III. Exemples d’influences physiologiques
Après les mécanismes et les chimismes, il faut faire une place parmi les facteurs et les procédés de différenciation à des actions d’essence encore inconnue qu’on pourra provisoirement qualifier de physiologiques, et dont le type est l'influence nerveuse. Des recherches de Ranvier et de Scymonowicz ont montré que les cellules tactiles de la peau doivent leur forme caractérisristique et bien différenciée à l’action morphogène exercée par les nerfs qui viennent se terminer à ce niveau ; car ces cellules avant l’arrivée des nerfs étaient des éléments indifférents et ne commencent à se différencier chez l’embryon que quand les extrémités des nerfs sont parvenues jusqu’à elles. C’est donc l’influence nerveuse qui paraît avoir créé la forme de ces cellules sensorielles . C’est elle aussi qui maintient l’état différencié dans les cellules des organes des sens. Des expériences de Ranvier et d’autres auteurs sur l’organe du goût sont très probantes à cet égard. On sait que les organes du goût, situés dans la langue, sont représentés par des bourgeons épithéliaux, qui sont formés de cellules spéciales gustatives, et reçoivent les terminaisons du nerf glossopharyngien. Si, chez le Lapin, on sectionne ce nerf, de façon à annihiler l’influence physiologique qu’il exerce sur l’organe gustatif, on voit les cellules gustatives perdre en quelques jours leurs caractères d’éléments sensoriels et redevenir des cellules épithéliales ordinaires du revêtement lingual (fig. 254 ef 255). L’action morphogène émanée des nerfs, l’action physiologique en somme, crée donc la différenciation cellulaire; la cessation de cette influence physiologique nerveuse entraîne la perte de la différenciation.