CANAUX BILIAIRES DBS DIVERS ORDRES
Au point de vue descriptif, il convient de ranger les canaux biliaires en trois catégories :
A. — Les canaux inter-lobulaires qui, dans le foie lobule, nous sont déjà bien connus, font suite chacun à un passage de Hering, puis décrivent dans les intervalles des lobules des anastomoses lâches. Ce sont ces canaux qui, dans les hépatites biliaires, sont le siège d'une végétation néoformative qui les multiplie largement autour des lobules, comme Ta bien indiqué Charcot. Dans ce cas, en outre, la néoformation canaliculaire se poursuit à l'intérieur du lobule, en substituant des canaux biliaires et du tissu conjonctif au parenchyme sécréteur formé de travées de Remak.
B. — Les canaux biliaires de distribution répondent à ceux qui parcourent les espaces stellaires de Kiernan occupant les angles des lobules sur les coupes atteignant ceux-ci en travers (perpendiculairement à Taxe de la veine centrale). Ce sont eux qui, comme l'a indiqué Sabourin, reçoivent les canaux biliaires inter-lobulaires des quatre lobules auxquels confine la masse pyramidale de tissu conjonctif répondant à leur intervalle. J'ai déjà décrit aussi ces canaux, qui diffèrent des inter-lobulaires par l'épaisseur de leur paroi propre et par l'existence de crêtes longitudinales, entre les relèvements desquelles régnent des sillons également longitudinaux. Dans l'épaisseur des crêtes, s'engagent des vaisseaux sanguins terminés par de petites boucles ou des bouquets de capillaires occupant, sous l'épithélium, une position superficielle qui rappelle celle des vaisseaux des bourgeons inter-glandulaires, ou encore le dispositif bien connu des vaisseaux sanguins dans les petites papilles du derme. L'épithélium est cylindrique et présente sur le bord libre de chaque cellule un plateau cuticulaire. Entre les plans-côtés des cellules, on voit (Lapin) de petits diverticules de la lumière s'engager de distance en distance, mais beaucoup moins fréquemment que dans les canaux inter-lobulaires.
C. — Les canaux hépatiques se dégageant, au hile, de la masse du foie et réunis en un seul canal, le cholédoque, constituent chez les animaux dépourvus de vésicule biliaire et de canal cystique (tels que le Rat), un seul et même système, celui des canaux biliaires collecteurs e/férents. Chez les animaux pourvus d'une vésicule biliaire, cet organe, ainsi que son canal excréteur propre (canal cystique), constituent un petit système diverticulaire particulier, répondant à un perfectionnement organique. Pour passer du simple au composé, je décrirai donc d'abord les canaux biliaires collecteurs chez le Rat.
Canaux biliaires collecteurs eiîérentm du Bat. — Il est facile de
fixer ces canaux distendus, et en même temps d'imprégner leurs cellules épithéliales, en poussant une injection de mélange osmio-picrique et de nitrate d'argent du pied du canal cholédoque vers le foie, sur
CANAUX BILIAIRES COLIiEGTEURS EFFÉRENTS. 1477
ranimai qui vient d'être sacrifié (1). Les canaux brunissent et on peut les isoler par une dissection fine. On reconnaît alors que, de chaque lobule du foie, se dégagent des canaux biliaires tributaires des canaux de distribution, lesquels se réunissent pour former le canal collecteur commun. Le canal collecteur se rend directement dans le duodénum après avoir traversé le pancréas. Dans ce trajet, il reçoit les canaux pancréatiques et joue le rôle de conduit émissaire commun du foie et du pancréas. Nulle part mieux qu'ici on ne peut se convaincre que le foie et le pancréas font partie intégrante d'une seule et même formation glandulaire, qui a évolué en deux sens différents et d'une façon toute spéciale dans chacun d'eux, mais dont 1* unité fondamentale est accusée par l'existence d'un canal excréteur unique répondant, on le sait, ici comme ailleurs à une seule et même branche initiale de végétation.
La paroi des canaux biliaires, qu'on peut,par la dissection, poursuivre à partir du hile jusqu'à la quatrième ou même la cinquième branche de bifurcation (Ranvier), est formée par des faisceaux de tissu conjonctif reliés entre eux par des paniers de fibres élastiques grêles, allongés dans le sens de la marche du conduit. Cette membrane fibreuse ne renferme pas, chez le Rat, de fibres musculaires. Elle dessine en relief, du côté de la lumière du canal, des crêtes longitudinales et se termine par une couche mince qui règne sous Tépithélium et qui renferme des cellules plates. On ne voit pas davantage ici de vitrée distincte que dans l'intestin des mammifères. L'épithélium semble reposersur la surface déterminée par une sorte de limitante conjonctive. Il est formé de cellules cylindriques ou plutôt pyramidales, disposées sur une seule couche et renfermant chacune un noyau unique. Pour prendre rang et former un revêtement continu, ces cellules ont les unes leur pôle libre élargi, répondant à la base de la pyramide, tandis que leurs voisines ont leur pôle libre atténué et leur base répondant au pôle d'insertion. Enfin on trouve, entre les cellules pyramidales adultes, des cellules jeunes dont le pôle libre n'atteint pas la lumière du canal. Celle-ci est régulière et limitée par un mince plateau au sein duquel on ne distingue pas de striation, — tel que celui des cellules profondes des glandes de Lieberkïihn de l'intestin grêle du Chien. Le protoplasma de toutes ces cellules est granuleux. L'acide osmique teint les granulations en brun clair et celles-ci sont disposées, suivant la hauteur de la cellule, au sein de travées protoplasmiques allongées dans le même sens.
(1) Pour fixer les voix biliaires, il faut agir sur un animal qu*on vient de sacrifier, et procéder par injection de façon à chasser la bile ; sans quoi cette dernière altère répithélium des canaux des divers ordres de manière à les rendre méconnaissables. Un segment du canal cholédoque du Ghien,enlevé tel quel et plongé dans Talcoolfort, montre un revêtement épitfaélial absolument altéié.
1478 GRTPTES DES CANAUX BILIAIRES EXTRA-HBPATIQUES.
Vue dans son ensemble, sur les canaux hépatiques étalés à plat, cette lumière parait sinueuse. Cela tient à la présence d'une série de diverticules en doigt de gant qu'on appelle improprement des gr/a/irf^^. Il s'agit d'une série de C7yptes répondant en réalité à des branches de végétation qui avaient commencé à pousser le long. du canal hépatique et qui ne se sont pas développées. Certains de ces crj^^^ sont bifides ou trifides sur un court trajet, ou bien leur fond présente des fossettes. L'épithélium des diverticules est identique à celui qui borde la lumière dans leurs intervalles : il ne présente aucune différenciaiion glandulaire.
Le nombre des cryptes diminue du duodénum au hile. Quand les canaux hépatiques se divisent et se subdivisent au sein du parenchyme hépatique, on n'en trouve plus. En revanche, les anastomoses entre les canaux deviennent plus nombreuses. Ce fait, tout purement anatomique qu'il soit, juge la théorie bien connue de Henle et, par conséquent, résout une question physiologique. On sait que Henle, et après lui Ch. Robin, avaient admis que le foie réalise à lui seul deux glandes. L'une, sécrétant le glycogène, répondait dans cette conception aux travées hépatiques dans le foie lobule, aux cordons de Remak dans le foie tubulé. L'autre glande, sécrétant la bile, était représentée par l'ensemble des diverticules glanduliformes des voies biliaires. Or comme bien au-dessus du point où cessent d'exister ces diverticules, on trouve de la bile toute formée dans les canaux hépatiques engagés dans le parenchyme du foie, oji ne peut naturellement considérer Isc diverticules comme des glandes biliaires à proprement parler : c'est-àdire comme les agents essentiels et nécessaires de la formation de la bile. Les seules cellules glandulaires qui puissent sécréter celle-ci au delà du niveau où cessent les glandes biliaires, ce sont donc les cellules hépatiques. La théorie de Henle et de Ch. Robin n'a plus d'ailleurs aujourd'hui qu'une valeur purement historique.
Camiax aberrants. — Chacun connait, depuis Ë. H. Weber, les canaux aberrants existant à la face inférieure du foie sous la capsule de Glisson, et qui, d'autre part, s'ét?endent chez l'Homme dans l'épaisseur du ligament triangulaire gauche du foie et dans les ponts celluleux, dont l'un complète en arrière le sillon de la veine cave inférieure, et l'autre recouvre le sillon antérieur. Us répondent k des branches de végétation du foie tubulé primitif arrêtées dans leur développement, et à l'extrémité desquelles il ne s'est pas formé de parenchyme sécréteur. Quand on les a mis en évidence, chez le Rat, par la méthode de l'or (1), on peut étudier aisément leurs nombreuses
(1) On injecte les voies biliaires de jus de citron filtré, puis on y pousse uxm seconde injection d'une solution de chlorure d'or à 1 pour 100. Après quoi, on traite. les fragments de foie par Tacide iformique au tiers pendant vingt- quatre heures, à
VASA ABBRRANTIA. 1479
anastomoses, leurs diverticules latéraux, et en même temps reconnaître qu*à leur extrémité, ils se terminent en doigts de gant simples ou ramifiés, comme l'avait indiqué autrefois Henle. Leur paroi est constituée par une mince membrane propre de tissu conjonctif ; et leur épithélium, cylindrique ou prismatique bas, paraît identique à celui des canaux bQiaires ordinaires.
Les canaux aberrants venant de branches différentes du canal hépatique, tout aussi bien que ceux fournis par les subdivisions d'une seule et même branche, peuvent s'anastomos6r entre eux et concourir à la formation du réseau élégant des <( vasa aberraniia ». Dans certaines portions de ce réseau, les canaux aberrants sont tous d'un calibre à peu près uniforme et ne portent pas de bourgeons latéraux. Dans d'autres portions du même réseau, tous les canaux émettent sur leur trajet des diverticules en doigt de gant ou renflés en ampoule. Dans l'intervalle des canaux anastomosés en rets, ces bourgeons creux marchent les uns vers les autres et certains se touchent par leurs culs-de-sac; d'autres se sont arrêtés à une petite distance les uns des autres ; d'autres, entirn, s'entremêlent les uns aux autres sans tendre à se rejoindre. Les bourgeons latéraux répondent manifestement aux cryptes échelonnés sur le trajet du canal excréteur ; et l'on voit bien en outre qu'ici il s'agit de branches de végétation et de subdivision de canaux glandulaires qui, après avoir commencé à se développer, ont cessé de croître. D'autres, au contraire, ont poursuivi leur développement jusqu'à devenir anastomotiques. Là s'est arrêté le mouvement et, à l'extrémité des branches de végétation, il ne s'est pas développé de travées hépatiques parce que la branche n'a pas rencontré le réseau admirable bipolaire -veineux.
La loi morphologique qui préside au développement du foie glandulaire apparaît ainsi d'elle-même, aussi bien que la signification morphologique des cryptes glanduleux échelonnés sur la première portion du parcours des voies biliaires à partir de l'intestin, dont elles sont un diverticule particulier.
La tendance à la végétation des canaux biliaires par formation de bourgeons latéraux sur leur parcours, et l'aptitude que possèdent ces mêmes bourgeons à former entre eux des anastomoses, est encore bien mise en évidence par la disposition que Ranvier (1) a décrite au niveau des bifurcations des canaux biliaires de distribution engagés dans le parenchyme hépatique du Rat. En se divisant, ces canaux
dessinent une fourche^ dont l'écart est occupé par une petite masse
l'abri de la lumière. Les loasa aberrantia sont colorés en violet magnifique ; et Ton peut en faire aisément des préparations qu'on monte dans la glycérine formiquée à 1 pour 100 ou dans le baume (L. Ranvier, Journal de micrographie^ t. X, p. 6). (1) L. Ranvur, Journal de micrographie^ t. X, p. 7.
1480 LOI DE VÉOiTATION DE LA GLANDE BILIAIRE.
de tissu coDJonctif rappelant une membrane interdigitale. Dans cette masse, on observe très fréquemment des réseaux de canaux biliaires issus du canal de distribution ou de ses branches, et formant entre celles-ci des anastomoses élégantes. L'épithélium de ces canaux est prismatique bas, ou aplati comme celui des canaux biliaires interlobulaires au niveau des passages de Hering. Cependant, les canaux compris dans Técart des branches de bifurcation ne répondent à aucun lobule hépatique, du moins directement: ce ne sont donc pas des canaux biliaires inter-lobulaires. Ce sont là, en revanche, des homologues des « vasa aberrantia j> : c'est-à-dire des branches de végétation du foie tubuleux qui se sont développées là où elles ont trouvé un espace disponible (tissu connectif occupant Técart des bifurcations), puis ensuite se sont arrêtées dans leur végétation, parce que celle-ci n'a pas rencontré de réseau bipolaire veineux fonctionnel pour y développer les travées d'un parenchyme sécréteur.
Au point de vue fonctionnel, les canaux aberrants n'ont aucune importance (1). Ce sont là de purs organes vestigiaires, simplement représentatifs de la glande hépatique telle qu'elle était à son début, c'est-à-dire dégagée encore de toute connexion avec le réseau bipolaire veineux fonctionnel. Le foie était alors une glande tubuleuse ramifiée, comme le sont toutes les glandes de l'intestin enlodermique antérieur. Mais^ chose remarquable, seul jusqu'ici entre toutes ces glandes et tout à fait en dehors et à distance du réseau fonctionnel, le foie possède par contre la propriété d'évoluer sous forme d'une glande tubuleuse ramifiée à culs-de- sac anastomosés.
C^nal eholédoqae et vésienle biliaire. — Chez tOUS leS anîmaUX
possédant une vésicule biliaire, le canal collecteur placé entre celle-ci et son canal efférent (canal cystique) et le duodénum, porte le nom particulier de canal cholédoque. Telle est la disposition chez un grand nombre d'.animaux : la Grenouille, le Lapin, le Chien, par exemple, et aussi chez l'Homme.
Chez l'Homme, chez le Chien, le canal cholédoque se montre avec les caractères essentiels d'un diverticule de l'intestin duodénal primitif. Il est constitué par une paroi fibreuse ou plutôt cellalofibreuse, au sein de laquelle on trouve un réseau de fibres musculaires lisses comparable à celui formé par la couche musculeuse interne de l'intestin des cyclostomes, c'est-à-dire plexiforme. J'ai décrit avec Grangher cette disposition sur le cholédoque de l'Homme, il y a nombre d'années ; mais elle est générale et s'observe tout aussi
(1) KôLLiRER a supposé que les canaux aberrants peuvent sécréter 'du macus.
Ranvier fait remarquer que 8*il en est ainsi, cette fonction doit être très réduite; |
car, en somme, chez le Rat, les bourgeons creux ou cryptes des canaux aberraoU |
n*ont pas d'épithélium à cellules calici formes. !
CANAL GROI^DOQUQ. 1481
bien chez le Lapin. En dedans de Tassise musculaire, qui s'atténue progressivement quand on remonte vers le hile et disparaît sur les canaux hépatiques, on observe une série de crêtes longitudinales tout à fait comparables, de leur côté, à celles de l'intestin primordial. A l'origine du canal, sur l'ampoule de Vater, ces crêtes sont compliquées. La lumière du cholédoque est réduite et comme rendue virtuelle à ce niveau, parce que les crêtes s'intriquent les unes dans les autres. Chez le Lapin, il existe même quelques crêtes qui prennent un développement énorme et forment de vraies cloisons. Elles divisent la lumière du canal ou de l'ampoule de Vater en trois départements qui paraissent distincts. Ranvier (i) a émis l'hypothèse que cette disposition constitue un vestige de celle qu'on observe au début du développement de la glande hépatique, née, comme l'a montré Kôlliker, précisément chez le Lapin, par deux bourgeons constituant à l'origine les deux « canaux primitifs de Remak », puis fondus ensuite en un seul.
L'épithélium qui recouvre les crêtes longitudinales et le fond des sillons consiste en une seule rangée de cellules cylindriques h plateau strié, absolument comparables à celles occupant la surface des villosites intestinales. Au voisinage de l'ampoule de Vater, on voit entre ces cellules un certain nombre de cellules caliciformes. L'épithélium du cholédoque commence donc par être un simple reflet de celui de la surface générale de l'intestin. Plus loin, les cellules caliciformes disparaissent. Il ne reste plus que des cellules cylindriques, dont le plateau devient de plus en plus mince, à stries très délicates puis indistinctes, — exactement comme au fond d'une glande de Lieberkûhn de l'intestin grêle du Chien et de l'Homme.
De distance en distance au fond des sillons longitudinaux, s'ouvrent les cryptes improprement appelés « glandes biliaires «.D^ns la région moyenne du canal, chez le Chien, ces cryptes sont compris dans la paroi, en dedans de la couche musculeuse. Ils ont, à l'égard des plis longitudinaux du cholédoque, la position des glandes de Lieberkiihn par rapport aux villosités membraniformes de l'intestin du Rat. Ils sont simples ou présentent des digitations en doigt de gant. Leur épi- Ihélium est un reflet de celui de la surface des crêtes ; au voisinage de la bifurcation du cholédoque dans le sillon transverse du foie, il contient des cellules granuleuses. Chez le Lapin, le fond des sillons dessine un petit entonnoir tapissé de cellules caliciformes types ; l'épithélium qui revêt les cryptes et leurs digitations est formé de cellules muqueuses. Dans l'ampoule de Vater et à son voisinage immédiat, il s'agit de véritables glandes tubuleuses ramifiées comparables aux
(1) Ranvier, Journal de micrographie, t. X, p. 55.
VESICULE BIUAIRB,
glandes de Brunner. Même disposition chez le Cochon d'Iode et chez le Chien. Au niveau du point de passage du canal biliaire collecteur dans l'intestin, il existe donc encore ici un dispositif glandulaire favorisant l'expulsion du produit de sécrétion par une constante lubréfaction de l'orifice émissaire. De plus, le mucus qui occupe constamment cet orifice constitue un obstacle à l'envahissement des voies biliaires par les corps étrangers et les bactéries de l'intestin. Ily alà une sorte de piège à microbes, retenant ceux-ci au passage dans une masse épaisse, incessamment renouvelée et fiuant d'ailleurs aussi constamment du canal cholédoque dans la cavité intestinale (1).
Vésicule biliaire, — La vésicule biliaire constitue, chez les ani maux qui en sont pourvus, un diverticule des voies biliaires répondant à une branche latérale de végétation de celles-ci qui s'est développée en une cavité ampuUaire représentant un crypte géant. Mieux encore, elle serait comparable, par rapport aux voies biliaires collectrices qui, comme on Ta vu, reproduisentla constitution presqueexacte d'un intestin primordial, aux appendices pyloriques et à l'appendice iléo-caecal.
La vésicule biliaire présente à peu de chose près la même constitution que le canal cholédoque, mais avec des modifications de détail très intéressantes. Dans son ensemble, elle figure une poche arrondie ou piriforme, appendue au canal cystique qui, lui, est étroit, cylindrique et de calibre uniforme dans tout son parcours. La vésicule forme à son extrémité un renflement ampuUaire subit. Sa paroi est formée, de dehors en dedans, par une couche connective fibreuse, une assise musculaire consistant en un réseau délicat de fibres lisses à disposition plexiforme comme c'est la loi générale dans tous les réservoirs contractiles, et par une muqueuse qui, comme celle de l'intestin primordial et celle du canal cholédoque, présente une série de relèvements en forme de crêtes. Mais ici il ne s'agit plus décrètes seulement longitudinales. Les crêtes se rejoignent de diverses manières, en limitant des fossettes analogues à celles de l'estomac et de l'intestin des cyprins. La surface interne de la vésicule prend de ce chef
(i) On connaît la théorie de Victère catarrhal qui suppose une rétention de U bile, due à Toblitération du cholédoque par un bouchon de mucus. Tous les anatomopathologistes ont fait observer qu'à Tautopsie, on ne retrouve pas ce bouchon. Mais si Ton considère que les crêtes du cholédoque sont très nombreuses et sa lumière très étroite, et que ces mêmes crêtes sVngrènent étroitement chez THomme et chez le Chien au voisinage de l'ampoule de Vater, de façon même à effacer It lumière du canal excréteur, on conçoit qu'une inflammation même légère de Tanse duodénale, propagée au cholédoque, peut rendre toutes les crêtes jointives et déterminer un gonflement de la muqueuse du canal suffisant pour expliquer Timperméabilité temporaire, mais complète de sa lumière, et conséquemment l'ictère. II faut aussi tenir compte en ce cas du spasme du sphincter du pied du canal cholédoque décrit par Maurice Doyon (Etude analytique des organes moteurs des voies biliaires, Paris, 1893). ♦
FOSSETTES, CRÊTES, ÊPITHÉLIUM A PLATEAU STRiis. i483
une apparence aréolaire tout à fait comparable à celle du poumon de la Grenouille. Des crêtes principales , dont le pied est occupé par les divisions des veines cystiques, circonscrivent complètement ou non de grandes fossettes dont le fond est subdivisé en fossettes plus petites par des crêtes secondaires. Toutes les crêtes, principales ou secondaires, sont constituées, auss bien chez le Chien que chez le Lapin et le Cochon d'Inde, par un même tissu conjonctif très délicat, qu'on ne peut mieux comparer qu*à celui formant le stroma des villosités intestinales semi-lunaires ou lamellaires. Il consiste presque exclusivement en un réseau de cellules fixes anastomosées dans tous les sens parleurs prolongements. A peine y rencontre-t-on quelques faisceaux connectifs extrêmement grêles (1). En revanche, les intervalles des cellules fixes sont occupés par de nombreuses cellules migratrices et lymphoïdes, telles que celles qu'on rencontre dans le parenchyme des villosités. A vrai dire, toutes ces crêtes né sont rien autre chose que des villosités lamellaires. La muqueuse de la vésicule est donc absolument constituée sur le type de celle de l'intestin grêle. — Au-dessous de l'épithélium, elle se termine également par une limitante qu'on ne peut considérer comme une vitrée, au sein de laquelle s'engagent des capillaires s&jguins et s'étalent de grandes cellules connectives rameuses. C'est une limitante connective comme celle 'des villosités intestinales.
L'épithélium des villosités lamellaires qui limitent les fossettes et le fond de celles-ci, est absolument comparable, chez le Chien, à celui de la surface des villosités intestinales. Les cellules, qui sont cylindriques et à plateau strié, renferment même des gouttes de graisse disposées au sein du protoplasma comme dans les cellules absorbantes des villosités dans les périodes de digestion (Ranvier). Le plateau strié est épais. Entre les pieds des cellules cylindriques, on trouve des cellules migratrices engagées. La présence de la graisse dans les cellules épithéliales, déjà autrefois signalée parViRCHOW, est, comme le fait remarquer Ranvier, difficile à expliquer. Il s'agit peut-être ici non d*un processus d'absorption, mais au contraire d'élimination. Les toutes récentes expériences de Maurice Doyon et DupoDRT (2) tendent, en eflet, à prouver que la paroi de la vésicule biliaire élimine chez le Chien certaines matières grasses sous forme de cbolestérine. Les granulations graisseuses des cellules cylindriques à plateau strié pourraient être, dans cette conception, rapportées à un stade de transformation de la graisse à éliminer. Chez le Cochon d'Inde, toutefois, il n'y a pas de granulations graisseuses dans les cellules épithéliales. En revanche, ces cellules présentent une parti-
(i) L. Ranvier, Journal de micrographie^ t. X,p. 163. (2) Société de biologie, mai 1890.
1484 CBLLULES ÈPITHÉLIALES DE LA. VÉSICULE BILIAIRE.
cularité remarquable. Un grand nombre d'enlre-elles possèdent un prolongement grêle variqueux, qui se dégage d'un des plans-côtés et ressemble absolument au prolongement nerveux d'une cellule sensorielle (Ranvier). Pour étudier cette disposition, il suffit de traiter pendant plusieurs jours la paroi d'une vésicule biliaire de Cochon d'Inde par le sérum iodé (1), afin d'isoler les cellules épithéliales sans altérer leur forme. Comme dans le canal cholédoque, on rencontre entre les cellules cylindriques adultes des cellules jeunes (improprement nommées cellules basales). Chez les Grenouilles, les cellules basales sont très nombreuses ; ce sont elles qui portent les longs filaments variqueux comparables à ceux des cellules sensorielles.
Chez l'Homme, le Chien et le Lapin, les fossettes de la muqueuse de la vésicule biliaire forment de simples dépressions. Chez le Cochon dinde, leur fond donne naissance à de petits cryptes comparables ani cryptes de Lieberkiihn de k muqueuse intestinale du Rat, mais dont l'épithélium n'est pas difierencié de celui de la surface. Il est formé de cellules épithéliales ordinaires à plateau, mais tassées les unes sur les autres et prenant de ce chef une apparence multiforme (Ranvier). — Tout ceci montre bien l'analogie existant entre la vésicule biliaire et un intestin entodermique dont le développement se serait réduit à des formes simples.
La vascularisation de la vésicule biliaire est très intéressante (fig. 913). Le dispositif est le même chez tous les mammifères que j*ai étudiés à ce point de vue. Â la base des crêtes principales, dans le pied de celles-ci, marchent les divisions des veines cystiques qui, s'anastomosant en plexus veineux, circonscrivent les alvéoles. Lesartères se distribuent d'une façon analogue ; elles donnent ensuite naissance à des capillaires qui montent d'une part dans les crêtes et y forment des anses terminales élégantes, tandis que, d'autre part, les capillaires des fossettes forment, tout autour de celles-ci, un réseau qui ressemble absolument à celui des alvéoles d'un poumon de Grenouille. La seule difierence est que les mailles de ce singulier réseau de capillaires sont interceptées par des vaisseaux plus étroits, et conséquemment sontàla fois plus grêles et plus lâches. Un tel dispositif semble bien indiquer une activité physiologique particulière, dévolue aux parois des fossettes
(i) Voici le procédé indiqué par Ranvier : On tue un CJobaye. On détache aisément la vésicule, qui €st à peu près indépendante du parenchyme hépatique; puis os la fend suivant sa longueur et on laisse écouler la bile. On place ensuite Torgane dans du sérum faiblement iodé. Le lendemain, il s^est produit une décoloration. On ajoaie un peu de sérum iodé de façon à rétablir la coloration primitive. Au bout de cinq à six jours, il suffit de racler la surface interne de la vésicule avec un scalpel, pour obtenir une boue jaunâtre formée de cellules épithéliales détachées. On colore as picrocarminate et on examine directement. Pour rendre la préparation persistante, on ajoute très lentement de la glycérine, dans la chambre humide.
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