CROISSANCE DES NERFS PAR LEUR GONTINUITK
saisir et surtout à distinguer comme dans les jeunes cordons aerveuï des mammifères. La croissance est peu active et aboutira même bientôt à un mouvement régressif. Les phases larvaires sont lentes, se fixent et durent. Or, malgré cela, on est réduit à des suppositions. Kollucer considère comme hors de doute que les cellules satellites de Tarbo risation nerveuse soient « des cellules amiboïdes du voisinage qui sont venues s'appliquer sur place contre le cylindre d'axe î> {!). O, il faut avouer qu'on ne voit ni mouvement d'application des cellules ordinaires du tissu conjonctif parcouru par Iob nerfs à la surface de leurs branches, ni de mouvement leucocytaire dans la région de l'arborisation en voie de croissance, ni enfin de formes intermédiaires entre les cellules lymphatiques et celles des fines travées de Tarborisation de Remak. La conclusion est qu'il faut peut-être garder une sage réserve quant à la nature essentielle de ces corps cellulaires, et surtout faire à leur sujet de nouvelles recherches. En revanche, nous savons que les fibres nerveuses à myéline croissent à leur eîrtrémité par des arborisations cylindra^iles du type de Remake auxquelles font suite des terminaisons fibrillaires.
La croissance des nerfs par leur continuité n'est pas moins importante et elle est même peut-être encore plus active que par leur extrémité. Car la poussée de celle-ci n'a plus même de raison d'être dans une fibre qui a gagneuses connexions terminales chez un enfant (terminaisons motrices, par exemple), dont la taille au contraire devient plus ou moins rapidement double ou triple. Les éléments ducyliridreaxe subissent alors une élongation continue entre l'origine et la tei^minaison de ce dernier : c'est là un phénomène de croissance qui, semblerait-il tout d'abord, peut s'efiectuer librement au sein des fibres à myéline, que le cylindre-axe parcourt comme une lame son fourreau. Mais il faut aussi que la continuitédes segments interannulaires subsiste et se maintienne d'un pas égal. A cette nécessité, satisfait d'abord la croissance individuelle des segments interannulaires- Leur longueur étant 1 chez le fœtus, devient à peu près II chez l'adulte (Ranvier), Mais l'accroissement total du nc*rf étant dans ce cas sensiblement dans les proportions de 1 à 5, pour quintupler la longueur du nerf fœtal la croissance des segments interannulaires ne suffit pas. C'est alors qu'intervient le segment intercalaire, et largement (pour les deux cinquièmes de l'allongement total du nerf),
J*ai déjà parlé des segments courts intercalaires que j'ai découverts en 1881 (2). Dans les nerfs tels que le médian et le sciatique des
(1) Prenant, Eléments d" embryologie, etc., liv. II, \k 'à%^^
(2) J. Renaut, Recherches sur quelques points partii^diei'î^ de l'histutoigie lies nerfs. La gaine lamelleuse et le tissu de soutènement in ii^a- vaginal (Arch, dt Physiologie^ 1881.)
SEGMENTA COURTS INTERCALAIRES.
grands animaux (solipèdes) avancés en âge et ayant longtemps travaillé, on trouve constamment des fibres nerveuses à moelle dégénérées, comme l'a indiqué Sigmund Mayer. En revanche^ on ne trouve point, dans les gaines de Schwann vides ou occupées par des boules de myéline résultant de la dégénération, de fibres nerveuses nouvelles, telles que celles qu'on peut si aisément observer dans le segment périphérique d'un nerf sectionné. En revanche, un grand nombre de fibres à myéline et ordinairement les plus grosses dans cliaque faisceau, celles donc qu'on peut considérer comme ayant atteint le maximum de leur croissance au milieu des autres, présentent de distance en distance entre leurs segments interannulaires de longueur et de largeur maxima, des segments interannulaires à la fois courts et grêles, mais d'ailleurs parfaitement développés (voy. t. II, p. 680, fig. 834). Ils peuvent n'avoir que le quart ou le cinquième des dimensions des segments entre lesquels ils sont interposés. J'en ai même trouvé de tout à fait courts, ressemblant chacun à une perle oblongue intercalée aux deux segments de longueur normale. Inversement, il peut y avoir entre ces deux segments, deux et jusqu'à trois ou même quatre segments intercalaires grêles qui se succèdent. La fibre ressemble alors à un chapelet de longues et grosses perles cylindriques présentant, de distance en distance, des perles courtes et grêles intercalées une k une ou par séries aux autres. J'en ai conclu d'emblée qu'arrivées au point culminant de leur évolution, certaines fibres à myéline — de distance en distance et toujours au niveau d'un étranglement annulaire pris en particulier, — voient leur cylindre d'axe subir sur place et en ce point précis, une croissance rapide. — Et il se développe là aussi un ou plusieurs segments interannulaires pour envelopper le cylindre-axe élongé entre les deux grands segments interannulaires préexistants. Ceci démontrait un fait de toute importance et alors absolument nouveau : la croissance des fibres nerveuses à moelle par leur continuité, s'opérant au niveau de certains étranglements annulaires.
Peu après, W. Vignal (1) retrouva dans les nerfs (1) \V. Vignal, Comptes rendus de la Société de Biologie^
Fig. 7i5. — Segments intercalaires à divers étals de développement (Vignal; fifiT. empruntée à DÉjerine).
A et B, fibre* nerveuses prises sur un eml)ryon de Mouton de 47 centimètres; — C, fibre d'unnerf pris sur un enfant âgé de dix jours.
a, segment intercalaire ; — 6, noyau ; — c. protoplasma; <i, myéline développée dans le protoplasma de la nouvelle cellule segmenta le; — /",/;/; segments interannulaires ordinaires en deçA et au delà des segments intercalaires.
des jeunes ani • 13 avril 1883.
DKVELOPt»EMENT 1)ES SEGMENTS INTkRGÀLAlRliS.
maux en voie de croissance, des segments tout semblables qu*il nomma , lui aussi, « segments intercalaires » (fig. 715),et dont il étudia le déve • loppement pas à pas. « Chez les embryons des mammifèresetles jeunes sujets (dit-il), des cellules conjonctives s*interposententredeux segments interannulaires, au niveau de Tétranglement annulaire ; et sous leur influence, le cylindre-axe croît plus rapidement que la gaine de Schwann, que le protoplasma et la myéline des segments interannulaires limitant les étranglements : de sorte qu'elles arrivent à se mettre en contact avec le cylindre-axe et qu'elles l'entourent. » — On voit d'abord une cellule à protoplasma clair et à gros noyau venir se blo-
FiG. 716. — Les différentes phases de la formation des segments intercalaiies clie/. Tembryon da Mouton, de 47 centimètres de long (Les lignes placées au voisinage des segments indiquent la longueur relative des segments intercalaires et des deux segments interannulaires voisins). (D'après W. Vignal).
a, élranglement aDuuIaird normal; — 6, ud étranglement annulaire sur lequel est appliquée une cellule connective intimement soudée à l'extrémité des deux segments interannnlaires qui limitent Tétrangiement; — c, cf. deux étranglements annulaires plus allongés que le précédent: la cellule connective est net'eroent interposée aux deux segmenta interannulaires, c est vue d« profil, d, de face;— e et /"Ja myéline s'est développée en gouttelettes dans la cellule segraentile nouvelle; — ^, segment court intercalaire complètement formé.
quer sur un côté de Tétranglement annulaire, puis y adhérer et se mouler sur l'encoche de la fibre répondant à l'étranglement, enfin envelopper ce dernier sur tout son pourtour. En même temps, le cylindre d'axe s'allonge dans l'étranglement, et l'étendue de ce dernier enveloppé par la nouvelle cellule segmentale s'agrandit. La croissance parallèle de la cellule segmentale et du cylindre-axe se poursuit. Du même pas, le protoplasma de la première commence à sécréter la myéline sous forme de boules d'abord peu nombreuses, qui apparaissent au voisinage du noyau puis se fusionnent ensuite. Bref, de ce mouvement, il résulte un segment interannulaire nouveau, intercalé aux deux segments interannulaires adultes préexistants (fig. 716). Quand, à son tour, ce jeune segment est arrivé au terme de sa croissance, la