I. — Constitution de la forme extérieure de l’embryon
Pendant que se constituaient les organes de l’embryon, grâce aux processus qui ont été précédemment décrits, l’ébauche embryonnaire se dessinait de plus en plus nettement dans le germe. Elle apparaissait. comme une aire ou tache embryonnaire , de forme circulaire d’abord, puis ovalaire, de plus en plus allongée ensuite, opaque et de couleur blanchâtre, qui se détachait sur le fond transparent et grisâtre de l’œuf qu’on a désigné sous le nom d'aire transparente. C’est dans l’aire embryonnaire que paraissaient successivement la ligne primitive et son prolongement céphalique, puis les divers organes de l’embryon, la gouttière et les replis médullaires, la corde dorsale, le mésoderme avec les protovertèbres, etc.
L’ébauche embryonnaire se sépare ensuite sur tout son pourtour du reste du blastoderme par des « gouttières limitantes » de plus en plus profondes (fig. 26). L’extrémité antérieure de l’ébauche, séparée par un pli céphalique de la région correspondante du blastoderme, devient la tête de l’embryon ; de même l’extrémité caudale, délimitée par un repli caudal, four- Histologie II. 3
HISTOLOGIE ET ANATOMIE MICROSCOPIQUE
nit la queue. Des plis laléraux isolent du reste du blastoderme d’abord les flancs , puis plus tard la paroi ventrale de l’embryon.
Les gouttières limitantes intéressent toute l’épaisseur du blastoderme, dont chaque feuillet est séparé en deux régions : Tune embryonnaire, l’autre extra-embryonnaire (fig. 26). Le processus de plissement intéresse d’abord la somatopleure (ectoderme et mésoderme pariétal) et délimite par conséquent la paroi du corps de l’embryon. Puis il atteint la splanchnopieure (entoderme et mésoderme viscéral) et isole la paroi digestive de l’embryon du reste de la splanchnopieure. Le cœlome se trouve ainsi par conséquent partagé en deux régions, la cavité du corps de l’embryon d’une part, le cœlome extra-embryonnaire ou cœlome externe d’autre part (fig. 26, c.e.).
Fig. 26. — Coupes schématiques transversale et longitudinale d'embrgons de Poulet, montrant la séparation de l’embryon d’avec le blastoderme extra-embryonnaire. Imitées d’O. Hertyvig.
A, coupe transversale. — B, coupe longitudinale. — Ectoderme en noir, mésoderme en rouge, entoderme en vert. Les flèches passent par les gouttières limitantes et marquent par conséquent la séparation de l’embryon et de la partie extra-embryonnaire du blastoderme. Les deux arcs de la figure B s’étendent : le plus grand au travers de l’ombilic cutané, le plus petit au travers de l’ombilic intestinal. — ce, ce, le cœlome extra-embryonnaire ou externe. — rl, replis latéraux de l’amnios. — gee, gea, gaines céphalique et caudale de l’amnios. — ia, ip , intestins antérieur et postérieur. — vo, vésicule ombilicale.
On donne à la région extra-embryonnaire du blastoderme, qui entoure la sphère de l'œuf, le nom de sac vitellin , parce que. chez les animaux qui ont un vitellus, celui-ci y est renfermé. On peut distinguer un sac vitellin externe ou cutané , formé par la somatopleure extra-embryonnaire et un sac vitellin interne ou intestinal , constitué par la splanchnopieure extraembryonnaire, l’un étant séparé de l’autre par le cœlome extra-embryonnaire. Les gouttières limitantes devenant de plus en plus profondes, il arrive que la région de transition entre l’embryon et le reste de l’œuf se rétrécit toujours davantage, et que l’embryon se pédiculise pour ainsi dire sur l’œuf. De même qu’on distingue un sac vitellin cutané et un sac vitellin intesinal, on peut dire que le pédicule par lequel l’embryon se rattache à l’œuf se compose : d’un pédicule cutané inséré sur l’embryon suivant une ligne circulaire dite ombilic cutané (qui est indiquée sur la figure 26, B, par le plus grand arc) ; d’un pédicule intestinal qui est appelé conduit vitellin et qui s’insère sur l’embryon parunombilic intestinal (indiqué sur la figure 26, B
PRÉLIMINAIRES D’EMBRYOGENIE
par le plus petit arc). Les progrès de la séparation de l'embryon font que la gouttière intestinale, d’abord largement ouverte dans la cavité vitelline ou vésicale ombilicale , se transforme en un tube sur une étendue de plus en plus grande. Cette transformation se fait à partir des deux extrémités céphalique et caudale de l’intestin, qui deviennent respectivement l'inteslin céphalique ou antérieur et l'inteslin terminal ou postérieur (fîg. 26 et 27, ia, ip). Ces deux parties intestinales tubulaires communiquent avec la portion moyenne de l’intestin, demeurée encore à l’état de gouttière et indistincte de la cavité vitelline, par des orifices appelés respectivement porte antérieure et porte postérieure de l'intestin ( aditus anterior , aditus posterior ad intestinum).