REVEIL DR LA FONCTION HÊMOPOIETIQUE
Il en est de même de l'hypertrophie du fragment restant de rate après splénectomie partielle, et de ces soi-disant a métastases » de tissu splénique dans les régions du péritoine les plus voisines de la rate. Cérésole (1) a montré que la régénération de la rate n'avait lieu dans aucune condition ; que, par conséquent, on n'assistait jamais à une hypertrophie véritable avec conservation intégrale de la structure primitive. i
c) Après cette courte digression dans le domaine de la physiologie, | nous pouvons demander à l'histologie un critérium beaucoup plus
précis de l'activité hématopoiétique de la rate : c'est le globule rouge à noyau. Nous rappelons que cet élément important cesse de se rencontrer, dans le sang ou dans la rate du fœtus humain, dès environ le septième mois de la vie intra-utérine. A partir de ce moment, Thé- i
mopoièse se fait par d'autres voies. La rate perd à son tour le pouvoir hématopoiétique que le foie avait déjà abandonné plusieurs mois auparavant; et ce ne sera désormais que dans des circonstances d'ordre pathologique qu'elle le pourra récupérer.
Les derniers travaux expérimentaux fournissent à ce sujet des résultats concordants. Ce n'est guère qu'après des saignées répétées, et chez des animaux encore jeunes que Ton peut arriver à amener dans le parenchyme splénique la production de globules rouges à noyau (Hayem).
Ce n'est, de même, qu'à la dernière période des anémies (et Ion sait combien le pronostic en est de ce fait aggravé) que les globules rouges à noyau commencent à se rencontrer dans le sang et dans la rate (Hayem). Nous envisageons ici, bien entendu, les érythrocytes vrais et non les cellules blanches imprégnées secondairement d'une hémoglobine de provenance étrangère.
d) Mentionnons rapidement certaines autres méthodes qui ont abordé le problème par un autre côté : Kachelew (2) étudia l'influence de rhyperémie et de l'anémie de la rate sur la composition du sang. Nous y reviendrons à propos de la genèse des globules blancs : ces expériences n'ayantété suivies d'aucune modification des globules rouges.
e) Plusieurs auteurs, Mya (3), Pilliet, essayèrent de réveiller le pouvoir hématopoiétique de la rate en diminuant le nombre des globules circulants, non plus par saignée, mais par l'action de certains poisons du sang (acétyl-phénilhydrazine). La pulpe de la rate contenait, après l'empoisonnement, de nombreuses cellules globulifères, d'abondantes mitoses, une augmentation des détritus globulaires, et du pigment donnant la réaction de l'hémosidérine de Nrumann.
(1) CÉRÉsOLB, Ziegler's Beitrâgey 1893.
(2) Kachelew, Revue de médecine^ 1897.
(3) Mya, Arch, ital. de biologie^ 1891.
I^ORMATION DKS GLOBULES BLANCS CHEZ L*âDULTK. 1819
f) Enfin FoA et Carbone» dans un travail déjà cité, employèrent, non plus les splènectomies, mais la ligature temporaire de l'artère splénique. Cette ligature est suivie immédiatement d'une nécrose, puis d'une rénovation des éléments de la pulpe. Les résultats de l'expérience sont ainsi comparables à ceux des saignées répétées : peu de temps après la saignée commence la formation des cellules géantes à noyau bourgeonnant. Plus tard, la rate est particulièrement riche en grandes cellules et en cellules à noyau fortement coloré, dont le protoplasma est chargé d'hémoglobine. Les cellules géantes à noyau bourgeonnant sont alors très rares : elles formeraient les cellules propres de la rate. Celles-ci, se multipliant par division indirecte, donnent des cellules qui se chargent d'hémoglobine et deviennent les globules rouges à noyau, qui peuvent à leur tour soit se transformer en globules rouges vrais, soit donner d'autres globules rouges à noyau par division encore ici indirecte.
De ces faits si divers, la conclusion s'impose : la rate possède incontestablement le pouvoir de développer des globules rouges par transformation de ses éléments propres. Les globules rouges à noyau qu'on y trouve dans certains cas ne peuvent être attribués à une simple accumulation, et la veine contient plus de globules rouges que l'artère splénique (ce qui pourrait être attribué à une perte de plasma). Mais ce pouvoir hématopoiétique est latent. Il n'est réveillé que par certaines circonstances : la mise en train n'a lieu qu'après celle de la moelle des os qui fournit la première aux besoins de l'organisme. La rate n'entre en scène que lorsque la moelle osseuse ne peut plus suffire à une rénovation sanguine abondante et surtout rapide. Inversement, les organes avec lesquels elle partage ce rôle hématopoiétique peuvent la suppléer chez l'adulte, ainsi que le montre l'innocuité ordinaire de la splénectomie.
Bdle de la rate dans la flornuitloii des filobnles blanes ehe« l'adulte. — Contrairement au précédent, ce rôle est actuellement tout à fait avéré, certain, et surtout il est continuellement mis à contribution au lieu de ne l'être que d'une façon intermittente. Rappelons l'existence chez l'adulte des « centres germinatifs de Flemming », et la diminution progressive de la pulpe blanche aux dépens de la pulpe rouge : c'est-à-dire la formation continue et la dissémination de globules blancs qui, après un séjour plus ou moins prolongé dans les mailles de la pulpe blanche, passent dans la circulation générale.
Devant les nombreuses données de l'histologie, les faits tirés de l'expérimentation ne peuvent ici qu'être résumés très rapidement :
Malassez montra qu'à Tétat normal les globules blancs sont plus abondants dans la veine que dans l'artère splénique. D'après ëmilianoff, il y a dans la veine deux tiers de lymphocytes (formes jeunes) et un tiers de formes adultes ; tandis que dans la circulation géné-^
1820 l'A UATE ET L»JNKIfiGTlON.
raie , il y a uii cinquième de formes jeunes et quatre cinquièmes de formes vieillies.
Kachelbff provoqua des dilatations congestives de la rate en sectionnant les nerfs splanchniques. Après une diminution passagère du nombre des globules blancs, il en notait une augmentation durable dans le sang circulant. Après splénectomie chez THomme, les résultats furent très variables. Outre la leucocytose immédiate, que Ton peut rattacher à Topéraiion elle- même, certains auteurs notèrent une leucocytose prolongée, portant surtout sur les lymphocytes. On releva aussi l'augmentation des globules éosinophiles, mais ceci tardivement.
Chez les animaux, on a signalé (Billroth, Mossler), une diminu • tion temporaire du nombre des leucocytes, précédée aussi souvent d'une leucocytose passagère.
D'après ëmiliânoff, ces résultats sont dus à Tentrée en fonction plus ou moins précoce des autres organes hémopoiétiques après la splénectomie. Celle-ci diminuerait le nombre des lymphocytes jusqu'à l'hyperplasie des ganglionslymphatiques.Par contre,elle augmenterait le nombre des formes adultes et vieilles dont la transformation s'accomplit alors dans le sang circulant.
Mais, c'est surtout dans les processus infectieux que la rate entre en jeu comme lieu de formation et de maturation des globules blancs. Ici, les documents abondent ; c'est le chapitre le plus avancé de toute la physiologie de Torgane, dont les observations cliniques font du reste prévoir la participation très grande aux processus infectieux.
D'une façon générale (et sauf quelques exceptions : streptocoque, Courmont), la résistance des animaux aux infections expérimentales est diminuée ou détruite parla splénectomie (bactéridie charbonneuse : Bardach, spirille delà fièvre récurrente : Sondakewitch). Et si Ton vient à sacrifier les animaux splénectomisés et possédant l'immunité naturelle à l'égard des microbes injectés, on trouve dans les leucocytes de la rate, et particulièrement dans les grands mononucléaires (macrophages de Metchnikoff), les différentes formes de bacilles injectées (Vissokowitch). Mais cette action des mononucléaires n'est Qn rien spécifique; ils la partagent avec nombre de cellules, en particulier, avec les cellules endothéliales des capillaires hépatiques (Werigo). Le rôle de la rate est plutôt de former et d'amener à l'état adulte des globules blancs qui iront en des points quelconques de l'organisme combattre les agents de l'infection. C'est ce que confirme du reste l'étude anatomo-pathologique de la rate dans les maladies infectieuses (Bezançon) (1).
A la fin d'un processus infectieux, on trouve dans la rate les traces
(1) Bbzan^on, thèse de Paris, 1896.
HÈAGTIONS DU TISSU SPLENIQUE. 1821
de nécroses rapides ou progressives des mononucléaires et des pseudopolynucléaires. Rarement, les microbes peuvent être vus englobés par les leucocytes : on les trouve plus souvent à Tétat libre dans les mailles ou les vaisseaux de la pulpe, et jamais dans les corpuscules de Malpighi.
Mais si, expérimentalement, on examine la rate aux débuts du processus microbien, on assiste alors, au contraire, à une phase de réaction véritable due ou bien à la congestion active de Torgane qui augmente la quantité d'oxygène qui s'y consomme, ou bien peut-être à l'action spécifique de chaque virus. Cette réaction, de toute importance au point de vue de l'issue du processus, est nettement caractérisée par la multiplication des leucocytes et l'augmentation du nombre des mitoses dans les corpuscules de Malpighi (Martinotti et Bar- BACGi) et, d'un autre côté, par la multiplication, dans les maiUes delà pulpe, des formes de transition et des formes adultes (mononucléaires et quelquefois aussi des pseudo-polynucléaires). Cette multiplication peut d'ailleurs se faire sur place par division des leucocytes séjournant déjà dans la pulpe, ou par accumulation et maturation consécutive de ceux issus des principaux foyers de production : les corpuscules de Malpighi. C'est ainsi que se forme en grande partie la réserve de globules blancs : réserve qui, versée dans la circulation générale au fur et k mesuro des besoins de l'organisme, détermine rhyperleucocytose dont les variations sont toujours en rapport direct avec le pronostic du processus infectieux.