II. — Les bourgeons du goût
i° Distribution. — Les bourgeons du goût sont de petits amas cellulaires piriformes situés dans l’épithélium de la muqueuse bucco-pharyngienne et en particulier dans celui des papilles linguales dont on trouvera plus loin la description. On les rencontre abondamment dans les papilles caliciformes ou circumvallées, dans les papilles fongiformes (Lovèn) et dans les papilles foliées. Chez certains Mammifères (Lapin, Chien, Porc), ils sont réunis en grand nombre dans des appareils foliés localisés de chaque côté
Fig. 234.— Coupe de papille caliciforme (Homme).
épithélium pavimenteux stratifié qui revêt la surface de la papille. — v, vallum. bg, bourgeon du goût. — m, faisceaux musculaires. X 50.
de la base de la langue. Les bourgeons du goût se rencontrent également sur la face antérieure du palais membraneux(KRAusE), sur la face antérieure et postérieure de l’épiglotte (Verson, Retzius, Kiesow),- dans la région supérieure de la muqueuse laryngée, dans celle qui revêt les cartilages arythénoïdes (Kiesow), dans la muqueuse du pharynx et même de l’œsophage. Kiesow ne considère pas ces bourgeons aberrants comme de véritables organes gustatifs; ce sont des représentants ataviques, sortes de résidus phylogénétiques sans signification fonctionnelle. Les papilles caliciformes ne présentent pas de bourgeons gustatifs au niveau de leur sommet ; ils n’existent qu’à une certaine distance de ce dernier et se prolongent jusqu’au fond du vallum. lisse rencontrent au sommet de ces papilles pendant l’état embryonnaire, mais disparaissent plus tard, ayant été refoulés de dedans en dehors par l’accroissement de la papille (Hoffmann, Hermann et
HISTOLOGIE ET ANATOMIE MICROSCOPIQUE
Tuckermann). Ils existent seulement sur la paroi interne du vallum chez l’Homme adulte, mais s’observent quelquefois cependant sur la paroi opposée. Cette disposition est la règle dans les papilles foliées des animaux (fig. 234 et 235).
20 Capsule épithéliale et pore gustatif. — Chaque bourgeon gustatif est renfermé dans une capsule sphéroïdale, creusée dans l’épaisseur de l’épithélium pavimenteux stratifié. L’extrémité externe et amincie de cette capsule
Fig. 235. — Coupe de l'organe folié du Lapin.
s, sillon ou vallum. — bg, bourgeons gustatifs. — ép, épithélium stratifié indifférent. — gl, glandes séreuses ou de v. Ebner. — a, vaisseaux sanguins, x 125.
s’ouvre dans le vallum circumpapillaire par un canal rétréci qui présente en général une longueur de 4 à 5 jl. Il peut être délimité par les bords adjacents des cellules superficielles ou creusé dans la substance même de ces cellules ; il figure alors un petit orifice circulaire intracytoplasmique quand on l’examine de face après dissociation. On le désigne sous le nom de pore gustatif. Les noyaux des cellules qui recouvrent le bourgeon sont toujours situés assez loin du pore gustatif et présentent souvent un aspect chromatolytique (Hermann). Le pore gustatif est rempli de liquide et les cils supportés par les cellules sensorielles du bourgeon n’atteignent jamais son ouverture extérieure.
3° Structure du bourgeon du goût. — Le bourgeon gustatif étudié sur coupe ou après dissociation présente deux sortes de cellules, des cellules
ORGANES DES SENS
de soutien et des cellules à bâtonnet, pseudo-sensorielles ou sensorielles accessoires (1) (fi g. 236).
a) Les cellules de soutien (Merkel) sont encore appelées cellules corticales, cellules recouvrantes (Lovèn, Schwalbe), cellules piliers (Hermann). Faisons remarquer tout d’abord que l’expression de cellules corticales ou recouvrantes n'est pas absolument exacte, car il existe des cellules de sou-