‹ Traité d'histologie : (volume 2)Chapitre 36 sur 163 · NOTION BIOLOGIQUE GENERALE DU PROTOPLASMA · texte numérisé non relu

NOTION BIOLOGIQUE GENERALE DU PROTOPLASMA

Le protoplasma est le substratum des êtres vivants et l’agent des phénomènes vitaux.

Voici deux individus vivants :

L’un est un animal, tout à fait inférieur ; il appartient au groupe des Protozoaires ; c’est une « Amibe » (fig. 1). L’autre n’est que l’un des nombreux éléments constituants d’un animal supérieur, d’un Métazoaire ; c’est un « amibocyte », le globule blanc de la lymphe de Grenouille (fîg. 2). La masse principale de l’un et de l’autre est formée par du protoplasma. C est cette sorte de chair (sarcode) molle et diffluente, plus consistante à la périphérie que dans la région centrale de l’individu, presque transparente et amorphe dans la partie corticale de l’amibe et de l’amibocyte, opaque et grosvsièrement granuleuse dans la portion centrale ; c’est cette masse qui change lentement de forme, qui s’étire en prolongements ou pseudopodes et se meut sous le microscope, et dont les mouvements et en général toutes les manifestations vitales sont la réponse à une excitation et font ainsi voir quelle est excitable, sensible.

Cytologie. I

CYTOLOGIE GÉNÉRALE ET SPÉCIALE

Tel est le proloplasma, tel que l’ont découvert, de i835 à i845, Dujardin, qui le nomma « sarcode » chez les êtres inférieurs, les Amibes par exemple ; Pürkinje, qui le trouva dans la matière des embryons des animaux et lui donna son nom de protoplasma; Hugo Mohl, qui le décrivit dans les cavités dont il vit les plantes creusées et qui fixa ses caractères essentiels.

La totalité du protoplasma contenu dans l’un et dans l’autre éléments

forme un ensemble qui est le corps protoplasmique. Il y a du reste dans l’Amibe et dans l’amibocyte autre chose que le corps protoplasmique, et, par suite, devrait-on conclure,, autre chose que du proto* plasma. On y voit un «noyau»

(n) ; c’est la masse cenratle plus claire, arrondie et entière

CJl

Fig. i. — Amibe à prolongements , les uns pseudopodiqaes et larges, les autres filiformes et flagelliformes (g. Mastigamœba ou Podostomum).

v , vésicule contractile. — cp. corps protoplasmique.— ps, pseudopodes. — n, noyau. — g , particules alimentaires. X25o.

Fig. 2. — Amibocyte de la lymphe de Gre nouille, variété grossièrement granuleuse (à l’état vivant).

cp, corps protoplasmique. — ps, pseudopodes. — n, noyau de forme irrégulière. — g , grains contenus dans le corps protoplasmique. X 7^0.

dans l’un, de forme irrégulière et triparti te dans l’autre, d’ailleurs dépourvue de mouvement propre. Des corps variés s’y trouvent encore; les uns ont été produits par le protoplasma lui-même, comme les grains [g) de l’amibocyte ; les autres ont pénétré dans le corps protoplasmique, venus du dehors, tels que les particules alimentaires (g) de l’Amibe.

Deux remarques sont nécessaires au sujet de l'emploi du terme de protoplasma.

Si le noyau de l’Amibe et de l'amibocyte est une partie vivante, et l’observation montre, # on peut dès à présent l’avancer, qu’il en est une, il doit, lui aussi, comme le corps protoplasmique, être essentiellement formé de ce protoplasma, qui est le substratum et l’agent de la vie. En outre de la masse de protoplasme qui constitue le corps protoplasmique, il doit y avoir un protoplasma nucléaire, formant le noyau. 11 ne peut y avoir de « théorie du

LE PROTOPLASMA ET LA CELLULE

protoplasma» (M. Schutze), c’est-à-dire de théorie plaçant le protoplasma à la base des phénomènes vitaux, qu’à la condition que ce protoplasma réside à la fois dans le corps protoplasmique et dans le noyau.

En second lieu, si les corps étrangers semés dans le protoplasma de l’Amibe et de l’amibocyte sont volumineux, bien délimités et facilement reconnaissables, ils pourront être aisément distingués par l’observation du protoplasma lui-même. Mais si ces corps sont petits, confondus dans le protoplasma et peu caractérisés, comme le sont par exemple les grains très fins qui donnent au protoplasma son aspect grenu, comme le sont les gouttelettes diffuses dans sa masse et l’imbibant à la façon d’un suc, il deviendra bien difficile de les distinguer du protoplasma. Et enfin, puisqu’on trouve dans le protoplasma des corps très petits et des corps diffusés dans sa masse, on peut supposer qu’il en existe encore de plus ténus et dé plus intimement mélangés au protoplasme.

De cette observation et de la supposition qu’elle fait naître, il suit que le biologiste se voit placé dans l’alternative suivante :

Ou bien, poursuivant au delà du domaine de l’observation son analyse histologique, il continuera logiquement à séparer du protoplasma, c’est-àdire de la substance vivante, les grains, les gouttelettes, les enclaves de toutes sortes, aussi petites qu’il pourra se les représenter, et voici ce qu’il conclura : Le protoplasma, tel que les premiers observateurs l’ont vu et tel que l’Amibe et l’amibocyte nous l’ont présenté, c’est-à-dire tel qu’on le voit dans les circonstances ordinaires de l’observation histologique, tel même que nous pouvons espérer le voir avec les meilleures lentilles, n’est pas le vrai protoplasma, celui de la définition, c’est-à-dire le substratum des êtres vivants, l’agent des phénomènes de la vie. Ce substratum, cet agent de la vie ne nous est pas et ne peut nous être connu par l’observation directe. Nous n’observons pas en effet l’état pur de ce substratum, mais des formes dérivées, modifiées et surchargées. Nous ignorons aussi l’essence même de la fonction de cet agent et ne connaissons que les manifestations de son activité. Le protoplasma n’est pas actuellement une chose objectivement connue. C’est une notion biologique théorique et une vue métaphysique au delà des faits constatés, une notion morphologique pour les morphologistes, physiologique pour les physiologistes. Il restera à déterminer cette notion, et puisque nous ne voyons pas le protoplasma, il restera à l’imaginer tel qu’il doit nécessairement être pour être le protoplasma de la définition.

Ou bien le biologiste, s’imposant une conception du protoplasma qui demeure dans les limites des phénomènes d’observation, arrêtera son analyse histologique à l’endroit où le microscope lui refuse ses services et tirera de ses observations toutes les conséquences qu’elles comportent. C’est que le substratum des êtres vivants, le protoplasma, n’est autre que ce mélange de corps gros et petits, de substances solides et liquides, de corps que l’on voit et d’autres qui sont trop petits pour être reconnus ; l’agent des phénomènes vitaux est ce complexe de corps tous diversement actifs et plus ou moins vivants, selon leur nature et selon leur grosseur, et la vie est la résultante de la collision de tous ces corps. Il n’y a pas lieu de chercher une substance vivante, en qui la vie réside à l’exclusion des autres, un proto-

CYTOLOGIE GÉNÉRALE ET SPÉCIALE

plasma pur, seul actif, seul vivant, la substance primordiale, sans surcharge ni mélange ; il existe une foule de substances vivantes.

Il n’y a pas à se figurer la vie comme un phénomène d’une essence particulière que nous ignorerons toujours et dont les effets extérieurs seuls peuvent être connus. Protoplasma est une notion biologique objective, morphologique aussi bien que physiologique, que l’on doit demander à la physique et à la chimie.

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