II. — Glandes
i° Catégories diverses de glandes. — Les cellules glandulaires sont tantôt isolées, plus souvent réunies chez les Vertébrés en organes définis appelés glandes. La cellule glandulaire est bien entendu, dans un tel organe, l’élément caractéristique et dominateur, auquel les autres parties constituantes, tel le tissu conjonctif qui parcourt l’organe, sont subordonnées.
Logiquement toutes les glandes devraient trouver leur description dans ce livre X. Mais il ne sera question ici que des glandes les plus volumineuses, de celles qui forment des organes anatomiquement bien distincts. Toutes les petites glandes qui se trouvent dans la peau, dans la paroi du tube digestif, de divers conduits ou réservoirs, sont étudiées avec ces organes, dans la constitution desquels elles rentrent à titre, si l’on veut, d’organes premiers (glandes de la bouche, de l’estomac, de l’utérus, de la peau, etc.).
Même en éliminant de ces chapitres la description de ces glandules, qui pour des raisons didactiques est mieux placée ailleurs, les organes glandu-
laires qui restent à étudier sont encore trop nombreux el trop disparates pour qu'il ne devienne pas nécessaire de les classer en plusieurs catégories.
A. Glandes épithéliales et mésenchymateuses. — On peut distinguer deux sortes de glandes, selon que les cellules glandulaires qui les composent sont d’origine épilhéliale ou d’origine mésenchymateuse. Ainsi les glandes sudoripares, le foie, le rein sont des glandes épithéliales; les lobules adipeux (qui mériteraient de figurer dans la liste des organes glandulaires) sont des glandes mésenchymateuses. Dans le premier cas, la face superficielle et la face profonde de la cellule diffèrent, et l’élément glandulaire offre comme toute cellule épithéliale une différenciation polaire nette ; c’est à l’un des pôles ou aux deux pôles que s’accumule le matériel sécrété et ensuite excrété. Dans le cas de cellules glandulaires mésenchymateuses, cette différenciation fait au contraire ou paraît faire défaut, et la cellule glandulaire est organisée et fonctionne d’une façon indifférente dans toutes les directions. Ainsi une cellule muqueuse de l’intestin est différenciée, tournant vers la cavité intestinale la région où s’amasse le produit de sécrétion, une cellule des glandes salivaires dirige vers la cavité de la glande le pôle par lequel elle émet les substances fabriquées; au contraire une cellule adipeuse ne présente aucune polarisation semblable.
B. Glandes à sécrétion externe et à sécrétion interne. — Les cellules glandulaires puisent les matières premières de leur activité tantôt dans le milieu ambiant, tantôt dans le milieu intérieur de l’organisme. Ainsi les cellules respiratoires du poumon prennent dans le milieu aérien l’oxygène nécessaire à leur fonction; les cellules intestinales tirent directement du contenu de l’intestin les matières à absorber et à élaborer. Les cellules glandulaires au contraire, telles que celles du foie, des reins, et tant d'autres empruntent au sang, à la lymphe, au liquide du cœlome et en général aux liquides nourriciers les substances qu elles doivent sécréter. D’autre part, c’est tantôt dans le milieu extérieur, tantôt dans le milieu intérieur (sang, lymphe, cœlome), que les cellules nutritives rejettent le produit sécrété (fig. \\9.). Dans le premier cas, la sécrétion est dite externe ; dans le second, elle est interne (« incrélion » d’OeuEL). Par exemple, une cellule hépatique de Vertébré évacue dans les deux sens un produit de sécrétion différent : par l’une de ses faces, elle rejette la bile dans les canaux biliaires, de là dans la cavité intestinale el enfin à l’extérieur ; par la face opposée, elle déverse dans les capillaires sanguins du sucre et d'autres produits.
Les éléments glandulaires peuvent donc posséder une double sécrétion, externe et interne ; il est possible que tous sécrètent à la fois parleurs deux faces et dans les deux sens. On admet cependant que l'un des deux modes est en général prépondérant ou môme exclusivement employé. De là deux catégories fonctionnelles de glandes : les glandes à sécrétion externe el les glandes à sécrétion interne. Les premières doivent, pour remplir les conditions d’une sécrétion externe : ou bien étaler leurs cellules en une membrane superficielle, en contact direct avec le milieu ambiant, ou bien être en rapport avec ce milieu par des canaux creusés dans leur épaisseur, par lesquels les matériaux sécrétés sont conduits au dehors. Les glandes à
GLANDES
sécrétion interne au contraire ne sont en rapport qu’avec le milieu intérieur, avec les voies circulatoires de la lymphe et du sang. Cette importante catégorie, soupçonnée par Cl. Bernard, a été instituée physiologiquement par Brown-Séquard et par Schiff qui ont fait ressortir l’importance des fonctions de sécrétion interne dans l’organisme. Le e
corps thyroïde, les capsules surrénales, l’hypophyse, les glandes interstitielles du testicule et de l’ovaire, les organes adipeux, etc., sont des glandes à sécrétion interne. Plongées dans le milieu interne de l’économie, privées de toutes relations avec le dehors, dépourvues de canaux excréteurs qui puissent conduire à l’extérieur le produit de leur sécrétion, ces glandes sont, par contre, pénétrées par de nombreux vaisseaux sanguins, qui se mettent en rapport intime avec les éléments glandulaires, et dans lesquels ceux-ci déversent le produit sécrété; ces vaisseaux représentent donc physiologiquement, dans les glandes à sécrétion interne, les canaux excréteurs des glandes à sécrétion externe. C’est à ce titre qu’on peut dire de ces glandes qu’elles sont des « glandes vasculaires sanguines ». Il est probable que, comrpe il a été dit plus haut, le foie et d’autres organes glandulaires sont des glandes à double sécrétion, externe et interne (fîg. ^12) possédant deux sortes de conduits excréteurs physiologiques ; dans le cas du foie, les uns, les canaux biliaires, débouchant au dehors et conduisant la bile, produit de la sécrétion externe des cellules hépatiques ; les autres, les vaisseaux sanguins, emmenant les produits de la sécrétion interne, le sucre hépatique notamment.
Fig. 412. — Schéma des deux sécrétions, externe et interne , dans une même glande.
Le schéma représente un acinus glandulaire. D’une part, la sécrétion s’écoule dans le sens de l’une des flèches à l’extérieur par le canal excréteur e (sécrétion externe); d’autrepart, elle est évacuée du côté intérieur dans la direction de l’autre flèche par la voie du vaisseau sanguin /, qui joue le rôle de canal excréteur interne (sécrétion interne).