FAISCEAUX NERVEUX
des branches, des rameaux divisés et subdivisés, et enfin des ramus-^ cules terminaux. Il est aisé de reconnaître que le tronc d'un tel nerf, ainsi que ses branches et ses rameaux, sont formés par la réunion de faisceaux juxtaposés les uns aux autres parallèlement dans le nerf, et parfaitement individualisés au sein du tissu conjonctif qui les unit et les sépare (fig. 690).
FiG. 690. — Coupe transTcrsale du nerf sciatique de l'Ane, faite pour montrer la constitution pluri-fascicolaire du nerf et la distribution du tissu conjonctif lâche inter£Bi8ciculaire. Pour cela, on a fait une injection interstitielle de gélatine colorée par le bleu de Prusse soluble; puis on a durci par l'alcool fort. (Coloration par réofline soluble dans l'eau. Conservation dans la glycérine. Faible grossissement.)
La marrhe de Vinjection dans le tissu conjonctif répond aax bandes plus foncées C, C, circoDscrivaot chacun des faisceaux nerveux k distance et ne pénétrant pas leur gaine tendiniforme G T.
G/, gaine lamellcuae proprement dite (colorée en rouge sur la préparation); — QT, gaine tendiniforme ; — F. tissu connectif intra-fasciculaire régnant entre les fibres nerveuses: >- F2f cloisons de refend des faisceaux nerveux qui vont se branchera Tintérieur du nerf; — F3. cloisons divisant chaque faisceau en fascicules; — A, A, artères; — v, pUits vaisseaux sanguins ••gagea dans le tissu conjonctif périfasciculaire.
Les faisceaux nerveux se montrent, sur un segment du nerf fixé par Tacide osmique puis ensuite incisé longitudinalement avec des ciseaux, comme de gros fils noirs parallèles. On saisit aisément l'un quelconque de ces faisceaux par son extrémité à l'aide d'une pince ; on le tire et on l'isole en larrachant. Si maintenant on le débarrasse des filaments longitudinaux de tissu conjonctif qui adhèrent en plus ou moins grand nombre à la surface, on le voit apparaître comme un cylindre noir enveloppé d'une pellicule mince à reflets irisés. Cette pellicule est la gaine lamelleuse , bien connue depuis les travaux
Renaut. - Histologie pratique, II. 54
H4fl GAINK LAMELI.EUSK, TISSU CONJONCTIP INTRA ET INTERFASGIGULAIRE.
Je Ranvier et qui limite le faisceau nerveux. Rien n'est plus facile maintenant que de dégager le faisceau de sa gaine lamelleuse en saisissant celle-ci près de rextrémité sectionnée du faisceau, puis en la retournant à l'envers comme une manche d'habit (en opérant sur le photophore et sous l'eau). Une fois isolée et retournée à l'envers, la gaine lamelleuse flotte dans le liquide comme un petit tube dont la lumière ne s'affaisse pas, et qui revient sur lui-même quand on déprime sa surface en la touchant avec la pointe d'une aiguille mousse. — Il s'agit ici d'une formation absolument différenciée tout à la fois du tissu conjonctif ambiant et du groupe de fibres nerveuses constituant le faisceau.
Si enfin l'on dissocie ce faisceau lui-même, après l'avoir dégagé de sa gaine lamelleuse, on met en évidence ses fibres à myéline, ses fibres de Remak et, en outre, des faisceaux conjonctifs et des cellules fixes — le tissu conjonctif intra-fasciculaire, — enfin des capillaires sanguins. Tout cela aussi bien quand il s*agit d'un rameau nerveux constitué par un seul faisceau, que lorsqu'on a affaire à l'un des nombreux faisceaux réunis dans le tronc ou les branches d'un gros nerf tel que le médian et le sciatique. Gûine lamelleuse ei tissu conjonctif intra-fasciculaire pénétré par les vaisseaux sanguins dans tous les faisceaux nerveux, tissu conjonctif péri fasciculaire reliant les faisceaux entre eux quand il y en a plusieurs réunis dans un même nerf : telle est la texture sommaire des cordons nerveux jusqu'au point où ils se résolvent en leurs ramuscules préterminaux.
tiaine de Heoie. — Comme les plus gros troncs, les plus minimes filets nerveux sont de forme régulièrement cylindrique ; leurs éléméats sont donc unis entre eux par un agent de contention disposé à leur périphérie. Ces nerfs sont entourés, en effet, d'une mince gaine transparente, décrite pour la première fois par Henle et disposée sous forme de manchon à leur pourtour (1).
Cette gaine est hyaline ; elle semble de prime abord absolument anliiste, mais il n'en est rien. Elle est semée de noyaux disposés régulièrement comme ceux de l'endothélium d'un capillaire sanguin (voy. la fig. 675, p. 807). — A l'aide de l'imprégnation par le nitrate d'argent, on peut aisément démontrer que chaque noyau appartient à une grande cellule endothéliale à côtés peu nombreux et rectilignes, soudée à ses voisines par un ciment qni a réduit l'argent en noir. La gaine de Henle est donc formée par un endothélium continu, dont les cellules sont soudées entre elles de manière à constituer une couche de revêtement comme l'a indiqué Hoyer, pour la première fois en
(1) Hbnlb, Anatomie générale (Encyclopédie Anatomique, krad. franc, t. VII, p. 164, 1843).
GAINE DE HENLE.
1865, sur les nerfs de la Grenouille et les rameaux nerveux aboutissant aux corpuscules de Pacini (1).
Pour bien se rendre compte de la constitution de la gaine de Henle et de la façon exacte dont elle se comporte par rapport aux petits
FiG. 691. — Un petit troncule nerveux parcourant le derrae muqueux delà lèvre supérieure de rHomme. Injection interstitielle du nnclange osmiopicro-argen tique dans le lambeau enlevé sur lo vivant; baume au xylol. — (Obj. 2, ocul. 1 de Vcriok. Chambre claire).
g H, gatae de Heule tlxèe à Têlat de distension parfaite ; -- te^ te^ te^ traits de ciment marqoaoiles limites des cellalesendothéliales do la gaine de Henle;— n, n, tibros nerveuses à moelle contenues dans la gaine do Henle; — cb, c6, corps bicouiques des fibres nerveuses au niveau des étranglements annulaires ; — (<;, tissu conjonctif; — va, vésicules adipeuses.
ramuscules nerveux réduits à quatre, trois ou deux, et même à une fibre à myéline ou à des travées de tibres de Remak, il faut pouvoir l'observer fixée dans sa forme, imprégnée d'argent et déployée du même coup dans son attitude normale autour du nerf. On y arrive aisément en pratiquant une injection interstitielle du mélange osmiopicro-argentique dans un lambeau de peau qui vient d*être retranché sur le vivant. On achève le durcissement parTalcool fort et on colore
(1) HoTKR, Hin Beilrag zur Histologie bindegewebiger Gebilde (Arch. f, Anat. u. Physiol., p. 204, 1865).
850 LIQUIDE DK LA GAINK DE IIENLE
par le carmin aluné les coupes, qu'il faut pratiquer un peu épaisses pour qu^elles reuferment des ramuscules nerveux se poursuivant sur une certaine étendue.
Dans ces conditions, on voit (fig. 691) les fibres nerveuses à myéline occuper le ct^ntre du large manchon formé par la gaine de Henle. Elles semblent y flotter au sein d'un liquide et marchent soit accolées, soit le plus souvent en tournant légèrement comme les fils d'un écheveau librement tordus. Souvent elles se divisent en un Y dont les branches poursuivent leur chemin à côté des autres pour s'engager un peu plus loin dans une subdivision de la gaine répondant à une branche Intérale ou% une bifurcation terminale du ramuscule nerveux. On peut ainsi reconnaître que, pour la plupart, les ramuscules se résolvent ea des filets formés d'une, seule fibre nerveuse, entourée par un prolongement de la gaine de Henle. Cette gaine est toujours tenue à distance de la fibre unique ou du petit groupe de fibres qu'elle enclôt. Les noyaux de ses cellules endothéliales, dont les plaques cellulaires sont très larges, sont très souvent irréguliers, lobés, multiformes comme tous ceux ayant subi des effets de pression. De fait, la gaine renferme un liquide particulier, que l'acide osmique ne colore pas en brun et au sein duquel il ne détermine ni précipité granuleux, ni dépôt de fibrine fibrillaire. Enfin — détail de toute importance — on ne trouve au sein deceliquide, dans l'état normal, jamais un seul globule blanc delà lymphe et du sang. La gaine de Henle n'est donc pas un manchon lymphatique, et /^/i^uerf^ qu'elle renferme n* est pas de la lymphe. Il est constitué par de l'eau tenant en dissolution des sels minéraux, autrement dit comparable au liquide céphalo-rachidien* II constitue autour du ramuscule nerveux un milieu de suspension protecteur concourant au maintien de l'intégrité de la fibre engagée dans Ieî5 tissus, parce qu'il est à la fois élastique et absolument incompressible. Le ramuscule nerveux s'y tend, revient sur luimême, s'y divise et s'y subdivise en toute liberté; et les actions de force venues du dehors ne l'atteignent qu'après s'être épuisées en se rêpartissant d'une façon homogène dans le manchon liquide que limite la gaine.
L'impurtance deJa gaine de Henle, considérée en tant que formation annexti des finres nerveuses, apparaît d'elle-même quand on étudie, non plus les nerfs à myéline des vertébrés ordinaires, mais les nevh tous amyéliniques des cyclostomes. Dans le tronc court du nerf acoustique du Pétromyzon, par exemple, chaque fibre nerveuse, dépourvue i\v myéline, est entourée par une gaine de Henle quilui appartierit en propre. Cette gaine prend naissance sur le point exact où la tibre nerveuse se dégage du névraxe. Elle ne se poursuit pas dans ce dernier; elle est donc de nature et de signification connectives. De son côté, la fibre nerveuse, dès qu'elle est entourée par la gaine de Henle
ROLB DE LA GAINB DE HBNLE DANS LA NUTRITION DE LA PIBRE. 851
et non plus par la nêvroglie, augmente brusquement de volume. D'un mÎQce fil qu'elle était, elle devient un gros cylindre qui continue son
fa.p-o
-jï
FiQ. 692. — Coupe du point d'entrée du nerf acoustique dans le névraxe du Petromyzon marinus, pratiquée parallèlement au sens de marche des fibres nerveuses. (Durcissement dans le liquide de Millier pendant un an ; coupe à main levée; coloration à la purpurine.)
N, N, Abres nerveuses hors du névraxe; ^n^n^ les mêmes dans le névraxe; — n', point oU au sortir immédiat du névraxe, elles se renflent et prennent subitement un diamètre double ou triple en même temps qu'elles se revMent d*une gaine propre; — h^h^ noyaux des cellules rodothéliales de cette gaine; — n#, névraxe: — m. p. n, vitrée (membrana primaj an névraxe, devenue ici épaisse et multilaroellaire; — yi", libres nerveuses de Tacoustique sectionnées en travers: leur coupe montre une ponctuation répondant à la sectioi U'ansvcPsalu des fibrilles nerveuses parallèles qui lea parcourent.
V, V, vaisseaix sanguins refoulant la vitrée pour s'enga^rer dans le névraxo.
chemin avec un diamètre uniforme, parfois quadruple ou quintuple de celui du fil engagé dans le névraxe (fig. 692). Dans la gaine de
'ri:
GAINE LAMELLEU8E,
Henle, la nutrition de la fibre nerveuse e§t donc conditionnée tout autrement qu'au sein de la masse neuro-né vroglique. Comme, d'autre part, le tissu conjonctif intra-fasciculaire est extrêmement réduit, il est aisé de reconnaître que la gaine deHenle entourant chaque fibre nerveuse ne résulte pas d'une simple modification de ce dernier, mais bien qu'elle répond à une formation spéciale ayant son individualité propre. Son revêtement endothélial double en dedans une mince membrane anhiste, élastique, disposée en forme de tube, et non pas un simple entre-croisement de faisceaux connectifs tassés à distance de la fibre comme on pourrait le croire à l'inspection d'une gaine de Henle engagée dans le tissu conjonctif ordinaire. Nous allons voir, d'ailleurs, que la gaine de Henle peut être d'autre part définie : une gaine lamelleuse devenue unilamellaire .
Gaine lamelleuse. — J'ai dit que les nerfs filiformes composés d'un certain nombre de fibres nerveuses à moelle, tout aussi bien que les
FiG. 693. — Nerf sciatique de la Grenouille commune imprégné d'argent (conservation dans la glycérine).
Ce nerf, bien qu*important, est mince comme un fîl.
A, A, endotliélium <lu dernier espace intprlnmellaire; — B, B, endothélium disposé âla face interne de la dernière lamelle et revAtant la cavité vaginale.
Les espaces interlamellaires plus externés ne montrent point de revêtement endothélial continu.
1 es fibres nerveuses sont vues vaguement par transparence.
FiG. 694. — L'uades troncs nerveux qui traversent la citerne rétropéritonéale de la Grenouille, imprégné d'argent et conservé dans la glyjcérine.
A, A, assise endothèliale externe répondant au reflet de l'endothélium lymphatique à la surface du nerf lili forme : les cellules sont découpées en jeu depatience: — B. B, endothélium de la gaine propre du nerf : les cellules sont à arêtes rectilignes; — C,C, grand-» chromoblastes; — N, N, fibres nerveuses vues vaguement par transparence^
ramuscules préterminaux et que les nerfs composés d'une seule fibre, sont entourés d'une gaine endothèliale répondant à la défi-