IV. — Modifications des ganglions
i° Variations régionales et spécifiques. — Les ganglions des diverses régions n’ont pas exactement la même constitution. Il existe dans le mésentère du Porc et dans l’aisselle de plusieurs Mammifères des ganglions de très petite dimension (1 millimètre) et de constitution très simple; ils sont constitués par un seul follicule entouré d’un sinus lymphatique annulaire (Gulland, Ranvier). Il y a surtout de grandes différences zoologiques. Les ganglions des Oiseaux sont remarquables par le peu de complication de leur texture (Fleury, Jolly) ; il n’y a pas de distinction en substances corticale et médullaire ; des follicules plongés dans une nappe de tissu homogène constituent l’ensemble du ganglion (Fleury).
20 Variations fonctionnelles et involution sénile des ganglions lymphatiques. — Quand on compare le développement des ganglions lymphatiques à celui des autres organes de l’économie, on est frappé de l’époque tardive à laquelle apparaissent les ganglions, et on est amené à les considérer comme des organes de perfectionnement, relativement contingents. Ce n’est aussi qu’assez tard que les ganglions acquièrent une organisation intérieure complète. Ainsi les centres germinatifs, foyers actifs de néoformation et de destruction cellulaire, ne se montrent qu’après la naissance et ne sont pleinement développés que chez le jeune animal (Ebner, Gulland, Thomé, Bunting, Baum).
L’idée de la contingence des ganglions lymphatiques est confirmée par l’observation de l’individu adulte. Leur développement plus ou moins grand est subordonné à l’activité variable des organes, aux lymphatiques desquels ils sont annexés ; leur existence même, d’après certains auteurs, serait contingente et intermittente. Selon Gulland, certains ganglions n’apparaissent chez l’adulte que dans des circonstances déterminées et sont qualifiés pour cette raison par Gulland de « ganglions tertiaires ». Stiles, qui
HISTOLOGIE ET ANATOMIE MICROSCOPIQUE
a étudié les ganglions axillaires, dit que pendant la période de lactation il naît un grand nombre de ganglions, qui disparaissent après cette période. Après avoir extirpé les ganglions lymphatiques d’une certaine région, chez le Chien, Bayer et d’autres expérimentateurs ont vu des ganglions nouveaux se reproduire en ce même point.
Sans aller jusqu’à l’apparition de ganglions nouveaux et à la disparition des anciens, il est reconnu par tous les histologistes que la constitution des ganglions lymphatiques subit des variations fonctionnelles importantes. A la suite de Flemming, Zehnder, Schumacher ont noté l’inconstance des centres germinatifs, la dégénérescence de certains follicules. Ces variations tiennent, observe Delamare, à la multiplicité des fonctions du ganglion el surtout au grand nombre de vicariances qu’il peut assumer. De là les transformations myéloïde, splénoïde du ganglion lymphatique. Après la splénectomie, les éosinophiles augmentent et l’hématophagie normalement discrète et insignifiante devient très active ; le ganglion a subi la transformation splénoïde (Dominici). Les ganglions de la femelle gravide sont le siège d’une hématopoièse abondante ; ils collaborent avec la moelle des os à In fonction d’hématopoièse et subissent en conséquence la transformation myéloïde Dominici); le ganglion est devenu une « glande myélolymphatique » (Scott Warthin).
L’atrophie sénile du ganglion lymphatique est précoce; chez l’Homme adulte on voit déjà disparaître les mitoses des centres germinatifs et débuter la sclérose qui envahira chez le vieillard l’organe tout entier. Cette sclérose est due à l’épaississement de la capsule et des cloisons et travées fibreuses qui en partent. Certains histologistes admettent que les cellules du tissu réticulé s’atrophient complètement ; d’autres oui assisté à la métamorphose1 graisseuse de ces cellules (Zacharow). Les macrophages disparaissent, cl avec eux la fonction phagocytaire du ganglion. Nous verrons que d’autres organes lymphoïdes, tels que le thymus, subissent une involution analogue.
3° Modifications pathologiques. — Les substances dissoutes et les corps figurés (bactéries, produits de désagrégation des tissus, cellules de toutes sortes, particules solides telles que le charbon) parviennent aux ganglions lymphatiques par les voies afférentes et s’engagent dans les sinus périphériques et radiés. Les cellules endothéliales de ces sinus lymphatiques se comportent comme des phagocytes actifs et englobent ces corps figurés. Les ganglions lymphatiques fonctionnent ainsi comme des filtres qui arrêtent les substances inutiles ou nuisibles. Ces filtres sont longtemps suffisants, mais ils peuvent être forcés par les bactéries et par les cellules des tumeurs. Les corps figurés ne remplissent d’abord que les chemins de la lymphe, et ce n’est que quand ceux-ci en sont bourrés que l’infiltration s’étend aux parties folliculaires ou nodulaires.
Les particules figurées ou substances dissoutes, apportées aux ganglions par la voie lymphatique afférente ou aussi par la voie sanguine, des bactéries, par exemple, y produisent une inflammation aiguë, avec hyperhémie, exsudation, émigration leucocytaire ; les voies lymphatiques se dilatent, se remplissent de leucocytes ; leurs cellules endothéliales s’hypertrophient et se multiplient ; les follicules et cordons folliculaires ne sont tout d’abord
VAISSEAUX ET ORGANES VASCULAIRES
pas atteints par l’infiltration. La maladie du ganglion arrête la cause inflammatoire et prémunit temporairement ou définitivement l’organisme contre une généralisation.
Article 3. — RATE