CAILLOT
Même quand on veut estimer le poids des éléments secs du sérum et du caillot, on se heurte à la difficulté qu'il y a à laver le caillot sans le dilacérer et sans dissoudre ou entraîner une partie de ses éléments cellulaires.
Pour toutes ces raisons, il ne faut point demander aux analyses chimiques de sang une rigueur absolue.
Le sang à examiner est recueilli dans deux vases de verre tarés et jaugés.
1° Dans le premier vase, on reçoit le sang destiné à l'estimation de la fibrine. On note le volume et le poids total. On prend ensuite le caillot, on le lave sous un mince filet d'eau jusqu'à décoloration complète, et lorsque la fibrine parait à peu près pure, on la lave à l'alcool puis à l'éther, on la sèche et on la pèse.
Il est préférable, lorsqu'on le peut, de défibriner vivement le sang, en le battant, dès le début et pendant toute la durée de son écoulement, avec un petit balai de jonc dont les brins sont nettement coupés, ou en l'agitant avec des perles de verre dans le vase où on le reçoit. La fibrine précipitée est recueillie sur un filtre, puis lavée comme précédemment et pesée. Soit - ce poids; un calcul très simple fournit le poids de fibrine par kilogramme de sang.
2° Dans le second vase, le sang est abandonné à la coagulation ; puis on décante minutieusement le sérum que l'on place dans un troisième vase gradué et taré.
Soit P et V le poids et le volume du sang recueilli, P'et V le poids etle volume du sérum, on en déduira facilement le poids P — P' et le volume V — V du caillot. 11 est facile de calculer d'après cela le poids et le volume du caillot et du sérum par kilogramme ou par litre de sang.
Le poids àn plasma par litre est égal au poids du sérum additionné du poids de la fibrine. On pourrait encore évaluer ce poids en recueillant le sang dans des conditions qui retardent sa coagulation et en le centrifugeant aussitôt pour séparer le plasma des globules.
Ayant ainsi divisé le sang en deux parties : caillot, sérum, on peut soumettre ces parties à l'analyse.
§ I". — Caillot.
On peut y doser Vhémoglobine et le fer (Voir plus loin), et le phosphore.
Dosag-e du phosphore. — Le dosage du phosphore peut se faire dans le caillot ou dans le sang total.
On prend 10 grammes de sang qu'on carbonise avec précaution dans un creuset de nickel, en présence d'une quantité suffisante de potasse ou de soude caustique; on reprend et on épuise par l'eau bouillante le charbon formé ; on filtre et on
ANALYSE CHIMIQUE DU SANG
neutralise le filtrat par un acide minéral, tel que HGl ; on ajoute alors de l'ammoniaque et on précipite parla mixture magnésienne. On ajoute à nouveau une quantité d'ammoniaqueégaleau quartdu volumetotaldelaliqueur. Au boutde 12heures, on recueille le précipité sur un filtre à analyse; on lave à l'eau ammoniacale, on sèche à 100°, on sépare le précipité du filtre, on incinère le filtre ; puis on chauffe le précipité au rouge modéré, on blanchit les cendres par addition de quelques gouttes de So*H% on évapore et on pèse. Pour avoir le poids de P-0^ correspondant, il suffit de multiplier le poids trouvé par le coefficient 0,63964.
§ II. — Sérum.
On prend 10 cent, cubes de sérum qu'on introduit dans une capsule de platine. On pèse et on obtient le poidsp. On dessèche au bain-marie. Le poids p' du résidu sec, multiplié par 100 fournit le poids de l'extrait sec à 100° par litre de sérum. La différence de poids ^ — p', multipliée par 100 donne la quantité d'eau par litre.
L'extrait sec est calciné à basse température, avec de grandes précautions. On épuise par l'eau bouillante le charbon produit pour en séparer les sels. La solution saline ainsi obtenue est introduite dans un vase taré et séchée à 100°. Le poids p" du résidu salin ainsi obtenu retranché du poids du résidu sec total donne le poids p' — p" des matières organiques. Il suffit de multiplier par 100 les chiffres obtenus pour avoir le poids de sels et de matières organiques par litre de sérum.
Dosage des éléments minéraux. — Chlorures. — Le résidu salin est repris par l'eau. On y dose les chlorures par précipitation au moyen du nitrate d'argent et pesée du chlorure d'argent ainsi obtenu. Il est plus simple de se servir de la liqueur titrée de nitrate d'argent en présence du chromate de potasse ; la coloration rouge brique persistante indique la fin de l'opération; on opère avec une liqueur titrée de nitrate d'argent telle que 1 ce. de cette liqueur corresponde à 1 centigr. de NaGl. Il suffit alors de multiplier par 100 le résultat trouvé pour avoir la quantité de chlorures par litre.
Phosphates. — La quantité de phosphates contenus dans le sérum étant des plus minimes (0,2-0,3 p. 1000), on devra s'abstenir de les rechercher si on ne dispose pas d'une grande quantité de sérum.
La méthode classique de dosage des phosphates urinaires peut s'appliquer ici. 100 ce. de sérum, acidifiés par l'acide acétique, portés à 95°, pour y précipiter les albumines ; le tout est jeté sur un filtre et lavé à l'eau distillée, pour séparer le^ albumines. Le liquide filtré est complété à un volume déterminé, porté à 95°, et on y verse une solution titrée d'Mraî?e jusqu'à ce que la liqueur saturée forme avec le ferrocyanure de potassium en solution une coloration rouge brun. Cette limite atteinte, le nombre de ce. de liqueur graduée employée, divisé par 20, donne la teneur en anhydride phosphorique, si l'on a eu soin de se servir d'une liqueur titrée
SÉRUM
d'urane telle qu'on l'utilise pour les dosages urologiques^ Vu les très faibles quantités de phosphates existant dans le sérum, cette méthode ne présente aucune précision et permet des erreurs de 40-50 p. 100 de la quantité totale.
La méthode la plus avantageuse consiste à précipiter les phosphates par le molyhdate d'ammoniaque.
On se sert du réactif suivant : 150 grammes de molybdate d'ammoniaque sont dissous dans de l'eau tiède ; on complète à 1 litre avec de l'eau froide, et on verse cette liqueur dans un litre d'Az O'H de densité 1,20. Pour le dosage, on met dans un verre le liquide désalbuminé provenant de 100 ce. de sérum et on y ajoute 5 cent, cubes du réactif molylidique ; il faut faire couler le réactif, avec précaution sur les parois du verre et n'agiter le mélange qu'au bout de 2 heures, sans frotter les parois du verre. Le mélange couvert est abandonné 4 heures à 36°-40". Le précipité formé est recueilli sur un filtre taré et lavé avec de l'eau contenant — de son volume de réactif molybdique; on lave ensuite avec de l'eau
pure. Puis on dessèche le filtre pendant 6 heures à 90° dans une capsule de platine couverte, et on le pèse. Le poids du précipité de phosphomolybdate d'an>moniaque multiplié par le coefficient 0,03728 donne le poids de P"0\ Au lieu de peser le phosphomolybdate d'ammoniaque, on peut le doser volumétriquement par le manganèse.
Sulfates. — Les sulfates sont dosés par la méthode classique, en précipitant par une solution concentrée de chlorure ou d'azotate de baryum un volume connu de la liqueur obtenue par dissolution des cendres du sérum à l'eau bouillante. Le précipité, après digestion de 12 heures, est recueilli sur un filtre et lavé à l'eau distillée jusqu'à ce que l'eau de lavage ne donne plus la réaction de baryum. On sèche à 100° le précipité, on sépare le filtre et on l'incinère. On introduit ensuite le précipité dans une capsule de platine, on porte au rouge vif, on pèse. La quantité de So^ est déduite de ce poids en le multipliant par le coefficient 0,34335.
Dosage des éléments organiques et azotés. — Urée. — Le dosage de l'urée peut être fait dans le sérum ou dans le sang par le procédé suivant :
Un poids connu de sang défibriné ou de sérum est mélangé avec un poids égal de sulfate de soude cristallisé, acidulé avec quelques gouttes d'acide acétique. On coagule par ébullition ; tous les albuminoïdes, Thémoglobine et les principes des globules restent dans le caillot. On jette le tout sur un filtre et on lave avec de l'eau distillée très chaude, tant que le liquide de lavage se trouble par le nitrate d'argent. Le filtrat est évaporé au bain-marie et repris à chaud par l'alcool absolu ; la solution alcoolique est évaporée de même. Le résidu solide est traité plusieurs fois de suite par une petite quantité d'eau distillée bouillante et
1 Cette liqueur est d'une concentration telle que si l'on prend .oO ce. d'urine, le nombre de ce. de liqueur employée pour la saturation, divisé par 10, donne directement la teneur en grammes de P^O^.
ANALYSE CHIMIQUE DO SANG
réduit par l'ébullition à un petit volume dans lequel on dose l'urée par la méthode de Regnard.
Matières al.huminoïdes. — 1" La quantité des albuminoïdes du sérum peut être appréciée par la méthode suivante : le sérum obtenu est additionné de 3 fois son poids d'eau distillée. Dans cette dilution au quart, on dose l'albumine par la méthode d'Esbach. Il est facile, en multipliant par 4 le chiffre obtenu, de connaître la quantité d'albumine pour 41,000 ce. de sérum. Cette méthode est des plus inexactes et on doit, pour faire un dosage rigoureux, employer la méthode suivante :
2" On précipite les matières protéïques par l'ébullition dans un volume connu de sérum additionné d'acide acétique, on recueille le précipité sur un filtre taré et lavé à l'acide, puis on lave le précipité successivement à l'eau bouillante, à l'eau acidulée, à l'alcool, à l'éther, et on le dessèche jusqu'à poids constant, enfin on le pèse.
Azote total. — L'azote total peut être dosé, soit dans le sérum, soit dans le sang complet. 11 indique la proportion de matières albuminoïdes contenues dans le sérum ou dans le sang.
On le détermine le plus simplement par la méthode de Kjeldahl. 5 ce. de sérum (ou de sang) sont mélangés avec 20 ce. de SO*H- concentré dans un petit matras en verre ou une fiole conique à fond plat. On ajoute 1 gr. environ de mercure, et on chauffe jusqu'à ébuUition de SO^H- pendant une heure environ. Au bout de ce temps, le magma formé par le mélange primitif doit présenter l'aspect d'un liquide incolore tout à fait transparent. On l'étend d'eau jusqu'à 100 ce. environ ; on sature en présence de tournesol par la solution caustique de potasse, en refroidissant. On introduit quelques fragments de tournure de zinc et 20 ce. d'une solution concentrée de monosulfure de sodium, en adaptant le ballon à un réfrigérant de Schlœsing, et on distille en recueillant l'ammoniaque dans 100 ce. d'une solution décinormale de SO''^H-. L'excès d'acide sulfurique non saturé est ensuite retiré avec une solution décinormale de potasse. De la quantité de SO''H- saturé par l'ammoniaque, on déduit la quantité d'azote p. 1,000, en multipliant cette quantité par le coefficient 57,10.
Si, comme le fait Strauss, on dose directement Vazote de rétention (azote correspondant à l'urée, à l'acide urique, à l'ammoniaque, aux matières extractives) et qu'on le retranche de l'azote total déterminé comme ci-dessus, on obtient l'azote albuminoïde qu'il suffit de multiplier par le coefficient 6,23 pour obtenir la quantité d'albumine contenue dans le sérum.
Acide urique. — Procédé du fil. — Garrod a indiqué le procédé suivant pour rechercher et doser approximativement l'acide urique dans le sang :
Dans une capsule de porcelaine on place quelques grammes de sérum sanguin ^ou de sérosité de vésicatoire), et on y ajoute un dixième en poids d'acide acétique cristallisable dilué à 28 p. 100 (acide 28, eau 72). Dans ce mélange, on plonge deux fils provenant d'un tissu de toile un peu vieux. La capsule est abandonnée
SÉRUM
dans une chambre à la température de 15° à 18°, pendant deux jours environ, jusqu'à ce que le sérum soit presque sec. A ce moment, on retire alors les fils, qui sont garnis, si l'acide urique est en excès dans le sérum, de nombreux cristaux rhomboédriques facilement reconnaissables au microscope, l'examen étant fait dans l'eau pour dissoudre le léger dépôt de phosphates qui pourrait les masquer.
L'acide urique peut en outre être caractérisé par la réaction de la murexide.
Par l'abondance des cristaux on juge approximativement de la quantité d'acide urique. Garrod l'évaluait, pour 65 grammes de sérum : à 0 gr. 0016 quand il y a deux ou trois cristaux sur le fil ; à 0 gr. 00i^6 quand il y a plusieurs cristaux : à 0 gr. 0039 quand le fil est à peu près recouvert de cristaux, à 0 gr. 0052 quand le fil est complètement recouvert, à 0 gr. 013 quand il y a des cristaux non seulement sur le fil, mais disséminés dans le liquide.
Nous avons à plusieurs reprises recherché l'acide urique dans le sérum sanguin des malades atteints de goutte aiguë par le procédé de Garrod. Nous n'avons jamais pu obtenir ainsi les cristaux d'acide urique. La même recherche a été faite d'ailleurs sans plus de succès, par un certain nombre d'expérimentateurs, de sorte que le procédé de Garrod nous parait avoir une valeur très discutable.
Pour caractériser la présence et effectuer le dosage de l'acide urique dans le sérum, il faut s'adresser à des méthodes chimiques telles que la précipitation par l'acide chlorhydrique ou la précipitation à l'état d'urate cuivreux.
Ammoniaque. — On peut employer la méthode de NevcM ei Zaleski : le sang est mélangé dans le vide avec une quantité double d'eau de chaux, et distillé à une température ne dépassant pas 33° ; l'ammoniaque qui s'échappe dans ces conditions avec la vapeur d'eau est reçu dans une solution décinormale de S041^ Ce procédé donne des résultats erronés ; on obtient certainement ainsi de l'ammoniaque provenant de la décomposition des matières albuminoïdes, de l'urée et de la créatine. Pour empêcher le développement des bactéries, on ajoute un cristal de thymol.
Bases nucléiniques. — Les bases nucléiniques (xanthine, l'hypoxanthine, etc.) ainsi que la créatine, ont été caractérisées dans le sérum par Salkowski, Scherer et Salomon; mais ces auteurs n'ont pas pu les doser directement.
On ne peut en apprécier la quantité qu'en opérant par différence. Si sur du sérum désalbuminé, comme l'ait Strauss, on dose successivement l'azote total, puis l'azote correspondant à l'urée, à l'acide urique et à l'ammoniaque, l'azote restant correspond aux bases extractives.
Sucre. — Le dosage du sucre est très délicat'. Il faut le faire très rapidement, car le sucre se détruit très vite dans le sang. On commence par débarrasser le sang d'albumine en le mélangeant à un poids égal de sulfate de soude, et en le portant à l'ébullition. Le précipité, épuisé par l'eau et filtré, est soumis à l'action de divers réactifs.
1 Chai'elle. Elude sur le pouvoir réducteur de quelques sucies. Thèse Paris, 1899.
ANALYSE CHIMIQUE DU SANG
1° On peut doser le sucre au moyen d'une ligueur de Fehlivg titrée.
De la quantité de liqueur employée, on déduit par un calcul simple la quantité de glucose. Certains auteurs considèrent comme plus exact de peser directement l'oxyde de cuivre précipité : on sépare cet oxydule de cuivre par centrifugation, on le dessèche et on le pèse ;
2° Dans la liqueur filtrée, le sucre peut être dosé au moyen du polarimètre. La liqueur est introduite dans un tube polarimétrique de 20 ce. On lit sur l'échelle saccharimétrique de l'instrument la déviation observée ; en se reportant à la table annexée à l'appareil, on obtient directement la quantité de glucose pour 1000 ;
3" On peut aussi doser le sucre à l'état de glucose pliényl hydrazone (V. Jaksch) : Une solution est faite avec 0 gr. 50 de chlorhydrate de phényl hydrazine, 1 gr. 5 d'acétate de soude, et 6 ce. d'eau, puis chauffée doucement. 5 ce. du filtrat dépourvu d'albumine sont ajoutés à un volume égal de la solution. Le mélange est placé dans un tube à expérience à moitié rempli d'eau, chauffé une demi heure au bain-marie et refroidi.
Au microscope on voit alors les cristaux jaunes caractéristiques de phényl glucosazone mélangés aux cristaux incolores de sulfate de soude; on peut les recueillir sur un filtre, les sécher et les peser. On en déduit la teneur en glucose en multipliant le poids trouvé par le coefficient 0,666.