ET DE L'OV.\IRE
Indépendamment des cellules graisseuses et pigmentaires, qui sont bien caractérisées par leurs produits, le tissu conjonctif des Vertébrés et des Invertébrés contient un grand nombre d'espèces cellulaires, dont la nature est encore en grande partie énigmatique.
Cytologie. 38
CYTOLOGIE GÉNÉRALE ET SPÉCIALE
A. Cellules de Eeydig. — On désigne chez les Inverlébrés sous le nom de cellules de Leydig (fig. 5i6) des cellules vésiculeuses, grandes et claires, à contenu en grande partie aqueux, semé de grains de sécrétion ; elles sont disséminées en grand nombre dans le mésenchyme des Mollusques, des Crustacés Décapodes, des Insectes. Ces cellules sont d'importantes fabriques et d'abondants dépôts de réserves. Un de leurs produits les plus constants est le glycogène, qu'elles fabriquent et accumulent en grande quantité à certains moments, à la suite des périodes de nutrition abondante. Chez les Gastropodes Pulmonés, ces cellules, que Brock et Barfurth ont surtout étudiées et que le premier a nommées « cellules plasmatiques », atteignent
FiG. 5i6. — Cellules de Leydig chez un Mollusque Gastropode Pulmoné (Hélix pomalia L.)-
c/, cellules de Leydijx. — n, leur Doyau. — x, corps iDdéterminé {Nebenkern ?) — p. épithelium d'un tube efTérenl de la glande hermaphrodite.— te, tissu conjonctif. x 3oo.
un très beau développement. Les cellules de Leydig ne comprennent pas seulement des éléments de réserve ; mais il y a parmi elles des éléments excréteurs, des reins d'accumulation, dans lesquelss'accumulentetdemeurent pendant des mois les substances colorantes injectées à l'animal (Cuénot).
B. Cellules plasmatiques et cellules-engrais. — En étudiant avec le secours des couleurs d'aniline le tissu conjonctif des Vertébrés dans des régions très diverses du corps, Waldeyer avait reconnu qu'un certain nombre des cellules de ce tissu prennent par certaines couleurs basiques, telles que les violets (de dahlia, de gentiane), une teinte plus foncée et caractéristique, en même temps qu'elles se distinguent des autres par leur contenu plus granuleux. Il donna le nom de cellules plasmatiques (Plasmazellen) à ces éléments, dont beaucoup d'auteurs ont confirmé plus tard les caractères distinctifs.
Ehrlich distingua, dans le grand groupe des cellules plasmatiques de Waldeyer, et sépara des autres cellules des éléments qui, par les colorants basiques, les violets notamment, prennent une teinte spéciale, différente de celle de la couleur même du réactif et de celles que ce réactif communique
aux autres cellules, bref font virer la couleur (coloration métachromatique) ; par exemple le protoplasma des cellules distinguées par Ehrlich, au lieu de prendre avec le violet de gentiane une teinte bleu violacé, se colore en rouge violet. Ces cellules diffèrent aussi des autres cellules plasmatiques de Waldeyer par la grosseur des grains contenus dans leur cytoplasme ; ces grains y prennent le caractère de véritables enclaves. Ehrlich nomma ces éléments Mastzellen (expression que Ton peut traduire par le terme « cellule-engrais »), parce qu'il voulut y voir des cellules de réserve.
Bien n'est plus facile que de montrer ces cellules. Il suffi! d'arroser
Fio. 517. — Mésentère du Rat, montrant les Mastzellen ou cellules-engrais.
cff cellules conjonctives ordinaires. — mr, cellule basophile (cellule-engrais ou Mastzelle). — fc, faisceaux conjoDctifs. — fe, réseau de flbres élastiques, x 25o.
avec un peu de violet de dahlia la surface d'un mésentère de Rat ou de Grenouille, pour voir se colorer rapidement en rouge violacé et avec une élection parfaite des éléments qui ne sont autres que les Mastzellen (fig. 517). Ce n'est pas le cas d'énumérer ici toutes les localités mésenchymateuses dans lesquelles les « cellules-engrais » ont été décrites. Disons seulement que, dans ces diverses régions, c'est le long des vaisseaux sanguins qu'elles se montrent surtout dispoisées.
Les Mastzellen sont caractérisées par la réaction colorée basophile et métachromatique que donnent leurs grains de sécrétion. Mais la nature chimique exacte de ces grains est encore inconnue ; on a seulement remarqué l'affinité très grande que la substance des cellules-engrais présente avec la mucine, de telle façon que quelques auteurs, tels que Raudnitz, Hoyer, en ont fait soit un composé de matière amyloïde et de mucine, soit une
CYTOLOGIE GENERALE ET SPECLKLE
sorte de mucine. Un autre caractère des « cellules-engrais » est la facilité avec laquelle elles se désagrègent en une poussière formée par leurs grains
Fio. 5i8. — Clasmalocylts d'un Triton (Trilon cristalus Laur.)* x a^o.
de sécrétion, si bien qu'il est relativement difficile de les voir entières et inaltérées.
L'idée qu'on s est fait de la signification physiologique de ces cellules procède de la constatation de ces divers caractères : les circonstances où on les trouve, leur réaction chimique, leur facile désagrégation. Ce sont des
cellules glandulaires, issues d'éléments mésenchymateux du tissu conjonctif, qui se forment en abondance dans les endroits du corps et dans les circonstances où la nutrition est portée à son maximum, dans les parties enflammées et les tumeurs par exemple, et qui, siégeant le long des vaisseaux, sont bien placées pour les besoins de leur sécrétion. Celle-ci, basophile, est formée d'une matière albuminoïde, d'une sorte de mucine. Ce sont (Unna, Cajal, Calleja) des glandes monocellulaires du tissu conjonctif, qu'on peut appeler cellules engrais ou cellules alimentaires ; elles sécrètent une matière qui se désagrège, puis se dissout et se mêle au plasma interstitiel des organes pour lui communiquer des qualités alimentaires et peut-être aussi bactéricides.
Chez les Invertébrés, il peut y avoir des cellules identiques aux Mastzellen des Vertébrés ; telles sont les « cellules mucoïdes » signalées par CuÉNOT chez les Gastropodes Pulmonés.
Les clasmatocytes de Ranvier (fig. 5i8) sont en quelque sorte des Mastzellen ; ils en ont bien les caractères : situation périvasculaire, basophilie des grains de sécrétion, désagrégation facile ; ils en diffèrent par leur très grande dimension et leur forme très irrégulièrement ramifiée. Leurs prolongements étant très longs, très minces, sont d'une grande fragilité et peuvent se détacher du corps de la cellule ; leur substance se désagrège alors, et les grains de sécrétion basophile restent sur place. Ce phénomène d'effritement cellulaire, que Ranvier a désigné du nom de « clasmatose », a pour but, selon lui, de céder aux tissus les matériaux nutritifs de la cellule. L'excrétion, dans ces éléments, comme dans les Mastzellen^ se ferait donc par destruction partielle ou totale de la cellule, en somme par le mode holocrine. On avait cru d'abord que les clasmatocytes étaient propres aux seuls Batraciens Urodèles, chez lesquels ils atteignent un grand développement ; on sait aujourd'hui que les Mammifères possèdent aussi cette espèce cellulaire, mais ses caractères, d'après Jolly, sont différents de ceux des Mastzellen et des autres clasmatocytes.
C. Cellules interstitielles du testicule et de l'ovaire. -— On sait depuis longtemps que, dans les testicules des Vertébrés supérieurs et notamment des Mammifères, entre les tubes séminifères, le tissu mésenchymateux ou conjonctif présente des cellules spéciales qu'en raison de leur situation dans les intervalles des tubes on a nommées cellules interstitielles du testicule (fig. 619). Ces éléments, de forme fréquemment polyédrique, qui, comme les « cellules-engrais », a voisinent les vaisseaux, sont, comme ces dernières, de véritables cellules glandulaires. Les produits qu'elles sécrètent sont, du reste, des plus variés; ce sont : de la graisse, très abondante chez les Reptiles, du pigment, qui est plutôt un résidu de fabrication qu'un produit de sécrétion, des matières albuminoïdes à forme cristalline (cristalloldes de Reinke (fig. 619), « filaments cristalloïdiens » de Mathieu, diverses substances signalées par Regaud). La sécrétion, d'après ce dernier auteur, est holocrine ; elle est suivie de la désagrégation complète de la cellule.
Quant au rôle de ces cellules, on doit provisoirement le considérer comme double. D'une part, en effet, les cellules interstitielles paraissent être en relation avec la spermatogénèse et fournir des produits que les spermatozoïdes utilisent pour leur développement ; Plato, Friedmann et
CYTOLOGIE GÉNÉRALE ET SPÉCIALE
Regaud admettent que le matériel nutritif formé par les cellules interstitielles traverse la paroi des tubes à l'état de dissolution, peut-être même en
passant par des orifices de cette ^ . 'V paroi. D'autre part, les cellules
interstitielles forment dans leur
ensemble un organe testiculaire
indépendant de la spermatoge-
t »• .^ - •' .. f^y^l 1 nèse, puisque Hansemann et
^^"^é^'/^'* ''V.f ^^/ d'autres auteurs ont trouvé ces
.^^.^ "" " •*.'•• — cellules très abondantes et très
actives dans des cas pathologiques ou tératologiques, où la spermatogenèse était abolie, et inversement dans d'autres cas; aussi admet-on aujourd'hui que les cellules interstitielles représentent une glande spéciale enchevêtrée dans la glande séminale, la glande interstitielle du testicule, qui déverse dans le milieu intérieur une sécrétion interne, de nature encore inconnue.
Parallèlement aux cellules interstitielles du testicule, plusieurs auteurs, entre autres Robin, Tourneux, Kôlliker, ont décrit les cellules interstitielles de Tovaire (Rg. b^o). Elles méritent, elles aussi, Tépithète d'interstitielles, parce qu'elles occupent les espaces ménagés entre les follicules ovariques.
FiG. 519.— Cellules interslitielles du leslicule de l'Homme avec cristaux de Reinke, X 3oo.
Fio. 520. — Cellules interstitielles de l'ovaire d'une Lapine en étal gravide. i, cellules intcrslilielles. — r, cellules conjonctives ordinaires, x 5co.
homologues des tubes séminifères. Comme leurs homonymes du testicule, ce sont des éléments généralement polyédriques, tantôt isolés, tantôt,
comme chez les Chauves-Souris, le Lapin, etc., formant des travées denses entre les follicules ovariques (fig. 52o). Ce sont aussi des cellules glandulaires, mais leurs produits sont encore mal caractérisés ; le plus souvent ce sont des matières grasses, ou peut-être plutôt des lécithines. P. Bouin et Limon ont montré que chez les Rongeurs les travées de cellules interstitielles dérivent de la fusion de « faux corps jaunes », c'est-à-dire de masses arrondies qui ont pris la place des follicules ovariens non utilisés et dégénérés, dits follicules atrétiques.
Les cellules des corps jaunes de Tovaire méritent aussi de prendre place dans cette série ; elles ont de grandes affinités avec les espèces cellulaires précédentes, notamment avec les cellules interstitielles de Tovaire, auxquelles elles ne sont cependant pas exactement semblables. On sait que quand un follicule s'est rompu, donnant issue à l'ovule, sa cavité est bientôt remplie par des cellules spéciales que la majorité des auteurs (sauf Sobotta et d'autres) font provenir de Tenveloppe conjonctive ou thèque du follicule. Le bouchon cellulaire ainsi formé est le « corps jaune » (corps jaune vrai). Les cellules sont des éléments polyédriques, fréquemment colorés en jaune parla « lutéine » (cellules à lutéine), dont la sécrétion, encore mal connue, se déverse dans les nombreux vaisseaux sanguins qui parcourent le corps jaune, et par conséquent doit être ajoutée à la liste des sécrétions internes.