CHAPITRE PREMIER Le Protoplasma
Article premier. — NOTION OBJECTIVE DU PROTOPLASMA.
l® NOTION BIOLOGIQUE GÉNÉRALE DU PROTOPLASMA
Le protoplasma est le substratum des êtres vivants et l'agent des phénomènes vitaux.
Voici deux individus vivants :
L'un est un animal, tout à fait inférieur ; il appartient au groupe des Protozoaires; c'est une « Amibe » (fig. i). L'autre n'est que l'un des nombreux éléments constituants d'un animal supérieur, d'un Métazoaire ; c'est un « amibocyle », le globule blanc de la lymphe de Grenouille (fig. 2). La masse principale de Tun et de l'autre est formée par du protoplasma. C est cette sorte de chair (sarcode) molle et diffluente, plus consistante à la périphérie que dans la région centrale de l'individu, presque transparente et amorphe dans la partie corticale de l'amibe et de l'amibocyte, opaque et grossièrement granuleuse dans la portion centrale ; c'est cette masse qui change lentement de forme, qui s'étire en prolongements ou pseudopodes et se meut sous le microscope, et dont les mouvements et en général toutes les manifestations vitales sont la réponse à une excitation et font ainsi voir qu'elle est excitable, sensible.
Cytologie. 1
CYTOLOGIE GENERALE ET SPECIALE
Tel esl le proloplasma, tel que l ont découvert, de i835 à i845, Dijardin, qui le nomma « sarcode » chez les êtres inférieurs, les Amibes par exemple ; PuRKiNJE, qui le trouva dans la matière des embryons des animaux et lui donna son nom de protoplasma; Hugo Moiil, qui le décrivit dans les cavités dont il vit les plantes creusées et qui fixa ses caractères essentiels.
La totalité du protoplasma contenu dans Tun et dans l'autre éléments
forme un ensemble qui est le corps proiopiasmiqiie. Il y a du reste dans l'Amibe et dans lamibocyte autre chose que le corps protoplasmique, et, par suite,devrait-on conclure, autre chose que du protoplasma. On y voit un « noyau »
(n) ; c'est la masse cenratle plus claire, arrondie et entière
Fio. 1. — Amibe à prolongements ^ les uns pseadopodi^ qaes et larges, les autres filiformes et flagelliformes (g. Mastigamœba ou Podoslomum).
V, vésicule contractile.— cp. corps protoplasmique.— /M, pseudopodes. — n, noyau. — y, particules alimentaires. y^i5o.
FiG. 2.— Amibocyte de la lymphe de Grenouille, variété grossièrement yranuleuse (à létal vivant),
cp, corps protoplasmique. — px, pseudopodes. — n, noyau de Terme irréguliëre. — </, grains contenus dans le corps protoplasmique. X 7^*
dans Tun, de forme irrégulière et tripartite dans l'autre, d'ailleurs dépourvue de mouvement propre. Des corps variés s'y trouvent encore; les uns ont été produits par le protoplasma lui-même, comme les grains (^jdel'amibocyte; les autres ont pénétré dans le corps protoplasmique, venus du dehors, tels que les particules alimentaires (g) de l'Amibe.
Deux remarques sont nécessaires au sujet de l'emploi du terme de protoplasma.
Si le noyau de l'Amibe et de l'amibocyte est une partie vivante, et l'observation montre, on peut dès à présent l'avancer, qu'il en est une, il doit, lui aussi, comme le corps protoplasmique, être essentiellement formé de ce protoplasma, qui est le substratum et l'agent de la vie. En outre de la masse de protoplasme qui constitue le corps protoplasmique, il doit y avoir un protoplasma nucléaire, formant le noyau. Il ne peut y avoir de « théorie du
proloplasma» (M. Schutze), c'est-à-dire de théorie plaçant le protoplasma à la base des phénomènes vitaux, qu'à la condition que ce protoplasma réside à la fois dans le corps protoplasmique et dans le noyau.
En second lieu, si les corps étrangers semés dans le protoplasma de TAmibe et de Tamibocyte sont volumineux, bien délimités et facilement reconnaissables, ils pourront être aisément distingués par l'observation du protoplasma lui-môme. Mais si ces corps sont petits, confondus dans le protoplasma et peu caractérisés, comme le sont par exemple les grains très fins qui donnent au protoplasma son aspect grenu, comme le sont les goulteletles diffuses dans sa masse et Timbibant à la façon d'un suc, il deviendra bien difficile de les distinguer du protoplasma. Et enfin, puisqu'on trouve dans le protoplasma des corps très petits et des corps diffusés dans sa masse, on peut supposer qu'il en existe encore de plus ténus et de plus intimement mélangés au protoplasme.
De cette observation et de la supposition qu'elle fait naître, il suit que le biologiste se voit placé dans Falternative suivante :
Ou bien, poursuivant au delà du domaine de l'observation son analyse histologique, il continuera logiquement à séparer du protoplasma, c'est-àdire de la substance vivante, les grains^ les gouttelettes, les enclaves de toutes sortes, aussi petites qu'il pourra se les représenter, et voici ce qu'il conclura : Le protoplasma, tel que les premiers observateurs l'ont vu et tel que l'Amibe et l'amibocyte nous l'ont présenté, c'est-à-dire tel qu'on le voit dans les circonstances ordinaires de l'observation histologique, tel môme que nous pouvons espérer le voir avec les meilleures lentilles, n'est pas le vrai protoplasma, celui de la définition, c'est-à-dire le substratum des ôtres vivants, l'agent des phénomènes de la vie. Ce substratum, cet agent de la vie ne nous est pas et ne peut nous être connu par l'observation directe. Nous n'observons pas en effet l'état pur de ce substratum, mais des formes dérivées, modifiées et surchargées. Nous ignorons aussi l'essence même de la fonction de cet agent et ne connaissons que les manifestations de son activité. Le protoplasma n'est pas actuellement une chose objectivement connue. C'est une notion biologique théorique et une vue métaphysique au delà des faits constatés, une notion morphologique pour les morphologistes, physiologique pour les physiologistes. Il restera à déterminer celte notion, et puisque nous ne voyons pas le protoplasma, il restera à l'imaginer tel qu'il doit nécessairement être pour être le protoplasma de la définition.
Ou bien le biologiste, s'imposant une conception du protoplasma qui démeure dans les limites des phénomènes d'observation, arrêtera son analyse histologique à l'endroit où le microscope lui refuse ses services et tirera de ses observations toutes les conséquences qu'elles comportent. C'est que le substratum des êtres vivants, le protoplasma, n'est autre que ce mélange de corps gros et petits, de substances solides et liquides, de corps que l'on voit et d'autres qui sont trop petits pour être reconnus ; l'agent des phénomènes vitaux est ce complexe de corps tous diversement actifs et plus ou moins vivants, selon leur nature et selon leur grosseur, et la vie est la résultante de la collision de tous ces corps. Il n'y a pas lieu de chercher une substance vivante, en qui la vie réside à l'exclusion des autres, un prolo-
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plasma pur, seul actif, seul vivant, la substance primordiale, sans surcharge ni mélange ; il existe une foule de substances vivantes.
Il n'y a pas à se figurer la vie comme un phénomène d'une essence particulière que nous ignorerons toujours et dont les effets extérieurs seuls peuvent être connus. Protoplasma est une notion biologique objective, morphologique aussi bien que physiologique, que Ton doit demander à la physique et à la chimie.