I. — La muqueuse linguale en général
La surface libre de la langue présente un aspect différent dans ses deux tiers antérieurs ou portion buccale et dans son tiers postérieur ou portion pharyngienne. La première portion est recouverte de nombreuses papilles. C’est la région papillaire. La seconde est irrégulière et anfractueuse à cause de l’infiltration lymphoïde de la muqueuse.
La région papillaire est recouverte d’une muqueuse dont l’épithélium est pavimenteux stratifié. Il est formé par une couche profonde de cellules cylindriques, une couche moyenne de cellules polyédriques, une couche superficielle de cellules aplaties. Celles-ci ne subissent pas de transformation cornée et ne renferment pas de grains d’éléidine, sauf au niveau des papilles du V lingual (Ranvier .
Le chorion est constitué par un stroma conjonctif pourvu de nombreuses fibres élastiques. On lui distingue une couche papillaire qui se soulève en papilles plus ou moins volumineuses, et une couche profonde qui est formée de faisceaux conjonctifs plus lâches et qui ne renferme pas de graisse.
Le chorion est infiltré au niveau de la région postérieure de la langue de leucocytes dont l'abondance est telle qu’ils constituent une véritable amygdale, Yamygclale linguale. Ils sont le plus souvent amoncelés en follicules situés dans les couches les plus superficielles du chorion muqueux et creusés en leur centre d’une dépression ou cavité folliculaire, tapissée par l’épithélium lingual. Celui-ci est profondément remanié par le passage des leucocytes qui tombent dans la cavité buccale. Les canaux excréteurs de nombreuses glandes muqueuses débouchent dans les cavités folliculaires.
Les glandes linguales appartiennent au type acineux et forment des groupes plus ou moins importants au niveau de la base du V lingual, de la région postérieure des bords, de la face inférieure de la pointe. Ce sont des
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glandes ou muqueuses ou séreuses. Les plus nombreuses sont des glandes muqueuses ; les glandes séreuses sont exclusivement annexées aux papilles et se rencontrent seulement dans le territoire du V lingual (Ranvier, v. Ebner). Leurs acinus pénètrent profondément dans le muscle sous-jacent (flg. 234).
IL — Les papilles linguales.
La surface de la langue est hérissée d’un très grand nombre de papilles qui présentent des dimensions et çles caractères morphologiques variables.
i° Papilles simples. — Les plus nombreuses et aussi les plus petites sont comparables aux papilles du tégument externe ; ce sont des relèvements du derme dont les sommets restent simples ou se ramifient. Elles peuvent être étroites et effilées ou massives et arrondies. Elles sont disséminées dans toute l’étendue de la muqueuse linguale. Les autres papilles linguales sont plus volumineuses et font une saillie appréciable à la surface de la muqueuse.
2° Papilles filiformes. — Les plus petites sont les papilles dites filiformes ou corolli formes. Elles sont hautes et étroites (o mm. 75 à 3 mm. de hauteur, o mm. 2 à o mm. 5 de largeur, Kôlliker), sont très nombreuses sur la face dorsale de la langue et lui donnent un aspect velouté particulier. Leur extrémité libre est presque toujours hérissée par des prolongements effilés. Chacune d’elles est constituée par une papille dermique composée et recouverte par un épithélium qui présente une disposition particulière. La papille dermique se termine en effet par un bouquet de papilles secondaires longues et étroites. L’épithélium superficiel se prolonge à leur surface; ses éléments constitutifs sont très allongés, ont leur grand axe parallèle à celui de la papille secondaire qu’ils recouvrent, s’imbriquent les uns sur les autres et forment ainsi des expansions longues, étroites et flottantes qui terminent la papille. Ces expansions ne présentent pas toujours la même longueur. Quand celles de la périphérie dépassent celles du centre, l’extrémité libre de la papille prend cette forme en entonnoir que Sappey a comparée à une corolle, d’où le nom de « papilles corolliformes » qu’on leur donne quelquefois. Les plus volumineuses, parmi ces papilles, se rencontrent en avant du V lingual, sur le dos de la langue; elles diminuent de dimensions vers la pointe et les bords et surtout la base de cet organe. Sur les bords, elles forment des traînées verticales, rectilignes ou légèrement sinueuses; elles se trouvent disposées sur des replis de la muqueuse parallèles au V lingual, immédiatement en avant de celui-ci (Henle).
3° Papilles fongiformes. — Les papilles fongiformes présentent une extrémité libre, large et renflée et une base rétrécie et pédiculée. Elles ont une hauteur moyenne de o mm. 7 à 1 mm. 8 et une largeur de o mm. 8 à 1 millimètre (Kôlliker). Leur derme forme une papille composée. Il est hérissé de nombreuses papilles secondaires. L’épithélium superficiel comble
le plus souvent les espaces interpapillaires et donne à la surface un aspect lisse et uni. Quelquefois l'épithélium épouse la configuration du derme et la surface de la papille fongiforme prend alors l’aspect d’une masse armée de piquants (Henle). La forme des papilles n’est pas toujours la même, le pédicule peut être plus ou moins rétréci, le chapeau plus ou moins large, ses bords plus ou moins tranchants, sa surface plus ou moins bombée ou creu- ■ sée en entonnoir. L’épithélium superficiel renferme des bourgeons du goût, en petit nombre chez l’Homme (Lovèn). Ils sont situés sur la face supérieure libre, entre les papilles secondaires (Schwalbe).
Les papilles fongiformes se rencontrent surtout vers les bords de la langue, où elles sont disposées en séries verticales. Elles sont plus rares vers le milieu et la pointe, très rares en arrière du V lingual et sur la face inférieure de la langue. Elles se rencontrent cependant à ce niveau dans certains cas et même sur le plancher de la bouche dans le voisinage de la racine de la langue (Henle).
4° Papilles caliciformes. — Les papilles caliciformes (Cuvier) ( Papillæ vallatæ, trunccitæ (Haller) occupent le V lingual et sont en général au nombre de 9. Elles peuvent être plus nombreuses et même atteindre le nombre de 20 Haller). Elles indiquent la limite entre le tuberculum impar, qui a formé le corps de la langue et les deux bourgeons postérieurs qui ont constitué par leur fusionnement la base de cet organe. Chacune de ces ! papilles présente un volumineux mamelon central délimité à son pourtour par un sillon large et profond (fig. ?3\).
Le mamelon ou p i pille centrale présente une hauteur de 1 mm. 5 à 2 millimètres et une largeur de 1 millimètre à 2 mm. 5 environ (Kôlliker). Sa surface est un peu déprimée et celte dépression est d’autant plus accentuée que la papille est plus volumineuse. Le sillon ou vallum qui entoure la papille est profond (environ 2 millimètres, Schwalbe) et plus large dans sa partie inférieure que dans la région supérieure. Sa paroi interne est limitée par le bord de la papille. Sa paroi externe est formée par le tissu péripapillaire; c’est le rempart, bourrelet ou calice. Le rebord supérieur de celui-ci est généralement situé au même niveau que la surface du mamelon, mais il peut la surplomber et la masquer plus ou moinscomplètement. C’est le cas de la papille qui occupe le sommet du V lingual. Elle est située au fond d'une dépression assez profonde appelée foramen cæcum et limitée par un bourrelet très saillant. Les canaux excréteurs des glandes séreuses annexées à la papille débouchent au fond du vallum.
La papille est constituée par un stroma conjonctif qui se soulève vers la périphérie en une série de papilles secondaires. Un épithélium pavimenteux stratifié recouvre ces papilles secondaires, comble les intervalles qui les séparent, revêt les plans côtés du vallum et renferme à ce niveau les bourgeons du goût, comme nous l’avons vu antérieurement.
5° Papilles foliées. — Les papilles foliées sont constituées par une série de replis parallèles, qui intéressent le derme et l’épiderme et qui sont situés sur les côtés de la base de la langue. Elles ne sont pas ou sont très peu indiquées chez l’Homme, mais elles prennent un développement considérable
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chez certains animaux (Rongeurs, p. ex.). Les bourgeons gustatifs se rencontrent en grand nombre sur les faces latérales des sillons qui séparent les replis foliés (V. fig. 235).