CELLULES CENTRALES ET MARGINALES
vacuoles et effilés à leur extrémité, de façon à ressembler à des fibres nerveuses. Mais le plus souvent il s'élargit en une sorte de pied qui répond à son insertion sur la vitrée dermique. Souvent ce pied, tant à Textrémité d'un prolongement basai rubané plus ou moins épais qu'à celle d'un prolongement grêle rappelant de loin une fibre nerveuse, s'étale en un renflement massif, plat sur la ligne d'implantation (voy. fig. 793).
Dans les bourgeons dissociés par le procédé de l'alcool au tiers, on isole aisément les cellules les unes des autres et l'on reconnaît mieux encore la forme des cellules, centrales et marginales. On voit aussi qu'un grand nombre de ces dernières ne portent pas de bâtonnet gustatif, tandis que d'autres, en plus petit nombre, en sont pourvues. Mais il y a tout autant de cellules centrales et fusiformes qui n'en portent pas. Si l'on compare ces images avec celles fournies par le bourgeon effeuillé par sa bas^ et montrant toutes ses cellules en place réunies par leurs pôles libres, on se convainc que dans la dissociation, la plupart des bâtonnets qui manquent ont été brisés. Si donc, dans le bourgeon, il y a des cellules qui ne possèdent pas de bâtonnet, elles sont très peu nombreuses. Je conclurai de là qu'il n'y a pas une différenceaussi essentielle qu'on l'a prétendu entre les cellules de soutien et les cellules sensorielles des bourgeons gustatifs : ce sont là des éléments de même nature; leurchimisme, tantàl'égard de Torque du chromate d'argent et du bleu de méthylène direct, est le même pour les unes et les autres. Quand (chez le Lapin) on a injecté le bleu de méthylène par les artères ou les veines sur le vivant, les cellules des deux ordres restent incolores, tandis que les nerfs sont teints en bleu. Ce sont donc simplement là deux variétés d'une seule et même espèce cellulaire. Cette expérience démontre en outre que le chimisme des cellules neuro-épithéliales, bien que très semblable à celui des fibres nerveuses, n'est pourtant pas identique.
Chez les mammifères, toutefois, les cellules qui s'adaptent pi us particulièrement aux fonctions de soutien, et, avant toutes les autres, les marginales, perdent leurs bâtonnets gustatifs et deviennent les éléments d'un fulcrum radial. En revanche, ce que je viens de dire à propos des bourgeons gustatifs des têtards permet de comprendre que ces cellules demeurent, tout aussi bien que les centrales, l'objet de terminaisons nerveuses très riches prenant appui à leur niveau.
Chez THomme et les mammifères, les bourgeons du goût sont logés dans des capsules spéciales, formées par l'écart et une ordonnance spéciale autour d'eux des cellules épithéliales du revêtement stratifié de la bouche. Ils reçoivent par leur base des fibres nerveuses provenant du glosso-pharyngien. On les trouve dans les papilles caliciformes ou circum vallées, et sur les^ôtés latéraux des papilles fongiformes. Enfin, chez certains animaux tels que le Lapin, le Chien, le
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Porc, ils sont réunis en nombre considérable dans ce qu'on appelle V appareil folié, dont l'étude doit être faite d'abord et prise pour type, parce qu elle permet le mieux de se rendre compte du mécanisme général de la gustation.
Appareil folié. — L'appareil folié (papilles foliées ou feuilletées) est constitué par deux disques ovalaires, à grand axe longitudinal, situés de chaque côté de la base de la langue. Chacun de ces disques porte le nom àe papille foliée (l), La papille foliée, de couleur rosée, est à peine saillante sur la muqueuse ; elle est longue de 5 à 6 millimètres, large de 3 à 5, et sa surface est parcourue par 12 à 14 crêtes transversales rappelant celles de la pulpe des doigts. C'est là l'organedu goût par excellence, comme le ditavec raison Enoeluann. En effet, l'appareil folié ne paraît pas renfermer moins de 14.880 bourgeons du goût réunis dans une aire toute petite, alors que, chez les autres animaux, ils sont disséminés sur toute la surface de la langue.
Sur une coupe longitudinale de la papille foliée, faite par exemple suivant son grand axe, toutes les crêtes papillaires sont coupées en travers. Elles interceptent dans leurs intervalles des sillons profonds que j'appellerai sillons gusiatifsy parce qu'ils sont le confluent commun de la portion libre (cône des bâtonnets) de tous les bourgeons du goût, et que sur leur plancher viennent s'ouvrir les canaux excréteurs des glandes séreuses du goût. Les sillons sont en effet, comme on le verra, le véritable milieu où se conditionnent les actes du goût.
Les crêtes papillaires régnent entre les sillons gustatifs à la &çon des reliefs d'un champ labouré. Chacune d'elles répond à un triple relèvement du derme, dont l'épithélium stratifié de la langue efface les reliefs en passant droit au-dessus d'eux, sans se déprimer sur leurs intervalles. En coupe transversale, ce triple relèvement dermique, répondant à des crêtes secondaires, prend la figure d'une feuille de trèfle ou plutôt d'une fleur de lis. Le foliole moyen, étroit comme un pli quand ses vaisseaux sont vides, loge une énorme veine dont la paroi adhère au tissu conjonctif et qui conséquemment est
(1) Hans von Wyss découvrit eo 1869 l'appareil folié de la langue du Lapin et du Lièvre. Ueber ein n^ues Qeitcbmacksorgan auf der Zunge des Kaninchena (Centralblatt f, d. med. Wtssensch., iS6^, n» 35, p. 548); et Die bêcher tôrmigen Organe der Zunge (Arch. f. mxkr, Anai. t. VI, p. 237, pi. XV, 1870). Quelques mois plus tard, Th. Engelmann donna de cet appareil et des bourgeons du goût une description qui, à quelques détails près, est restée classique (Manuel de Strickbr, p. 882, et traduction anglaise de New-York, 1872, p. 779).
L'appareil folié, d'après Sghwai.bb, existe aussi chez le Porc; mais les bourgeons du goût y sont disséminés sans orJre : de telle sorte que c'est chez le Lapin qu'il convient surtout de les étudier, d'abord parce que cet animal est à la portée de tous les histologistes, ensuite parce que son organe folié constitue un véritable objet de choix.