SA CONSTITUTION PROGRESSIVE
ÏÏ.
nition de la gaine de Henle. Prenons nfiaintenant un tronc nerveux plus gros, tel par exemple que le sciatique de la Grenouille (fig. 693). Imprégné d'argent sur le vivant, puis examiné ensuite dans la glycérine, ce nerf se montre entouré de deux gaines endothéliales superposées, formées chacune de grandes cellules plates soudées par leurs bords rectilignes. Les bords droits de ces cellules, dessinés par l'argent, forment deux systèmes de dessins endothéliaux. En abaissant l'objectif, on reconnaît que ces deux couches se poursuivent tout autour du nerf. Prenons un tronc nerveux plus gros encore — l'un de ceux d'où émanent le sciatique ou les troncs lombaires qui traversent la grande citerne lymphatique rétro-péritonéale. Ces troncs seront entourés de trois gaines endothéliales superposées. La plus superficielle (fig. 694) est formée par des cellules à bords découpés en jeu de patience: elle répond donc à un petit manchon extérieur fourni au nerf par l'endothélium de la cavité lymphatique traversée par lui (fig. 695). Les deux autres, à cellules plates polygonales, répondent à une double gaine, de Henle. Le nerf est donc ici entouré de gaines emboîtées les unes dans les autres, afiectant la disposition lamelleuse. De la gaine simple de Henle nous passons ainsi à la gaine lamelleuse de Ranmer (1), dont les feuillets profonds ont un endothélium particulier et ici caractéristique, tandis que Vassise superficielle reproduit les caractères des tissus traversés par le nerf.
Ce dernier feuillet endothélial sera représenté, dans les cordons nerveux ordinaires, par une disposition particulière du tissu conjonctif.
A. Gaine lamelleuse des nerfs unifasciculaires . — Considérons un nerf composé d'un seul faisceau de fibres nerveuses, tel que le pneumogastrique du Chien (2). Sur les coupes .transversales, perpendiculaires à l'axe du nerf, on reconnaît sous un faible grossissement,
Fig. G95. — Un petit nerf lombaire engagé dans la citerne lymphatique de la Grenouille et imprégné très faiblement d'argent.
(Faible grossissement.)
F, fibres nerveusea; — Ë, endot hélium lymphatique entourant le tron(MiIe et seul atteint par IMmprègnalion superficielle; — Cy C, G, chromobla^tes.
(1) L. Ranvibr, Rech sur Thistologie et la physiologie des nerfs (Arch, de Physxol., 1871-1872, p. 433 et 438).
(2) Ce nerf est convenablement durci dans l'acide chroraique à 1 pour 1000, ou le bichromate d'ammoniaque à 1 pour 200, ou mieux encore il est fixé par les vapeurs d'acide osmique, dans la chambre humide, puis achève de durcir par le liquide de
8S4 LAMBLLBS ET GKLLULBS INTBRLAMELLAIRES,
après coloration soit au carmin, soit à riiématoxyline et Téosine, que le faisceau nerveux unique est circonscrit par un cercle rouge très régulier, qui sert de limite à son contour à peu près arrondi. Dans l'aire du cercle, on voit la coupe des fibres nerveuses à moelle aflFectant la forme de petits anneaux d'inégal diamètre juxtaposés, et çà et là des cbampïî répondant à la section transversale des fibres de Reraak : c'est le faisceau nervetcœ. En dehors du cercle, on voit une couronne de faisceaux conjonctifs groupés en fascicules plats, et de plus en plus rubanés et ordonnés en une sorte d'enveloppe feuilletée à mesure qu'ils se rapprochent de la surface externe du cercle rouge. Tous ces faisceaux, assez semblables à ceux des tendons, sont eectioriùés en travers : c'est la gaine tendiniforme doublant la iK gaine lamelleuse proprement dite ou hyaline », laquelle répond exactement à l'anneau coloré en rouge par le carmin ou Téosine au pourtour (fig. 690) du faisceau nerveux. Mêmes dispositions autour de chaque faisceau quand le cordon nerveux en renferme plusieur.s (Sg. 696).
A Taide d'un fort grossissement, on peut voir que la gaine lamelleuse proprement dite est composée, non pas d'une substance anhiste comme le pensait Ch. Robin (qui en faisait un élément analomique, le jjértnèvrejj mais bien d'un grand nombre de lames superposées conceiitriquement. Ces lames se comportent comme les feuillets d'une main de papier roulée en cylindre. Elles sont serrées les unes contre les autres de façon à constituer une enveloppe complexe dont la disposition rappelle celle des membranes hydatiques. Sur les préparations fixées par l'acide osmique, puis colorées soit par le carmin aluné et réosirie, soit par l'hématoxyline et l'éosine, on voit d'emblée qu'entre les feuillets concentriques prennent place des séries de cellules, dont les noyaux sont colorés et dont les minces corps protoplas- Miiques dessinent, entre les lamelles, des lignes granuleuses étroites. Il eu résulte des cercles rouges, concentriques dans l'épaisseur de la memhraiie, séparés par des zones incolores. Les zones incolores réj>ondôntà des lames conjonctives ayant la forme de cylindres creux et contenant des faisceaux connectifs disposés parallèlement à la direction du nerf, intriqués et unis entre eux par une substance cimentante amorphe. Au fur et à mesure qu'elles deviennent plus voisines de la surface du faisceau, ces zones sont d'épaisseur moindre. Dans les plus minces d'entre elles on constate l'existence de réseaux et de grâlrisj élastiques que Téosine teint en pourpre foncé, le picrocarminate
Mulk'j-. Après quoi on en fait des coupes transversales qu'on colore soit au carmin AÏ\.nw, Hiiit et mieux avec Téosine liématoxylique forte en éosine et très faible en béuiatoKjrJine. On conserve dans la glycérine salée éosinée ou mieux dans le baume au xyiol.
PLANS ENDOTHEUAUX INTEKLAMELLaIRBS. 855
en jaune d'or. La membrane conjonctive, répondant à chaque lamelle, devient donc de plus en plus mince, dense et élastique, elle diffère d'autant plus du tissu conjonctif ordinaire qu'elle se rapproche davantage du faisceau nerveux qu'elle enclôt.
Les lignes granuleuses interlamellaires répon lent bien à des traînées
FiG. 696. — Faisceaux nerveux pris dans une coupe transversale du nerf facial du Cheval. Fixation par Tacide osmique à 1 p. 100; achèvement du durcissement par ralcool fort; coupes à mainlevée; coloration parle picrocarminate; conservation dans la glycérine picrocarminée. (Faible grossissement.)
(f, gaine Umelleuse proprement di le; — «, fibres à myéline coupées en travers tranchant surde nombreosea fibres de Remak; — n, n, petits nerfs unitubulaires répondant à des branches collatérales qui se détachent des faisceaux nerveux et s'entourent d'un prolongement de la gaine lamelleuse; — t. c, /, tissu conjonctif interfasciculaire; — v, vaisseaux sanguins.
On voit la subdivision du faisceau nerveux en fascicules par les minces cloisons de refend /. r, formées par le tissu conjonctif intra>fasciculaire.
de cellules, car elles sont semées de noyaux disposés en file et sensiblement équidistants comme s*ils appartenaient à une couche de revêtement endothélial. De fait, si Ton imprègne d'argent, par les méthodes ordinaires, soit un nerf unifasciculaire comme le vague, soit un faisceau enlevé avec sa gaine lamelleuse sur un nerf formé de plusieurs faisceaux tel que le sciatique (1), ou bien si Ton observe
(1) Pour avoir de bonnes imprégnations de la gaine lamplle>ise, il convient d*em-
856 NOMBRE VARIABLE DES PLANS BNDOTHELIAUX INTBRLAMELLAIRBS.
un petit nerf unifasciculaire engagé dans les tissus après l'avoir imprégné et fixé tout à la fois par une injection interstitielle de liquide osmio-picro-argentique, on reconnaît aisément qu'à la surface interne de la gaine, entre elle et le faisceau nerveux, et, à partir de là, toujours dans le premier espace interlamellaire qui fait suite en dehors et moins régulièrement dans le second, règne un endothélium continu ayant exactement les caractères de celui qui double en dedans toute gaine de Henle. On peut donc bien définir la gaine de Henle : « une gaine lamell'euse simplifiée et réduite à une seule lamelle. »
Mais, à partir de là, de dedans en dehors, sauf dans l'avant-dernier où il est constant, Tendothélium des espaces interlamellaires devient une formation histologique contingente. Dans le pneumogastrique du Chien, on compte il est vrai autant de plans endothéliaux qu'il y a d'espaces interlamellaires, comme Ta indiqué Ranvier (fig. 697); mais chez l'Ane, le Cheval, dans les petits nerfs unifasciculaires de la peau de l'Homme, je n'ai jamais pu observer plus de trois plans endothéliaux superposés et concentriques. Plus en dehors, sur les préparations faites avec le liquide osmio-picro-argentique, puis exposées ensuite pendant plusieurs heures à la lumière difi'use, au second ou au troisième plan endothélial parfait, on voit succéder des figures stellaires larges, réservées en blanc et à prolongements anastomoliques ou entre-croisés, caractéristiques des faux endothéliiims occupant les intervalles de toutes les lames connectives quelconques superposées en ordre serré. Au voisinage de la zone tendiniforme qui double la gaine lamelleuse proprement dite, l'aspect est celui des « grandes figures de Langhans » d*un endartère imprégné d'argent. — En revanche, dans certains cas particuliers où la gaine lamelleuse a pris un développement spécial, comme par exemple au niveau de la capsule des corpuscules de Pacini, dans toute l'épaisseur de celle-ci on voit se succéder des plans endothéliaux parfaitement continus et réguliers répondant à tous les espaces interlamellaires sans exception.
ployer le liquide osmio-picro-argentique (voy. t. II, p. 128) en injection interstitielle. Le meilleur objet d*étude est la gaine lamelleuse du vago-sympathique du Chien, nerf formé d*un seul faisceau. Celte gaine est doublée d'une très mince gaine tendiniforme. On la pique obliquement avec une fine canule trocart de platine itidié, et Ton pousse Tinjection lentement. Elle finit par pénétrer, » Topération est bien faite, dans la cavité vaginale. On suspend alors le segment du nerf dans une grande quantité d*a1cool fort^ et au bout de quarante-huit heures on peut faire des préparations:— coupe j, délamellatious ou dissociations ^ qu*il est facile de colorer au carmin aluné et de conserver montées dans le baume du Canada. Quand, après réduction convenable à la lumière, elles sont bien à point, on les conserve sous des verres jaunes afin qu'elles ne subissent pas une réduction de Targent trop étendue et qui nuirait à leur beauté. La figure 697 a été faite par cette méthode.
FORME DES NOYAUX DES CELLULES INTBRLAMELLaIRES.
Sur une gaine lamelleuse fendue en long, puis dégagée du faisceau nerveux et étalée à plat en orientant en haut sa face interne, il est aisé de colorer les noyaux et d'observer les variations de leur forme d'espace interlamellaire en espace interlamellaire. En élevant et en
rt.c
FiG. 697. — Portion d*UQe coupe épaisse de la gaine lamelleuse du vago-sympathique du Chien au voisinage d*un renflement ganglionnaire. Injection interstitielle du ^mélange osmio-picro-argentique; conservation dans le baume au xylol. — (Ocul. 1, , "^obj. 6 de Vériok. Chambre claire.)
j7« 9* gaina lamelleuse dont tous les espaces interlamellaires sont occupés par un plan endothelial continu; — n.c, an petit nerf collatéral entouré par sa gaine «le Henle distendue au maximum, l; — p c, ampoule lymphatique venant buter contre la gaine Lamelleuse dans Tangle répondant à la naissance de la flhre nerveuse collatérale et de sa gaine de Henle; — (. c.%^ tissu GODJooctif de la gaine ten-llniforme du vago-sympatbique.
abaissant Tobjeclif, on parcourt, en effet, toute l'épaisseur de la gaine. On voit alors que dans les deux ou trois plans les plus internes, où ils occupent le milieu des grandes cellules endothéliales dessinées par l'argent, les noyaux ont une configuration typique et qui, à elle seule, suffit à caractériser les lames juxta-fasciculaires d? la gaine
NOTAUX MULTIFORMES DE LA GAINE LAMELLEUSB.
lamelleuse. Ils sont, en effet, multiformes (âg. 698), affectant la figure de reins, de croissants, de doubles croissants fondus par leur convexité, de croix simples ou doubles. Ils deviennent ensuite d'autant plus réguliers que l'espace interlamellaire auquel ils appartiennent devient lui-même plus externe. Mais dans toute l'épaisseur de la gaine lamelleuse, ils sont festonnés de diverses manières. Les noyaux des
Fie. 698. — Deux lamelles de la gaine lamelleuse d'un faisceau nerveux du médian du Cheval (celle occupant le plan inférieur déborde à droite du lecteur au bas de la figure). Fixation par la solution osmique à 1 p. 100. Dégagement de la gaine par retournement comme une manche d*habit, puis dissociation ménagée avec les aiguilles. Coloration au carmin aluné et conservation dans le baume du Canada.
s. /, substance fondamentale de la lamelle; — f, trous prèforroés; — nyti^nyny noyanx multiformes, affectant surtout en ce point des conligurations en rein. Les noyaux de la lamelle pro> fonde, vus par transparence, sont figurés plus clairs.
cellules du tissu conjonctif tendiniforme qui double la gaine lamelleuse sont tout diflFérents : ils ressemblent à ceux des cellules d'un tendon ; les corps cellulaires qui les renferment sont parcourus par des crêtes d'empreinte, parallèles à la direction des faisceaux fibreux longitudinaux dont ils occupent les intervalles (fig. 699).
Il est facile de dégager par la dissociation, du moins sur une certaine étendue, les lamelles qui, par leur superposition forment la gaine lamelleuse tout entière. On voit qu'elles sont constituées chacune par une pellicule d'autant plus mince que la lamelle est plus interne