‹ Traité d'horlogerie moderneChapitre 141 sur 553 · OUTILS A DETERMINER LES HAUTEURS · texte numérisé non relu

OUTILS A DETERMINER LES HAUTEURS

du trou du char, on prend la distance du dessus du morceau de laiton au dehors du rubis du char, dépourvu de son contre-pivot, avec l’outil à mesurer les épaisseurs.

Cette distance est égale à l’intervalle compris de l’extrémité du pivot d’en bas à la portée de l’assiette sur laquelle se rive le balancier.

Le cylindre ainsi préparé et la hauteur du balancier connue, le pivotage, l’ajustement de ce balancier et la mise en place offrent fort peu de difficulté. (Si on en rencontrait, on les lèverait facilement à l’aide des indications de l’article suivant.)

Nous ajouterons seulement qu’il faut tourner ses pivots au burin, et assez fins pour pouvoir les amener à la grosseur convenable avec le brunissoir rude, et éviter ainsi l’emploi de la lime-à-pivot, qui en altère la rondeur.

Quand on rive le balancier, il faut se servir d’un outil-à-trous, ayant ses trous évasés par-dessous et jusqu’au bord supérieur. On n’aura pas à redouter la rupture du cylindre s’il venait à vaciller.

Un des bras du balancier doit être bien en face du dos du cylindre.

Outils à déterminer les hauteurs. — Indications pratiques concernant le pivotage.

474. Le petit outil vu en C, fig. 87, et que nous appellerons, faute d’autre nom, une équerre mobile, se compose d’un tube ou canon, dans lequel glisse ou se fixe à volonté, au moyen d’une vis de pression, une tige pivotée. Ce canon se termine vers le bas par un petit coude en équerre. Yoici son usage :

La roue d’échappement occupant sa place sur la platine, on fait entrer le pivot de l’équerre dans le trou du char, et l’on amène le bec de l’équerre juste au milieu de l’épaisseur du fond de la roue.

La distance qui sépare le dessous de l’équerre de l’extrémité de la tige pivotée donne alors exactement l’intervalle entre le milieu de la petite coche et l’extrémité du pivot inférieur du cylindre.

En posant sur la platine le balancier détaché, et supporté à la hauteur qu’il doit occuper sous la roue du centre par une plaque de laiton à laquelle trois vis servent de pied , un peut facilement mesurer cette hauteur, prise par-dessous, à l’aide de la petite équerre mobile. La distance entre l’extrémité de la tige pivotée et le dessous du bec de l’équerre donnera alors l’espace entre le bout du pivot inférieur du cylindre et la portée de l’assiette sur laquelle le balancier sera rivé.

475. L’horloger pourra encore utiliser, pour la détermination de ses hauteurs, des cylindres à tiges rentrantes, comme celui représenté en D,

ÉCHAPPEMENT A CYLINDRE

fig. 37, s’il a eu le soin d’en préparer deux ou trois de dimensions différentes à ses moments inoccupés.

Pour obtenir plus de solidité, on fait le cylindre et le tampon d’en bas d’un seul morceau; les coches peu profondes et étagées (car c’est la position de la petite coche la plus difficile à établir) , le cylindre perforé seulement à la partie supérieure qui reçoit le grand tampon. Celui-ci peut être ajusté comme un tarauda l’intérieur, ou être à coulisse et maintenu par une petite vis de pression. II peut porter, sur son prolongement taraudé, une portion d’assiette ajustée à frottement gras, et qui servira à trouver la hauteur du balancier. Enfin, l’horloger saura bien, au moyen de ces indications et de lui-même, adopter la meilleure disposition.

476. Les hauteurs bien exactement déterminées et l’assiette tournée ronde et plate par-dessous, on garnit le cylindre de cire d’Espagne ou de gomme laque, avec la précaution d’en étaler suffisamment sur son contour vers la face du dessous de l’assiette, tandis que, au contraire, il faut que le bord du plat du petit canon n’en soit pas recouvert, afin qu’on ait toujours la possibilité de mesurer la distance du bout des pivots à la petite coche. Cela fait, on prend par la gorge, dans de longues brucelles, un petit cuivrot pas trop épais, et dont le trou soit un peu plus grand que le diamètre du cylindre; on présente ces brucelles à la flamme, à quelque distance du cuivrot; on introduit le cylindre parle tampon d’en bas dans le cuivrot, et celui-ci étant échauffé, il suffit de presser doucement sur l’assiette du cylindre, pour que ce dernier descende dans le cuivrot, qui se trouve ainsi collé sur la face inférieure de l’assiette et sur le contour du cylindre, dont il augmente la solidité.

Cette disposition permet de terminer tout le travail sans changer de cuivrot, puisque l’on peut achever lepivotage, l’assiette et la rivuredu balancier.

On sépare le cuivrot du cylindre en pinçant ce cuivrot dans les brucelles, que l’on a chauffées à distance. Le cylindre, tourné vers le bas, se détache de lui-même, ou quand il est légèrement poussé, et on le nettoie par le procédé décrit aun° 470.

EXÉCUTION DF. I.A ROUE

477. Une roue de cylindre est une pièce très-délicate à faire. L’artiste qui ne serait pas suffisamment expérimenté dans ce genre ferait mieux de s’adresser aux marchands de fournitures, qui en tiennent de très-bien exécutées de toutes grandeurs et épaisseurs, ou d’avoir recours directement aux fabricants en leur envoyant l’ancienne, et, faute d’autre

EXÉCUTER LA ROUE

moyen, dans un petit barillet assez plat pour être logé dans une lettre.

Mais en faveur des cas obliges et des rhabilleurs, qui, ayant le temps et la patience, voudraient, dans l’intérêt de leur instruction , construire complètement un échappement à cylindre, nous allons donner les règles pratiques qu’ils devront suivre dans l’exécution de la roue. Ces règles n’apprendront rien aux faiseurs d’échappement , qui varient dans leurs moyens et leur outillage, et qui du reste suppléent à tout par l’adresse et la routine : ce n’est pas pour le petit nombre de ceux qui savent que nous écrivons ^ mais pour le grand nombre de ceux qui ignorent et veulent s’instruire.

Les roues de cylindre employées par la fabrique de Genève sont, pour une grande partie, ébauchées dans cette ville; leurs croisées se découpent à l’emporte-pièce, ce qui exige que l’acier en soit très-doux et préparé avec beaucoup de soin. De Genève elles sont en cet état envoyées dans une localité de la Savoie, où on les termine à très-bas prix,

478. Pour exécuter une roue de cylindre il faut être pourvu : 1° d’un excellent outil-à-fendre qui soit accompagné d’un appareil particulier pour former les U (à moins que l’outil aux colonnes ne soit disposé à ce dernier effet) ; 2° d’un outil à arrondir les colonnes; 3° d’un outil à faire les inclinés. Ces outils doivent être toujours en parfait état et prêts à fonctionner. Avant de s’en servir, il est bon chaque fois de les éprouver sur une roue d’essai.

Déterminer les hauteurs, épaisseurs et diamètres.

479. Si l’on n’a pas une ancienne roue pour modèle, on débute en cherchant quelles sont les dimensions que devra avoir celle que l’on veut faire.

La grandeur totale est, d’après les faiseurs d’échappements, donnée par la troisième roue du rouage, sauf un jour de sûreté suffisant, ménagé entre le pignon et les talons des dents.

Cette mesure suppose que la troisième roue est de grandeur convenable; mais dans beaucoup de calibres modernes on aurait, en agissant ainsi, une roue d’échappement trop grande; remarque qui déjà a été faite (399) .

La grandeur totale une fois connue, on trace sur une plaque de laiton, bien redressée, un cercle B (fig. 38, page 278), ayant exactement la grandeur choisie pour diamètre.

Ensuite on forme sur le tour un disque de laiton selon ce diamètre, et l’on place ce disque sur l’ outil-à-fendre pour y pratiquer quelques divi-

ÉCHAPPEMENT A CYLINDRE

sions sur un nombre double de celui des dents de la roue. On se sert pour cela de la fraise avec laquelle on divisera plus tard la véritable roue. Cette fraise doit être choisie en conséquence, car son épaisseur représente exactement celle de l’écorce du cylindre (405) , c’est-à-dire le huitième de la longueur du plan incliné pour maximum.

Une dent de laiton, y compris les deux petits vides de chaque côté, donnera la grosseur, suffisamment approchée, du cylindre. On prendra bien exactement cette grosseur avec un calibre à pignon à pointes fines, et l’on remplacera le cylindre absent par un arbre lisse passant avec très-peu de jeu entre les pointes. Cela fait, on placera cet arbre entre les grandes branches du compas à mesurer la hauteur des inclinés (chapitre viii), à l’endroit convenable, c’est-à-dire au chiffre qui indique la levée qu’on veut avoir à son échappement. L’écartement des deux petits becs du compas indiquera à quelle distance du cercle B (fig. 38, p. 278) doit être tracé le second cercle D, qui est, comme on voit, concentricrue au premier.

Le cercle extérieur sera la grandeur totale de la roue. Le cercle intérieur la grandeur de la portion qui doit être creusée. On remarquera qu’il n’est question ici que des dimensions d’une roue terminée. (Consulter le n°483 ci-après.)

A défaut du compas, un micromètre à mâchoires, entre lesquelles on placera l’arbre, servira à déterminer la hauteur de l’incliné conformément aux indications de l’article 397.

480. L’épaisseur totale de la roue , quand on n’a pas un modèle, se détermine d’après l’espace dont on peut disposer sans nuire aux proportions régulières des autres parties de l’échappement. On prend avec un morceau de laiton, disposé et limé à cet effet, et qu’on introduit entre le char et le coq remontés ensemble et séparément de la platine, la distance juste du rubis du coq au rubis du char. Sur ce morceau de laiton, on marque avec l’angle d’une lime barette tranchante : 1° la longueur indispensable aux deux tigerons , afin d’éloigner suffisamment les deux extrémités des canons des pierres ou de leurs sertissures; 2° la hauteur strictement nécessaire à la solidité du canon d’en bas; 3° l’épaisseur de l’assiette. L’espace restant sera la hauteur de la grande coche, d’après laquelle i! est toujours facile de déterminer l’épaisseur totale qu’il convient de donner à la roue. Dans les montres bien établies, et selon nos calibres modernes, cette épaisseur occupe les deux tiers environ de la hauteur de la coche.

481. L’épaisseur du pond de la roue doit être seulement celle né-

EXÉCUTER LA ROUE

cessaireà la solidité des croisées. Le rebord (qui donne l’épaisseur de la face frottante des plans inclinés), même épaisseur que le fond (quelquefois légèrement plus, quand ce fond est très-mince), et une épaisseur un peu plus considérable pour les colonnes, c’est-à-dire en rapport avec le plus ou moins d’élévation du plan incliné.

482. Avec ces indications pratiques , tout horloger adroit et intelligent saura construire une roue dans de bonnes proportions. Mais pour celui qui aurait quelque peine à en déterminer exactement les dimensions, il sera plus simple de les prendre sur une roue d’acier bien faite et du nombre de dents voulu. On augmente ou diminue les largeurs, épaisseurs, etc., de façon à ce qu’il y ait entre les deux roues comparées, les différences proportionnelles qui existent entre les diamètres et les épaisseurs des deux montres.

483. Les dimensions que nous avons données pour la hauteur des lents, ainsi que pour V épaisseur du rebord et des colonnes, etc., sont celles d’une roue finie; il ne faudra pas oublier, en ébauchant, de les laisser environ un tiers à un quart plus fortes , parce que l'adoucissage et le polissage les diminuent bien de cette quantité.

Il est utile, comme nous l’avons déjà dit, de faire au moins une roue d’essai, non-seulement pour être plus sûr de l’exactitude des proportions et pour éprouver préalablement les outils, mais encore pour essayer, avant le choix définitif, la fraise à entamer les U, dont il faut connaître le degré d’enfoncement vers le centre de la roue pour le tracé des croisées.

Faire uue roue de cylindre.

484. L’ acier fondu anglais, dit acier carré, est excellent pour les roues. On le réduit à chaud d’abord avec grande précaution pour ne pas le brûler, et quand il est presque d’épaisseur on l’achève à froid et à petits coups sur le tas à écrouir, et on le recuit. Cette suite d’opérations le rend doux à travailler. (On verra, à l’article Acier du Recueil des procédés pratiques, d’autres moyens de préparer ce métal.)

On trouve dans les fabriques des bandes toutes préparées d’acier laminé, très-doux à couper sous le burin.

On découpe dans la plaque un morceau carré, que l’on arrondit à la lime après l’avoir percé au centre d’un trou proportionné à la grosseur de la rivure du pignon d’échappement. Ce trou doit être équarrissé avec soin, bien droit, et en se servant d’un équarrissoir peu en cheville , c’està-dire très-peu coniique. On tourne la roue carrément de grandeur et

ÉCHAPPEMENT A CYLINDRE

d’épaisseur sur un arbre un peu court, bien rond et de même forme que l’équarrissoir.

On exécute ensuite la retranche qui se trouve sous le rebord des plans inclinés.

Dans les fabriques, les faiseurs d’échappements creusent leurs roues sur un petit tour à burin fixe dont la plate-forme marche au pied et au moyen d’un roue de renvoi. Quand on ne peut pas employer ce procédé ou un autre analogue, l’on creuse, en le maintenant très-plat, l’intérieur de la roue, que l’on tire à bord, en se servant d’un burin-à-crochet parfaitement aiguisé. On doit avoir soin d’enlever peu de matière à la fois, autrement on courrait le risque de déranger la roue ou de fausser l’arbre, et si le burin coupait mal il laminerait, pour ainsi dire, l’acier au lieu de le trancher vif, ce qui le rendrait plus susceptible de se tordre à la trempe, et pourrait être cause que le fond de la roue, si ce fond était mince, se gondolerait en montant ou en descendant sous la pression du doigt.

On peut creuser la roue en se servant du burin ordinaire.

La corde de l’archet doit être pour cela enroulée sur le cuivrot en sens contraire, c’est-à-dire qu’elle se croise du côté opposé. Il en résulte que l’archet fait alors tourner la roue à rebours.

Le support du tour étant placé de manière à ce que la pointe du burin puisse aller au delà de l’arbre, on creuse et on façonne l’intérieur de la roue avec ce burin, en attaquant cette roue dans la partie comprise entre son centre et son bord opposé à l’ouvrier.

On laisse au centre une saillie , dite une goutte , de toute l’épaisseur de la roue, afin que celle-ci se remette toujours droite sur l’arbre. Ce n’est que lorsque cette roue est entièrement terminée que l’on abaisse cette goutte en lui laissant une hauteur en rapport avec la rivure du pignon.

Pour mesurer les épaisseurs , on se sert du compas-aux-épaisseurs, désigné dans les fabriques sous le nom d’ outü-aux-douzièmes. On en trouvera la description au chapitre De l’outillage (1484).

Il ne faut jamais, pour détacher la roue de l’arbre, se servir du marteau.

385. Après avoir adouci à la pierre pilée la retranche des plans inclinés, on ébauche les croisées, afin d’avoir le passage des vis qui serreront la roue sur le tasseau de l’outil-à-fendre. Puis on adoucit, avec une glace dépolie ou un large fer, ou sur le lapidaire, le dessous de la roue

EXÉCUTER LA ROUE

et les plats des dents. Quant à l’intérieur, son adoucissage se fait avec une épaisse rondelle d’acier, emmanchée au bout d’une tige portant un cuivrot (fig. 34, page 246). Cette rondelle a un trou au centre, qui emboîte avec un peu de jeu la goutte, et qui est assez profond pour la loger sans gêne. La rondelle, bien plate par devant, doit être tournée carrément jusqu’à ce qu’elle entre avec un peu de jeu dans l’intérieur de la roue, qu’on adoucit avec un archet plutôt faible que fort, et en la tenant contre le doigt.

486. La roue étant prête à être taillée, si l’ouvrier a quelque crainte d’accident, il garnit cette roue de laiton.

Pour cet effet, on prend un disque de laiton un peu plus grand et deux fois plus épais que la roue pour le moins. On y fait au centre un trou plus petit que celui de la roue, et l’on élargit ce trou avec une fraise-auxnoyures, sur la moitié de sa longueur, afin que la goutte de la roue puisse s’y loger sans toucher nulle part. Le disque étant énarbré, on le tourne très-plat devant et derrière, et on lève sur le bord une retranche en forme de portée, afin que la roue puisse s’ajuster dessus, et que, son intérieur étant rempli exactement jusqu’au fond, le plat des dents repose en plein et bien à plat sur le rebord laissé au laiton.

On comprend qu’on pourra alors serrer la roue sur le tasseau, y former les U et la diviser sans craindre de la fausser ; ce qui pourrait arriver, sans la garniture de laiton, à l’ouvrier peu familiarisé avec l’exécution des roues d’échappement. Les bons faiseurs se passent très-bien de cette garniture, leurs outils sont bien éprouvés et leur main est sûre.

487. On fend la roue sur un nombre double de celui des dents, puisque chaque vide représente la longueur d’une dent plus la double épaisseur du cylindre.

Il faut éviter de fendre tout à fait le champ, comme cela est indiqué en n3 l, h, figure 38 (ci-derrière). Ce champ conservera ainsi assez de solidité pour écarter toute crainte de déformation quand on taillera les U et si l’on termine les croisées avant de faire les inclinés.

La fraise plate et circulaire servant au fendage doit être exactement de l’épaisseur de l’écorce du cylindre, c’est-à-dire au plus le 8me de la longueur d’un plan incliné. Il faut la dégager un peu des côtés.

La taille de cette fraise se fait sur un outil-à-fendre ou un ciseau. Cette taille doit être tranchante, autrement l’action du fendage fatiguerait la roue.

ÉCHAPPEMENT A CYLINDRE

Faute d’autres moyens, on peut denteler le contour de cette fraise appuyée fortement sur une lime douce neuve, en la tirant à soi dans le sens de la taille. Il faut avoir la précaution ensuite d’enlever de chaque côté les bavures.

Celte fraise, placée bien en face du centre de la roue, doit couper vif et fonctionner avec un peu d’huile. Il faut se souvenir que les talons des marteaux doivent être assez près des bras des U, et de façon qu’étant plus tard dégagés en biais , ils se confondent avec ces derniers ( t et m, figure 38.)

Fig. 38.

La roue fendue, et tandis qu’elle est fixée sur l’outil à fendre, on peut ébaucher les inclinés (t, fig. 38) au moyen d’une fraise conique ou d’une fraise ordinaire dont on incline l’axe.

'ETour aux colonnes et à former les U.

Page 1