‹ Traité d'histologie pratiqueChapitre 85 sur 489 · PREMIÈRE APPARITION DE LA MYELINE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE APPARITION DE LA MYELINE

b) Phase fœtale. — Dans le courant du quatrième mois, chez Tembry on humain, les fibres à moelle embryonnaires édifient progressivement leur gaine de myéline et leur gaine de Schwann. Les « cellules de Vignal » ou cellules segmentales sont à ce moment disposées, autour du cylindre- axe très fibrillaire, comme des tuiles courbes dont les bords opposés se sont affrontés puis fusionnés. On peut les dégager sous cette forme soit complètement, soit à demi, par une dissociation minutieuse des faisceaux nerveux. Elles ressemblent alors beaucoup à des cellules tendineuses mises en liberté; mais le nitrate d'argent ne marque pas en noir leurs traits de soudure bout à bout par le travers des fibres nerveuses (fig. 713).

La myéline fait son 4 ^ apparition à la fin du

quatrième mois, d'une manière générale du centre à la périphérie :

le centre répondant , pour chaque fibre nerveuse, à la celhile ou mieux au groupe de cellules ganglionnaires dont le cylindre d'axe est le prolongement. 11 semble donc que la cellule nerveuse règle le développement de la cellule segmentale en agissant sur cette dernière de proche en proche. Si donc celle-ci est bien une cellule du tissu conjonctif, elle a perdu la propriété de diriger son évolution d'une façon indépendante: je reviendrai un peu plus loin sur ce sujet. La myéline apparaît tout d'abord le plus souvent non sous forme de gouttelettes distinctes (sauf au voisinage immédiat du noyau), mais bien sous celle d'une bande continue, mince et homogène, que l'acide osmique teint en gris noir et qui forme un manchon entre la surface et le cylindre d'axe de la fibre. Sur une fibre observée en long, la coupe optique du manchon s'accuse par deux bandes noires étroites, effilées à leurs extrémités opposites situées à droite et à gauche du cylindre d'axe et à distance de lui et de la surface de la fibre. Pour ce motif, celle-ci prend d'ores et déjà un double contour.

Comme, d'autre part, les cellules segmentales ou de Vignal sont semées irrégulièrement le long de la fibre nerveuse et qu'elles ne sont pas toutes de même étendue, on voit souvent entre elles des portions du cylindre d'axe assez considérables et qui paraissent nues : soit parce que, en effet, elles n'ont pas été encore entourées

Fio . 713. — Fibres nerveusestrun emlnyon de Mouton de 28 centimètrea (d'après Vignal; fijç. empruntée à Déjerinb).

a, fibre nerveuse ; — 6,6, cellules des segments enveloppant les trois quarts de la fibre (celle à gauche du lorteur va se diviser et est en partie détachée du faisceau de îibrilles nerveuses répondant au cylindre- axe composé de la fibre nervousej;— c, une cellule des segments séparée de la fiVre nerveuse et affectant la forme d'une tuile courbe.

DEVELOPPEMENT DES SEGMfcNTS CYIJNDRO-CONlyUES.

par le protoplasma ; soit et plus souvent parce que la mince lame prutoplasmique enveloppante, dans laquelle il ne s'est pas encore développé de myéline, leur adhère à la façon d'un vernis. A ce niveau et dans l'un et l'autre cas, la fibre s'étrangle; tandis que là où il y a déjà de la myéline développée, elle se renfle légèrement en fuseau. Elle prend de ce chef une apparence moniliforrae ou « variqueuse » sur laquelle chacun insiste depuis qu'elle a été signalée par Valentin. L'aspect raoniliforrae s'accuse encore au fur et à mesure que s'accroît l'épaisseur du manchon de myéline et que celui-ci prend ses dipositions définitives. Dansleslimitesd'une même cellule segmentale, on voit alors une série de petits renflements de la myéline se dessiner avec des reliefs inégaux, ce qui donné à chacun d'eux l'apparence de gouttes, de perles longues, ou de varicosités artificielles. En réalité, les renflements répondent bien à un dispositif histogénétique, qui est précisément celui des segments cylindroconiques. On peut s'en assurer en observant, sur des fœtus de Mouton un peu âgés, les fibres nerveuses à moelle en voie de développement dans les divers feuillets du mésentère, alors que les tissus sont encore vivants et qu'on n'a fait agir aucun réactif. La configuration ne change pas quand on saisit ensuite la membrane (tendue) par une solution ou parles vapeurs d'acide osmique : elle était donc bien préexistante (fig.714).

Comme l'a fait observer Vignal, la myéline devient de plus en plus parfaite au fur et à mesure que le développement se poursuit et s'approche de l'état adulte. En même temps, la croissance des cellules segmen taies se régularise ; elles prennent progressivement une longueur égale dans une même région de la continuité de la fibre nerveuse. Pendant longtemps toutefois, le manchon de moelle nerveuse reste effilé aux deux extrémités ; de telle sorte que les étranglements annulaires, répondant à la jonction des effilements opposites, mut peu distincts. En revanche, le noyau prend rapidement sa position définitive au milieu exact du jeune segment. Ce segment est toujours

FiG. 714. — Quatie libres nerveuses dw Bcia* tique d'un embryon <io Mouton de 3 in' millimètres (d'api -.-ri \ional; fig. e[ii|iiunlée à Déjerine),

a y fibre sans niyéiîne por^ tant à sa surface Jes noyaux;

— 6, c, tibres oii!l la myt^Hoe a fait son apparition le long du cylindre d'axe : an ne distingue de prnh'piiiimd qu*au jjQurtour des nojîiu»-

— ci, stade plu» avancé ; lo protoplasma est pIqH abondant et on comint^itoe' à voîlr l'ébauche de sogunenU lyliiidro-coiiiques eu ]»tIcs. 1,c protoplasraa circumnijvléaîrti renferme en outr^ 'les granulalions de royèUnc

S\i2 DIFFÉRENCIATION Dfi I A GAINE DE SCHWANN.

pruniliveraeut court. Autour du noyau, le protoplasma reste abondant,'granuleux et fréquemment semé de boules de myéline petites oti volumineuses. Le protoplasma périaxile est également très abondant eritre le cylindre d'axe et la myéline, comme la fait observer Ranvikr. La différenciation de la gaine de Schwann autour de la jeune libre iien^euse marque la clôture de son développenjen t fœtaL Klle s'effectue à la surface de chaque cellule segmentale et dans les limites exactes de celle-ci, tout' comme il arrive pour les capsules des vésicules adipeuses on le sarcolemme des fibres musculaires striées. Ainsi que le fait observer Prenant (1), le processus de son apparition n'a pas été « examiné en détail » non plus du reste que celui des autres formations capsulaires. Il est, en effet, très difficile de déterminer cytologiquement le mécanisme de formation d'une membrane entièrement anhiste. Autant que j'ai pu m'en rendre compte, il .s^agirait ici d'une densification progressive du protoplasraa de la surface de la cellule segmentale : densification très comparable d'ailleurs à celle d où résulte^ dans une cellule endothéliale du péritoine, la différenciation de la 0 plaque cellulaire », sur les bords de laquelle se réduit le nitrate d'argent, tandis que le protoplasma subjaceiit reste [granuleux et rameux. Cette comparaison vient d'ailleurs à Tai^pui de la conception qui fait de la cellule segmentale une cellule conjonctive moditiée. On aurait ainsi affaire à une cellule endothéliale particulière, dont la gaine de Schwann représenterait le champ et qui deviendrait, pour la fibre tierveuse, ce qu'est l'élément cellulaire de la patine de Henle par rapport au fascicule nerveux. Défait, au niveau des anneaux des nerfs, les gaines de Schwann qui concourent pour former l'étranglement se soudent bout à bout par un trait de ciment tout comme les cellule^s endothéliales par les bords de leurs champs on plaques cellulaires^ et comme les cellules fixes des chaînes tendineuses. On connaît, d'autre part, la comparaison de Ranvier. 11 homologue la cellule segmentale à une cellule adipeuse encapsulée, et la myéline à un produit de l'activité sécrétoire du protoplasma tel que la graisse sécrétée par cette même cellule adipeuse. Kœlliker, au contraire, admet que la mi éline est une production du protoplasma cylindfaxiie ; et à l'appui de sa conception vient cette observation bien connue de v. LENHOSStiK, de l'existence de grains myéloïdes à rintérieur des jeunes cellules nerveuses. On pourrait ainsi supposer que la cellule ganglionnaire forme la substance destinée à fournir la myéline, puis qu'elle la distribue ensuite de proche en proche aux cellules segmentales échelonnées le long des fibres nerveuses à moelle. Je ne pense pas cependant qu'il eti soit ainsi : car en ce cas le stade fœlal (celui caractérisé par l'apparition de la myéline) serait ou précédé ou accompagné d'une

(1) PaSNANT, Eléments d'embryologie^ etc., liv. U, p. 3S8.

CRttlBSANGB DBS FIBRES NERVIiUSES. 393

augmentation appréciable de la substance rayéloïde de Lenhossék (iaos le proloplasma des cellules ganglionnaires répondant aux fibres îierveasesqui se transforment. Il n'en est rien. En revanche, à cette ôpoque et surtout un peu auparavant, on voit augmenter dans une largi? proportion le nombre des cellules lymphatiques chargées de granulations graisseuses. Cette phase de leucocytose graisseuse survient subiteineiit et dure peu (l).Dès qu'elle est close, on trouve régaltèreme:it que des nerfs qui étaient amyéliniques auparavant renferment un nombre déjà très considérable de jeunes fibres à myéline .

Je pense donc, avec Ranvier, que c'est bien la cellule du segment interanûulaire qui sécrète sa myéline tout comme la cellule adipeuse secrète sa graisse. Je pense aussi que les matériaux de cette sécrétion lui sont distribués non par les cellules ganglionnaires, mais probablement par les cellules lymphatiques qui parcourent le tissu conjonctif . Je dois ajouter que l'analogie s'arrête là et qu'il ne s'agit plus ici d'un simple résultat de l'activité sécrétoire, mais bien d'une édification hislologique intracellulaire complexe. A celle-ci, le produit élaboré (la myéline) prend part, il est vrai, mais non pas sous forme de matériel mobilisable comme sont les produits de sécrétion ordinaire. Autrement dit, le dispositif tîxe et entretenu par la nutrition des segments cylindre -coniques, des incisures, du filament (?) spiral de Golgi, etc., représentent, pris ensemble, en anatomie générale une formation définie ayant valeur d'un organe de la cellule qui les a construits. Ceci, on Ta vouera, est tout antre chose qu'une série de boules de graisse, de îtymogène ou de inucigène, formées au sein du protoplasma d'une cellule glandulaire qui s'en débarrasse pour les reformer incessamment.

c) Période de eroismnce. — Une fois constituées, les fibres nerveusei* tant à moelle qu*amyéliniques continuent à se développer par croîssarice continue de leur cylindre d'axe, qui soit pousse par son extrémité {comme le rameau ou la racine d'une plante), pour aller gagner d'autres connexions plus loin, soit subit une élongation dans sa continuité entre son origine et sa terminaison, pour conserver ses connexions quand la crue de l'organisme tend sans cesse à augmenter les distances entre les deux, La croissance par l'extrémité, alors qu'il s'agit de fils nerveux

(1; J'ai observé cette ei tra ordinaire abon lance de cellules migratrices chargées de granulalioas graisecuâcs^ au cours de mes recherches déjà anciennes sur les éléments cellulaires duf*ang fA/v/i, de physiologie, 1881), et c'est alors que j'ai pu voir qu'elle cotncifie seûsibï émeut avec la première apparition de la myéline dans les fibres nervcases- Mais c'est, je oroia, F. Boll qui a signalé le premier co phénomène. Je ne puiiï citer son texte eiact parce que je n*ai pu le retrouver, bien que j'aie inscrit Je fait ûsus mea iiot«s comme ayant été signalé d'abord par lui.

«9'i ACCROISSEMENT bBS NERFS PAR LEUR EXTRÉMITÉ LIBRE.

amyéliniques très fins, est facile à observer dans certains nerfs intraépidermiques tels que ceux du groin de la Taupe. Les extrémités engagées dans les assises d'abord malpighiennes, puis devenues épidermiques, se résolvent en boules et se désagrègent au sein deTépiderme desquamant. La croissance continue du nerf maintient néanmoins le dispositif des fibrilles nerveuses terminales dans l'assise malpighienne de nouvelle venue (Ranvier). Dans la lame natatoire des têtards d'anoures (1), on peut aussi très aisément constater les faits suivants : les nerfs, engagés dans l'épaisseur du tissu conjonctif muqueux, partent des côtés latéraux de l'axe notocordien. Si l'animal est assez jeune, ils sont tous amyéliniques et dessinent dans le plan de la lame natatoire des dispositions plexiformes. Les fibres nerveuses se dirigent d'abord comme des fusées, et obliquement d'avant en arrière, vers les bords latéraux de la lame natatoire. Ces fibres sont formées exactement à la façon des travées de Remak, c'est-à-dire par des fibrilles cylindraxiles réunies en faisceau et parallèles entre elles. Après un certain trajet, les fibres de la fusée se branchent en Y; au niveau de ce branchement, il y a un chiasma complet (2). 11 se fait de cette façon des bifurcations successives et, tout à fait à la périphérie, les ramifications se terminent par des pointes libres.

Le long des fusées principales et sur leurs branchements de second, troisième ordre, etc., on voit des noyaux absolument semblables à ceux des fibres de Remak, appliqués à des intervalles inégaux à la surface de la travée cylindraxile. Puis, à l'extrémité des travées, naît l'arborisation fibrillaire terminale, formée de filaments nerveux nus et grêles, divisés et subdivisés, le long desquels on ne voit plus aucun noyau. La gaine de Henle suit les travées tant qu'elles

(1) Pour bien voir les nerfs de la lame natatoire des têtards, il faut d*al)ord dépouiller celle-ci de ses couches épidermiques. Pour cela, on projette le têtard vivant dans une solution de nitrate d'argent à 1 pour 100. Au bout de quelques instants il blanchit, devient roide et meurt. On le lave rapidement à Teau distillée, largement; puis on le porte dans un grand ciislallisoir plein d'eau distillée, et on l'y laisse à l'abri de la lumière, afin que l'action du sel d'argent ne se poursuive pas dans les tissus subjacents. Au bout de vingt-cinq à trente minutes, l'épiderme devient caduc et avec le pinceau on peut l'enlever comme un gant. On sectionne la lame natatoire et on la porte dans l'acide osniique, à 1 pour 100, ou dans la solution osmio-picrique. Au bout de quelques heures, elle est fixée rigide ; ses nerfs à myéline sont imprégnés par l'acide osmique. On clive alors la lame natatoire en deux feuillets, ce qui se fait avec la plus grande facilité. Les deux feuillets sont transparents comme du verre légèrement enfumé. On les colore soit avec le picro-carminate, soit avec le carmin aluné, ou encore avec l'éosine hématoxylique faible ; et l'on monte les préparations dans la glycérine ou mieux dans la résine Dammar, après passage successif dans l'alcool, l'essence de girofles et l'essence de bergamote.

(2) C'est-à-dire, composé de fibres qui entrent dans les deux branches, et de fibres qui passent d'une branche de bifurcation dans l'autre.

TKaNSKOHMaTION DKS HHANCHES AMVKLlNlyUKS KN KIBRES A MOKLLK. 895

gardent le type de Remak ; ou ne peut plus la distinguer le long des branches grêles de Tarborisation âbrillaire.

Plus tard, les fusées principales et certaines de leurs branches se montrent formées de segments interannulaires : elles ont donc passé, par évolution ici lente et progressive^ du type de Remak au type segmentaire et myélinique. 11 est extrêmement facile de se rendre compte que les cellules segmentales proviennent des cellules satellites des arborisations du type de Remak. Là où la transformation est en cours, c'est-à-dire sur les points où des fibres déjà devenues à moelle se continuent par des branches restées amyéliniques, on peut voir des boules de myéline accumulées en grand nombre autour des noyaux voisins du dernier segment interannulaire. Un peu plus loin ces boules sont moins nombreuses, et dans lesjeunes branches voisines de la périphérie il n'y en a plus du tout. Celles-ci seront pourtant atteintes et transformées à leur tour. Bref, nous pouvons déduire de cette étude — et c'est pour cela que je l'ai faite ici, — une série de corollaires d'une portée générale. 1° Un nerf à myéline, dont l'évolution lente rend permanents pendant un certain temps les stades de transformation, commence par réaliser le type des fibres de Remak (1). — 2** Les noyaux du milieu des segments des fibres à myéline et ceux de la surface des fibres de Remak appartiennent à des cellules de même ordre, satellites de fascicules de filaments de Deiters, qu'elles groupent et individualisent en cylindres d'axes composés. De la seconde forme peut sortir la première par une évolution qui, nous venons de le constater, est relativement brusque puisqu'à peine voyons- nous, entre le dernier segment interannulaire court et l'arborisation du type de Remak qui s'en dégage, un début de la formation delà myéline autour des noyaux satellites des faisceaux cylindraxiles. — 3° La croissance du nerf à son extrémité se fait par une poussée de fibrilles arbori* sées, absolument nues tout d'abord, puis qui progressivement prendront des cellules satellites si le nerf continue à s'accroître par son extrémité et à se transformer de son origine vers celle-ci. C'est ici le lieu de se demander positivement d'où lui viendront ces nouvelles cellules exaxiles?

11 ne s'agit plus ici, en efiet, d'un développement tumultueux et dont les stades se succèdent avec une rapidité qui les rend diffiK;ilesà

(1) Le type fibres de H emak est ici réalisé sauf en ce qui concerne les anastomoses réitérées de travée à travée, ce qui est un détail morphologique d'ailleurs d'ordre ti*ès secoudaire, mais qui, peut-être, est lui-même la raison majeure de la non-transformation des fibres de Remak des nerfs périphériques en fibres à myéline. Kn eflTet, la structure de celle- ci ne se prêterait plus aux échanges incessants de fibres de travée à travée, nécessités sans doute par la fonction et restant permanents dans les rets de fibres de Remak définitifs qui entrent dans la constitution des cordons nerveux.

Re.\aut. — Histoloi^Me pratique, II 57

Page 1