I. — Histogénèse et signification du foie
i° Histogénèse du foie. — A. Première ébauche. — Le foie prend naissance aux dépens d’une évagination centrale de la paroi intestinale, en un point situé en général en arrière du cœur et correspondant chez les Mammifères à la zone annulaire hépato-pancréatique. Le diverticule d’abord unique pousse chez les Mammifères deux bourgeons; l’un antérieur ou crânial donnera le foie proprement dit ; l’autre postérieur ou caudal fournira le canal cystique et la vésicule biliaire, le diverticule primitif devenant luiméme le canal cholédoque. Le ou les cæcums hépatiques ainsi formés s’enfoncent chez les Amphibiens dans le vitellus qui forme la paroi ventrale de l’intestin et pénètrent chez les Mammifères dans un épaississement du mésoblaste splanchnique ou viscéral et du mésenchyme sous-jacent, situé en arrière de la cavité pariétale qui contient le cœur, et appelé « bourrelet hépatique » (Külliker) ou « avant-foie » ( I Iis). Ce bourrelet est composé en réalité de deux masses fusionnées pour le produire (Ravn); l une transversalement dirigée ou frontale (« septum transverse ») contient dans son épaisseur les deux « veines omphalo-mésentériques » ou « veines vitellines », qui, venues des parois de la vésicule ombilicale ou vitelline convergent vers le cœur; l'autre, perpendiculaire à la précédente et par conséquent sagittale, le « diaphragme primaire », est le résultat de la persistance du mésentère ventral à cet endroit. C'est dans ce substratum que vont se développer et se ramifier les ébauches tubulaires du foie.
R. Développement ultérieur. Stades glandulaire et hépatique. — On peut distinguer dans le développemenl de la glande hépatique deux périodes principales.
a) Slade glandulaire. — Dans la première, qu’on peut appeler période glandulaire, les ébauches hépatiques se comportent comme dans le développement d’une glande quelconque. Des bourgeons, pleins d’abord, puis creux, naissent sur les cæcums primitifs, se ramifient, et même s’anasto-
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mosent entre eux de très bonne heure (Hammar). Cet le anastomose n’est d’ailleurs pas un trait caractéristique du développement du foie ; car elle se produit aussi, comme nous l'avons vu pour le pancréas, dans les premiers temps du développement d’autres organes glandulaires. La disposition réticulée et anastomosée est d'ailleurs imposée à la ramification hépatique par l’état même du milieu où les bourgeons sont plongés (fig. 429). Si ce milieu renferme en elTet des cavités réunies en un réseau continu, telles que des vaisseaux sanguins (/. v.) les travées hépatiques (/. //.), qui remplissent les mailles du réseau se disposeront elles aussi en une formation réticulée ; de même que dans une éponge s’enchevêtrent exactement le système
des travées et celui des cavités.
Parvenue à ce point de son évolulion, la portion épithéliale du foie représente une glande en tube ramifiée et réticulée , la future glande biliaire fig. 429). Chacune des travées du réseau ofi’rc une lumière nette, le futur canalicule ou capillaire biliaire , bordée par trois ou quatre cellules polyédriques (embryon humain de la 4* semaine) Toi. ut et Zuckerkandl). Dans ce réseau épithélial s’enchevêtre un autre réseau vasculo-conjonctif. Le foie résulte donc de l’enchevêtrement étroit de deux ébauches.
Les choses demeurent essentiellement en cet état chez les Vertébrés inférieurs, tels que les Amphibiens et les Reptiles, comme on le sait depuis les recherches d’EuERTH et de IIering.
Les plus gros conduits de la ramification hépatique forment les canaux excréteurs principaux de la glande biliaire, et chacun d’eux commande un lobule biliaire constitué par un territoire du réseau épithélial hépatique.
b) Stade hépatique. — i- Vascularisation du foie el lobule hépatique. — A cette première période glandulaire du développement hépatique succède une autre chez les V ertébrés supérieurs, qu’on peut appeler période hépatique parce que le foie y prend les caractères qui le distinguent des autres glandes. Celle période, qui débute chez l’Homme à l’époque de la naissance et se continue encore quelque temps après, est marquée par deux phénomènes qui allèrent complètement le type glandulaire primitif et le changent en un type hépatique propre.
L’un est la transformation des tubes hépatiques en rangées cellulaires ou trabécules hépatiques. Les tubes hépatiques creusés d’une lumière cir-
Fig. 429. — Foie d'un embryon de Cheval de 2 cm. 5 de long, montrant l'enchevêtrement des deux réseaux épithélial el vasculaire.
lit, travées du réseau épithélial hépatique. — lv, travées du réseau vasculaire. — o , gros vaisseaux. X SU.
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conscrile par plusieurs cellules, que l’on trouvait aux stades embryonnaires, deviennent chez l’adulte des trabécules minces, souvent réduites à une seule rangée de cellules, qui contient sur le milieu des faces contiguës de deux cellules voisines une lumière glandulaire minime. Les diverses explications qu’on a proposées pour ce phénomène n’étant pas entièrement satisfaisantes ne nous retiendront pas. Qu’il suffise de dire que la transformation a été expliquée soit par une division longitudinale des cylindres primitifs Kôlliker, Van der Stricht), soit par un glissement des cellules le long du canalicule biliaire, permettant l’allongement du tube mais au prix d’une réduction numérique des cellules qui le bordent (Toldt et Zuckerkandl).
L’autre phénomène caractéristique de la période hépatique consiste dans un ordonnancement des travéçs hépatiques par rapport aux vaisseaux sanguins. 11 est nécessaire, pour le comprendre, de revenir sur la vascularisation du foie dans les premiers temps du développemenl (fig. ^3o). L’ébauche vasculo-conjonclive du foie a pour origine, ainsi qu’on l’a vu, le bourrelet hépatique et spécialement le septum transverse avec les vaisseaux qui y sont contenus. Les vaisseaux sont les deux veines vitellines ou omphalo-mésentériques ( vom .), qui, venues des parois de la vésicule vitelline, suivent l’intestin, pénètrent dans le septum transverse et se fusionnent plus en avant pour donner lieu au « sinus réunissant » vs. /*.), qui s’ouvre dans le cœur. Cha cune des moitiés du septum transverse contient une veine omphalo-mésenlérique (vom.), qui reçoit et émet un
grand nombre de vaisseaux anastomosés situés dans les mailles du réseau hépatique épithélial. Dans le sinus réunissant souvrent aussi les veines ombilicales ou allanloïdiennes Ivo.), qui cheminent le long des parois du corps dans l’épaisseur du feuillet somatique du mésoderme et se jettent aussi dans le sinus réunissant. Le confluent de ces quatre vaisseaux forme 5 l’intérieur du septum transverse (et plus tard du foie, quand la ramificalion intrahépatique aura envahi ce septum) un lac sanguin, dit « sinus intrahépatique », qui est pour ainsi dire le compartiment postérieur du sinus réunissant. Plus tard deux veines nouvelles ont fait leur apparition : la veine mésentérique ou intestinale qui se jette dans la veine omphalornésentérique de gauche, l’absorbe et devient par sa partie terminale la veine porte, tandis que la veine omphalo-mésenlérique droite disparaît;
Fig. 430. — Coupe antéro-postérieure de la région hépatique d'an embryon de Lapin du iV jour ( demi-schématique ).
re , réseau épithélial du foie, — vom, veine omphalo-mésentérique. — vo , veine ombilicale.
— af, vaisseaux afférents du foie — ef, vaisseaux afférents. — sr, sinus réunissant (sinus veineux). — cp, cavité péricardique.
— st, septum transverse. — dp, diaphragme primaire. — Is, ligament suspenseur du foie. — Ihd, ligament hépato-duodénal. — d, duodénum.
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la veine cave inférieure, rameau nouvellement formé qui s’ouvre dans la veine ombilicale droite et l’absorbe, tandis que la veine ombilicale gauche s’atrophie.
Pendant que s’opéraient ces transformations et ces substituions de veines, la vascularisation de l'ébauche du foie subissait de très importants changements; ils auront pour résultat capital que le sang veineux au lieu de traverser purement et simplement le foie baignera les travées épithéliales hépatiques de la façon la plus intime. Le réseau vasculaire qui s’est développé dans la masse hépatique, et qui occupe les mailles du réseau épithélial, se met en relation avec les veines vitellines par des vaisseaux plus volumineux. De ceux-ci, les uns communiquent avec la veine vitelline assez loin du sinus veineux, les autres au contraire débouchent dans cette veine plus près du sinus. Le sang donc venu de la veine vitelline s'engagera dans les premiers, qui rapporteront au foie et fonctionneront ainsi comme vaisseaux afférents (a/, i, tandis qu’il s’écoulera dans les seconds fonctionnant comme vaisseaux efférents (ef.) pour retourner dans la veine vitelline et de là au cœur. Une partie du sang sera ainsi détournée de son trajet primitif, traversera le foie, lui apportant les matériaux qui seront l’objet môme de son fonctionnement. Plus tard, quand, à la place des vaisseaux veineux primitifs la veine porto et la veine cave inférieure auront seules persisté, les veines afférentes < 1 n foie apparaîtront comme des branches de la veine porte; ce seront les rameaux portes futurs; les veines efférentes deviendront des tributaires de la veine cave inférieure et constitueront les futures veines sus-hépatiques. Le réseau vasculaire capillaire du foie, ainsi compris entre deux veines afférente et efférente, est dit système vasculaire porte.
Chacune des veines vitellines primitives forme au début le centre d une sorte de lobe hépatique. Ce lobe primitif se partage ensuite en lobules, qui seront les futurs lobules hcp'ilicpies , suivant le mode qu’ont indiqué Toldt et Zuckerkwdl. La lobulation du foie a pour cause un arrangement déterminé du système vasculaire sanguin, qui commence à paraître chez des embryons humains du troisième et du quatrième mois. Dans leur allongement incessant et leur continuelle ramification, les deux ordres de vaisseaux intrahépatiques, afférents et efférents (portes et sus-hépatiques) vont à la rencontre l’un de l’autre en se rapprochant de plus en plus et limitent à l’intérieur de la masse hépatique des territoires vasculaires de premier ordre, qu'on peut appeler lobules primitifs et qui donnent à l’organe une constitution grossièrement et peu distinctement lobulée. Chacun de ces territoires est encapsulé et pénétré par des rameaux afférents portaux qui s’abouchent dans une veine efférente ou sus-hépalique, située au centre. Par la pénétration progressive des ramuscules portaux, chacun de ces territoires hépatiques est partagé en îlots plus petits, qui subissent ensuite la môme décomposition territoriale. Les derniers territoires formés représentent les lobules hépatiques définitifs.
L’unité anatomique du foie, le lobule hépatique, sera ainsi chez l’adulte un territoire vasculaire, ayant pour centre un vaisseau, une veine sus-hépatique, autour de laquelle les vaisseaux capillaires, le tissu conjonctif, les travées épithéliales seront ordonnés radiairement. Ce lobule hépatique, ce territoire vasculaire, est une formation secondaire, aussi bien par l’époque
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de son apparition que par son importance morphologique. En effet avant les remaniements vasculaires dont il vient d’être question, le foie, dans la première période glandulaire de son développement, était organisé comme une glande quelconque, c’est-à-dire décomposé en lobules glandulaires, ici les lobules biliaires , d’une toute autre valeur que les lobules hépatiques. Le lobule biliaire en effet est cette partie du parenchyme épithélial hépatique dont les lobules sont tous supportés par un canal excréteur biliaire commun qui forme le pédicule du lobule. Dans le lobule vasculaire hépatique cet agencement a été changé, et le pédicule auquel ce lobule hépatique est appendu est un canal vasculaire sanguin, une veine sus-hépatique.
P) Foie hématopoiétique. — Le réseau capillaire, par lequel les veines sus-hépatiques et les rameaux de la veine porte s’unissent et dont les canaux sont irradiés à l’intérieur de chaque lobule autour de la veine sus-hépalique, ne deviendra pas le réseau capillaire définitif du lobule hépatique. Kôlliker, Van der Stricht, Kostanecki ont montré qu’il n’existe d’abord qu’un réseau capillaire intertrabéculaire, situé entre les travées épithéliales du foie. A un stade plus avancé apparaît, par bourgeonnement des vaisseaux de ce système intertrabéculaire, l’ébauche d’un nouveau réseau, intercalé sur le trajet du premier et situé à l’intérieur des travées épithéliales; c’est donc un « réseau intra trabéculaire ». C’est le réseau secondaire intratrabéculaire ainsi produit, qui, après s’être régularisé et encore accru, constituera le réseau capillaire définitif du lobule hépatique.
Cette description paraît réclamer un double correctif.
Il est sans doute d’abord un peu artificiel de distinguer deux périodes successives dans la vascularisation du foie et d’opposer l’un à l’autre deux réseaux, l’un intertrabéculaire, l’autre intratrabéculaire. Le développement des vaisseaux dans le foie est probablement continu, et le réseau vasculaire ne devient interlrabéculaire qu’après avoir été intratrabéculaire.
En second lieu et surtout le mode de développement du réseau intralobulaire est tout à fait spécial et donne lieu à des vaisseaux qui n’ont pas les caractères des capillaires ordinaires. Ces vaisseaux sont des sinusoïdes (Lewis) (p. 90) ou capillaires parenchymateux (Géraudel). La circulation sinusoïdale se produit, dans le foie comme dans les autres organes où elle existe, par intcrcrescence entre l’endothélium vasculaire et le parenchyme, de l’organe ; au lieu d’être envahies par les vaisseaux de nouvelle formation les travées de ce parenchyme et ces vaisseaux se pénètrent réciproquement.
Mais dans le foie, le correctif de la circulation sinusoïdale ne rend encore pas compte du caractère le plus essentiel du mode de vascularisation. Les sinusoïdes ou capillaires parenchymateux du lobule hépatique ne proviennent pas de la pénétration réciproque du parenchyme hépatique et des vaisseaux sanguins primitifs. Ils préexistent dans ce parenchyme même, à l'étal d’amas et de cordons pleins, formés par des cellules sanguines jeunes, comparables aux îlots et aux réseaux sanguins solides de l’aire vasculaire. D’après Kostanecki, Dominici, Nathan, ces amas sont formés par une charpente nucléée délicate qui représenterait les cellules endothéliales du futur
vaisseau encore anastomosées en réseau ; la liquéfaction de ces amas donne ensuite lieu à une « chambre d’incubation » cloisonnée, où les jeunes cellules sanguines deviennent libres et achèvent leur évolution en hématies. Ces chambres sanguines se transformeront en vaisseaux complètement creux, qui s’ajouteront au réseau vasculaire déjà existant et l’enrichiront d’autant. Une remarque importante doit ici être faite. En disant que les
Fig. 431. — Coupe du foie d’un embryon de Moulon de 3 centimètres, pour l'hématopoièse.
Ich, travées de cellules hépatiques. — ch, capillaires hématopoiétiques (sinusoïdes). — mch, massifs cellulaires (érylhroblaslesj aux dépens desquels se formeront les globules sanguins et qui deviendront en se creusant les capillaires hématopoiétiques. — en, noyaux des cellules endothéliales de la paroi des capillaires . — cy, cellules géantes. — e. ér\ throhlasles participant à la constitution des travées hépatiques: entre leurs noyaux et ceux des cellules hépatiques il y a des formes intermédiaires, de telle sorte que l’érylhroblasle et la cellule hépatique paraissent être deux termes de la différenciation d une même cellule-souche. e*, érylhroblaste à noyau plus sombre, riche en suc nucléaire — e*, érythrocytes à noyau très cond nsé. — e* d, érythrocytes en division. — y3.giganloblasles. — h1, hématies, de diverses tailles et diversement colorables. libres dans la lumière du vaisseau sanguin. Les indices 1, 2, 3, 4 donnent la série probable des stades hématopoiétiques à partir de l’érythroblaste jusqu’à I hémalie. x 500.
amas de cellules sanguines préexistent dans les travées du parenchyme hépatique, on entend réserver la question de l’origine de ces cellules sanguines à leur tour, mais on est amené à se demander, en les trouvant parmi les cellules hépatiques (fîg. 4*3i, e1), si celles-ci et les cellules sanguines ne sont pas les descendants des mêmes, éléments cellulaires et si les travées épithéliales hépatiques et les cordons vasculaires sanguins ne sont pas deux formations génétiquement équivalentes.
Quoi qu’il en soit de leur mode exact de développement, les vaisseaux du lobule hépatique embryonnaire, les sinusoïdes du foie, sont larges cl
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irréguliers, leurs parois mal délimitées, leurs cavités encore obstruées plus ou moins complètement par des cellules sanguines en voie d’évolution (fig. 43i). Ils renferment en effet des érythroblastes ou globules rouges jeunes encore incolores (e^e2.), qui se chargeront d’hémoglobine et deviendront des cellules rouges ou érythrocytes (^r3.); ceux-ci à leur tour se transformeront en globules rouges pariaits dépourvus de noyaux, en hématies (h4.). On trouve aussi dans ces vaisseaux embryonnaires des globules rouges détruits. Le foie fonctionne comme organe hématopoiétique et corrélativement comme organe hématolytique, pendant une grande partie de la vie embryonnaire.
y) Transformations de l'ébauche conjonctive du foie et phénomènes de régression. — On comprend que, par l’augmentation rapide et considérable des travées épithéliales et des vaisseaux du foie, la masse connective embryonnaire, qui est le substratum de ces formations, se réduise de plus en plus. Elle persiste à la surface de l'organe, où elle forme l’enveloppe conjonctive du foie ou capsule de Glisson, autour des lobules, où elle englobe les ramifications de la veine porte et des artères hépatiques ainsi que des canaux biliaires qui les accompagnent, dans l’intérieur des lobules enfin, où elle constitue de très minces filaments entre les rangées de cellules hépatiques et les capillaires.
Quelque puissant que soit l'accroissement du foie, il ne s’étend pas toutefois à la totalité du bourrelet hépatique conjonctif, dont il respecte diverses régions. Ce qui en reste forme, sans que nous ayons à décrire de quelle façon, les ligaments du foie ligament suspenseur, ligaments triangulaires, ligaments gastro-hépatique et hépato-duodénal). Pendant la période môme d’accroissement du foie, et plus tard, après l’époque embryonnaire, il se fait dans certaines régions hépatiques des phénomènes régressifs, sans doute causés par la compression qu’exercent les organes voisins, et marqués par la disparition du tissu glandulaire et l’effacement des lumières vasculaires ; les voies excrétrices du foie, c’est-à-dire les canaux biliaires, résistent le plus longtemps à l'atrophie et demeurent en formant dans ces régions les vasa aberrantia de l’anatomie. Ces phénomènes destructifs, dont Toldt et Zuckerkandl, Sigm, Mayer et Czerny ont révélé les détails histoly tiques, ont lieu de préférence dans les portions du parenchyme hépatique voisines des divers ligaments (le ligamenl triangulaire gauche de préférence) qui rattachent le foie aux organes voisins ; il en résulte que ces ligaments sont agrandis par l’adjonction de régions hépatiques atrophiées. Celles-ci ne renferment plus que les deux feuillets de la capsule conjonctive du foie, du tissu conjonctif, quelques débris de parenchyme hépatique, des vaisseaux sanguins oblitérés et surtout des canaux biliaires ; elles représentent ainsi des sortes d’appendices membraneux du foie, intermédiaires au parenchyme hépatique et aux ligaments.
Ces vasa aberrantia sont une des formes ordinaires (mais non la seule) de la régression ou plutôt de l'arrêt de développement des voies biliaires. Ils sont anastomosés entre eux, terminés par des extrémités borgnes et sans relation avec les lobules hépatiques; ils sont tapissés, comme les conduits biliaires parfaits, par un épithélium cubique (Barpi et Tornello).
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2° Signification physiologique du foie. — L’étude du développement du foie et quelques considérations adjuvantes d’anatomie comparée peuvent nous donner une idée exacte de la signification physiologique véritable de cet organe, avant même que nous connaissions les détails de sa constitution définitive.
Un premier point à ce sujet est établi par l’histoire du développement de la glande hépatique. A une époque où le principe du cumul physiologique n’était pas admis pour les glandes et où les deux fonctions de sécrétion externe et de sécrétion interne ne paraissaient pas pouvoir être cumulées par un même organe glandulaire, les physiologistes croyaient que le foie, ayant deux fonctions principales, la fonction de sécrétion externe ou sécrétion biliaire, connue depuis longtemps, et la fonction de sécrétion interne, ou fonction glycogénique, découverte par Cl. Bernard, était composé de deux glandes distinctes, la glande biliaire et la glande glycogénique. Certains histologistes (Robin et Legros, par exemple), trop dociles aux exigences de la physiologie, s’appliquaient à retrouver ces deux glandes et avaient fait servir à leur distinction divers faits histologiques. Sous l'influence de l’idée de la dualité physiologique du foie, plusieurs auteurs (Robin, par exemple) avaient rapporté aux deux glandes biliaire et glycogénique, enchevêtrées l’une dans l’autre, deux espèces cellulaires qu’on avait cru distinguer dans le foie de l’embryon et dont l’une n'était vraisemblablement <pie des cellules sanguines jeunes.
Un autre fait, ou plutôt un résultat simplement négatif, a servi aussi à étayer l’hypothèse des deux glandes physiologiques du foie. Pendant longtemps il a été impossible de poursuivre les canaux biliaires au-delà des limites du lobule hépatique, aux confins desquels on croyait qu'ils s’arrêtaient. De là, on était amené à distinguer deux sortes de glandes :1a glande biliaire formée par toute la ramification des canaux biliaires, la glande glycogénique constituée par le lobule hépatique avec ses vaisseaux. La théorie de la dualité physiologique du foie a vécu et a été remplacée par la conception unitaire d’un foie fonctionnant en même temps comme glande à sécrétion externe et comme glande à sécrétion interne.
Un second point important, sur lequel l’anatomie comparée jette un jour particulier, c’est le rôle véritable de la glande hépatique. On peut le déduire de sa situation chez certains Vertébrés. Le diverticule hépatique primitif, duquel le foie prendra naissance, se produit chez les Mammifères comme nous l’avons vu, à l’endroit de l'aditus anterior, c’est-à-dire du point où la gouttière intestinale encore largement ouverte dans la vésicule ombilicale se continue avec l'intestin antérieur; et le cæcum hépatique se développe le long de la vésicule ombilicale ou vitelline. Chez les Batraciens, ce cæcum hépatique s’enfonce dans l'épaisseur du vitellus qui remplit la vésicule vitelline ; Siiore a insisté sur cette relation ; l'ébauche du foie chez ces animaux représente en effet une villosité intestinale absorbante plongeant dans le matériel vitellin. De même chez les Mammifères, le foie n'est pas autre chose qu'une immense villosité intestinale, mille et mille fois ramifiée, s’enfonçant dans une nappe sanguine énorme que forment les veines omphalo-mésentériques et plus tard la veine porte venues des parois de l'intestin, baignant par conséquent dans un sang chargé de matériaux
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alimentaires et comparable à ce titre au vitellus de l’embryon de Batracien. Telle est donc la situation du foie : celle d’une glande placée sur le trajet du matériel alimentaire. Telle est par suite sa fonction essentielle, qui est double ou même triple : élaborer ce matériel alimentaire et déverser dans le sang les principes élaborés qui sont utiles à l’organisme (sécrétion interne) ; débarrasser l’organisme de produits résiduels ou nuisibles et les éliminer au dehors (sécrétion externe) ; extraire du sang certains ferments utiles à la digestion (sécrétion externe).