MONTRAS A REMONTOIR AU PENDANT
1405. Depuis la montre de Beaumarchais qu’on remontait en faisant tourner avec l’ongle un anneau ajusté autour du cadran, et celle de Lépine dont on armait le moteur en enfonçant plusieurs fois le poussoir après l’avoir tourné un quart de tour, on a combiné un grand nombre de montres où le remontage et la mise à l’heure s’effectuent par un mécanisme ajouté à la montre et dont l’organe principal est logé dans le corps du pendant de la boîte.
Nous n’en décrirons que deux ou trois des principaux, ou des plus récents, M. A. Philippe, de la célèbre maison Palek et Philippe, de Genève,
* Chef de la célèbre fabrique d’horlogerie créée à Ferney par Voltaire, Lépine, originaire du pays de Gex, améliora beaucoup le calibre de la montre de son temps. Il fonda une maison à Paris, et bien qu’il ne recherchât pas l’éclat et fût ennemi du charlatanisme, l’excellence de ses ouvrages suffit à lui amener ces deux rares compagnes du vrai mérite: la renommée et la fortune.
REMONTOIRS AU PENDANT.
ayant publié sous ce titre : Les montres sans clefs , une excellente monographie de ces sortes de pièces. Ajoutons que cette maison, par son intelligente initiative, a contribué pour une part très-large au succès des montres à remontoir au pendant.
1466. liemontoir au pendan t dit Lecoultre. — Les figures 5 et 6 (planche dix-huitième ) représentent le système de remontoir a-u pendant le plus généralement adopté aujourd'hui. 11 est appelé dans le commerce remontoir Lecoultre, du nom du principal fabricant, bien que la plus forte part de cette disposition appartienne à M. Audemars.
L’arbre ou axe de remontoir, nu en a' a', est vu en place et garni de ses accessoires en aa (fig. 5). Une bride ii , pénétrant dans une gorge pratiquée sur le contour de l'arbre, assure sa position en l’empêchant de reculer. Sur sa partie ronde, au-dessous de la bride, tourne à frottement libre le pignon de remontage b, dont le canon, terminé en denture à rochel, forme un encliquetage dit à la Breguet avec la pièce ce' (figures 5 et 6). Cette pièce dite roue de mise à l’heure ou roue en couronne, est ajustée sur le carré de l’arbre, le long duquel elle peut monter et descendre; elle se termine vers le bas en roue de champ ordinaire.
Un ressort R, dont l’extrémité flexible pénètre dans la rainure creusée vers le milieu de ce', assure la fonction de cette pièce au repos, tout en lui permettant de reculer pendant le décliquetage. Nous allons voir plus loin quelle est l’autre fonction de ce ressort.
Remontage. — Lorsque l’on fait tourner l’arbre entre les doigts, par le boulon moleté du pendant, de droite à gauche, la pièce cc', ajustée comme on sait à carré, entraîne par l’encliquetage des rochets b' et c' le pignon b. Ce pignon arme le ressort moteur en agissant sur son axe par un système de roues intermédiaires, qu’on voit partiellement, dans la figure 40, de y en r.
Au retour le pignon b demeure immobile et la pièce cc’ seule retourne en arrière en décliquetant, et ainsi de suite.
Mise à l’heure. — Un doigt pressant sur la poussette ou piston p, le ressort R chasse en avant la roue en couronne cc', qui quitte le rochet b' pour aller engrener avec la roue m (figure 6). Cette roue, directement ou par intermédiaires, transmet, soit à droite, soit à gauche, le mouvement de l’arbre aa , à la minuterie, et par suite aux aiguilles. Le pignon b reste immobile, l’arbre tournant dans son intérieur sans l’entraîner, et lorsque le doigt lâche la poussette tout se remet dans la situation indiquée par la figure 5.
Le pivot de l’arbre de remontoir est reçu par un petit pont ou bien est logé dans l’épaisseur de la platine. Vers le haut, cet arbre est ajusté à frottement doux dans un pont, ou dans la carrure de la boîte. Les pièces bb' et cc' sont comme encastrées dans une creusure, seulement suffisamment large pour qu’elles puissentaccomplirleursfonctions, sans y frotter nulle part. Celte disposition permet, et tout simplement en desserrant la bride ii, de retirer l’arbre ou de le remettre en place à volonté, sans être obligé de démonter aucune autre pièce.
1467. Remontoirs au pendant de MM. Palek et Philippe. — Au début les remontoirs de cette maison n’avaient pas de piston pour la remise à l’heure; à ce système succéda celui de la figu.e 10 ( planche dix-huitième) que nous allons décrire.
’ L’arbre de remontoir et ses accessoires sont vus séparément figure 41. Le rochet supérieur de l’encliquetage fait corps avec l’arbre; au dessous est enfilé le pignon de remontage a, et à la suite la roue de couronne ou de champ/.
REMONTOIRS AU PENDANT.
L’arbre est rond, une partie plate y est seulement ménagée ; elle est indiquée à la gauche de r (figure 11). A ce plat répond un renflement à l’intérieur de f. Ce renflement, qui oblige la roue de champs à tourner avec l’arbre, est obtenu par la saillie à l’intérieur d’une goupille chassée dans le corps de f.
Ceci entendu, on voit qu’en faisant tourner l’arbre pour le remontage l’effet de clef Breguet se produira identiquement comme dans le remontoir précédent, et que si l’on presse sur le piston j, tout le système af descendra, l’entrée en prise pour la mise à l’heure aura lieu, et les aiguilles tourneront, à volonté, à droite ou à gauche, le pignon a demeurant sans effet à l’intérieur vide du cercle formé par la denture de champ qu’on aperçoit en r, et avec laquelle il engrène pour le remontage.
1468. Remontoirs sans poussette de MM. Patek et Philippe. — Cette dernière combinaison, de date assez récente, a été ainsi décrite dans la Revue chronométrique.
La ligure 12 (planche dix-huitième) représente les organes en situation d’opérer le remontage du ressort moteur. On sait que, comme dans le système ordinaire, le pignon 5 est enfilé librement sur l’arbre a. 11 est arrête par une portée A- solidaire avec l’arbre. Ici cette portée est rapportée à vis sur l’arbre, nous dirons plus tard pourquoi. La pièce d, nommée bascule, embrasse dans sa fourchette la portée saillante k et le pignon 6; cette bascule mobile sous une vis à collet est maintenue dans une position fixe par la tête «du ressort e' e, laquelle tête est en contact avec une paroi inclinée delà bascule. II y a un second ressort f destiné à presser contre une paroi de l’entaille de la mise à l’heure s et à maintenir cette dernière en prise avec les dents à rochet du pignon. L’effet de clef Breguet est donc obtenu au moyen de la pression de ce ressort f. Lorsqu’on veut opérer le changement de position des aiguilles, l’on tire du centre à la circonférence par le bouton fixé à l’extrémité de l’arbre a, jusqu’à ce que la bascule d force le ressort e à glisser sur le plan incliné de la bascule avec laquelle il est en contact ; lorsqu’il est arrivé a l’extrémité de ce plan, le mouvement de retrait se continue encore un peu jusqu’à ce que le ressort se soit engagé sur le bout, dans une position qui annule l’action sur la bascule dans le sens propre à la faire tourner. La figure 13 montre les organes dans cette nouvelle position et la mise à l’heure ss, en prise avec la minuterie. Le pignon b, malgré son mouvement de retraite, n’a pas quitté les dents de la roue à couronne du remontoir; c’est pourquoi la rentrée des organes dans la position première n’offre aucune résistance; la moindre action sur le bouton fait avancer un peu la bascule d, dégage le ressorte, remettant les deux plans inclinés en contact, comme dans la figure 12, et comme le ressort a beaucoup de puissance, il suffit à lui seul pour remettre tout dans la position du remontage.
Nous avons dit que la portée k est ajustée à vis sur l’arbre a, et c’est dans le butde faciliter la mise en boîte du mouvement et son enlèvement. En effet, au moyen d’une fente faite dans le travers de cette portée, on la maintient à l’aide d’un tourne-vis qu’on appuie à la platine pendant que d’une main on dévisse l’arbre ; les pièces se séparent et l’arbre peut se retirer tout à fait, après quoi le mouvement peut s’enlever ou se remettre sans obstacle.
Des montres à remontoir ou la poussette n’est pas employée ont été antérieurement exécutées dans la maison Breguet, la Revue chronométrique, volume III, en donne un spécimen.
1466. Observations sur les remontoirs au pendant. -- La Théorie des engrenages fournit amplement à l’horloger habile les moyens pour obtenir un bon appareil de remontage du ressort moteur; au«si la” grande difficulté réside-t-elle ici dans le mécanisme de la mise à l’heure. Si le piston est peu saillant le possesseur de la montre arrive difficilement à faire mouvoir les
CIIRONOGRAPHES, COMPTEURS.
aiguilles; s'il est au contraire en relief, il s’accroche dans le gousset, s'enfonce sous les pressions accidentelles, etc. En outre dans les dispositifs aujourd'hui en usage le mouvement se transmet aux aiguilles par une tige ajustée à frottement, et qui ne se maintient dans les conditions d’un bon usage que si l’ajustement est parfait, etc. Le perfectionnement de la mise à l'heure doit donc être le sujet principal des recherches et des méditations des artistes ingénieux, mais surtout instruits. {Deuxième Appendice.)
CBROIVOSCOPES, CHROTVOGRAPEfES , COMPTEURS, COMPARATEUR.
1470. Ces différents appareils participent tous les uns des autres; ils servent à mesurer de petites fractions de temps. Le nom de chronoscope s’applique plus particulièrement à ceux doués d’un mouvement continu. Les appareils à pendule conique, l’appareil Wagner à mouvement différentiel, le régulateur Foucault, etc., appartiennent à cette catégorie. Dans plusieurs, la fin et le commencement d’une observation sont marqués automatiquement à l’aide de l’électricité.
Le chronographe désigne plus spécialement l’instrument qui mesure le temps par une succession de mouvements intermitents, comme ceux d’un rouage d’horlogerie réglé par un échappement. Son organe principal est l’aiguille poseuse d’encre ou pointeuse dont nous trouverons la description plus loin (1474). Elle inscrit, sous la pression d’un bouton, les différents instants de l’observation. Le mérite de cette invention appartient à Rieussec, horloger de Paris, qui la fit connaître en 1822. Breguet fit, peu de temps après, breveter un appareil, qui différait de celui de Rieussec en ceci : l’aiguille de Rieussec était à poste- fixe et le cadran tournait au-dessous, Breguet faisait tourner l'aiguille et immobilisait le cadran. Ce n’était qu’un corollaire de l’invention de Rieussec.
Enfin on généralise le nom de compteur en l’appliquant à tout instrument propre à mesurer des intervalles de temps : de là, les compteurs simples, compteurs-chronographes, etc. Leur nombre étant assez grand, nous ne citerons que quelques-uns des principaux.
Compteurs de Mil. «Sacob et H. Robert.
1471. Ces compteurs sont décrits avec de suffisants détails et des figures à l’appui, dans la dernière édition du Manuel Roret. Ce volume, de prix peu élevé, devant se trouver entre les mains de tous les horlogers, nous y renvoyons.
Compteurs de secondes €le il. Minnerl.
1472. Compteur simple. — Dans ce compteur, l'aiguille des secondes peut, à volonté, être arrêtée et ensuite ramenée instantanément au point où elle devrait se trouver si on l’avait laissé marcher.
La figure 1, planche dix-huitième , nous représente une section longitudinale et verticale, sur une échelle amplifiée, du mécanisme de ce compteur, que l’auteur a imaginé en 1831 . La figure 2 est le pivot de seconde, énormément grossi, et vu en élévation.
La roue de secondes A est fixée sur un pignon percé B, dont le petit pivot est rapporté. Le pivot C, du côté de la platine, qui porte habituellement l’aiguille des secondes, est formé par un canon se terminant en deux plans in-
COM PTE U RS GARDE- OBSERVA Tl ON.
clinés a, au fond desquelles est pratiquée une petite coche a'. La tige qui glisse dans le canon porte une virole b , terminée par un bec qui s’engage dans la petite coche d , quand cette tige est descendue au fond du canon. Un pont en acier o, fig. 1, fixé sur la platine, est percé d’un trou dans lequel tourne librement le pivot de la tige d, portant l’aiguille des secondes e. Au-dessous de ce pont, le pivot est renforcé jusqu’à la portée f, pour que cette partie puisse entrer librement et sans jeu dans le trou du pont o. 11 résulte de cette disposition qu’en élevant la tige jusqu’à ce que la portée /‘s’appuie sous le pont, la pointe des plans inclinés a passe dessous le bec de la virole b sans le toucher.
Lorsqu’on veut arrêter l’aiguille des secondes, on appuie sur un poussoir qui, par l’intermédiaire d’un piton g, fait remonter subitement le ressort h, fixé sur la platine ; l’extrémilé de ce ressort taillé en fourchette relève et appuie sous le pont o la portée f ; alors la roue A continue de marcher indépendamment de l’aiguille ; mais, dès que le poussoir est retiré, le ressort /i, rendu libre, s’appuie sur la virole b, dont le bec, en glissant sur les plans inclinés a, fera tourner la tige avec l'aiguille des secondes, jusqu’à ce quelle rencontre la coche a/. pour continuer de marcher ensemble ; en même temps l’extrémilé du ressort h s’appuie sur un petit talon qui se trouve au-dessous du pont o, de sorte qu’il ne touche plus ni la virole b, ni la portée f.
Nous ferons remarquer en terminant que l’effet de retour de l’aiguille par l’action de la pièce b dit, de sa forme, le bec de plume, sur le plan incliné a, est très-sûr et très-net, il n’offre que l’inconvénient de demander de l’espace en hauteur.
1473. Compteur garde-observation. — M. Winnerl en a composé plusieurs de genres différents et qui sont décrits dans la Revue chronométrique, vol. 111. Nous empruntons à ce volume la description du suivant (figure 4, planche dix-huitième).
Le pivot de l’axe de la roue des secondes étant tenu un peu plus long et conique, on y ajoute une petite pièce en acier découpée en forme de cœur (comme en g, fig. 8). Cette pièce vue en 1, fig. 4, doit être à une distance convenable pour que l’huile du pivot ne puisse l’atteindre. Sur l’excédant du pivot on fait tourner librement un plateau très-léger (2, fig. 4, et r, fig. 3) porteur d’un cliquet (3, fig. 4, et d, fig. 3), et son ressort [b, fig. 3). Ce ressort fait presser le cliquet contre le contour de la courbe en cœur.
Le canon du plateau (a, fig. 3) porte l’aiguille des secondes qui est en or (c, fig. 3, et 4, fig. 4), et sur l’extrémité du pivot, qui déborde l’aiguille cde la figure 3, est montée une aiguille en acier bleu (5, fig. 4), avec une légère portée qui permet un peu de jeu en hauteur au canon du plateau. Les deux ressorts 0, 6 (fig. 4) sont de même force, et en s’appuyant simultanément des deux côtés du plateau, ils maintiennent celui-ci immobile et bien centré, pour laisser une liberté suffisante au pivot de la roue des secondes qui continue de tourner. 11 ne reste qu’un léger frottement du cliquet sur le contour de la pièce en cœur, dont le bord est arrondi et poli avec soin.
Tout ceci bien compris, on saisit facilement le fonctionnement de l’ensemble du mécanisme.
Le cliquet 7, vissé sur la pièce 8, est terminé par deux dents correspondant à la moitié de la distance qui sépare les dents du rochet 10. En pressant le poussoir 9, le cliquet fera avancer le rochet de la moitié d’une dent, et le ressort-sautoir 11, dont l’extrémilé est également double, retiendra le rochet soit par une, soit par deux dents; de cette manière, les dents du rochet se présenteront successivement devant la pièce 12, qui, en relevant les ressorts 6, dégage le plateau 2. Le cliquet 3, en glissant sur le plan incliné du petit cœur, ramènera l’aiguille en or 4 sous celle en acier 5.