FIBRES MUSCULAIRES LISSES DE LA RATE
Le développement de la formation élastique de la capsule est, en général, inverse de celui des fibres musculaires lisses, que l'on trouve aussi chez la plupart des espèces. Ces fibres ont été découvertes en 1846 par Kôluker, qui nia leur existence chez l'Homme : opinion contredite par Fret, mais confirmée par Gerlach, Gray, Henle et d'autres auteurs. Chez les carnivores, Chien, Chat (Kdltchisky), elles occupent toute l'épaisseur de la capsule, disposées parallèlement aux faisceaux conjonctifs, formant quelquefois deux couches à direction différente, se retrouvant jusque dans les plus fines trabécules, le plus souvent accompagnées de fibres élastiques qui les enveloppent comme d'un réseau. On peut, cependant, rencontrer des trabécules formées uniquement de fibres musculaires. Enfin, les fibres lisses sont reliées en maints endroits aux fascicules musculaires qui, dans les gaines artérielles, se rencontrent assez souvent disposés parallèlement à la direction du vaisseau.
La présence de ces deux éléments, contractile et élastique, ne doit pas nous surprendre dans un organe qu'on peut considérer comme un véritable réservoir sanguin. On sait qu'on lui faisait jouer autre fois un certain rôle dans la régulation de la circulation abdominale. Sans aller aussi loin, il est bon de rappeler la fréquence et l'étendue de ses variations de volume aux moindres appels de la circulation générale ou portale, sa richesse en fibres nerveuses, l'influence que sa congestion, même transitoire, a sur la composition du sang en éléments figurés. Inversement, Kelsch (1) a fait voir que la faradisation de la rate augmente momentanément le nombre des globules blancs du saag circulant, chez les malades atteints de cachexie palustre avec hypertrophie splénique. La contractilité de l'organe, découverte par Cl. Bernard (1849), puis par Wagner, a été, à plusieurs reprises, étudiée par Rayer, Botkin, et enfin Shafer et Moore (2), qui mirent en évidence l'existence d'une contractilité rythmique intrinsèque, indépendante du système nerveux. D'autre part, ils purent provoquer des contractions soit par certains poisons , soit par des excitations des nerfs splanchniques, ou des racines motrices de la cinquième à la neuvième paire dorsale.
Que ce soit par la mise en jeu du retrait des fibres élastiques, ou par une intervention active des fibres musculaires lisses, le retour de la rate à son volume normal est largement assuré par tous ces élé • ments qui la sillonnent en tout sens, l'entourent comme d'un réseau et, par leur raccourcissement, chassent le sang dans de larges canaux veineux dont, par le fait même, la lumière est agrandie. Nous verrons en effet, plus loin, que les veines de la rate, contrairement aux
(1) KsLSGH, Arch, de PhysioLy 1876.
(2) Journal of physiology, vol. XX, n» 1.
1786 TRABBCULBS DE LA RATB.
artères, n'offrent pour ainsi dire pas de parois propres, et que la disposition des faisceaux conjonctivo-élastiques que leur prêtent les trabécules de premier ordre, est toujours telle que la simple mise en jeu de l'élasticité de ces éléments développe leur lumière et, du même coup, diminue Tespace que les cavités de la pulpe offrent au sang que leur apportent les artères.
Les trabécules de premier ordre délimitent, par leur réunion, des logettes largement communicantes, que Malpighi croyait creuses et insufâables, et qu'on appela longtemps les cellules spléniques. On peut les préparer par simple macération d'un fragment de l'organe. Sur les coupes, les plus grosses trabécules présentent souvent une fente centrale que la majorité des auteurs considèrent comme lymphatique. Elles se divisent, s'anastomosent et, par leurs côtés ou leurs extrémités (vues sur une coupe), elles donnent attache à un grand nombre de trabécules incomparablement plus fines et d'une tout autre nature, qui constituent le réticulum de la pulpe. Il n'y a pas de formes de transition entre ces deux systèmes dont l'origine est d'ailleurs différente. Denys et d'autres auteurs ont décrit un endothélium à la surface des travées capsulaires, continu avec celui du réticulum de la pulpe. Notons enfin que ces travées servent souvent de support aux veinules qui vont, par jonction avec d'autres, former le tronc veineux qui jouira d'une gaine commune avec une artère. Mais, en général, les travées sont longuement distantes des troncs vasculaires avec lesquels elles partagent le rôle de pièces de charpente.
Les vaisseaux propres de la capsule, toujours peu développés, occupent de préférence ses couches superficielles. Ses parties pro fondes sont immédiatement sus-jacentes à de larges cavités veineuses collectrices. Enfin, un réseau lymphatique très riche occupe toute l'étendue de l'enveloppe fibreuse. Celle-ci, comme la capsule de beaucoup de viscères où la circulation est relativement lente, constitue un siège de prédilection pour le dépôt des particules pigmentaires, de nature diverse, que les courants sanguin et lymphatique entraînent avec eux.
Il arrive enfin souvent que, de préférence chez des animaux âgés, la capsule, quoique épaissie, paraisse comme interrompue en certains points où le tisseux pulpeux est immédiatement sous-jacent au péritoine. 11 s'agit ici d'une réticulation secondaire, de nature non pathologique, comparable à celle qui particularise la gaine adénoïde des artères.
Nous avons vu qu'au niveau du hile, la capsule, se repliant sur elle-même, s'invagine avec les vaisseaux auxquels elle forme des gaines conjonctives. Chaque gaine, dite alors gaine commune, contient d'abord une des premières branches de division de l'artère et de la veine spléniques. Après un certain trajet plusieurs fois bifurqué, ces
ARTÈRB8 ET ARTERIOLBS DE LA RATE. 1787
deux vaisseaux divergent; leurs gaines s'amincissent et perdent bientôt leurs caractères primitifs pour acquérir chacun des caractères différents que nous étudierons un peu plus loin.
B. Artères, artérioleseteorpasenlesdelHalpighi. — NouS réunisSOUS
l'étude de ces trois formations qui dépendent intimement Tune de l'autre, et qu'on ne saurait séparer sans tomber dans des redites inévitables. Dans le paragraphe suivant, nous en ferons de même pour les veinules originelles, les veines et la pulpe splénique.
Les cinq à huit branches de division de l'artère splénique qui pénètrent dans la rate sont terminales : c'est-à-dire que si, à l'exemple d' Assolant, on pousse par l'une d'elles une injection colorée, on voit cette injection rester cantonnée à son territoire, ou du moins ne refluer dans les artérioles voisines dépendant d'une autre branche, qu'après avoir rempli d'abord tous les espaces de la pulpe du premier territoire artériel.
C'est en injectant ces branches de division de l'artère splénique par de la gélatine colorée que Robin etLEGROs(l) virent la masse à injection transsuder hors des vaisseaux et distendre les gaines qu'elle mettait ainsi en évidence. Tandis que les artères conservent leur indépendance et battent librement dans la gaine capsulalre, les veines y deviennent adhérentes. Il s'ensuit que la lumière des troncs veineux du plus gros calibre est modifiée par les tractions exercées sur la gaine commune (Kdltschitzki)(2).
Si l'on est à peu près d'accord sur les premières portions des gaines périvasculaires et sur leur signification, il n'en est plus de même quant aux portions plus profondes de cette formation, dont l'étude est, il est vrai, beaucoup moins accessible aux techniques usuelles. C'est ainsi que Robin et Legros, puis d'autres auteurs à leur suite, guidés peut-être surtout par la comparaison que l'on fait habituellement de la rate avec les ganglions lymphathiques, décrivirent les gaines périartérielles comme se continuant autour des corpuscules de Malpighi qu'elles entoureraient d'un sinus cloisonné analogue à celui qu'elles forment aux artères. Nous verrons plus loin que pareille formation n'existe pas, et que le tissu réticulé des corpuscules de Malpighi se continue direc; tement avec celui de la pulpe splénique.
L'embryologie nous apprend que les artères pénètrent et se développent dans la pulpe réticulée déjà formée. On admet généralement aujourd'hui, avec W. Mullbr, que la gaine capsulaire se résout, après un trajet relativement court, en faisceaux longitudinaux qui se séparent bientôt des vaisseaux et s'unissent aux travées issues de la
(1) Robin et Legros, art. Rate in Dict, Dechambre^ 1872.
(2) KuLTSCHiTZKi, ZuF Fràgc iiber den Bau des Milz (Arch, f. mikrosk, Anat., vol. XLVI, p. 679, 1895).
1T88 GAINES PèRIVASCULAiaES - PULPE BLANCHE, PULPE ROUOE.
capsule. Ces faisceaux et la gaine contieDuent des fibres élastiques et musculaires lisses ; leur surface ioterne est doublée d'un endothélium du type lymphatique. A cette gaine primitive, caverneuse, commune d'abord aux deux vaisseaux, artère et veine, fait suite une autre gaine, non plus caverneuse, mais réticulée, qui offre des propriétés tout à fait différentes. La transition se fait petit à petit : Dans le tissu que la capsule fournit à Tartère et dans l'adventice propre du vaisseau, s'accumulent bientôt des leucocytes qui remanient le tissu conjonctif et en font secondairement du tissu adénoïde. D*après Kdltschitsky, cette feDetration de la paroi du vaisseau s'opère de dehors en dedans. Sur les artères de petit calibre, elle va quelquefois jusqu'à la couche musculaire, de sorte qu'il ne reste aucune tracé du tissu conjonctif fascicule primitif. Dans les artères plus volumineuses, la transformation adénoïde n'est jamais complète. Le tissu fascicule persiste en partie au voisinage de la couche musculaire, comme à la périphérie des corpuscules. Cette transformation en tissu adénoïde s'accompagne de modifications histochimiques que mettent en évidence les procédés habituels de coloration. Les fibrilles du tissu réticulé se teignent moins fortement que les éléments du tissu fascicule. Kybbr(I) fait remarquer que les mailles de la gaine artérielle seconde sont plus larges et moins délicates que celles du parenchyme, et que la diffé* rence qui existe entre ces deux formations peut s'accuser dans certains états pathologiques. C'est ainsi que dans la dégénérescence amyloïde, la gaine artérielle est, le plus souvent, seule atteinte et tout au début du processus. Quant aux éléments libres contenus dans ses mailles, malgré les restrictions de quelques auteurs, ils ne difierent pas de ceux qu'on peut trouver dans le reste du tissu réticulé de la rate. Les gaines artérielles ne sont cependant pas envahies par les éléments du sang, du moins chez les animaux encore jeunes. Aussi, les décrit-on souvent avec les corpuscules de Malpighi sous le nom de pulpe blanche, par opposition à la ptdpe rouge qui forme le reste de l'organe. Des capillaires artériels très fins, de diamètre toujours inférieur à celui d'un globule rouge, partent de l'artère centrale. Ils irriguent la gaine adénoïde, et vont ensuite se perdre dans la pulpe, où ils acquièrent aussitôt ou peu après des caractères différents. Mais avant de continuer l'étude des artérioles elles-mêmes et de leur mode de terminaison, ilconvient de nous arrêter sur des formations de première importance, dont la structure nous est déjà connue en partie, car elles ne sont constituées que par des renfiements locaux de la gaine périartérielleque nous venons de décrire. Ce sont les corpuscules de Malpighi. Corpnscniea de Maipighi. — Ces corpuscules se laissent voir assez
(1) Ktber, Unters. iib. den Ivmphatischen Apparat in der Milz (Arch, /". mikr, Anat., vol. VIII, p. 568).