SUR LES ÉLÉMENTS NERVEUX DU NÉVRAXE
Dans les paragraphes précédents, j'ai étudié analytiquement les divers éléments anatomiques et les formations principales entrant dans la constitution du névraxe proprement dit : c'est-à-dire de cette portion maîtresse du système nerveux qui, chez tous les vertébrés, règne derrière la corde dorsale et est enclose par les méninges, puis par le canal rachidien et la boîte crânienne, répondant ensemble à rare neural du squelette. Il faudrait maintenant passer à l'étude des ganglions du névraxe en les considérant individuellement dans la moelle, le bulbe rachidien, le cerveau et le cervelet. Jusqu'ici, dans les livres classiques d'histologie, cette étude, réduite à des notions plus ou moins sommaires, trouvait sa place. 11 me semble qu'elle n'en
T7Ô î-'^ SYSTEMATIQUE ET LUiaTOl.OGlK
a plus actueîlemont dans un traité d'aûatomie générale. Pour prendre un exemple» il n'y a plus, comme autrefois, une structure déterminée pour toutes les circonvolutions du cortex cérébral, mais chaque circonvolution, construite si l'ou veut sur un plan analogue aux autres, possède ses éléments propres et surtout ayant leurs connexions spéciales avec d'autres. De mêiue^ les formations ganglionnaires telles que le bulbe olfactif, les loLes optiques, etc., ont chacune leur histoire particulière. Si Ton considère la moelle épinière, on voit aussi que décrire histologiquement les cornes antérieures, les cornes postérieures, les commissures et les faisceaux blancs, apprend en somme peu de chose sur la signification fonctionnelle de cette partie du système nerveux central. — En revanche, il existe maintenant une branche de la neurologie anatomique, qui a pris tout à la fois un immense développement et sa pleine individualité. C'est la sysiématique du sfjsiâme nerceitœ étudiée par les deux méthodes du chromate d'argent et du bleu de méthylène, combinées avec les recherches d'anatomie descriptive et topographique ordinaires. Des ouvrages entiers conçus à ce point de vue étant aujourd'hui dans toutes les mains, je ne m'attarderai pas soit a les reproduire (ce que je ne pourrais pas faute de place), soit k les résumer» ce qui serait absolument sans intérêt. La question de savoir où va le cylindreaxe, où se portent les prolongements protoplasmiques d'un neurone donné de façon à former des connexions avec d'autres neurones soit dans le voisinage soit h distança^ est d'ailleurs une question de pure texture et presque aujourd'hui d'anatomie descriptive ; elle est donc étrangère à l'auatomie générale bien qu'elle soit souvent d*un intérêt capital. — Je traiterai ici de question tout autre, que j'eusse pu engager chemin faisant au cours de ma description analytique, mais que j*ai négligée à dessein. Car il ne s'agit plus ici de faits purs et simples que chacun peut constater par les méthodes histologiques indiquées ; mais bien d'un mélange d'ailleurs très intéressant de faits constatés, d'explications plus ou moins ingénieuses de ces mêmes faits, et de notions générales qui en découlent plus ou moins plausiblement. Ce sont ces notions qu'il faut exposer^ critiquer et discuter comme des hypothèses scientifiques.
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de »U»i. ~ J'ai décrit plus haut la cellule nerveuse comme un corps cellulaire dont, pour une portion, le protoplasma disposé autour du noyau a subi une différenciation sous forme de fibrilles. Parmi cellesci, les unes s'engagent dans les prolongements protoplasmiques plus ou moins nombreux constituant l'arborisation réceptive ou dendron ; tandis que d'autres se dégagent du corps cellulaire par ce que j'ai nommé le ce cône d'émergence » pour former le cylindre-axe primitif ou axone^ qui va distribuer plus ou moins loin Tonde nerreuse en
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s'epanouissant derechef en un bouquet plus ou moins arborisé répondant à sa terminaison ou pom/ (V application. C'est la conception la plus générale et la plus ancienne de la cellule nerveuse, telle que, le premier, l'avait formulée Remak et que la soutiennent encore aujourd'hui RANyiER,DoaiEL et moi-même avec la majorité des histologistes. Dans lesintervalles des fibrilles différenciées au sein de celui-ci, règne le protoplasma soit granuleux (comme dans une grosse cellule multipolaire des cornes antérieures de la moelle), soit hyalin (comme autour du noyau des cellules ganglionnaires des centres ou de la rétine qu'on appelle des grains). Mais cela posé, comment se comportent les âbriÙes nerveuses dans le corps cellulaire et quelles sont, et leur signification fonctionnelle, et leurs rapports avec Yaœone ou filament axile? Ici la difficulté commence et place est donnée aux interprétations et aux hypothèses.
NissL a imaginé une nouvelle méthode (1) de coloration des
(1) Voici comment Nissl expose ea technique dans une de ses dernières communications (à la Société psychiatrique de Berlin, juin 1894) : Les pièces dont le Tolnme ne doit pas dépasser 1 centimètre cube et demi sont durcies dans l'alcool à 96 degrés. On ne les inclut pas, mais les colle simp1em}nt avec de la gomme sur le liège du microtome à main selon le procédé de Weigert. Les coupes qui doivent aToir^moins d'un centième de millimètre d'épaisseur sont reçues dans l'alcool fort puis mises, sur une lame, dans un peu de la solution suivante :
Bleu de méthylène B 3,75
Savon de Venise 1,75
Eau distillée on eau de source a faible ^ 1000 grammes.
L'addition de savon de Venise, d'après Frank et Nissl, rendrait la coloration plus élective.
Les lames sont tenues au-dessus d'une flamme d'esprit de vin « jusqu*à ce qu*un grand nombre de bulles d'air viennent éclater avec bruit à la surface du liquide » ce qui, d'après Nissl donnerait une température de 65 à 70 degrés.
Les coupes sont ensuite lavées dans :
Alcool à 90 degrés 90 centimètres cubes.
Huile d'aniline, déshydratée le plus possible 10 centimètres cubes.
jusqu'à ce que de nouvelles additions de ce liquide ne produisent plus de « nuages » bleus.
Après la différenciation, on recueille les coupes sur un i lame où on les sèche avec du buvard, on les recouvre complètement d'huile de cajeput qu'on enlève ensuite avec du papier à filtrer, puis on y met deux gouttes de colophane ordinaire du commerce dissoute dans de la benzine et passe le tout à traveis une flamme d'alcool où le mélange s'enflamme ; on l'éteint aussitôt. On peut, sans inconvénient, recommencer autant de fois qu'il le faut, jusqu'à ce qu'il ne s'échappe plus de vapeurs de benzine : le mélange ne s'enflamme plus.
Diaprés Nissl, seul ce procédé d'inclusion des coupes empêcherait tout^ diff'usion de la matière colorante; de plus, les altérations qu'il peut produire dans les coupes sont faciles à éviter et, du reste, « particulièrement caractéristiques. »
Cette technique est assez compliquée et dans la pratique ordinaire on s'éloigne