moment de s'en servir, le mélange suivant :
Les solutions d'éosine et de bleu sont filtrées séparément au moment oîi l'on ^ait le mélange, on agite, on verse le liquide sur la lame ou la lamelle placée au fond d'une boîte de Pétri. 11 suffit, en général, de colorer 5 à 10 minutes; on lave à grande eau ; si la coloration est trop intense, ou s'il y a un dépôt granuleux, on lave à l'alcool à 90° et non à l'alcool absolu trop énergique, ou bien à l'aide d'une solution très faible d'acide acétique à 0,5 0/0, avant de traiter par le tanin. On soumet alors à l'action de la solution de tanin 1 minute, on lave à l'eau, on sèche, on examine ; si la préparation est trop colorée, on traite par l'alcool absolu.
Les hématies doivent être colorées en rose, les noyaux des leucocytes en violet foncé, le protoplasma des hématozoaires en bleu pâle, le nucléole en violet ou en rouge violacé.
Procédé de Nocht ^ — On prépare : 1° du bleu polychrome de Unna de chez Grubler, qu'on a neutralisé en ajoutant à 30 gr. de ce bleu f) gouttes d'acide acétique 3 0/0 ;
2° Une solution saturée à chaud de bleu de méthylène de Hôchst qu'on laisse reposer 8 jours ; 3° Une solution aqueuse d'éosine de HOchst à 1 0/0.
Le mélange se fait ainsi : A 10 cent, cubes d'eau distillée on ajoute 4 gouttes de la solution d'éosine, puis 6 gouttes de bleu polychrome et enfin 2 gouttes de bleu de méthylène. On colore pendant 2 heures.
Procédé de Goldhorn ^ — Après avoir fixé la préparation par l'alcool méthylique absolu (15 secondes), on lave à l'eau et l'on colore pendant 7 ou 30 secondes avec une solution aqueuse d'éosine à 1 p. 100, puis on lave et on colore avec le bleu de méthylène de Unna alcalinisé par le carbonate de lithine et neutralisé par l'acide acétique. ^
Aspect du parasite. — Le parasite est susceptible de se présenter sous quatre aspects, décrits par Laveran : corps sphériques ; corps en croissant; corps en rosace; corps flagellés.
Corps sphériques. — Ces corps représentent, d'après Laveran,
1 Nocuï. Cenlmlbl. f. Dakl., 1899, f. 25, p. 764.
2 Goldhorn, New-York Palh, Soc, février 1901,
Solution d'éosine à 1 p. 100
Eau distillée
Bleu Borrel
4 ce.
6 ce.
4 ce.
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la forme la plus commune des éléments parasitaires ; ils sont souvent animés de mouvements amiboïdes, d'oii le nom de corps amiboïdes qui leur a été donné. Ils sont constitués par une substance hyaline incolore, très transparente à l'état frais, fixant légèrement les couleurs basiques après fixation et coloration ; les plus petits n'ont guère plus de 1 de diamètre, les plus gros ne dépassent pas lOi-i; les petits éléments ne contiennent pas de pigment ; à mesure que l'élément grossit, le pigment apparaît, puis les grains augmentent de nombre et forment dans les gros parasites une couronne assez régulière ; ils sont souvent animés de mouvements très vifs coïncidant avec les mouvements amiboïdes du protoj^lasma.
Pour Laveran , ces parasites sont extra-globulaires, libres dans le sérum, ou bien accolés à la surface des hématies; pour Metchnikoff, ils pénètrent dans l'intérieur du globule rouge et sont endoglobulaires. Les hématies portent tantôt un, tantôt plusieurs corps amiboïdes ; dans certains cas, ceux-ci peuvent être au nombre de 6 et se disposer en couronne, simulant ainsi un corps en rosace.
Chaque corps sphérique contient un noyau, mais celui-ci ne se voit qu'après coloration par les réactifs appropriés et apparaît alors, non comme un noyau leucocytaire, mais comme une sorte de vacuole excentrique incolore ; dans ce noyau, situé aussi excentriquement, est le nucléole ou centrosome , riche en chromatine , fortement coloré par les couleurs basiques d'aniline.
Corps en rosace. — Les corps en rosace ou segmentés représentent un des modes de reproduction du parasite ; dans un premier stade, on voit les bords du corps sphérique présenter de légères incisures, qui vont s'accentuer dans les stades suivants ; les grains de pigment se réunissent au centre de l'élément, en un seul amas ; bientôt les incisures deviennent plus profondes, la segmentation s'achève, le corps sphérique est divisé d'une façon régulière en une série de segments, dont chacun a l'aspect et la structure exacte d'un petit corps sphérique. Le nombre des segments varie, comme nous le verrons plus tard, avec le type de la fièvre.
Corps en croissant. — Ce sont des éléments cylindriques, légèrement incurvés à leur extrémité, d'aspect falciforme, qui rappellent
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certain stade de révolution des coccidies ; ils mesurent 8 à 9 i^^ de longueur sur 2 à 3 i-^ de large à leur partie moyenne. Le pigment est, en général, situé au centre de l'élément, disposé en couronne autour du noyau. Dans certains cas, on observe une ligne très fine qui réunit les deux extrémités du croissant ; on la considère comme un reste de riiématie dans laquelle s'est développé le parasite. On observe entre le corps sphérique et le corps en croissant tous les intermédiaires.
Corps flagellés. — On ne les rencontre que dans le sang de l'homme issu depuis quelque temps des vaisseaux. Les flagella se présentent sous l'aspect de longs filaments extrêmement fins et transparents . terminés par une extrémité piriforme , animés de mouvements très rapides ; ils semblent émaner du corps sphérique à la manière de pseudopodes ; il sont en nombre variable de 1 à 4, tantôt groupés en un même point, tantôt disposés symétriquement.
Les mouvements de chaque flagellum sont indépendants. Ces mouvements sont comparables , d'après Laveran , à 'ceux d'anguillules qui, fixées par leur extrémité caudale, tenteraient de se dégager ; les flagella peuvent imprimer au corps sphérique des mouvements oscillatoires sur place, quelquefois même un véritable mouvement de translation.
Les flagella peuvent se détacher des corps sphériques et vivre d'une vie indépendante ; ils sont alors capables de circuler entre les hématies.
Structure du parasite. — Quels que soient la forme et le stade d'évolution du parasite, on distingue, sur les préparations bien colorées (par la méthode de Laveran, par exemple), 3 parties : 1° le pj'otoplasma ou cytoplasma périphérique coloré en bleu pâle. Le cytoplasma renferme les grains de mélanine ; il se déforme constamment par suite de ses mouvements amiboïdes; il s'accroît aux dépens de l'hémoglobine et arrive à son maximum de développement, en remplissant tout l'intérieur du globule, en 48 heures dans la fièvre tierce, en 72 heures dans la fièvre quarte ; 2" le noyau arrondi qui est incolore et plus ou moins excentrique ; 3" dans ce
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noyau est le nucléole ou karyosome coloré en rouge vif ou en rouge violacé, tantôt arrondi sous la forme d'un petit globule, tantôt sous la forme d'une masse diffuse irrégulière. "Il est entièrement formé de chromatine, et joue le rôle principal dans la multiplication et la reproduction du parasite.
Unité ou pluralité des hématozoaires. — Si Ton s'entend d'une façon unanime aujourd'hui pour admettre la découverte de Laveran, on discute encore la question de l'unité ou de la pluralité des espèces d'hématozoaires qui déterminent le paludisme.
Pour Laveran, l'unité du paludisme au point de vue clinique et analomo-pathologique paraît évidente : on retrouve l'hématozoaire sous ses différentes formes dans tous les pays palustres ; les corps en croissant à côté des corps amiboïdes cliez le même sujet ; les fièvres palustres changent souvent de type chez un même individu ; l'inoculation du sang d'un individu présentant un certain type de fièvre à un individu sain peut donner lieu à une fièvre d'un type tout différent ; pour les corps en croissant en particulier, on ne saurait dire qu'ils appartiennent à tel ou tel type de fièvre, mais seulement qu'ils se rencontrent fréquemment chez les cachectiques et, par suite, plus fréquemment dans les fièvres graves d'automne que dans les fièvres de première invasion.
Ziemann au Cameroun, Ewing à Cuba, ont vu les formes du parasite de la fièvre estivo-automiiale coïncider avec les formes de la fièvre tierce et de la fièvre quarte.
Marchoux ' a étudié un très grand nombre de cas de paludisme au Sénégal et a montré que les dimensions de l'hématozoaire varient suivant les saisons et suivant la durée de l'infection.
Pour cet auteur, s'il est certain qu'il y a des différences dans l'aspect que présente le parasite au cours des divers types de fièvre, ces différences tiennent, non à la pluralité des espèces en cause, mais aux conditions différentes dans lesquelles se fait la lutte entre le parasite envahisseur et l'organisme qui se défend.
Si le parasite est plus volumineux et détermine surtout la fièvre
1 Mahchoux, Aiin, Inst. Pasteur, août 1879, p. 640,
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tierce dans la saison sèche et salnbre, tandis qn'il est pelit et détermine la fièvre quotidienne ou irrégulière dans la saison des pluies, cela tient à la différence de terrain qu'offrent les malades au parasite pendant les deux saisons : résistants et vigoureux pendant la saison sèche, affaiblis pendant la saison des pluies. L'accoutumance pourrait aussi jouer un rôle ; le parasite ayant une évolution plus active, se multipliant plus vite, dans les formes de première invasion, qui coïncident avec la saison des pluies, que dans celles de la période sèche.
Metchnikoff insiste aussi sur ce fait que l'aspect divers des parasites tient à la différence des conditions du milieu ambiant : si le parasite se reproduit avec rapidité, la segmentation s'accomplit avant que le parasite ait atteint le stade adulte ; si, au contraire, la reproduction est moins active, le parasite a le temps d'arriver à maturité, de se charger de pigment et sous cette forme de se segmenter.
Par contre, les auteurs étrangers admettent, en général, la pluralité des espèces d'hématozoaires. x\vec Golgi Grassi et Feletti -, Koch Ross*, Manson % etc., on distingue deux genres d'hématozoaires : i° le genre Plâsmodium avec deux espèces, le plasmodium vivax donnant lieu à la fièvre tierce, le plasmodium malariœ donnant lieu à la fièvre quarte ; 2° le genre Laverania, qui est l'agent de la fièvre estivo-automnale ou irrégulière. Marchiafava et Bignami vont même plus loin et distinguent deux variétés parmi les parasites des fièvres estivo-automnales, une qui évolue en 24 heures, une autre en 48 heures. Nous allons résumer rapidement les caractères de ces diverses variétés :
1" Parasite de la fièvre tierce (Plasmodium vivax). — La fièvre tierce est le type fébrile le plus répandu ; elle est caractérisée par ce fait que le parasite atteint son complet développement en 48 heures, et que, par suite, le nouveau paroxysme a lieu tous les 3 jours.
Le parasite se présente sous l'aspect d'un corps hyalin incolore ou
1 Golgi. Arch. per le se. med., vol. X, 1896. — Congrès de Padoue, 1889.
2 Grassi et Feletti. Accad. di scienze nulurali in Catania, t. V., série 4, 1892.
3 Koch. Zeil. f. Hygiène, XXXII, p. 1, 1899.
4 Ross. Ann. Inst. Pasteur, p. 136-144, 1899. Manson. Tropical diseuses, London, 1900, 2'-' édit.
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d'aspect perlé ; il en existe un par hématie, rarement deux ; il est doué de mouvements amiboïdes très actifs et pousse de longs pseudopodes ; comme ses contours sont peu distincts, que les changements de forme sont très fréquents, le parasite est difficile à voir. C'est la forme parasitaire la plus voluminevise et les éléments atteignent et même dépassent le volume des hématies.
Les corps sphériques se développent dans l'intérieur des hématies
Fig. 20. — Evolution du parasite de la fièvre tierce (d'après Ewing).
1. Forme jeune du parasite avec les grains de chromatine, la zone laiteuse et le corps sphéroïde; — 2, Forme annulaire typique ; — 3. Division de la chromatine, développement du corps et apparition de pigment ; — 4. Double anneau dans un seul parasite ; — 5 Parasite en turban ; anneaux secondaires : position excentrique de la chromatine ; — 6. Double infection d'une hématie ; — 7. Figures amiboïdes complexes dans des hématies doublement infectées ; — 8. Forme achevée avec un gros noyau excentrique ; — 9. Déplacement des grains de chromatine et de la substance laiteuse dans le corps du parasite; — 10. Répari ition des grains de chromatine en groupe dans les corps segmentés; - il. Forme en rosace.
et donnent lieu, vers la 34""' heure, à la formation de fins granules de pigment brun, denses, distribués plus ou moins à la périphérie, quelquefois même à l'extrémité des pseudopodes. Ces grains sont très mobiles dans la forme adulte.
Le parasite arrive plus vite à maturation dans les organes profonds que dans le sang du doigt.
La segmentation est précédée, d'après Billet, d'un stade qu'il appelle grégarineux ; le parasite est complètement replié sur luimême avec deux extrémités bien distinctes, l'une arrondie, ovalaire,
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qui contient le noyau et le karjosome, l'autre irrégulière, amiboïde, avec prolongements pseudopodiques, qui forme la presque totalité du cytoplasma.
La segmentation aboutit à la formation de seize segments disposés en deux cercles concentriques, autour d^ni ou plusieurs blocs de pigments centraux.
// ne se forme pas de corps en croissant. Dans le sang recueilli hors des vaisseaux, on voit de grosses masses pigmentées, sphériques, larges de 10 à 12 d'où se détachent de gros llagella.
Les hématies sont gonflées et très pâles.
2" Parasite de la fièvre cjuarte (Plasmodium malariœ). — La fièvre quarte est relativement rare, sauf dans certains districts
Fig. 21. — Evolution du parasite de la fièvre quarte (d'après Ewing).
1. Forme jeune non pigmentée dans une hématie; — ?. Petit anneau avec grosse masse de cbromatine et pigment ; — 3. Forme en turban avec division de la cbromatine ; — 4. Anneau avec grains de cbromatine au centre ; — 5, Parasite adulte avec cbromatine excentrique, corps byalin et pigment ;
— G. Corps réticulé extra-cellulaire ; — 7-8. Formes en train de se pigmenter ; — 9. Forme en rosace ;
— 10. Leucocyte mononucléaire pigmenté.
limités, par exemple en Sicile, d'après Da Costa. A Bône, Maillot^, sur 2338 cas, ne l'a constatée que 26 fois. Billet '^ en a observé récemment plusieurs cas en Algérie.
1 Maillot. Traité des fièvres inlermit lentes,
2 Billet. Contribution à l'étude du paludisme et de son hématozoaire. Ann. de l'Institut Pasteur, mars 1902; et Le Caducée, 19 juillet 1902.
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Le parasite de la fièvre quarte termine son évolution très régulièrement en 62 heures, d'où le paroxysme tous les 4 jours.
Le parasite ressemble beaucoup à celui de la tierce dans son stade amiboïde ; il est cependant plus grêle que le plasmodium vivax ; ses contours sont plus distincts, ses mouvements amiboïdes plus lents, il pousse peu de pseudopodes ; au stade amiboïde, d'après Da Costa, les différences ne sont pas suffisantes pour pouvoir servir à un diagnostic clinique. Ces différences s'accentuent au stade de maturation ; le parasite a un contour plus nettement accentué ; il est plus petit (5 environ de diamètre) ; ses granules plus gros que dans la tierce, de couleur brune, sont disposés irrégulièrement.
La segmentation aboutit à la formation de 6 à 12 segments disposés sur une seule ligne, donnant l'aspect d'une rosace régulière, autour du centre où s'est accumulé le pigment en une masse centrale^ unique^ compacte.
Il ne se forme pas de corps en croissant.
Dans le sang examiné hors des vaisseaux, les flagella sont plus grêles que dans les autres formes.
Les hématies apparaissent rouge sombre et souvent contractées.
3° Parasite de la fièvre estivo-automnale (Laverania malarise) — L'évolution du parasite est plus ou moins rapide, selon les cas, d'où l'aspect irrégulier du type fébrile, la segmentation se produisant au bout de 24 heures, 36 heures, 48 heures, même davantage; enfin, d'après Golgi, il est fréquent de rencontrer dans le sang des parasites à tous les stades de développement.
Le parasite ajDparaît tout d'abord accolé à la surface du globule, sous forme d'un petit corps hyalin plus grêle que dans les formes précédentes ; ses contours sont très accusés et très distincts ; il est plus réfringent. Les mouvements amiboïdes qu'il présente sont très actifs au début, et le parasite change très rapidement de forme, apparaissant comme un disque ou comme un anneau sur les préparations. Il donne lieu à une faible formation de pigment ; les grains, de couleur brun foncé, sont excessivement fins, disposés régulièrement à la périphérie, mobiles ou immobiles.
A maturité, le parasite apparaît très petit (de 1 i-^ 5 à 7 F- ). Billet
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signale des cas ou plusieurs parasites assemblés clans le corps de l'hématie lui donnent un aspect de fausse rosace.
La segmentation aboutit à la formation de 18 à 20 segments, ou plus, disposés irrégulièrement autour d'une masse unique compacte de pigment central.
D'après Da Costa, ces formes de segmentation n'apparaissent que dans les viscères, dans la rate et ne se voient pas dans les vaisseaux périphériques.
Fig. 22. — Evolution du parasite de la fièvre eiîtivo-automnale (d'après Ewing).
i. Forme jeune; — 2. Infection d'une hématie par 7 jeunes parasites; — 3. Triple infection; — 4. Double infection : — 5. Double infection: petit anneau adhérent à l'hématie; — b. Division de la chromatine ; — 7. Formes plus âgées avec chromatine divisée et grains de pigment; — 8. Forme adulte avec chromatine finement divisée et concentration du pigment; — 9. Segmentation; pigment aggloméré, excentrique ; — 10. Double infection avec corps segmentés : — 11 . Rosace estivo-automnale : — 12. Forme en croissant jeune; — 13. Forme ovoïde jeune; — 14-15-16. Corps en croissant; — 17. Corps flagellé ; — 18. Corps extracellulaire stérile.
Ce qui caractérise avant tout cette forme, c'est la présence des corps en croissant ; ceux-ci qui n'apparaissent pas pendant les premiers jours de la maladie, persistent très longtemps dans la circulation périphérique, malgré l'administration de la quinine.
Il s'agirait, d'après Billet, de formations intra-globulaires dérivant des corps sphériques, sans segmentation préalable.
Le croissant jeune apparaît comme une masse allongée, présentant au centre le noyau et le nucléole, entourés d'un cercle de pigment ;
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plus tard il se forme une membrane kystique périphérique ; le pigment peut rester autour du noyau ou passer aux deux extrémités.
Les flagella sont de grosseur moyenne.
Les globules rouges sont déformés et crénelés.
Ainsi donc, dans la fièvre estivo-automnale, la caractéristique est la présence dans le sang de corps en croissant, forme qui, pour beaucoup d'auteurs, est particulière à ce genre d'infection et ne se voit jamais dans les fièvres tierce et quarte.
Marchiafava et Bignami ^ distinguent deux variétés de parasites de la fièvre estivo-automnale : le parasite de la fièvre quotidienne, le parasite de la fièvre maligne.
Golgi-, Mannaberg ^ Manson* en admettent trois variétés, le parasite de la fièvre quotidienne maligne, pouvant se présenter sous deux aspects, selon qu'il forme ou non du pigment.
Nous avons vu que Laveran n'admet pas les théories pluralistes que nous venons de citer; pour lui, les corps en croissant ne sont pas spéciaux aux fièvres irrégulières, mais peuvent se rencontrer dans les fièvres tierce et quarte. Les croissants s'observent, il est vrai, surtout chez les malades atteints d'accidents pernicieux, mais on ne peut dire qu'ils soient la cause de ces accidents pernicieux ; la présence de ces éléments n'est pas constante en effet dans les fièvres pernicieuses, et on les trouve chez des malades qui n'ont jamais eu d'accidents pernicieux.
Laveran pense qu'ils se rencontrent surtout chez les cachectiques ou chez les malades fortement anémiés.
Pour Billet, le paludisme constitue bien, comme l'admet Laveran, une seule entité morbide, se rapportant à une seule espèce parasite, mais le parasite parcourt dans son développement un double cycle évolutif, à chacun des stades duquel il peut se présenter sous des aspects différents.
Les accès paludéens s'observent dans deux saisons, l'estivoautomnale, l'hiverno-vernale. La première s'étend, en Algérie, de
1 Marchiafava et Bignami. Sur les fièvres malariques estivo-automnales. Rome, 1892.
2 GoLoi. Gaz. méd. de Paris, 1893.
3 Mankaberg. Onzième Congrès de médecine interne. Leipzig, 1892. * Masson. Loc. cilato.
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juillet à fin novembre et concorde avec réclosion des larves et l'apparition des moustiques du genre anophèles ; c'est à ce moment que se produisent les premières atteintes du paludisme chez les nouveaux arrivés dans la colonie et les rechutes chez les anciens impaludés. Billet propose de donner à ces premières manifestations du paludisme, le nom de paludisme primaire. A cette phase, on trouve dans le sang une petite forme amiboïde, endoglobulaire et des corps en croissant. Ces corps en croissant abondent dans le sang des impaludés juscju'en octobre, disparaissent peu à peu et ne se retrouvent plus après janvier ; dès lors, ils ne réapparaissent plus dans le cours de l'infection paludéenne de l'individu, quel que soit le nombre des rechutes subséquentes.
La deuxième saison, hiverno-vernale, s'étend de décembre à juin; c'est la saison des rechutes, celle du paludisme secondaire^ selon l'expression de Billet ; elle est caractérisée par le type de la fièvre tierce ou quarte, et par la présence de formes amiboïdes, qui atteignent leur maturité ; dans le premier cas en 48 heures, dans le second, en 72 heures, pour donner naissance aux corps en rosace ou segmentés, à 8 mérozoïtes dans la quarte, à 16 mérozoïtes dans la tierce.
Evolution du parasite'. — Pour Laveran, l'évolution du parasite s'accomplit de la façon suivante : les corps amiboïdes se transforment en corps sphériques, qui à leur état adulte et parfait, sont susceptibles de donner naissance à des flagella ; les corps en rosace ou segmentés sont les modes de reproduction du parasite ; chaque segment nouvellement formé, mis en liberté, se transforme en un nouveau corps amiboïde.
Les corps en croissant ne doivent pas être considérés comme des formes de dégénérescence, mais comme des formes d'enkystement ; ils peuvent dériver de corps sphériques, ou bien se transformer en corps sphériques.
A côté de ce mode de reproduction asexuée du parasite par schizogonie, il y a place pour une reproduction sexuée ou sporo-
1 Consulter le rapport de R. Blanchaiiu. Bull, de l'Ac. de Méd., 3 juillet 1900.
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gonie ; celle-ci ne s'accomplit plus dans le sang de l'homme, mais comme l'ont montré les recherches de Grassi, de Ross, en dehors de l'organisme, dans l'intérienr du moustique.
Un certain nombre de corps sphériques et de corps en croissant vont prendre part à ce mode de reproduction ; ils ne se distinguent guère des autres corps sphériques que par la grande mobilité de leur pigment ; les uns vont acquérir la valeur d'éléments femelles,
Fig. 23. — A, B, G. Transformation des corps on croissant en corps sphériques : — D. Microgamétocyte émettant quatre microgamètes; — E. Microgamète libre: — F. Fécondation du microgamète; — G. Zygote.
macrogamètes ; les autres ou microgamétocy tes d'éléments mâles, grâce à la production, à leur périphérie, des flagella ou microgamètes. Le microgamète pénètre le macrogamète comme le spermatozoïde l'ovule ; il en résulte un corps allongé de 6 à 7 jj, de longueiir, le zygote^ qui s'enkyste dans l'estomac du moustique et donne naissance à un grand nombre d'animalcules fusiformes
Fig. 24. — A, B. Transformation du zygote dans la paroi de l'estomac du moustique; — C. Zygots mûr; — D. Sporozoïtes : — E. Sporozoïtes dans la glande salivaire du moustique.
OU sporozoïtes. Ces sporozoïtes, mis en liberté par la rupture du kyste, pénètrent dans les glandes salivaires de l'anopheles qui les inocule à l'homme ; ils se transforment alors en corps sphériques.
Les corps en croissant peuvent jouer le rôle de macrogamète ; Ewing, en ajoutant un peu d'eau distillée k un échantillon de sang frais de paludéen, sur platine chauffante, a pu constater la transformation immédiate des croissants en corps sphériques munis de flagella.
TRYPANOSOME.
§ III. — l*iroplasina hîg'emiiium
Bien que le Piroplasma higeminum n'ait jamais été rencontré chez riiomme, nous rappellerons les caractères de cet agent parasitaire qui est la cause de la maladie connue sous les noms de : fièvre du Texas, hémoglobinurie du bœuf, tristeza. malaria bovine.
Fig. 2.5. — Globules rouges de bovidés, contenant le piroplasma higeminum, à différents stades de son
développement (Laveran et Nicolle).
L'aspect type est celui de deux corps piriformes réunis par leur extrémité effilée. Le globule rouge contient de 1 à 4 parasites ; ceux-ci sont toujours endoglobulaires dans le sang, quelquefois libres dans la raie ; M. Lequeux est arrivé à cultiver le piroplasma à 37", dans du sérum de bœuf fortement hémoglobinique.
§ IV. — Trypanosoine.
C'est encore par l'examen du sang qu'on peut dépister certaines affections dues au trypanosome ; Pordes et Dutton - ont récemment observé ce parasite chez un Européen atteint d'une fièvre rémittente ; depuis, 3 nouveaux cas ont été observés au Congo par Manson % Brumpl, Broden, chez des Européens présentant une fièvre intermittente non guérie par la quinine. Le trypanosome se trouve dans le sang d'une façon très irrégulière et au moment des
' LiGXKHKS. Trisleza ou inalarut bovine dans la République Arr/cnline. Buenos-.Vyrcs, 1900.
2 DuTTON. .lourn. of trop, iiied., p. 363, 367, 1901.
3 Ma.nson et D.vxiELS. Brif, med. Journal, 30 mai 1901.
ANALYSE BACTÉRIOLOGIQUE DU SANG
poussées fébriles. Une autre variété de trypanosome serait enfin la cause de la maladie du sommeil (Caslellani ' et Bruce -). Bruce a trouvé 38 fois sur 38 le parasite dans le liquide céphalo-rachidien et 12 fois sur 13 dans le sang.
Le trypanosome est surtout connvi comme Tagent de la dourine du cheval ou maladie du coït ^ C'est, comme Fhématozoaire, un
Pig. 26. — Trypanosome de la dourine (d'après Schneider).
parasite qui s'attaque aux globules rouges; on le retrouve comme lui dans le sang, souvent fixé par Tune de ses extrémités sur un globule rouge.
Il se présente sous la forme d'une anguillule de 25 à 30 de long, de 1 à 3 de large ; le parasite paraît constitué par un fuseau protoplasmique, que limite sur l'un des côtés une membrane ondulante, offrant de nombreuses plicatures. Une des moitiés du corps dessine une sorte de bec, contenant une sphérule brillante (centrosome),
1 Castellaxi. Jour», of trop, med., VI, p. 93-95, 1903.
2 BuucE. Brit. med. Journ., p. 1218, 23 mai 1903.
3 Un trypanosome assez voisin de celui de la dourine est l'agent du Nagana ou maladie de la mouche tsc-tsé, qui sévit chez le cheval, le mulet, le bœuf, le chien, le chat et est convoyée par la mouche tsé-tsé.
FILARIOSE.
l'autre moitié s'effile en un long flagellum, et montre un corpuscule ovale (noyau) plus volumineux que la sphérule.
Il se colore bien par le bleu de méthylène ou la thionine phé^iiquée.
§ V. - Filariose i.
C'est par l'examen du sang, en particulier par l'examen à l'état frais, qu'on peut, dans les cas de filariose, dépister l'agent parasitaire, la filaire du sang.
La filariose, affection très répandue dans les régions tropicales et sous tropicales, tient à la présence dans le corps de l'homme des formes adultes et embryonnaires de la filaire du sang.
Sous cette appellation, avec Patrick Manson, il faut distinguer aujourd'hui six espèces distinctes de filaria : nocturna, diurna, perstans, Demarquay, Magalhâesi, Ozzardi.
Seul le rôle de la filaire nocturne ou filaria Bancrofti, est aujourd'hui bien nettement établi et mérite d'être étudié en détail.
Technique. — Elle comporte surtout l'examen microscopique avec un objectif à sec, de faible grossissement, d'une goutte de sang frais, prélevé au niveau du doigt, vers minuit ; pour qu'on ait les plus grandes chances de rencontrer le parasite, il faut que le sujet soit déjà dans l'obscurité et endormi depuis deux heures environ, f^'examen doit porter surtout sur les points de la préparation où se produit une agitation insolite de globules rouges, révélatrice de la présence du parasite doué de mouvement. On peut aussi accessoirement utiliser des préparations de sang fixé et coloré ; la fixation se fait au moyen du mélange d'alcool absolu et d'éther ; la coloration, par la thionine ou le bleu de méthylène.
Description du parasite. — Le parasite apparaît sur les préparations de sang frais comme un ver, long, mince, grêle, extrêmement mobile. Il mesure 250 à 300 u de longueur et 7 à 11 de largeur ; de couleur gris perle, tirant un peu sur le jaunâtre, sous certaines incidences. De prime abord, le parasite donne l'impression d'un tube mince, transparent, à travers lequel circule avec rapidité un courant de liquide.
1 Consulter : R. Blanchaud. Traité de pathol. génér., t. II, Masson, édit. ; et les Traités d'hématologie d'EwiNG et de Da Costa.
ANALYSE BACTÉRIOLOGIQUE DU SANG
L'extrémité céphalique est arrondie; le corps, d'abord cylindrique, va régulièrement en s'amincissant à partir du dernier sixième de la longueur et se termine par une extrémité fmement pointue.
Le ver se compose d'un corps central enveloppé d'une gaine distincte, hyaline, sans structure ; cette gaîne qui est beaucoup trop large pour le corps, semble mal ajustée, elle donne selon l'expression de Da Costa, l'impression du pouce d'un gant d'adulte sur le petit doigt d'un enfant. Sur les préparations laissées à froid on peut assister au dépouillement de cette gaîne.
Un examen attentif avec un plus fort grossissement permet, en général, d'observer au niveau de l'extrémité céphalique, 35 à 40 fois
par minute, des mouvements alternatifs assez réguliers, de projection et de rétraction, dûs, comme on l'observe quand les mouvements du ver se ralentissent, à ce qu'une sorte de prépuce délicat, formant collerette à ses lèvres, couvre et découvre alternativement l'extrémité céphalique. On peut aussi noter, dans certaines circonstances, lorsque la tête est découverte, la présence d'un rostre filamenteux, qui est animé de mouvements soudains, de projection et de rétraction.
L'observation du corps de Tanimal montre, d'autre part, deux taches, une située derrière la tète, triangulaire, légèrement lumineuse, qui, par suite de sa forme, a été désigjiée sous le nom de pièce en forme de V ; cette tache a été regardée par Manson comme un organe générateur rudimentaire ; l'autre, qui a quelque ressem-
FILARIOSE.
blance avec la précédente, mais qui est plus petite, et est sise en un point placé juste au-dessus de la queue du parasite, pourrait être, d'après le même auteur, un anus rudimentaire.
La plus grande partie du corps semble être d'une structure homogène, sur les préparations fraîchement préparées du moins, car après plusieurs heures, on voit apparaître, d'abord au centre, puis s'étendant à la périphérie, un pointillé dû à des granulations grossières. Les parties latérales du corps semblent sillonnées de fines striations, disposées perpendiculairement à la direction du grand axe du corps, ressemblant au cordon d'une pièce de monnaie. On observe enfui, au niveau du tiers central du ver, une masse de matière granuleuse, disposée parallèlement au grand axe.
Dans le sang, la fdaire n'est jamais au repos ; elle présente sans cesse des mouvements rapides et violents qui en rendent l'examen très délicat; elle apparaît tantôt rigide, tantôt disposée en spirale, en nœud, elc. Si compliqués que soient ces mouvements, le ver semble ne jamais se renverser complètement. Malgré ses mouvements incessants, les contorsions brusques du corj)s, les coups de queue, l'animal ne semble pas progresser d'une manière bien effective. Da Costa l'a vu cependant avancer de quelques et même traverser le champ du microscope.
Rôle de la fîlaire. — Les embryons de la fdaire nocturne se trouvent dans le sang de la circulation périphérique beaucoup plus abondamment pendant la nuit.; depuis la fui de l'après-midi, jusqu'à minuit environ, ils envahissent la circulation périphérique en augmentant progressivement de nombre, avec quelques fluctuations en plus ou en moins ; il atteignent le maximum vers minuit pour diminuer ensuite graduellement jusqu'à huit heures du matin ; à cette heure, ils ont complètement disparu de la circulation périphérique et sont rentrés dans les vaisseaux profonds où ils resteront jusqu'à la fin du jour.
Lothrop et Pratt, cités par da Costa, ont pu trouver à minuit 2,100 embryons par millimètre cube de sang.
La périodicité de l'envahissement de la circulation périphérique est complètement renversée, si l'individu change ses heures d'activité
ANALYSE BACTÉRIOLOGIQUE DU SANG
OU de sommeil et fait du jour la nuit ; les vers apparaissent alors dans la circulation périphérique pendant le jour et regagnent la profondeur de la circulation pendant la nuit.
Rappelons sommairement le rôle joué par les moustiques dans la transmission de la fdaire. Le moustique cjui a piqué un individu atteint de filaire, est susceptible d'héberger la filaire dans son estomac ; l'embryon, dans cet organe, se débarrasse de sa gaine et parvient dans les muscles thoraciqvies du moustique où il subit une série de transformations. On a cru longtemps que la transmission du moustique à l'homme se faisait par l'intermédiaire de l'eau ; on supposait que le moustique gorgé de parasites cherchait une eau stagnante à la surface de laquelle il déposait ses œufs et mourait ; les larves de filaire s'échappaient alors du cadavre et se répandaient dans l'eau ; en ingurgitant cette eau, l'homme absorbait la filaire qui pénétrait dans le tube digestif et dans le système lymphatique .
Les recherches de Bancroft, de P. Manson et G. G. Low ' ont montré récemment qu'il y avait similitude absolue entre le mode de transmission à l'homme de la filaria et du plasmodium malariœ, par l'intermédiaire du moustique ; le moustique, dans les deux cas, transmettant à l'homme directement par piqûre le parasite puisé chez un individu déjà atteint de filariose ou de paludisme. A la suite de cette piqûre, les filaires déversées sous la peau accomplissent leur dernière métamorphose, arrivent à la maturité sexuelle, s'accouplent et engendrent les innombrables embryons qui, déversés dans les vaisseaux lymphatiques, sont entraînés ensuite dans la circulation sanguine.
Dans les vaisseaux lymphatiques, le ver est à l'état adulte ; les deux sexes sont généralement trouvés ensemble ; le mâle est incolore, incurvé, maisnon contourné en tire-bouchon à l'extrémité postérieure. La fente cloacale est fermée par deux lèvres un peu saillantes, l'une antérieure, l'autre postérieure, elle se trouve à 138 de l'extrémité caudale. On distingue au moins 3 paires de papilles postanales et peutêtre des papilles préanales ; on voit aussi 2 spicules, de taille inégale,
1 In R. Blanchard, Arch. de parasilologie, t. II, p. 280,
FILARIOSE.
longs de 200 à 600 ,j. suivant leur courbe ; ils présentent, une portion basilaire chilineuse longue de 120 à 170 et une portion terminale.
La femelle est un peu plus grosse que le mâle, de couleur brunâtre, l'extrémité antérieure est dépourvue de papille, la bouche est circulaire ; un léger étranglement s'observe à l'union de l'œsophage et de l'intestin ; la plus grande partie du corps est occupée par deux tubes utérins bourrés de myriades d'embryons à tous les états de leur développement. La femelle est d'ordinaire vivipare.
La filaria Bancrofti est la cause de l'éléphantiasis des Arabes, des tumeurs lymphatiques du scrotum, des abcès et varices lymphatiques des membres, de la chylurie endémique, de l'ascite chyleuse, de l'hydrocèle chyleuse.
D'après Manson, la forme de la maladie dépend de la situation occupée par la filaire dans les vaisseaux lymphatiques. Si l'obstruction est partielle, il n'en résulte que des varices lymphatiques (lymphoscrotum, engorgements ganglionnaires) ; grâce aux anastomoses, les fîlaires sont susceptibles de passer dans le sang et de là dans le cœur et de produire la chylurie. Si l'obstruction est complète, il ne passe pas de filaire dans le sang, on observe alors soit des ruptures de varices lymphatiques et de la lymj)horragie ; soit de l'éléphantiasis, de l'hématochylurie , de l'ascite, de l'hydrocèle chileuses.
Variétés de filaire. — On peut aussi trouver dans le sang d'autres variétés de filaire.
Filaria diurna, Filaria Loa (Guyot, R. Blanchard). — Celle-ci ne se distingue de la filaire nocturne que par ce fait que les embryons n'existent dans le sang que pendant le jour et à l'élat de veille. La forme adulte de cette variété serait la filaria Loa, qui se loge d'ordinaire entre la conjonctive et le globe oculaire et quelquefois sous la peau. Le moustique n'est plus ici l'agent intermédiaire, ce rôle serait dévolu à deux espèces de diptère.
Filaria perstans. — Cette variété est beaucoup plus petite que les autres, n'a pas de gaine, son extrémité postérieure est obtuse et non effilée, elle possède enfin un petit rostre rétractile, elle est
ANALYSE BACTÉRIOLOGIQUE DU SANG
douée de mouvements très actifs; elle est susceptible de vivre dans le sang plusieurs mois et même quelcpies aimées. On ne sait rien des migrations de cette variété de filaire.
La tilaria perstans a été incriminée, mais à tort, comme étant la cause de la léthargie des nègres ou maladie du sommeil. Cet état pathologique endémique sur la côte occidentale d'Afrique semble être dû à une variété de trypanosome.
FiLARiA Demarql AY. — Mausou désigne sous ce nom une variété de filaire qui est pourvue d'une gaine comme la filaria nocturna, mais qui existe à Fétat permanent dans le sang comme la perstans.
P. S. de Magalliâes a étudié enfin une autre variété de filaire, trouvée dans un cas à l'autopsie dans un caillot du ventricule gauche.
§ VI. - Bacille d'Eberth.
Dans une première période, les recherches entreprises pour déceler le bacille d'Eberth par la culture du sang sont toutes négatives : C'est ainsi qu'ont échoué E. Frsenkel et Simmonds, Seitz, Lucatello, Gaffky, etc. Plus tard, G aillard et A incent, Dobbin, de Grandmaison et Cartier, Déléarde, Barjon et Lesieur obtiennent des résultats positifs, mais exceptionnels. Le nombre des cas positifs augmente dans de fortes proportions avec les travaux de Schottmiîller, Castellani, Auerbach et Unger, qui trouvent 70 à 80 fois sur 100 le bacille d'Eberth dans le sang des typhiques. Neufeld et Castellani insistent sur la nécessité d'ensemencer de grandes quantités de bouillon
Communiquant les résultats de deux séries de recherches, portant sur 37 cas, J. Courmont d'abord, puis J. Courmont et Ch. Lesieur formulent la conclusion suivante : chez 33 malades, dont le sang a été ensemencé pour la première fois dans les vingt premiers jours de la maladie, la culture a toujours donné du bacille d'Eberth ; chez les 4 malades examinés au vingtième jour ou plus tard, la culture a été négative.
1 Cités par J. Columoxt. Soc. inéd. des hop., Tt déc. 1901.
^ J. CouK.MoxT et Lesielh, Soc. mcd. des Iiôp. de Paris, 'j déc. 1903,
VIBRION SEPTIQUE.
Avec la même technique, Widal ' (avec Luiier, Lemierre et Gadaïul), met. en évidence la présence du bacille dans le sang 17 fois sur 20 cas de fièvre typhoïde à forme moyenne ou grave. Par contre, dans 5 formes légères, à séro-diagnostic positif, le bacille ne put être isolé du sang.
En employant une technique un peu différente, que nous avons indiquée, Busqnet obtient des résultats positifs dans tous les cas qu'il étudie (83 fois sur 83 cas).
De même, Sacquépée et Perquis- trouvent le bacille dans le sang 32 fois sur 34 ; les deux essais négatifs concernent des malades chez lesquels la prise de sang avait été faite le 20*^ et le 22'' jour de la maladie. Le sang est prélevé dans la veine, défibriné immédiatement, réparti ensuite à raison de XV à XXV gouttes par ballon de 100 gr.
L'ensemencement dans le bouillon d'une grande quantité de sang a encore montré, au cours de la fièvre typhoïde, la fréquence relativement assez considérable des infections mixtes. Contrairement à J. Çourmont, qui dit n'avoir jamais trouvé le bacille d'Eberth associé à d'autres microbes, streptocoques on autres, AA'idal dans 5 cas, a trouvé des staphylocoques, concurremment avec le bacille d'Eberth ; dans 2 cas négatifs au point de vue du bacille d'Eberth, il a trouvé également du staphylocoque ; dans 1 cas, un bacille immobile, ne faisant pas fermenter le lactose; dans un autre, enfin, un streptocoque et un colibacille. Busquet a pu de même trouver les associations suivantes : 3 fois le pneumocoque et le bacille d'Eberth (pneumotyphoïde) ; 1 fois le streptocoque et le bacille d'Eberth (fièvre typhoïde à forme bilieuse) ; 3 fois le streptocoque et le bacille d'Eberth (fièvres typhoïdes graves) ; 3 fois le s.Laphylocoqne pyogène et le bacille d'Eberth) ; 1 fois un diplocoque indéterminé et le bacille d'Eberth.
§ VU. — Vibrion septique.
Le vibrion septique, étudié par Pasteur dans le sang des animaux de laboratoire ayant succombé à la septicémie expérimentale, n'a
1 Widal. Soc. méd. des hôp. de Paris, 5 déc. 1903.
* Sacquépée et Perquis. Soc. méd. des hôp. de Paris, 3 juin 1903.
ANALYSE BACTÉRIOLOGIQUE DU SANG
été rencontré chez l'homme clans le sang qu'après la mort. Comme il appartient au groupe des microbes saprophyliques capables d'envahir l'organisme pendant la période agonique, sa constatation n'implique pas nécessairement qu'il ait été l'agent de la maladie.
Rappelons cependant que Thiroloix a trouvé plusieurs fois dans le sang des rhumatisants un microbe très voisin du vibrion septique, microbe que Achalme a observé pour la première fois dans le myocarde et les valvules de malades ayant succombé au cours d'une attaque de rhumatisme articulaire aigu.
§ VIII. — Streptocoque.
Les divers bactériologistes qui ont recherché la présence du streptocoque dans le sang ont obtenu des résultats contradictoires ; pour la plupart, la constatation du streptocoque est exceptionnelle et ne se voit que dans les formes sévères de l'infection.
Dans la septicémie puerpérale, dit Widal, le streptocoque se retrouve assez rarement dans le sang puisé dans la veine et ensemencé abondamment ; il passe bien dans la circulation sanguine pour aller coloniser dans un viscère ou une séreuse, mais il n'y séjourne pas suffisamment pour qu'on puisse à tout coup le retrouver dans le sang périphérique ; il faut tomber quand on fait l'ensemencement au moment exact de la décharge bactérienne. De même, Ettlinger ' n'a eu de résultat positif qu'une fois sur 5 dans la fièvre puerpérale.
Dans l'érysipèle, le microbe est en général absent du sang et ne passe, d'après Achalme et Widal, que dans les cas mortels et encore, ajoutent ces auteurs, peut-être seulement lors de la période agonique.
Straus, de même, dans la fièvre hectique des phtisiques, n'a pu réussir à cultiver le streptocoque. Même en ensemençant plusieurs centimètres cubes de sang, Pétrusky n'a eu de résultat positif qu'une fois sur huit.
Rappelons, par contre, que Orth, Pasteur, Doléris ont obtenu plusieurs fois des résultats positifs par l'examen direct du sang et par la culture dans des cas d'infection puerpérale. Il en est ainsi
i Ettllnger. Thèse Paris, 1893.