LA THÉORIE ET LA PRATIQUE
Qu’un praticien publie d’excellentes méthodes de travail , qu’il indique les combinaisons qui l’ont le plus satisfait, qu’il le fasse surtout avec une assez grande clarté pour être bien compris, il rend un service signalé et fait preuve d’un mérite très-réel ; mais il faut, s’il ne possède pas des connaissances suffisantes dans les sciences exactes, qu’il s’en tienne là; qu’il évite de se lancer dans des divagations théoriques dont le premier tort est d’ôter tout crédit et tout caractère sérieux à son œuvre. Le second inconvénient des publications dont nous parlons, c’est qu’elles égarent les jeunes adeptes en leur présentant comme les règles de l’art de simples préceptes empiriques, applicables seulement dans un certain nombre de cas particuliers.
C’est à dessein que nous mettons en relief l’expression ci-dessus, qui se retrouve fréquemment chez plusieurs des auteurs. En vertu de règles de l’art, qu’ils ne précisent pas ni les uns ni les autres, l’un veut une chose, l’autre prescrit le contraire!
Hippocrate dit oui, mais Galien dit non.
Puis à la suite de raisonnements plus ou moins spécieux, qui tournent autour du nœud de la question et ne l’abordent presque jamais franchement, revient la phrase sacramentale : « En construisant ce mécanisme selon les règles de l’art, on obtient , » etc.
Voilà certainement des règles d’une notable élasticité; elles s’accommodent de tous les régimes, se prêtent aux combinaisons les plus opposées et ne procèdent guère des savantes et rigoureuses lois qui régissent les mouvements de tous les corps. Ces prétendues règles feraient croire aux praticiens qu’il existe un antagonisme entre la théorie et la pratique; c’est-à-dire entre la tête et la main.
Nous n’avons pas à réfuter une telle absurdité, les gens capables en font suffisamment justice, mais aux jeunes horlogers nous dirons : cet antagonisme n’existe pas; jamais la science ne dit oui où la pratique dit non. Il ne faut demander à la théorie que ce qu’elle peut donner, et l’opposition entre elle et la pratique, découverte par certains livres, ne se produit que lorsque, par suite des lectures incomplètes et mal digérées d’un auteur, il fait dire à cette théorie ce qu’elle ne dit pas.
Un outil excellent peut être maladroitement manié : c’est le cas dont nous parlons, et si nous l’avons relevé, ce n’est nullement par esprit de critique, mais bien parce que les erreurs dont il est la source entravent les progrès de l’horlogerie et nuisent à la considération qu’elle mérite de la part des hommes sérieusement instruits.
THÉORIE DES ÉCHAPP. A REPOS FROTTANT