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ARTICLE 3. — POUMON (1) I. — ANATOMIE MICROSCOPIQUE DU POUMON

Considéré anatomiquement, le poumon comprend les bronches intra pulmonaires qui s’y ramifient, le parenchyme pulmonaire formé des lobules pulmonaires, les vaisseaux et les nerfs, le feuillet viscéral de la plèvre qui recouvre tout l'organe.

Au point de vue histologique et physiologique, l'étude du poumon se réduit à celle du parenchyme pulmonaire, c'est-à-dire des lobules pulmonaires, ainsi que des vaisseaux et des nerfs qui s’y distribuent. Les bronches . intrapulmonaires en effet font partie de l'arbre bronchique qui a été étudié précédemment ; quant au feuillet viscéral de la plèvre, sa description est celle de toutes les séreuses.

1° ARCHITECTURE DU PARENCHYME PULMONAIRE ; LE LOBULE PULMONAIRE. — Le parenchyme pulmonaire est décomposable en lobules pulmonaires que. l'on a vus se former assez tardivement au cours du développement embryonnaire. La surface du poumon est divisée par des lignes, souvent noires; colorées par du charbon qui y est déposé, en territoires polygonaux à 4, 6

(1) La plus grande partie de cet article est empruntée à LAGUESSE.

OR PUR Ce SONT TO AN EU ES VERT ET .— fa ELT CUITS Pat US POESIE . G A tr cbr a Ann es, : d ds à

ou 8 côtés, mesurant de 1 centimètre à 1,5 centimètre de diamètre. Ce sont les bases d'autant de blocs pyramidaux de même hauteur que la largeur de la base. Dans l'intérieur du poumon existent des corps de même forme, quoique plus polyédriques. Ce sont là les lobules pulmonaires. Le lobule pulmonaire est l'unité anatomique du poumon. Il reçoit une bronche unique qui en est comme le canal excréteur, qui en forme le pédicule et qui en se continuant dans son intérieur en constitue l'axe ; il est irrigué par une seule artère, branche de l'artère pulmonaire. Cette bronche et cette artère lui appartiennent en propre, et peuvent être insufflées ou injectées isolément. L'indépendance du lobule vis-à-vis de ses voisins est assurée par l'existence de cloisons conjonctives qui l’en séparent; ces cloisons sont faciles à détruire chez les jeunes sujets el rendent l'isolation du lobule pulmonaire possible par la dissection. Chez les Ruminants, de larges espaces lymphatiques que contiennent ces cloisons facilitent encore la dissection du lobule. Elle devient très difficile au contraire chez l'Homme adulte et surtout chez le vieillard, parce que la cloison séparatrice est rendue avec l’âge plus dense et plus ré-

F1G. 453. — Schéma du lobule pulmonaire. sistante. A. Bronche intralobulaire. — abc, branches collatérales. — C,D, les deux branches de division de la bronche intra- 20 TOPOGRAPHIE DU LO-

lobulaire. — ac, un acinus. — /,l, cloisons limitantes du Er, lobule. — Au-dessus de æy, étage supérieur du lobule. — NRC FOR À. Ga- Au-dessous l'étage inférieur, divisible lui-même en deux vités respiratoires du lo-

sous-étages. D'après LAGUESSE. bule. — On peut appeler,

avec CHARcOT, topographie

du lobule pulmonaire la distribution réciproque des bronches, des cavités

respiratoires, des vaisseaux et des nerfs et du tissu conjonctif dans cette

unité anatomique qu'est le lobule pulmonaire. Ce sont les lobules sous-pleu-

raux, de forme pyramidale, qui fournissent pour l'étude de la topographie lobulaire l'exemple le plus typique.

Le lobule est appendu par son sommet à la bronche lobulaire (ou « suslobulaire ») qui en forme le pédicule (fig. 454, 6.1.) ; cette bronche se continue dans le lobule, dont elle forme l'axe, et devient la bronche intra-lobulaire (fig. 453, A, fig. 454, b.i.l.). Celle-ci après avoir fourni quelques bronchioles collatérales, se divise en deux bronches d'égale importance, qui à leur tour se partagent par dichotomies successives en une trentaine de bronchioles terminales (Cuarcor) ou bronchioles acineuses (GRranNcHER) (fig. 454, b.a.). Les bronchioles collatérales émises par le tronc intralobulaire et par ses plus

grosses branches de bifurcation se comportent de la même manière. Il en résulte que l'arbre bronchique se termine dans chaque lobule par un nombre assez considérable (de 50 à 100) de bronchioles terminales ou nerveuses. Celles-ci méritent bien le nom de terminales parce qu’elles terminent en effet l'arbre bronchique, parce qu'elles sont les dernières ramifications possédant encore la structure bronchique pure, et que dans les canaux qui leur font suite la paroi offre désormais le type respiratoire caractérislique du parenchyme pulmonaire. Le terme de bronchioles acineuses n’est pas moins justifié; car chacune de ces bronchioles conduit dans un bouquet ou acinus de cæcums respiratoires appelés déjà plus haut les canaux alvéolaires. D'après ces données, LaGuesse divise le lobule pulmonaire en trois étages (fig. 453). L'étage supérieur A comprend le tronc bronchique intra-lobulaire et ses collatérales; l'étage moyen B renferme les branches successives de bifurcation de la bronche intra-lobulaire ; dans l'étage inférieur C sont enfin ‘contenues les bronchioles acineuses avec les acinus dans lesquels elles conduisent.

Le schéma qui vient d’être donné pour la distribution des bronches à l’intérieur du lobule est celui de LaGuesse. Ceux plus

Fi1G. 454. — Coupe du poumon du Rat, pour l'ensemble

anciens, de RINDFLEISCH et CHar- de la constitution du lobule pulmonaire.

cor d'une part, de GRANCHER bl, bronche lobulaire ou sus-lobulaire. — bil, bron- ; : ps che intralobulaire. — ba, bronche acineuse ou

d'autre part, en diffèrent sur terminale. — v, carrefour correspondant au vesti-

quelques points. D'après les pre- bule.— ca, canaux alvéolaires — à, infundibulum.

Hs £ — a, alvéoles pulmonaires, que la coupe montre miers, le nombre des collatérales soit ouverts dans l'infundibulum, soit clos de toutes

est très considérable, celui des parts. X 60.

divisions terminales est de qua-

tre seulement ; le nombre total des bronchioles ultimes ne dépasse pas une trentaine. Le schéma de GRANCHER réduit au contraire les collatérales, augmente le nombre des bifurcations successives de la bronche intralobulaire, sans accroître cependant celui des bronchioles acineuses, qui demeure le même que dans le schéma précédent.

Il reste maintenant à résoudre la question la plus importante et aussi la plus discutée de l'architecture du lobule, la disposition des cavités respiratoires appendues aux bronchioles terminales.

La descriplion que nous avons tracée (en l’empruntant à Lacuesse et à

d'Harnivizcer) du développement de l'arbre épithélial aérien a préparé un schéma très simple de la disposition des cavités respiratoires chez l’adulte. Les dernières divisions de la ramification épithéliale, en se couvrant de dépressions alvéolaires, donnent lieu à des canaux alvéolaires ou cavités respiratoires. Chaque bronchiole terminale se termine par un système compliqué de ces canaux alvéolaires, auquel convient le nom d'acinus pulmonaire. LAGUESSE précise comme il suit ces dispositions.

Il a suivi une bronchiole acineuse et le bouquet de canaux alvéolaires qui lui fait suite, dessiné les coupes correspondantes, décalqué ces dessins sur des plaques de cire, superposé ces plaques et obtenu par leur superposition le modèle exact mais très grossi de tout ce petit système. On peut avoir, mais très difficilement, des moules du lobule pulmonaire, en poussant des injections fines dans les tuyaux bronchiques et en corrodant ensuite le

tissu ambiant par un acide. Il se produit aussi parfois, dans les exsudats de

la pneumonie fibrineuse, des fragments de moules naturels des cavités respiratoires.

La bronchiole acineuse porte, de place en place, quelques alvéoles disséminés ou en file, tout en conservant son caractère net de tuyau bronchique. Puis elle s’élargit, sa paroi s’amincit, les alvéoles se multiplient sur son pourtour, la bronche cesse d’être reconnaissable et se change en un conduit d'aspect nouveau, le canal alvéolaire. D'ailleurs, l'arbre pulmonaire creux continue à se ramifier jusqu’à sept fois de suite ; mais les rameaux sont dès à présent courts et larges; l’arborisation, au lieu d’être grêle comme précédemment, est serrée et ramassée et prend la forme d’un chou-fleur. Les alvéoles qui couvrent la paroi des canaux sont de dimensions variables, mesurant en moyenne de 0,1 à 0,25 millimètres de diamètre ; leur diamètre s'accroît beaucoup avec l’âge parce que l’élasticité de leur paroi diminue et que leur extensibilité augmente. L'ensemble des rameaux ultimes appendus à une bronchiole terminale forme un acinus pulmonaire, assez comparable à un acinus glandulaire, et mesurant environ 2 millimètres de diamètre.

La description de LaGuesse est sensiblement analogue à celles de Fr. E. Scuzze et de Caarcor. Mais elle modifie celles de plusieurs de ses devanciers, en les simplifiant, en en retranchant certains détails reconnus pour inexacts ou tout au moins pour accessoires. C’est ainsi que CHARCOT et plus tard Mizcer ont appelé « vestibule » l'endroit légèrement élargi où la bronchiole terminale se partage en plusieurs canaux alvéolaires (fig. 454, w.); cet élargissement est assez insignifiant pour pouvoir être négligé. Micer a nommé « atrium » une sorte de carrefour, qui, comparable à celui des habitations pompéiennes et romaines, donne accès dans plusieurs chambres respiratoires. Enfin et surtout, Rossienoc a depuis longtemps introduit dans le plan d'architecture du lobule pulmonaire la notion de l’« infundibulum », qui a été admise classiquement et que LAGUESsE condamne expressément. D’après RossiGnoLz et tous ceux (KôüLLIKER, SAPPEY, MILLER) qui l'ont suivi, les canaux alvéolaires (fig. 454, c.a.) se terminent par des culs-de-sac renflés en entonnoir (« infundibulum » de RossiGnoz, « lobule élémentaire » de KôL- LIKER, « lobule primitif » de SapPEy, « sac aérien » de Mizer) (fig. 454, £.) où débouchent un certain nombre d’alvéoles ou vésicules pulmonaires. Exagérant encore les données de RossiGnoz, on fit de ces sacs terminaux les

< “id

unités élémentaires du poumon. Il ne s’agit au contraire, d’après SCHULTZE et LacuEsse, que de l'extrémité borgne des canaux alvéolaires ; cette extrémité, qui est souvent effilée, ne mérite même pas les noms d’infundibulum et de sac sous lesquels on a voulu l’individualiser.

B. Tissu conjonctif, vaisseaux et nerfs du lobule. — La distribution des vaisseaux est la suivante. Avec la bronche lobulaire pénètre une branche de l'artère pulmonaire, exclusivement destinée au lobule, dont les rameaux suivent exactement les ramifications bronchiques, sauf que la division de l'artère est un peu moins régulière que celle de la bronche et se fait aussi un peu auparavant. Quant aux veines, leur trajet est tout différent. Les veinules nées du réseau capillaire des acinus gagnent en effet non pas l'axe, mais au contraire la périphérie du lobule pulmonaire ; elles s’y réunissent en un réseau situé dans la cloison interlobulaire, duquel partent les troncules veineux qui vont rejoindre l'artère pulmonaire lobulaire et suivent désormais dans leur trajet les branches artérielles.

Les lymphatiques, d’après la plupart des auteurs, ne vont pas jusqu’à l'extrémité des conduits alvéolaires et ne dépassent pas les bronches proprement dites ; ils suivent le même chemin que les veines.

Quant aux nerfs, ils accompagnent surtout les divisions interlobulaires des bronches et de l'artère pulmonaire.

Chaque lobule est entouré par une gaine de tissu conjonctif confondue avec celle des lobules voisins. CHARCOT a proposé d'appeler « espaces interlobulaires » ces cloisons de {issu conjonctif qui séparent les lobules les uns des autres et les a comparés aux espaces portes ou interlobulaires du foie. Il en a distingué, sous le nom d°« espace intralobulaire », le tissu conjonctif qui à l’intérieur du lobule entoure l'artère et la bronche lobulaire ainsi que leurs ramificalions. Cette distinction a surtout une valeur anatomo-pathologique. Il a observé en effet que dans certaines scléroses diffuses du poumon la lésion débute par la condensation du tissu interlobulaire. Au contraire, les tubercules miliaires se développent primitivement dans le tissu conjonctif intralobulaire, en nodules inflammatoires péribronchiques.

IT. — HisToLoGIiE DU POUMON.

1° STRUCTURE GÉNÉRALE DES PAROIS DES CAVITÉS RESPIRATOIRES. — Les cavités respiratoires dont il s’agit sont les canaux alvéolaires et les alvéoles eux-mêmes qui s'y ouvrent.

Les canaux alvéolaires ont une structure très différente de celle des bronchioles acineuses qu'ils continuent. Les différences portent sur la tunique interne, fibreuse et musculeuse, et surtout sur la tunique muqueuse. L'élément musculaire, si développé dans les plus petits tuyaux bronchiques, se réduit de plus en plus, dans les canaux alvéolaires et dans leurs branches de division ; il n’est plus bientôt représenté que par des faisceaux espacés, surtout développés au niveau des éperons de bifurcation ; aux extrémités des canaux alvéolaires les muscles ont disparu. Ces fibres musculaires sont, d’après KôzuxEer, d'origine entodermique, formées par l'épithélium avec

PSE ho dr . ENT EAT- SOIT

lequel, par suite de l’amincissement de la muqueuse, elles arrivent à être presque en contact. Par contre, l'élément élastique devient plus important dans les dernières divisions des canaux alvéolaires.

La muqueuse, très mince, porte un épithélium caractéristique, bien différent de celui des bronchioles terminales ; c'est celui que nous avons déjà nommé épithélium respiratoire. Dans les bronchioles terminales ou .

RAR t Alé: Z

F1G. 455. — Coupe d'un poumon de Lapin, montrant le passage de l'épithélium bronchique à l'épithélium respiratoire.

Imprégnation au nitrate d'argent.

Br, bronche intralobulaire. — br, branches collatérales de cette bronche. — E, trous correspondant à la lumière des bronches collatérales. — p, passage de l'épithélium bronchique à l'épithélium respiratoire, au niveau des canaux alvéolaires; l’épithélium cubique et foncé de la bronche devient discontinu et forme des îlots entre lesquels s'intercalent des plages ou des chemins clairs à épithélium respiratoire.— a, alvéoles avec épithélium respiratoire. Celui-ci (er) se caractérise par de petites cellules foncées, pe, pel, pe?, desquelles partent des lignes noires, tracées par l'argent, correspondant aux limites de grandes plaques cellulaires ple. ;

Préparation de ST. Mazrarski. X 70.

acineuses, l’épithélium était formé de cellules cubiques, sans cils. Cet épithélium cubique persiste dans les premiers canaux alvéolaires, mais il est de plus en plus fortement mélangé de plaques d’épithélium respiratoire. Dans les alvéoles, le type respiratoire existe seul (fig. 455).

20 ÉPITHÉLIUM PULMONAIRE OU RESPIRATOIRE. — À. Caractères généraux de l'épithélium. — Cet épithélium respiratoire est si mince que pendant longtemps on a nié son existence. Les anciens auteurs admettaient que dans

les cavités respiratoires le tissu conjonctif est à nu, le revêtement épithélial entodermique du poumon ayant disparu secondairement. On voulait expliquer par là les différences de l’inflammation des bronches tapissées par un épithélium (bronchite) et de celle des alvéoles pulmonaires dépourvus de tout épithélium (pneumonie). L'emploi du procédé d'imprégnation au nitrate d'argent révéla à Eserta, ELENZ, Cu. Scamior l'existence de cet épithélium- C’est chez les Batraciens qu'il existe sous sa forme la plus simple, et c'est le poumon de ces animaux qui doit être pris comme point de départ pour l'étude de l’épithélium respiratoire. Pour en prendre une bonne idée, il faut examiner à plat la face interne d’un poumon de Triton ou de Grenouille,

- où les contours des cellules épithéliales ont été tracés par le nitrate d'argent,

où les noyaux ont été colorés par un réactif quelconque, où enfin le réseau des capillaires sanguins est bien visible. On voit alors (t. I, fig. 433) un dessin polygonal noir, correspondant aux limites des cellules épithéliales. Les noyaux cellulaires entourés de protoplasma granuleux peuvent être situés au milieu du champ cellulaire. Mais ordinairement ils sont rejetés dans un coin du territoire cellulaire; les noyaux des cellules contiguës forment ainsi des groupes de deux, trois ou davantage. Cette disposition s’explique par les rapports que l'épithélium pulmonaire offre avec les vaisseaux sous-jacents. Toute la surface interne du poumon est tapissée par l'épithélium. Mais cette surface est inégale ; les vaisseaux capillaires, en effet, forment un réseau de bourrelets saillants dans la cavité du poumon. L'épithélium pulmonaire s'adapte à ces accidents de surface. Tandis que la

partie de la cellule qui est amincie en une lamelle recouvre les saillies des

vaisseaux, la partie protoplasmique et nucléée beaucoup plus épaisse s’enfonce dans les mailles du réseau, tapissant ainsi concurremment avec les régions semblables des cellules voisines le fond de ces fossettes intercapillaires. Ainsi est réalisé le dispositif le plus parfait pour assurer l’hématose, celui qui réduit au minimum la barrière que l’oxygène de l'air et les gaz du sang ont à traverser. L'air et le sang ne demeurent plus séparés que par deux lamelles très minces adossées l’une à l’autre : celle de l'endothélium du vaisseau sanguin, et celle de la cellule épithéliale pulmonaire. On peut confirmer l'existence de cette disposition caractéristique sur des coupes verticales de la paroi pulmonaire. Elles montreraient que les capillaires sanguins font saillie dans la cavité pulmonaire, et que ces saillies paraissent être nues, Lant est mince la lamelle d’épithélium pulmonaire qui les recouvre ; on trouverait dans les intervalles des capillaires, dans les fossettes intercapillaires, les nids des noyaux épithéliaux entourés de protoplasme granuleux.

On rencontre çà et là dans le poumon de la Grenouille une disposition qui établit un passage à celle, plus compliquée, qu'offrent les poumons des Mammifères. On voit en effet par places chez la Grenouille les fossettes intercapillaires occupées par de petites masses granuleuses et nucléées, qui ne sont plus seulement comme précédemment les portions des grandes cellules, mais qui sont devenues des cellules indépendantes. L’épithélium tend ainsi à prendre le type polymorphe ; il est devenu polymorphe chez les Reptiles et plus encore chez les Mammifères. On y trouve en effet deux sortes de cellules épithéliales, que le nitrate d'argent suivi d’un colorant

HisTOLoGiE Il. 61

nucléaire met en évidence. Ce sont d'une part de grandes plaques cellulaires, irrégulièrement polygonales sans noyau, pouvant mesurer jusqu’à 100 & de diamètre (fig. 455 et 457, p£.c.) ; elles recouvrent les capillaires sanguins ; les lignes d'imprégnation qui les limitent peuvent se prolonger et se perdre dans leur intérieur, ou aboutir à une petite cellule (p.c.!) qui se trouve “ainsi comme enclavée dans la grande plaque cellulaire. Les petites cellules (p.c.), granuleuses, nucléées, de contour polygonal, trois ou quatre fois plus petites que les éléments précédents, occupent les fossettes intercapillaires ; elles sont tantôt isolées (p.c., p.c.!), tantôt réunies en groupes plus ou moins nombreux (p.c.?).

L'examen de coupes verticales de la paroi pulmonaire complète. les vues de face de poumon imprégné au nitrate d'argent (fig. 456). Les capillaires (c.) y paraissent, à cause de l’extrême minceur des plaques cellulaires qui les recouvrent, dépourvus de tout revêtement épithélial, quand la coupe n'intéresse pas un noyau de l’endothélium du capillaire lui-même (n.e.). Les fossettes intercapillaires sont tapissées par les petites cellules (p.c.), qui ont la forme de lentilles biconvexes ou simplement plan-convexes à convexité tournée vers la cavité pulmonaire.

L'étude de la structure fine des parois alvéolaires est rendue très difficile par leur grande minceur et par l'irrégularité de leur constitution.

F6. 456. — Coupe des parois alvéolaires L'épithélium respiratoire avec ses deux chez l'Homme, sortes d'éléments est une acquisition secon- Chacun des dessins comprend les pa- aire, Primitivement les cavitésrespiratoires rois adossées de deux alvéoles con- ï L :

tigus. — c, capillaires absolument étaient tapissées par un épithélium uniforme, supers, coupés transversale abord cubique, puis plat. On admet géné-

ment ou longitudinalement. — ne, + leurs noyaux endothéliaux.— g,glo- ralement que la transformation de cette coubules rouges contenus dans ces : k ‘ : : ; capillaires. — L, un leucocyte. — pe, Che épithéliale en épithélium respiratoire petites cellules épithéliales isolées n'est pas graduelle, mais soudaine, et qu'elle ou en groupes, l'une paraissant des- 5 z à à : quamer. < 250. succède aux premières inspirations qui en sont de plus la cause déterminante. On a pu constater en effet que chez un nouveau-né venu au monde avant terme, mais ayant respiré même pendant un temps très court, l'épithélium était déjà en partie transformé, bien qu'il ne soit pas arrivé au terme normal de son développement. Les grandes plaques cellulaires y étaient visibles ; elles étaient dues à ce que sous la pression de l'air inspiré et par suite de la distension de la paroi pulmonaire, les petites cellules primitives avaient été subitement forcées de s’élargir considérablement. Beaucoup de ces plaques cellulaires étaient d'ailleurs en train de perdre leur noyau et leur protoplasma et de se réduire à l’état de lamelles amorphes qu'elles auront défi-

nitivement. On admet que les plaques définitives de l'épithélium pulmonaire

ne dérivent pas de l'agrandissement pur et simple des petites cellules, mais que pour former une plaque plusieurs de celles-ci peuvent se fusionner par leurs bords. On explique ainsi : l'existence de plaques très étendues qu'il serait difficile de faire provenir d'une seule petite cellule ; la présence de

- lignes noircies par l'argent qui pénètrent plus ou moins profondément dans

ces plaques et qui seraient les traces des contours de petites cellules incomplètement fusionnées ; l'existence de petites cellules granuleuses complètement enclavées dans les plaques cellulaires.

La transformation des cellules épithéliales primitives en larges plaques anucléées est due à une adaptation fonctionnelle remarquable de l’épithélium pulmonaire. Les cellules seront en effet physiologiquement d'autant plus parfaites qu'elles seront plus minces, et se laisseront plus facilement traverser par l’air et par les gaz du sang. Ce perfectionnement physiologique sera atteint ici au prix d’une dégradation morphologique, puisque les cellules les mieux adaptées auront perdu tout caractère cellulaire en perdant leur-protoplasma et leur noyau. Les fibres du cristallin, les hématies sont de même (voir t. I, p. 517 et 573) des éléments très adaptés à leur fonction, mais auxquels cette adaptation a coûté leur caractère cellulaire.

Les petites cellules granuleuses peuvent être considérées comme la reproduction chez l'adulte des cellules épithéliales cubiques de la paroi pulmonaire du fœtus ; ce sont des éléments jeunes, capables de proliférer et de fournir des cellules nouvelles qui se transformeront à leur tour en plaques épithéliales.

B. Réparation de l'épithélium. — Les anatomo-pathologistes attribuent classiquement à l’épithélium pulmonaire, si dégradé morphologiquement, la faculté de récupérer sa vitalité, de proliférer et de régénérer un épithélium nouveau. Voici par exemple ce qui se passe, d’après Corniz et RANVIER, au cours des inflammations soit expérimentales, soit naturelles du parenchyme pulmonaire. Les cellules épithéliales se tuméfient, deviennent très granuleuses ; leurs noyaux prolifèrent. L'épithélium ainsi transformé se desquame et tombe dans la cavité alvéolaire, ainsi que beaucoup de cellules lymphatiques qui passent par diapédèse de l’intérieur des vaisseaux dans la lumière de l’alvéole. Dans la période aiguë de l'inflammation, ces éléments cellulaires se trouvent en grande abondance au milieu du liquide exsudé et parmi les filaments fibrineux qui remplissent la cavité alvéolaire. Quand l'inflammation est sur son déclin, on trouve à la périphérie de l’alvéole une couche de cellules tuméfiées et granuleuses, adhérant les unes aux autres en une membrane épithéliale, qui bientôt s’appliquera à nouveau à la surface interne de la paroi pulmonaire et en reconstituera l’épithélium.

Ces faits d'observation, constatés par tous les anatomo-pathologistes (Corxiz et Ranvier, CHARCOT, KÜTTNER et d’autres), sont indéniables. La régénération de l’épithélium pulmonaire peut être mise sur le compte des

petites cellules granuleuses qui n’ont pas perdu leur qualité cellulaire. II

est plus difficile au contraire de comprendre comment des éléments tels que les plaques épithéliales, déchus de leur dignité cellulaire, seraient capables de proliférer, de multiplier le noyau qu'ils ont perdu, et de régénérer l'épithélium pulmonaire.

A la question du sort des éléments épithéliaux dans l'inflammation du parenchyme pulmonaire se rattache celle des cellules à poussière (Staubzellen) ou « cellules à charbon ».-On sait qu'avec l'air inspiré pénètrent dans le poumon des poussières de toute nature, notamment des poussières de charbon provenant des fumées des grandes villes ; ces poussières donnent lieu à des dépôts normaux de charbon qui se font dans l'épaisseur du poumon et qui constituent l'anthracose pulmonaire. Avant de pénétrer dans l’intérieur de la paroi pulmonaire, les particules de charbon sont passées par les voies respiratoires et par les alvéoles pulmonaires. On trouve dans la cavité de ces alvéoles les cellules à poussière ou cellules à charbon, éléments chargés de particules charbonneuses qu'ils ont phagocytées. On a beaucoup discuté sur l’origine et la signification de ces cellules à poussière. Les ans les ont . considérées comme des leucocytes sortis des vaisseaux, ayant émigré dans la cavité alvéolaire. Les autres en ont fait des cellules épithéliales qui, à la suite de l'irritation déterminée par ces poussières, sont tombées dans la cavité pulmonaire, où-elles ont phagocyté les parcelles charbonneuses. On trouve en effet tous les intermédiaires entre les cellules à charbon et les petites cellules granuleuses de l’épithélium pulmonaire. Quelle que soit la nature des cellules poussiéreuses, le processus anthracosique a deux issues possibles : ou bien les cellules cèdent leur charbon à des leucocytes migrateurs qui le transportent dans les lymphatiques et de là dans l'épaisseur de la paroi pulmonaire ; ou bien les cellules sont entraînées vers les bronches et chassées au dehors par l'expiration et par le mouvement des cils de l’épithélium bronchique. :

En outre des cellules à charbon, il y a des cellules dont la poussière est de nature graisseuse (Grr8err et Jomier). La graisse qu’elles contiennent circule dans les capillaires, apportée par l'artère pulmonaire ; une partie est entraînée par la veine pulmonaire ; une autre est consommée sur place ; une autre est reprise par les leucocytes et déposée ensuite dans les parois alvéolaires et bronchiques, dont elle infiltre les cellules épithéliales.

3° PAROI PROPRE DES CAVITÉS RESPIRATOIRES. — En dehors de l’épithélium, la paroi des cavités respiratoires (canaux alvéolaires et alvéoles) est formée par une membrane très mince, vaguement fibrillée dans les canaux alvéolaires,amorphe dans les alvéoles terminaux; certains auteurs (Fr. E. ScHuLzE) y ont signalé quelques noyaux. Cette membrane est renforcée par des fibres élastiques et par des fibres musculaires lisses. C’est entre elle et l’épithélium respiratoire que se trouve le réseau capillaire sanguin.

Avant d'aborder l'étude de ces différentes parties constituantes, une question se pose au sujet de la paroi des cavités respiratoires. C’est de savoir si cette paroi est continue, ou si elle est percée de trous, à travers lesquels les alvéoles peuvent communiquer directement entre eux. L'existence de ces trous ne peut guère être mise en doute. Mais les uns nient leur existence à l'état normal et croient que les communications interalvéolaires ne s’'établissent que par les progrès de l’âge et à la suite de processus pathologiques (Scauzrz, KôzuiKker, FR. E, ScuuLrze, v. EBNER, AIGNER, MiLLer, ÉPPINGER). Les autres admettent leur présence dans des poumons parfaitement sains et les attribuent à un processus normal analogue à celui qui amène la fenes-

tration des séreuses (HANSEMANN, Supsuxi, Nicoras (fig. 457, 4,{). Par ces pores ou même ces « canalicules poreux » (Konn) on peut injecter tout un groupe d’alvéoles en même temps. D’après Hansemanx, les cellules épithéliales se continuent les unes avec les autres à travers ces pores, sur le bord desquels leur noyau peut être situé. Ces trous sont souvent de la grandeur d'une cellule ou plus petits ; ils sont plus grands sur des poumons emphysémateux. Ni les fibres élastiques ni les vaisseaux n'ont avec ces pores de relations définies ; mais les lignes d’imprégnation des plaques cellulaires épithéliales qui y aboutissent se continuent autour des trous.

A. Réseau élastique. — Les fibres élastiques forment un réseau extrèmement développé (fig. 457), auquel les cavités respiratoires doivent l’élasticité

F1G. 457. — Structure de la paroi des alvéoles pulmonaires chez l'Homme.

Nitratation (incomplète) de l'épithélium pulmonaire. Coloration des fibres élastiques. A, alvéole montrant de face le fond de la paroi du sac alvéolaire. — B, alvéole dont on voit surtout la cavité et un peu la paroi a. — fo, fibres élastiques plus fortes entourant les bords de l’alvéole (fibres d'orifice). — f, fibres formant la paroi du fond de l'alvéolt (fibres du sac). — ple, grande plaque cellulaire. — pc, petites cellules. — c, capillaires sanguins dont on ne voit presque que les globules. —g, globules sanguins. — £,fl, trous de la paroi, fl, trous entourés par une ligne noire à laquelle aboutissent les lignes de contours des plaques cellulaires. — cd, cellules épithéliales desquamées et tombées dans la cavité. — cp, cellules à poussière, dont une cellule géante. En A x 250. En B x 180.

qui leur permet de se distendre lors de l'inspiration en revenant ensuite sur elles-mêmes pour chasser l'air expiré. Le tissu élastique du parenchyme pulmonaire ne se développe qu'après la naissance sous la forme de substance élastique parfaite ; celui que contient déjà la paroi alvéolaire pendant la vie fœtale n’est, d’après Liser, qu'un tissu élastique jeune et imparfait.

Il n’atteint tout son développement que dans les premiers mois qui suivent la naissance (Linser), ou seulement même à partir de la septième année (Gepxorr) ; ce qui expliquerait l’atélectasie pulmonaire (l'affaissement et la compacité du parenchyme pulmonaire) si fréquente dans les premiers temps de la vie extra-utérine. La puissance du tissu élastique est sujette à de grandes variations individuelles ; elle est en rapport avec le degré d'activité physique de l'individu.

Le réseau élastique des parois alvéolaires varie d'aspect, bien entendu, suivant que l’alvéole est distendu ou revenu sur lui-même; dans le premier cas, les mailles du réseau sont larges et les travées rectilignes ou curvilignes; dans le second cas le réseau est plus serré et les travées élastiques qui le forment ont un trajet irrégulier et onduleux. Chaque alvéole n’a pas son réseau élastique propre ; car les fibres élastiques, on le sait, forment un tout continu à l’intérieur d’un organe. Les fibres élastiques du réseau pulmonaire général passent donc d’un alvéole à l’autre : disposition qui a pour conséquence physiologiquement utile de rendre les alvéoles solidaires les uns des autres dans leurs alternatives de dilatation et de rapetissement. La disposition des fibres varie dans chaque alvéole selon les endroits. Autour de l’orifice alvéolaire, les fibres sont disposées en anneaux épais, formant en quelque sorte le cordon d’une bourse qui se resserre (fig. 457, f.0.) (« fibres d'orifice » de GrancHEr. Des faisceaux encore plus développés entourent les orifices d'un groupe d’alvéoles (atria) ou les canaux alvéolaires (« fibres communes » de GRancHER). Sur les parois latérales et sur le fond du sac alvéolaire, les fibres élastiques (« fibres du sac » de GRANCGHER) (/.) forment une sorte de filet élastique à mailles diversement conformées selon que l’alvéole est distendu ou revenu sur lui-même, à travées généralement très fines, cependant de grosseur inégale, surtout dirigées vers l’orifice alvéolaire.

B. Muscles. — La répartition des fibres musculaires lisses dans la paroi des cavités respiratoires n’est pas exactement connue. Au niveau des conduits alvéolaires on sait que ces fibres forment de petits faisceaux musculaires orientés transversalement. Au delà de ces conduits l'existence de fibres musculaires est problématique, affirmée par les uns, niée par les autres. Quelques auteurs (Mozescaorr, GERLACH, CoLBERG, HirscumanN, Piso-BoRME) décrivent des fibres musculaires dans la paroi même des poches alvéolaires; Fr. E. Scuuurze, Frey, HeNLE, Kôzzixer, ToLnr, Srônr, Mizrer les nient. Certains auteurs admettent leur existence dans les cloisons alvéolaires qui séparent deux alvéoles voisins. On a décrit aussi des sortes de sphincters musculaires à l’orifice des divers compartiments respiratoires : des infundibula (RinprLeiscu), des atria (Mizrer), des alvéoles eux-mêmes (MILLER).

4° RÉSEAU CAPILLAIRE SANGUIN DES CAVITÉS RESPIRATOIRES. — Le réseau capillaire est situé à la face interne de la membrane propre, en dehors de laquelle les vaisseaux proéminent fortement dans la cavité pulmonaire. Ce réseau capillaire est, chez l'Homme et chez les Vertébrés en général, le plus développé de l'organisme ; il est si serré que la largeur de ses mailles n'at-

teint pas ou égale à peine la largeur du vaisseau lui-même, soit environ 6 à 8 & chez l'Homme (F.E. Scuurrze). Il en résulte que la surface de l'alvéole est parcourue par une nappe de sang circulant presque continue. On a vu plus haut que les capillaires sanguins du réseau alvéolaire ne sont séparés de la cavité aérienne que par les plaques épithéliales extrêmement minces : condition qui, jointe au développement extrême du réseau circulatoire, favorise au plus haut point l'hématose.

III. —— Mop1FiCATIONS PATHOLOGIQUES DU PARENCHYME PULMONAIRE.

Le parenchyme pulmonaire est sujet à des altérations nombreuses, tantôt régressives et atrophiques, tantôt inflammatoires et productives.

L'emphysème pulmonaire appartient à la première catégorie. Il consiste, comme on le sait, dans l'agrandissement des cavités respiratoires ouvertes les unes dans les autres. Les pores qui à l’état normal sont creusés dans la paroi alvéolaire s'agrandissent et confluent les uns dans les autres (HANSE- Mann). Les cloisons alvéolaires s'atrophient, les fibres élastiques qui en forment la charpente se ramollissent et disparaissent; les capillaires étirés s’atrophient et se rompent.

La bronchopneumonie, soit expérimentale, soit naturelle, consécutive à l'inhalation de poussières irritantes, peut être donnée comme exemple du second groupe de lésions. Elle a pour siège les alvéoles pulmonaires, les conduits alvéolaires et les bronchioles respiratoires. Les agents irritants déterminent une hyperhémie, avec émigration leucocytaire et exsudation tantôt séreuse, tantôt hémorragique, tantôt fibrineuse. Les grandes plaques et les petites cellules de l’épithélium alvéolaire subissent les modifications qui ont été indiquées plus haut (p. 263); elles desquament et tombent dans la cavité de l’alvéole. Mélangées aux leucocytes émigrés, devenus souvent globules de pus, et enserrées dans les mailles d’un réseau fibrineux, elles forment des membranes croupales qui comblent les cavités respiratoires. Dans la pneumonie, les phénomènes patholcgiques sont essentiellement les mêmes. Une hyperhémie considérable ouvre la scène, donnant à la partie lésée une coloration rouge foncée et une consistance plus grande ; c'est la période de splénisation ou d’engouement. Puis la production de l'exsudat intraalvéolaire augmente encore la compacité du tissu pulmonaire, qui devient comparable à celle du tissu hépatique; c’est la période d'hépatisation rouge. Quand les vaisseaux sont moins gorgés de sang et que les hématies disparaissent de l’exsudat, l'hépatisation devient grise.

La guérison survient par la liquéfaction et la résorption de l’exsudat, la disparition des cellules épithéliales desquamées et enfin par la restauration de l’épithélium pulmonaire, suivant le processus décrit ci-dessus

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