III. Nature de la différenciation
Quant à la nature de la différenciation, elle est évidemment en rapport avec celle de l'excitation qui la produit. De là les espèces cellulaires distinctes : musculaire, nerveuse, conjonctive, etc. Cependant, il n'en est pas toujours et nécessairement ainsi. Il est remarquable en effet de voir que, dans certaines ébauches comme celles du système nerveux central et des organes des sens, des cellules embryonnaires, placées cependant dans les mêmes conditions et soumises aux mômes influences, évoluent différemment, les unes se différenciant en cellules nerveuses et sensorielles, les autres en cellules névrogliques et de soutien. Non moins digne d'attirer l'attention est la différenciation des cellules issues d'un même épithélium germinatif en œufs et en cellules accessoires, celles-ci servant de nourrices et d'en-
FiG. 249.— Un OrUionerlide Rhopalura Mctcknikovi.
ec, ecloderme. — en, entoderme. x 370 environ.
D'après Caui.lery Mesml.
el
veloppes à l'œuf (fig.25i). Aucune influenceextérieure s'exerçant sur les unes plutôt que sur les autres ne permet d'expliquer cette différenciation ; et dire que c'est une alimentation plus abondante qui permet à certaines cellules de se transformer en œufs, tandis que les autres, moins bien pourvues, sont réduites au rôle de cellules nourricières et enveloppantes, c'est-à-dire à un rôle accessoire, c'est invoquer une raison de logique et non d'observation. On est amené, à défaut d'explicalion, à admettre dans ces diverses cellules des dispositions innées déterminant ou tout au moins favorisant leur évolution dans deux sens différents, et l'on se sent autorisé, dans une certaine mesure, à fonder sur la nature de la différenciation la distinction de deux catégories cellulaires : des éléments principaux et des éléments accessoires. Mais la distinction, pour être admissible, ne doit s'appliquer qu'à des cellules de même origine et qui ont été soumises aux mêmes conditions de développement. Elle cesse d'être légitime, et n'a plus l'excuse de la nécessité, trans- portée à des cellules d'origine différente, comme le sont les cellules épithéliales glandulaires et les éléments conjonctifs dans un organe tel que le foie des Vertébrés. Créée uniquement pour consacrer chez des cellules de même origine le fait d'une aptitude différente, elle dégénère alors en une distinction de castes, en une distinction fondée MIT une différence d'origine qui aurait entraîné l'inégalité de la fonction.
C'est ainsi que trop souvent les médecins emploient le terme d'éléments « nobles » pour distinguer dans le cerveau, dans le foie, les cellules nerveuses et glandulaires d'avec les vulgaires éléments du tissu conjonctif.
FiG. 25o. — Larve planula (Tan Hydroïde (.^inopsis mediterranea Joh.
MOll.).
ec, ecloderme. — en, enloderme. D'après Metchni- KOFF, emprunlée à Caul- LERY el Mesml.