CAUSES DE L’INÉGALITÉ DES TIRAGES
toute évidence que le recul dépassera \ 2°, et de plus en plus, selon que le mouvement de l’ancre sera plus grand. Pour la marche ordinaire d’un ancre, on peut estimer, sans erreur sensible, ce recul à 15° en réalité.
Si on passe maintenant à l’examen du bras gauche, on y voit que la roue reculera de l’espace enfermé entre la face du bras MB et l’arc de cercle MP, et que, puisque cet arc de cercle n’atteint la ligne IM qu’au seul point M, le recul sera constamment moindre que 12°. L’on peut approximativement porter la différence à 2 et même 3 degrés.
Ainsi se trouve expliquée cette remarque qu’ont faite tous les rhabilleurs, à savoir : que, dans la presque totalité des anciens échappements à ancre sortis des fabriques suisses, le tirage, qui est très-fort du côté de la levée sortante, est presque nul de l’autre côté. Nous croyons avoir le premier montré la cause de l’erreur des fabricants et indiqué la correction.
Pour rétablir l’équilibre, on porte aujourd’hui, dans la pratique ordinaire, à 15° l’angle formé par la face du bras gauche MB et le rayon prolongé MI, c’est-à-dire que l’angle IMB est de 15°.
697. L’explication ci-dessus est exacte quand les dents de la roue pénètrent un peu profondément entre les bras de l’ancre à repos rectilignes; mais aujourd’hui, où les points de repos sont placés très-près du bord des bras, et de telle sorte qu’en ces points les courbes PM, HN (fig. 4, planche septième), et les lignes droites IM et JN se confondent sensiblement, c’est plutôt par l’inégalité des leviers AM et AN qu’on peut justifier cette différence de trois degrés admise au profit du tirage sur la levée rentrante.
En somme, l’indication des fabriques n’est qu’une donnée d'expérience, qui peut suffire au travail courant des montres; mais le fabricant devrait être assez instruit pour pouvoir déterminer préalablement, sur un tracé à grande échelle, établi d’après les principes développés dans notre théorie, les conditions d’une résistance de tirage égale sur les deux bras, et assurant au même degré la stabilité de 1 ancre au repos (630 et 635) .
Cette recommandation est d’autant mieux à sa place ici qu’on va voir que l’inégalité d’action des deux tirages ne provient pas uniquement de l’erreur dont nous venons de parler: elle a sa cause, assez souvent, dans ce qu’on appelle dans les fabriques des infidélités d’exécution, surtout en ce qui concerne l’ouverture de l’ancre et le mode de plantage.
La forte somme du tirage exige l’emploi d’une bonne force motrice,
ÉCHAPPEMENT A ANCRE. — PRINCIPES
et, comme conséquence , que la montre ait une raisonnable épaisseur. Quand ces deux conditions ne sont pas remplies., l’échappement à ancre ne réussit jamais bien.
Différence qu’apporte dans les tirages le plus ou moins grand éloignement des centres,
698. La division du travail adopté dans les fabriques fait que le constructeur d’ancres n’est pas l’ouvrier qui met l’échappement en place dans la montre. Il en résulte que, lorsque l’ancre n’est pas rigoureusement taillé dans les proportions convenables, le planteur n’a d’autres ressources que de modifier la longueur des levées en pierre, et de choisir le point de plantage, sous la seule condition que l’échappement passe bien. Quant à se préoccuper de l’échappement tangent, les planteurs n’en ont nul souci, et le plus grand nombre d’entre eux ne connaît pas même la signification de ces deux mots.
Cela n’aurait pas grand inconvénient, puisque l’échappement tangent, tel du moins qu’on l’a proposé dans les ateliers jusqu’à présent, n’est qu’une illusion (689), s’il n’en résultait d’autre part un défaut trèsgrave.
L’échappementier taillant ses ancres conformément à l’une de ces deux règles qui mettent sur la tangente, ou le milieu des inclinés, ou la fin du décrochement, les centres de la roue et de l’ancre sont pour lui déterminés.
Il s’ensuit que, si le planteur d’échappement ne place pas dans la montre les deux axes à la distance choisie par l’échappementier, le tirage sur les deux bras de l’ancre n’est plus conforme aux chiffres adoptés par ce dernier, et la stabilité de l’ancre est moins bien assurée par un bras que par l’autre. Il peut même arriver que l’un d’eux n’offre aucune sécurité sur ce point.