II. — GLANDES CUTANÉES DU TYPE SUDORIPARE
1° GLANDES SUDORIPARES EN GÉNÉRAL. — À. Histogénèse. — Le premier rudiment des glandes sudoripares apparaît chez le fœtus vers le quatrième ou le cinquième mois. C’est un bourgeon des crêtes primaires de l’ectoderme qui s’allonge, prend la forme d’un cylindre, traverse le chorion et parvient dans le pannicule adipeux (cinquième mois). Son extrémité se recourbe alors en crochet, puis s’enroule sur lui-même et constitue un peloton désigné sous le nom de « glomérule ». La région rectiligne forme le « segment excréteur ». L'obstacle opposé par l’aponévrose hypodermique empêcherait la croissance du bourgeon en direction rectiligne et déterminerait le reploiement de son extrémité inférieure (RENAUT).
Le bourgeon sudoripare, tout d’abord plein, se creuse ensuite d'une lumière (sixième ou septième mois), bordée d’une double rangée de cellules. La rangée la plus externe s’aplatit dans la région du glomérule; la rangée la plus interne s'élève au contraire et se transforme en cellules cylindriques.
L'épiderme situé au-devant du segment excréteur ne se creuse en un conduit émissaire qu’à la fin du premier mois ou que dans le courant du deuxième mois après la naissance (Renaur). Ce conduit présente la forme d'un tire-bouchon dont les tours de spire sont de plus en plus serrés. La sueur peut alors être déversée à la surface cutanée. C’est là un fait impor-
tant au point de vue de l'hygiène infantile, car jusque-là le nouveau-né ne peut régler par la sudation sa température périphérique (ReNAuT).
B. Structure. — Une fois complètement développée, la glande sudoripare figure un long tube pelotonné au niveau de son extrémité distale. On lui distingue trois parties : 1° une région enroulée sur ellemême el terminée en cul-de-sac. C’est le glomérule ou ampoule; 2° une région qui monte en droite ligne ou à peu près dans l'épaisseur du derme. C'est le segment intradermique du canal excréteur ; 3 une région superficielle, creusée dans l'épaisseur de l'épiderme et enroulée en tire-bouchon. C'est le segment intraépidermique du canal excréteur (fig. 300).
Les dimensions de ces glandes sudoripares sont très variables. Elles se distinguent surtout d'après le volume de leur région ampullaire. Les plus volumineuses se rencontrent au niveau du mamelon quand elles sont hypertrophiées par la grossesse; elles peuvent atteindre 1 à 4 millimètres de diamètre au niveau du front et de l’aisselle. Les plus petites sont répandues sur toute la surface du corps et leur diamètre ne dépasse pas 100 à 200 uw. Ces dimensions varient d’ailleurs avec les individus, l'âge et la race.
a) Les coupes du glomérule montrent une série de canaux sectionnés dans tous les sens. Ils sont limités en dehors par une membrane vitrée, prolongement de la vitrée épidermique, qui présenle une épaisseur beaucoup plus grande que cette dernière et dont la
face interne est sillonnée de crêtes transver- F1G. 300. — Glande sudoripare de la face : :
palmaire des doigts vue en totalité Sales ou replis falciformes (Renaur). Elle Re PR d'opéra soncanalex est tapissée par deux couches de cellules, épidermique enroulé en tire bou- COMNIE NOUS l'avons vu par l'étude du dévelue de acte tale ne rage loppement (fig. 301). L'assise la plus exacétique. x 45. D'après v. Brunx. terne est composée d'éléments très allongés, longs de 30 à 90 x (KôLLIKER) qui sont disposés parallèlement à l'axe des canalicules, qui paraissent arrondis ou anguleux sur coupe transversale et qui sont munis d'un noyau allongé en bâtonnet. La zone la plus externe de ces cellules est striée longitudinalement. Elles sont réunies les unes aux autres par leurs faces latérales en une nappe continue (Renaur). Elles sont au contraire indépendantes les unes des autres, d’après Ranvier, confirmé par Branca. Elles sont considérées par la plupart des auteurs comme de nature musculaire, d'où le nom de « cellules myo-épithéliales » qu'on leur a donné. Leur situation en dedans de la membrane propre a été signalée pour la première fois par HERMANN et RANviEr.
cubiques dont la base s’appuie sur les cellules myo-épithéliales et sur la vitrée. La . lumière de l’ampoule envoie entre les cellules des prolon- gements canaliculaires qui se continuent souvent par des canalicules intracellulaires.
Le cyloplasme renferme des granulations de diverse nature. Les unes sont graisseuses; , ce fait explique que lépiderme des surfaces cutanées dépourvues de poils soit infiltré de graisse dans ses couches superficielles. Les autres sont d’abord petites et basophiles; puis elles deviennent plus volumineuses et claires ; d’autres enfin sont pigmentaires, jaunâtres ou . brunâtres ; elles se renconrent surtout dans les glandes
L'épithélium sécréteur comprend une couche de cellules cylindriques ou
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F1G. 301. — Coupe transversale du tube contourné du glomé-
rule sudoripare. Pulpe des doigts de l'Homme.
g, cellules glandulaires ; — m, cellules myo-tpithéliales ;
— p, membrane propre ; — £, tissu conjonctif. D'après RANVIER.
sudoripares du creux axillaire, de la marge de l'anus et de l’aréole du
mamelon.
b) Le canal excréteur ou canal sudorifère, dans son trajet sous-épidermique, commence par un rétrécissement du canal ampullaire dont le diamètre
Fic. 302. — Trajet sudoripare en coupe transversale bordé de cellules épidermiques chargées d'éléidine. D'après BRrancA.
cuticulaire.
se réduit brusquement de moitié. Il est limité en dehors par une vilrée, qui continue la vitrée ampullaire et qui s'amincit de bas en haut. Elle est tapissée par deux couches cellulaires. La plus externe prolonge l’assise des cellules myo-épithéliales et comprend des éléments à protoplasme clair, réfringent, allongés suivant l'axe du canal sudorifère. La couche interne prolonge l’assise glandulaire de l'ampoule. Elle est formée de grosses cellules à protoplasme homogène.
La zone cytoplasmique de ces cellules qui limite la lumière du canal excréteur présente une densité et une réfringence par-
ticulières ; aussi la considère-t-on généralement comme une différenciation
c) Le canal sudorifère aborde l’épiderme au niveau du sommet d'un bourgeon épithélial interpapillaire (fig. 300). Sa membrane vitrée se conti-
nue avec celle qui sépare le derme de l'épiderme et ses deux couches cellulaires se perdent peu à peu dans la masse des éléments malpighiens. Il figure une lacune creusée en spirale dans les couches épidermiques et dont les tours de spire sont très serrés dans le stratum corneum. Pendant son parcours au sein de la couche génératrice, il est tapissé par des cellules qui sont disposées concentriquement sur deux ou trois rangs et qui renferment des granulations semblables à celles de la couche granuleuse. Il s'ouvre au dehors par un orifice, ou pôle sudoral, qui aborde obliquement la surface cutanée (fig. 302).
2° GLANDES SUDORIPARES DE CERTAINES RÉGIONS CUTANÉES. — La structure des glandes sudoripares se modifie dans certaines régions cutanées. Ces modifications portent soit sur l’ampoule, soit sur le canal excréteur, soit sur son orifice émissaire et son mode d’abouchement à la surface du tégument externe. Nous citerons parmi ces glandes sudoripares spéciales : les glandes ciliaires de Moll, les glandes axillaires et les glandes sudoripares du conduit auditif interne ou glandes cérumineuses.
a) Les glandes ciliaires de Moll sont siluées entre les racines des cils. Elles atteignent en général o mm. 4 à o mm. 5. Leur canal excréteur s’ouvre entre les cils sur le bord libre des paupières, mais il peut aussi s’aboucher dans un follicule pileux. L'ampoule de ces glandes n'est pas enroulée en une formation glomérulaire. Elle est allongée, au contraire, entre les follicules pileux, tout en présentant des inflexions très accentuées. Elle offre la même structure que les glandes sudoripares ordinaires. Le canal excréteur est lapissé par plusieurs assises de cellules disposées en épithélium pavimenteux stratifié; celles qui limitent la lumière possèdent une épaisse différenciation cuticulaire.
b) Les glandes axillaires se distinguent par leur volume considérable et par quelques particularités de structure. Il en est de même des glandes sudoripares de l’aréole du mamelon, du pli de l’aine et de la face cutanée des grandes lèvres. Le glomérule des plus grosses de ces glandes peut atteindre 3 à 4 millimètres de diamètre. La membrane hyaline qui limite le tube ampullaire est tapissée en dedans par une assise de cellules myo-épithéliales longues, larges et très serrées les unes contre les autres. Leur striation longitudinale est très apparente. Les cellules glandulaires sont cylindriques ou cubiques ; leur pôle externe est creusée d’échancrures de forme variable qui se moulent sur la saillie des cellules myo-épithéliales sous-jacentes. Des striations longitudinales (ergastoplasme ?) s'observent dans la partie basale de leur cytoplasme qui est rempli de granulations dont les unes sont hyalines, d'autres graisseuses et d’autres pigmentaires. C'est sans doute à la présence de ce pigment qu'il faut attribuer la couleur spéciale présentée par la sueur du creux de l’aisselle.
c) Les glandes cérumineuses sont très abondantes dans la partie cartilagineuse du conduit auditif externe et au niveau du toît de la partie osseuse. Elles s'enfoncent jusqu'au voisinage du périchondre ou du périoste. Elles
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sont constituées par un peloton glandulaire ramifié et par un canal excréteur qui débouche dans la gaine d’un poil follet au voisinage du canal excréteur des glandes sébacées (ScHWALBE, ALZHEIMER, STôHR) (fig. 303). Cette disposition du canal excréteur n'est constante que chez l'enfant. Il s'opère plus tard une migration des canaux excréteurs et la majorité de ces derniers s’abouchent directement à la surface cutanée.
Le peloton peut atteindre jusqu'à 1 mm.5 à 2 millimètres de diamètre (ScawaLBE). Les canaux glandulaires sont enchevêtrés les uns avec les autres et sont formés d’une vitrée tapissée en dedans par une assise de cellules myoépithéliales et une assise de cellules sécrétantes. Les premières seraient réunies les unes aux autres par leurs bords en une lame contractile continue. Les cellules glandulaires, de forme cylindrique ou cubique, ont une zone basale filamenteuse. une zone moyenne granuleuse et une zone périphérique plus claire. Les deux dernières zones renferment plusieurs sortes de granulations. Ce sont d'abord des granulations pigmentaires, de couleur brun-jaunâtre, puis des granulations anguleuses, brillantes, qui brunissent dans l'acide osmique et ne se dissolvent pas dans l’éther. La substance de ces dernières formations, analogue à de la graisse, n’est pas une graisse véritable.
Le canal excréteur est long et étroit. Il fait en général un coude assez prononcé avant de s'ouvrir en entonnoir dans la gaine d’un poil follet. Il peut se diviser en deux ou trois branches avant de former le peloton glomérulaire. Il est limité par un épithélium disposé sur deux couches ; une couche externe qui continue la couche des cellules myoépithéliales et une couche interne qui présente un revèlement cuticulaire du côté He de han ee de la lumière du conduit. ouverie dans un follicule pi-
Le cérumen sécrété par ces glandes renferme RARES SE des globules de graisse, des granulations pigmentaires, des cellules desquamées, des poils follets, souvent des parasites (demodex folliculorum), et un liquide analogue à la sueur. Les auteurs ne sont pas d’accord sur la participation des diverses glandes du conduit auditif dans l'élaboration de ce produit. ScHwaLse et vox BruNN admettent que la graisse est élaborée par les glandes sébacées et que la substance liquide avec le pigment est fournie par les glandes cérumineuses. La dénomination de celle-ci n’est donc pas justifiée par leur fonction, puisqu’elles fabriquent seulement une partie du cérumen. Elles méritent seulement le nom de glandes sudoripares du conduit auditif externe.
3 VAISSEAUX ET NERFS DES GLANDES SÉBACÉES ET SUDORIPARES. — (Ces glandes sont vascularisées par un réseau capillaire issu des rameaux arté-
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riels dermique et hypodermique. Ce réseau est très serré, surtout à la périphérie du glomérule sudoripare. Les capillaires qui irriguent la portion superficielle du canal sudoripare proviennent du réseau sous-papillaire. Ils ne s’anastomosent jamais avec ceux du peloton glomérulaire et du segment profond du canal sudorifère (Heynozp ). Les nerfs forment un plexus très riche sur les glandes cutanées. Autour des glandes sébacées, ils constituent ur premier plexus épilemmal, en dehors de la membrane propre. Des fibrilles s'en détachent, traversent la vitrée et se terminent entre les cellules sébacées (ARNSTEIN, PENSA, dans les glandes de Meibomius). Autour des glandes sudoripares, il existe un réseau périglandulaire de fibres amyéliniques (Tomsa, HERMANN, Ranvier). Les ramuscules qui s’en dégagent traversent la membrane propre (fibrilles hypolemmales d’ARNSTEIN) et aboutissent aux cellules musculaires d'après KôLziKER. D’après ARNSTEIN, elles se terminent par des renflements à la surface de tous les éléments du segment sécréteur.