DEUXIÈME PARTIE
TRAITÉ DES ENGRENAGES
Réponse à une observation qui nous a été faite.
1029. Notre premier ouvrage présentait le classement des matières dans l’ordre suivant : Échappements, engrenages, moteurs et articles divers. Nous avons encore suivi cet ordre, Inexpérience nous ayant prouvé qu’il est rationnel. Un Traité d’horlogerie de l’étendue et de la nature de celui-ci s’adresse à l’horloger déjà capable de construire de ses mains au moins quelques-uns des organes d’une montre ou d’une pendule, il lui est alors absolument nécessaire de connaître, et les fonctions des échappements et les limites de l’inégalité de la force motrice, entre lesquelles ces échappements conservent leur faculté, eu puissance réglante. Ce n’est que lorsque cette connaissance lui est acquise qu’il peut aborder l’étude des transmissions de force et passer avec fruit à l’examen des différents moteurs.
La marche à suivre serait toute autre, si nous écrivions un ouvrage purement élémentaire ou descriptif : là il convient d’adopter la méthode qui dirige les travaux de l’apprentissage et qui va du facile au difficile: du barillet au rouage, du rouage à l’échappement ; le cas étant fort différent, puisqu’il s’agit tout simplement de faire exécuter à la main, et sur des modèles placés sous la vue, un certain nombre de pièces.
Considérations préliminaires sur les engrenages»
1039. Communément, on nomme engrenage un système de deux roues, dont l’une met l’autre en mouvement par l’intermédiaire des saillies ou dents qui garnissent les contours des deux cercles, les reliefs ou les pleins de l’une pénétrant dans les cavités ou vides entre deux dents de l’autre. On appelle pas de l'engrenage la somme d’un creux et d’une dent.
Afm.de les distinguer, on conserve généralement le nom de roue à la plus grande, et l’on désigne la plus petite, quand elle a moins d’une vingtaine de dents, sous le nom de pignon. Les dents de la grande roue gardent également le nom de dents, tandis que celles du pignon sont appelées ailes. On nomme le centre plein d’un pignon le noyau.
TRAITÉ DES ENGRENAGES
On désigne aussi sous le nom de mobile une pièce qui se meut sur un axe, mais plus particulièrement quand c’est une roue et un pignon.
1031. L’ invention des engrenages remonte à une haute antiquité : les Egyptiens, les Grecs, les Romains, les employaient; mais le point de perfection où ils les ont amenés nous est inconnu. On présume que c’est, aux Égyptiens qu’on doit leur application aux machines destinées à la mesure du temps, et que les Arabes possédaient déjà sur ce sujet des connaissances pratiques assez étendues, à en juger par les descriptions de machines compliquées que nous ont laissées leurs historiens.
Le moyen âge et la Renaissance, jusqu’à Louis XIV, ne paraissent pas avoir apporté d’améliorations notables à cette importante partie de la mécanique. Il suffit, pour s’en convaincre, de l’examen des dentures de cette époque, où les formes affectent des figures assez diverses; ce qui prouve, par l’évidence, que les horlogers du temps ne suivaient aucune règle bien précise dans la construction de leurs engrenages. Chacun d’eux les faisait : les uns d’après de longs essais, de nombreux tâtonnements ; les autres, en copiant plus ou moins heureusement les modèles réussis. En somme, les rouages d’alors étaient très-défectueux, ne marchaient qu’avec des poids énormes et donnaient l’heure avec une grande irrégularité. Ce fut même cette imperfection des dentures qui suggéra à Iluyghens l’idée du remontoir d’égalité.
Deux savants, Roëmer et Lahire, l’un Danois, l’autre Français, s’aperçurent les premiers, vers le milieu du xvne siècle, de l’usage qu’on pouvait faire de la science pour régulariser les engrenages et pour en établir les principes rigoureux.
Camus, savant français, membre de l’Académie des sciences, publia un mémoire sur cet objet dans le T raité de Thiout, en 1741 , et quelques années plus tard, il donna dans son Cours de mathématiques, en quatre volumes, le traité le plus complet que nous possédions sur ces matières.
F. Berthoud et Le Roy (de l’Académie) démontrèrent, par des expé* riences pratiques, l’excellence des règles données par la théorie ; et de Lalande, autre savant de la même Compagnie, traita par une méthode exacte, mais dégagée de calculs transcendants, la partie des engrenages de l’ouvrage de Lepaute, publié en 1767.
Enfin Moinet1 a de nos jours enrichi la théorie des engrenages par la
]. Louis Moinet, né à Bourges, en 17(18, mort en 1853, professeur distingué des arts, fort instruit, amateur éclairé de chronométrie, et doué des qualités de l’écrivain, a publié, à l’âge de soixante-quinze ans, un Traité d’horlogerie^ On doit regretter vivement que cet ouvrage recommandable, mais commencé trop tard, se ressente de la vieillesse de .'auteur, et peut-être aussi des difficultés matérielles qui ont entouré la publication de son œuvre.