II. Division morphologique
Nous avons vu, dans l'article consacré à la phylogénèse des éléments sensibles, que les cellules sensorielles tantôt demeurent à la surface
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FiG. 274. —Ganglion nerveux et partie adjacente du tégument d'un Lumbricus.
En Çf coupe du ganglion nerveux (partie de la chaîne nerveuse ganglionnaire ou névraxe). — En ep, l'épiderme. — En es, cellules sensorielles de Tépiderme ; f, leurs fibres centrales. — n, nerf formé par ces fibres, dont l'une est colorée en noir et envoie son axone sur les muscles. — cnm, cellules nerveuses motrices du ganglion. — m^,m*, muscles transversaux et longitudinaux. Méthode de Golgi. D'après v. Lenhossèk, un peu modifié.
de l'organisme, tantôt s'enfoncent dans la profondeur. Dans le premier cas, elles sont les cellules sensorielles proprement dites; dans le second cas, elles sont les cellules sensorielles ganglionnaires. Voilà un premier élément de classification morphologique ; c'est la situation des cellules sensorielles.
De plus, les cellules sensorielles tantôt présentent elles-mêmes des dispositifs particuliers qui assurent la réception de l'impression périphérique ;
c'est le cas notamment pour les cellules sensorielles demeurées superficielles. Tantôt elles sont dépourvues de ces particularités, qui sont présentées par d'autres cellules ectodermiques, qu'on avait prises autrefois pour les véritables cellules sensorielles, et que nous avons appelées sensorielles accessoires ou pseudo-sensorielles ; c'est le cas habituel quand les cellules sensorielles sont devenues profondes ou ganglionnaires. Enfin ou bien les éléments sensoriels sont diffus, disséminés à la surface du corps, comme dans les organes récepteurs anélectifs ; ou bien, au contraire, ils sont groupés et localisés en un organe des sens compact, comme dans les organes récepteurs électifs.
Tels sont les élémenls de classification que nous possédons.
Nous examinerons plusieurs cas typiques.
Le Ver de terre présente le cas d'un organe des sens schématique et primitif sur les trois points que nous avons eus en vue ; les cellules sensorielles y sont en effet superfici lies, diffuses et ne sont pas accompagnées d'éléments accessoires. Quel que soit le point du tégument d'un Ver de terrequ'onexamine, on y trouve, parmi les cellules ectodermiques de l'épiderme, des éléments spéciaux, qui se présentent partout avec le même caractère (fig. 274). Ces éléments, découverts par Smirnow, sont, comme l'ont établi V. Lenhossèk et Retzius, de véritables cellules sensorielles superficielles, ou, si l'on veut, des cellules ganglionnaires demeurées à la surface. Par une fibre nerveuse sensible, qu'on a considérée comme étant leur prolongement central, ces cellules se mettent en rapport avec les cellules nerveuses motrices du névraxe, de la chaîne nerveuse ventrale. Ces cellules satisfont donc à la condition exigée d'elles dans nos schémas pour être des cellules sensorielles. Il n'y a ici aucune trace de cellules pseudo-sensorielles, de cellules accessoires ; Torgane des sens est réduit à sa plus simple expression et à l'élément nécessaire, la cellule sensorielle. L'infériorité de cet organe sensoriel du Lombric est donc marquée tout à la fois : parce qu'il est diffus sur tout le tégument et que ses éléments ne se rassemblent pas en organites distincts; parce qu'il a une constitution très simple et vraiment primitive et schématique, représenté qu'il est par les seules cellules sensorielles et dépourvu de tout élément accessoire ; parce que les cellules sensorielles sont toutes restées à la surface du corps ; parce qu'enfin au point de vue physiologique les élémenls sensoriels ne sont pas différenciés et servent indifféremment, selon plusieurs auteurs, à la réception des diverses sortes d'impressions (i).
'1) Il y a cependant des réserves à faire sur plusieurs de ces caractère^. Pour ce qui est de la distribution des cellules sensorielles à la surface du tégument, on connaît depuis Leydig des cellules spéciales qui sont groupées en « organes caliciformes Uj véritables organes des sens que Mojsisovics et d'autres ont décrits depuis, et qui d'après Langdon sont les mêmes que les cellules diffuses décrites par Lenhossèk et Retzius, auxquels leur groupement en organes aurait échappé. Quanta la différenciation des cellules, les avis sont partagés. Nagel considère comme nulle la différenciation ainsi que la spécialisation fonctionnelle des cellules isolées aussi bien que de celles groupées en organes caliciformes, et Tor^ane sensoriel du Lombric lui parait un type de ces <* organes sensorielE variables, universels » (nos organes anélectifs , formés de cellules bonnes à tout faire, c'est-à-dire à la fois visuelles, mécaniques, thermiques, chimiques : type primitif qui est à Forigine de tous les autres appareils sensoriels. Mais Hesse s'est élevé contre cette conception simpliste. Pour lui. il y a, même chez le Lombric, plusieurs sortes de cellules sensorielles, savoir : la cellule de l'organe, caliciforme, qui porte à son extrémité libre un petit poil (Langdon) et qui
CYTOLOGIE GÉNÉRALE ET SPÉCIALE
Il est des organes des sens, cependant pourvus de fonctions bien distinctes, qui, dans certains groupes de la série animale, n'atteignent pas une complication anatomique plus grande que l'appareil sensoriel du Ver de terre, et qui sont réduits aussi aux cellules sensorielles. 11 en est ainsi pour les organes tactiles de certains Annélides, des Mollusques et des Arthropodes,
d'après les recherches de V.
Rath et de Retzius. Des cellules sensorielles, plus ou moins profondément placées au dessous de la peau, émettent deux prolongemenls, Tun central, l'autre périphérique ; le premier se met en rapport avec les centres nerveux, le second forme une terminaison nerveuse à Tintérieur d'un appendice chitineux qui sert indubitablement pour la sensibilité tactile (fig. 275). Tel est le cas, dans les autennes et les palpes des Annélides, pour les pièces buccales et leurs annexes et pour les pattes marcheuses des Crustacés, pour le peigne des Scorpions, etc. Là où, comme chez les Arthropodes, il existe un tégument extrêmement dur, la perception sensorielle ne peut se faire
Fio. 275. — Antennes et ganglion cérébroîde d'un Annélide (Ncreis diversicolor).
a, antennes. — es, cellules sensorielles dont les fibres centrales forment le nerf anlennaire na. — g, ganglion cérébroîde, dont quelques cellules ont été représentées. — Bleu de méthylène. D'après Retzius (les nerfs antennaires un peu raccourcis et le ganglion cérébroîde un peu modifié).
est une cellule à excitant chimique, guslative et olfactive à la fois; les cellules isolées de Lenhossèk-Retzius qui président à la sensibilité tactile; des cellules décrites par IIesse, préposées à la sensibilité lumineuse et caractérisées par l'existence d'un corps particulier, que nous retrouverons à propos des organes photo-récepteurs.
CELLULE SENSIBLE
que dans les régions où le tégument est percé d'un canal; à cet endroit se trouve un poil (poil sensoriel) dans Tinlérieur duquel se fait la terminaison nerveuse (fig. 276). Après cette étude synthétique des sesthètes, il nous faut passer en revue les diverses catégories d'organes des sens.