I. — Trompes utérines ou oviductes
Les trompes utérines ftubæ uterinæ, tubæ Fallopianæ), au moment où elles se développent aux dépens des canaux de Millier, sont représentées par deux
Fig. 548. — Coupe transversale de trompe utérine passant au voisinage de l’orifice abdominal.
La muqueuse se soulève en replis très nombreux et très ramifiés. La tiinique musculaire est mince et abondamment vascularisée. D’après Orthmann.
conduits épithéliaux plongés dans le tissu mésenchymateux sous-péritonéal. L’épithélium de ces conduits est cylindrique non cilié. Vers le cinquième mois
HISTOLOGIE ET ANATOMIE MICROSCOPIQUE
(Nagel), les éléments mésenchymateux commencent à se transformer en cellules musculaires lisses qui se disposent autour du conduit épithélial en une couche circulaire, couche fondamentale et primordiale, que nous retrouvons sur toute l’étendue du conduit mullérien. Une assise mésenchymateuse persiste entre l’épithélium cylindrique et la couche musculaire; c’est l’ébauche du chorion de la muqueuse tubaire. Une deuxième couche musculaire, à direction longitudinale, se différencie ensuite en dehors de la précédente. Ces différenciations se font progressivement de haut en bas.
L’épithélium, primitivement cylindrique simple, se garnit ensuite de cils vibratiles. Les auteurs ne sont pas d’accord sur le moment de leur d'apparition ; ils apparaissent au cinquième mois de la vie intra-utérine d’après Nagel, au septième mois d’après Wolff, pendant la grossesse d’a-
Fig. 549. — Coupe transversale de trompe utérine passant au niveau de l'isthme (Femme).
muq, muqueuse. — c.c, couche musculaire circulaire. — c.l, couche musculaire longitudinale.
près Becker, Popoff. D’après nos préparations, les cellules cylindriques ne possèdent pas encore leur garniture vibratile chez le nouveau-né. La muqueuse tubaire se soulève très tôt en replis longitudinaux très accentués, grâce à la prolifération du chorion ; ces replis commencent à apparaître vers le troisième mois de la vie intra-utérine. Ils sont plus développés vers le pavillon de la trompe que vers son extrémité utérine.
Chez l’adulte, l’oviducte comprend les différentes assises dont nous venons de suivre la genèse et qui sont, en allant de dedans en dehors : i° une muqueuse ; 2° une musculeuse ; 3° une couche conjonctive périphérique recouverte par l'endothélium péritonéal.
LES GLANDES GERMINATIVES
i° Tunique muqueuse. — La tunique muqueuse, examinée sur une coupe vue à un faible grossissement, montre une série de replis allongés, qui plongent dans la lumière tubaire et se divisent en ramifications secondaires, hérissées à leur tour de ramifications tertiaires. Tous ces replis comblent presque totalement la lumière des trompes ; ils sont relativement bas au niveau de la région de l’isthme, s’élèvent progressivement dans le corps de la trompe et présentent leur développement maximum dans la région de l’ampoule (fig. 5^8 et 549).
a ) L’ épithélium qui tapisse cette muqueuse est une couche de cellules cylindriques, hautes de i5 à 20 a et garnies de cils vibratiles dont le mouvement est dirigé vers l’orifice utérin de la trompe (Nagel). Ce courant ciliaire jouerait un rôle important dans la propulsion des œufs fécondés vers la cavité utérine (Hofmeier, Heil, Lode). Outre ces cellules ciliées, il existe également des éléments non ciliés, des cellules globuleuses et claires (fig. 55o), enfin des cellules sombre^ et très colorées par les réactifs basiques et remplies de granulations sécrétoires.
Les recherches récentes de Moreaux ont montré que ces deux formes cellulaires, cellules ciliées et cellules en sécrétion, sont génétiquement dépendantes l’une de l’autre. Il a observé en effet que les granulations sécrétoires
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JJFig. 550. — Trompe utérine de Femme, région de l’isthme. Portion de la muqueuse vue à un fort grossissement et montrant les cellules cylindriques ciliées, les unes sombres et étroites, les autres globuleuses et claires. X 400.
apparaissent dans la zone apicale des éléments ciliés, augmentent de volume et de nombre et remplissent la majeure partie du territoire cellullaire (Lapin). Ces granulations sont constituées par une substance qui présente les réactions du mucigène. Quand la cellule est bourrée de son produit de sécrétion, les cils et les corpuscules basaux qui les supportent tombent dans la lumière et un diplosome apparaît dans la partie profonde de la cellule, au voisinage du noyau. Le produit muqueux est ensuite déversé dans l’oviducte; la cellule vidée se trouve comprimée par les éléments voisins et fait, au-dessus des autres cellules cylindriques, une hernie accentuée à la périphérie de laquelle se trouve le diplosome; le cytoplasme reprend ensuite les caractères qu’il possède dans les éléments au repos et le diplosome, par divisions successives, reconstitue une nouvelle bordure de corpuscules basaux sur lesquels poussent des cils vibratiles. L’élément épithélial est alors revenu au stade de (filiation (fig. 55i). Ces phénomènes sécrétoires s’observent sur un très petit nombre de cellules tubaires pendant la phase de repos sexuel, mais par
contre se manifestent avec une intensité particulière pendant la période du rut; l’excrétion exocellulaire se produit pendant le passage des œufs dans l’oviducte. Le produit de sécrétion est utilisé, du moins chez le Lapin, à entourer l’œuf d’une épaisse couche muqueuse. De semblables processus sécrétoires avaient déjà été observés chez les Rongeurs par Nicolas, Bouin et Limon. Chez la Femme, il existe, parmi les cellules ciliées, des cellules non ciliées et granuleuses auxquelles certains auteurs attribuent la valeur de glandes unicellulaires (Frommel, Chrobak, Rosthorn); elles se rencontrent surtout au niveau des segments ampullaires et isthmique (Voinot).
b) Au-dessous de l’épithélium se trouve un c/ionon assez épais et dense, qui forme par ses multiples replis le stroma des digitations (pie la muqueuse envoie dans la lumière tubaire. Beaucoup d’auteurs distinguent deux couches dans ce chorion. Tout d'abord une couche superficielle, mince, composée de petites cellules aplaties, et sur laquelle les cellules épithéliales s’implantent directement. C’est le chorion proprement dit ou tunique propre. Cette couche est limitée par des cellules musculaires lisses, dont la direction générale est longitudinale et qui sont d'autant plus nombreuses qu’on se rapproche davantage de l’utérus (Henle, Waldeyer). Certains auteurs assimilent ces fibres longitudinales à une muscularis mucosæ (Grunwalu, Fret, Boum et Davidoff), et d’autres en font une couche longitudinale interne appartenant à l’enveloppe musculaire générale du conduit (Rick, Ballantyne et Williams). Une couche conjonctive épaisse est sous-jacente à ces fibres musculaires longitudinales ; elle est formée de fibres conjonctives enlacées qui enveloppent de nombreux vaisseaux sanguins, des lymphatiques et des ramifications nerveuses. C’est la tunique sous-muqueuse.
2° Tunique musculeuse. — La tunique musculeuse, très épaisse, comprend deux couches de fibres musculaires lisses, une couche interne circulaire et une couche externe longitudinale. La couche interne, la plus développée, s’étend depuis l’utérus jusqu’à la naissance du pavillon, où elle s’arrête en formant à ce niveau une sorte de petit anneau sphinctérien Tourneux). Elle est souvent pénétrée par des faisceaux musculaires venus du plan longitudinal superficiel, qui s’insinuent plus ou moins obliquement parmi les fibres circulaires. Ces fibres longitudinales se continuent avec les fibres superficielles du fond de l’utérus, surtout sur les faces externes de cet organe (Lusciika). La musculeuse de la trompe renferme de nombreux éléments lymphoïdes qui peuvent être isolés ou amassés en îlots (Cappellani).
Fig. 551. — Cellules lubaires de Lapine.
On voit trois cellules qui sont remplies de grains de sécrétion et qui présentent chacune un diplosomeau niveau de leur extrémité apicale ; deux cellules ciliées, dont les cils sont supportés par une double rangée de corpuscules basaux. D’après Moreaux.
LES GLANDES GERMINATIVES
3° Adventice et séreuse. — Une couche de tissu cellulaire lâche entoure la musculeuse tubaire et se trouve recouverte par la séreuse péritonéale. Elle renferme quelques fibres musculaires lisses longitudinales (HENLE),les gros vaisseaux sanguins, les troncs nerveux, et un grand nombre de fibres élastiques. Celles-ci forment un réseau compact immédiatement sous la séreuse péritonéale ; elles ne se continuent pas dans la musculeuse, mais se retrouvent en si grand nombre dans la sous-muqueuse qu’elles s’agencent en une sorte de limitante dans la zone juxta-musculaire (Cappellani).
4° Vaisseaux et nerfs. — Les artères de la trompe se ramifient tout d’abord dans la couche sous-péritonéale ; elles donnent des branches qui pénètrent dans la musculeuse et se capillarisent abondamment dans le chorion. surtout dans les plis tubaires. Les veines forment un premier réseau muqueux, puis un réseau dans la couche musculaire et un réseau superficiel sous-péritonéal. Celui-ci est très développé et les veines anastomosées limitent des mailles très étroites. Les vaisseaux lymphatiques prennent naissance par des dilatations en forme de fentes dans le chorion de la muqueuse ; ces voies lymphatiques se réunissent avec celles de la musculeuse, confluent les unes avec les autres dans la couche conjonctive périphérique et finissent par constituer deux ou trois troncs qui courent le long du bord supérieur du ligament large et se jettent dans les ganglions lombaires (Cappellani).
Les nerfs de la trompe suivent tout d'abord le trajet des vaisseaux; ils proviennent du plexus ovarique et du plexus utérin. Ils sont composés par des tibresqui entourent la trompe annulaircment en formant un premier plexus, le « plexus fondamental » (Jacques). Des filets radiés s'en détachent, pénètrent dans la musculeuse et s’entre-croisent en un deuxième plexus, le « plexus intra-musculaire »; celui-ci donne à son tour naissance à des fibrilles variqueuses et fines qui se ramifient dans le chorion et qui se terminent immédiatement au-dessous des cellules cylindriques (Jacques) ou entre ces cellules (Cawronsky), Certains auteurs (Schafer, G awronsky), ont signalé dans la paroi des trompes l’existence de cellules ganglionnaires multipolaires dont Jacques n’a pu vérifier l'existence.