DÉTAILS PRATIQUES SUR LA ROUE
les pointes d'un côté en petit plan incliné, frottant au rouleau. Cette précaution adoucit le recul de la dent à chaque retour du balancier, mais elle laisse craindre un arc-boutement par une flexion de l’axe.
Les dents de la couronne doivent être triangulaires, et avoir leur face inclinée en avant, comme on le voit fig. 3, 'planche deuxième. Elles doivent présenter exactement la forme de la denture dite à rocket.
Cette face inclinée doit former avec le rayon de la roue RA un angle d’environ 17°.
Dans la pratique, on a remarqué qu’il y a avantage h ce que cette inclinaison soit telle que, lorsque la dent entre en prise avec l’extrémité de la levée (R' z", figure 1, planche deuxième ), les deux faces en contact approchent d’être parallèles. Cette disposition ne change rien au réglage, et elle assure la conservation des contacts, car les dents d’impulsion trop inclinées s’entament sur l’angle.
La méthode, dont les Anglais se trouvent bien, d’employer, dans la plupart de leurs échappements, des roues petites et des balanciers puissants, un peu grands et à longues vibrations, est moins applicable aux échappements à cylindre et Duplex qu’aux autres. Dans le premier, une petite roue procure un trop petit cylindre ; on en sait les inconvénients. Quant au Duplex, il vaut mieux que sa roue soit un peu grande que trop petite. L© frottement du repos en sera plus doux, et l’écartement des dents d’impulsion étant plus grand, la fonction du doigt sera beaucoup mieux assurée.
Dans les fabriques, la grandeur de la roue, ou plutôt son rayon, se prend sur la troisième roue du rouage, sauf le jour de sûreté entre les pointes des dents de repos et le pignon de cette troisième roue.
Cette règle empirique n’a aucune valeur, comme nous l’avons déjii fait remarquer, et nous renvoyons à ce que nous en avons dit à l’article 399, en tenant compte de la petite restriction émise dans le paragraphe ci-dessus.
La roue Duplex, par suite de sa forme et de sa double rangée de dents, présentant un poids assez considérable, il est bon de la faire rouler entre des contre-pivots pour diminuer le frottement. On facilite ainsi le départ au moment de l’impulsion.
Il est indifférent, quand la roue est en acier, qu’elle soit trempée ou non.
Le repos du rouleau et son encoche doivent être fortement garnis d’huile. On en met légèrement aux pointes des grandes dents. 11 en faut aussi aux dents d’impulsion et au doigt, lorsqu’ils sont en acier. Avec la
palette en rubis et la roue d’acier, l’huile est encore nécessaire. On peut s’en passer avec la palette en pierre et la roue en laiton, quoique quelques artistes prétendent qu’il est utile de graisser d’huile et légèrement la palette du doigt.
La roue en laiton anglais et le doigt simplement d’acier se conservent bien en fonctionnant sans huile. On a même remarqué que la présence de celle-ci occasionne le prompt dépolissage du doigt.
Exécuter une roue Duplex.
551. Pour faire une roue Duplex, à défaut d’outil spécial, il faut être pourvu d’un excellent outil à fendre, parfaitement juste dans toutes ses parties; car, nous le répétons, une roue Duplex offre des difficultés réelles dans l’opération du fendage, et l’horloger peu expérimenté dans ce genre de travail réussira difficilement de prime abord.
Les faiseurs d’échappements des fabriques ont un outillage particulier, parfaitement agencé pour tous les cas; mais c’est moins leurs procédés de travail qu’une longue habitude de faire les mêmes choses, qui fait leur supériorité. On comprend sans peine que nous ne pouvons indiquer ici que les moyens d’exécution que tout horloger peut avoir à sa portée.
L’acier destiné à la roue doit avoir été préparé comme il a été indiqué pour la roue de cylindre (481).
Si la roue Duplex doit être en laiton, ce laiton, de premier choix, sera amené, par un écrouissage fait avec le plus grand soin, à une épaisseur peu différente de celle de la roue terminée. Que la roue soit en laiton ou en acier, il faut toujours, lorsqu’on la tourne, n’employer que des burins coupant avec netteté, et sans qu’il soit nécessaire d’appuyer fortement.
Sur une petite plaque de laiton bien redressée et adoucie, on trace un cercle donnant la grandeur totale de la roue de repos, puis deux autres cercles intérieurs indiquant la grandeur et l’épaisseur du champ de la roue d’impulsion (C, fig. lk, planche cinquième) .
La roue tournée de grandeur, et plate de chaque côté, on lève la retranche au-dessus des grandes dents et l’on creuse l’intérieur sur un petit tour à burin fixe, bien disposé, ou, à son défaut, sur le tour ordinaire et avec le burin-à-crochet (484).
Tout horloger appréciera très-facilement à la simple vue la hauteur nécessaire aux dents d’impulsion et l’épaisseur à laisser à la roue, qu’il faut légère et cependant solide.
La roue, tournée carrément de grandeur et de hauteur dans tous les
EXÉCUTION DE LA ROUE
sens, et après avoir été croisée à trois rayons et adoucie dessus et dessous, se fixe solidement à la gomme laque, ou autrement, sur le tasseau de l’outil à fendre. Ce tasseau porte ordinairement au centre une tige qui doit tourner parfaitement rond en place, et sur laquelle le trou de la roue doit s’ajuster avec assez de facilité, mais sans jeu.
La fraise à tailler les dents ne doit pas avoir pour épaisseur toute la largeur du vide d’une dent à l’autre; il serait impossible de tailler une roue avec justesse en se servant d’une pareille fraise. Son épaisseur doit dépasser de peu le tiers d’un vide entre deux dents; et la matière qui garnit primitivement ce vide s’enlève par trois opérations successives, ce qui nécessite trois tours de plate-forme pour tailler les dents de la roue de repos, et autant pour tailler celles de la roue d’impulsion.
Il y a avantage à former d’abord le côté incliné des grandes dents, inclinaison qu’on obtient en mettant la fraise un peu de côté (fig. 19, planche cinquième). Le premier tour de la plate-forme accompli, on ramène cette fraise en face du centre, et l’on fait marcher la plate-forme par l’alidade, de façon à placer la fraise et la roue dans la position indiquée par la fig. 20; puis on taille le milieu des vides. Le deuxième tour de plate-forme terminé, on enlève dans le troisième la matière laissée de trop sur la face droite de la dent, que l’on amène à la position convenable en faisant marcher l’écrou de l’alidade (fig. 21).
Les faces droites et celles inclinées des dents d’impulsion se découpent par les mêmes procédés.
La roue enlevée du tasseau, on ôte les bavures faites par le taillage, on arrondit les angles et l’on polit avec soin les pointes des grandes dents et les faces des petites dents.
L’angle des petites dents doit être très-net et très-franc, quoique finement arrondi. Il en est de même des pointes des longues dents, qui doivent être minces, mais non tranchantes. On arrondit légèrement ces grandes dents sur leurs faces de côté.
Les faiseurs d’échappements enlèvent les traits laissés par la taille, en polissant à la meule, chargée de rouge, les faces des dents et le champ de la roue, entre les vides, sur un outil spécial, et dont la petite plateforme portant la roue se meut en va-et-vient circulaire selon la longueur d’un vide.
A défaut d’outil approprié, cette opération, qui n’exige que des soins et de la délicatesse, peut se faire à la main.
532. Remarques.— Pour quinze dents, la roue peut être fendue sur le nombre 90, c’est-à-dire de six en six points, en sautant un point après
chaque tour complet de la plate-forme. Quand la fraise, après le troisième tour de la plate-forme, aura taillé les faces des grandes dents qui visent au centre de la roue, il suffira de placer la pointe de l’alidade au troisième point en avant pour que cette fraise soit justement en position de tailler la face droite des dents d’impulsion, c’est-à-dire que cette face occupera exactement le milieu entre les faces droites des grandes dents.
Les dents de la roue se découpent, soit au couteau , soit avec une simple fraise circulaire, taillée seulement par devant, et légèrement vidée sur ses flancs, mais tranchant vif. Il faut n’enlever que peu de matière à la fois. Le couteau ne produit une coupure franche qu’avec un outil très-solide, et quand le mouvement de rotation de l’arbre qui porte ce couteau a une grande rapidité. On se sert quelquefois d’une fraise semblable à celle représentée fig. 18, planche cinquième. Cette fraise, qui participe du couteau et de la fraise ordinaire, doit être bien trempée et polie sur ses faces tranchantes.
On pourra également utiliser les indications concernant le taillage d’une roue d’échappement à détente.
Tous les outils doivent être éprouvés sur une roue d’essai, qui sert également à déterminer les positions successives de la fraise. Afin de retrouver ces positions, on les marque par des entailles faites avec la fraise même, sur une règle de laiton entrant juste entre les deux bras du char qui porte l’arbre et sa fraise.
On peut, quand la roue n’est pas en acier, la faire soutenir par un disque de laiton.
Justifier et friser la roue Duplex.
553. Cette double opération est fort délicate, avec les dents longues et très-espacées entre elles des roues Duplex. Par la méthode que suivent beaucoup d’horlogers d e friser en posant simplement une lime fine sur le support du tour ordinaire, on ne réussit presque jamais à rendre la roue ronde, et l’on court le risque de fausser les dents.
Voici comment on doit s’y prendre pour friser la roue.
On place la roue (munie à l’axe d’un cuivrot) entre deux broches correspondantes d’un compas d’engrenage; broches dont la position est vue en a, figure 23, planche cinquième.
Sur l’une des broches opposées à, bien en face de la roue, on chausse le disque à canon dcf. Il porte par devant, collée à la gomme laque, une petite lime en rubis ou en pierre-à-l’huile très-dure de; et par derrière