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V. — État de la surface du sol

Le règne végétal, composé des produits spontanés du sol et des produits de la culture humaine, n’a pas seulement pour objet de fournir aux animaux les matières nécessaires à leur recomposition organique ; il agit encore sut la composition, la température et l’humidité du milieu général.

« En résumant l’histoire des belles observations qui ont été faites sur la relation des végétaux avec l’atmosphère, on trouve que Bonnet aperçut 1 émission de gaz opérée à la surface des feuilles ; que Priestley reconnut que ce gaz est de l’oxygène ; qu’lngênhousz démontra la nécessité de la lumière pour la réalisation du phénomène ; que Senebier prouva que le gaz oxvgene obtenu dans ces circonstances est le résultat de la décomposition du gaz acide carbonique. Ce qui frappe en lisant les mémoires de l’époque, c’est de voir ces importantes observations exciter l’attention des savants bien plus au point de

(1) Corenwinder, Comptes rendus de l'Académie des sciences, 30 juillet 1S55.

DU SOL. — ÉTAT DE LA SURFACE DU SOL

phivée]

vue do l’hygiène qu’au point de vue de la physique végétale. Priestley énonçait sa brillante découverte en disant que les plantes possédaient la faculté de purifier l’air vicié par la combustion ou par la respiration des animaux (1). » A un siècle d’intervalle, il était réservé à Boussingault de prouver que probablement toutes les plantes, et très-certainement les feuilles des plantes aquatiques, en émettant du gaz oxygène qui améliore l’atmosphère, dégagent aussi l’un des gaz les plus délétères, l’oxyde de carbone ; ce gaz et une faible quantité d’hydrogène protocarboné qui s’y mêle, accompagnant constamment l’oxygène dont le soleil détermine l’apparition, quand il éclaire un végétal submergé dans de l’eau imprégnée d’acide carbonique. Voici les quantités d’oxyde de carbone trouvées dans 100 volumes de gaz excrété parles végétaux suivants sous l’influence de la radiation solaire :

Pin maritime 1,12

Plantes aquatiques 0,87

Laurier-rose ; 0,38

Pêcher 0,70

Saule ; 0,84

Lilas 0 ,44

Les expériences de Boussingault et Lewy avaient déjà démontré antérieurement que le sol est un immense réservoir d’acide carbonique où les végétaux puisent probablement une grande partie du carbone nécessaire à leur organisation ; la terre étant essentiellement poreuse, il se fait entre l’atmosphère qui Y est confinée, et l’atmosphère proprement dite, un continuel échange d’éléments par voie de dilTusion; mais telle est la rapidité de leur dissipation par les vents et même par un temps calme que l’air recueilli à 1 centimètre de la surface du sol ne contient pas plus d’acide carbonique que l’air pris à plusieurs mètres de hauteur (2).

Il existe une grande différence, comme l’observe de Humboldt (3), entre les déserts, les savanes couvertes de gazon, les steppes hérissés de grandes herbes légumineuses, les forêts, les marécages et les pays cultivés. Les savanes appartiennent à l’Amérique, les steppes à la Russie méridionale, à la Sibérie et au Turkestan ; les solitudes de sable occupent donc la partie la plus chaude de I ancien comment, une étendue d’environ 132 degrés en longitude, depuis 1 extrémité occidentale du Sahara jusqu’à la lisière orientale du Gobi. Une vaste surface de terrains nus, arides, où le sable s’échauffe jusqu’à 60 degrés centigrades sous l’irradiation solaire, doit intervenir puissamment dans la répartition de la température sur Une grande portion du globe. Dans nos contres, Al dis et Daniell ont vu, par des nuit sereines, le thermomètre, placé

(i) Comptes rendus rte t’Acad. des sciences, nov. 1801, t. LUI, p. 862 et sniv. orenwindei, Lecherches sur / assimilation du carbone par les feuilles , etc. {Ann. de phys. et de c/tim., 3“ série, 1858, t. LIV, p. 332.)

(3) De Humboldt, Asie centrale, t. III, p. loi.

tm DES MODIFICATEURS. — CIRCUMFUSA. [hygiène

dans l’herbe, baisser de 6, de 8 degrés, et même de 9°, 4 centigrades pendant le jour. Les terrains couverts d’herbages et de bruyères s'échauffent beaucoup moins que le sol nu et desséché ; et, pendant dix mois de l'année ils subissent, sous nos latitudes, une diminution de température qui peut aller jusqu’à la glace. De Humboldt a constaté ainsi le rayonnement extraordinaire de ces petites graminées qui tapissent en Amérique une si prodigieuse étendue de terrain : il attribue à cette cause et à la condensation de la vapeur, qui en est la conséquence, l’étonnante fraîcheur que la végétation conserve, après une longue sécheresse, dans les llanos de l’Amérique équinoxiale.

Ce que peut la culture pour l’amélioration des conditions telluriques et météorologiques d’un jaays, Tacite nous l’apprend par sa peinture de l’antique Germanie. L’Allemagne lui paraîtrait aujourd’hui plus habitable, mieux cultivée et d’un climat moins âpre : c’est la main de l’homme qui a opéré cette transformation. Fertiliser la terre, c’est l’assainir. Les cultures corrigent le sol en remplaçant une végétation sauvage, envahissante, souvent dangereuse, par clés masses de plantes utiles qui épurent l’atmosphère; elles nivellent, amendent de vastes surfaces de terrains ; elles incorporent au sol et dissipent dans ses couches le détritus de matières végétales et animales qui s y est accumulé, et qui, sous l’influence des chaleurs et de 1 humidité, convertit d immenses régions en laboratoires de miasmes fébrifères ; elles régularisent la distribution des eaux météoriques en les appliquant aux irrigations et en leui piocuiant des voies d’écoulement. L’Arabe laisse les causes d insalubiité se multiplier et grandir; il assiste, spectateur inerte, au débordement des cours d’eau, auxquels il n’oppose ni empierrage ni fascines. Les torrents ravinent les tenes, les eaux pluviales croupissent par vastes flasques, les rivières gonflées infiltrent au loin le sol de leurs rives, élargissent leur lit et vont former dans les bassins naturels un delta de marécages; les sources s’épandent dans les fouillis de lauriers-roses, de joncs, de roseaux et de saules qui enchevêtrent leurs racines et mêlent leurs feuillages luxuriants ; tout est prêt pour une vaste fermentation de matières organiques, qui n’attend que l’excitation du rayon solaire. Voilà la plaine d’Afrique, la plaine de Mitidja, ou celle d’Eghris, près Mascara, décrite par F. Jacquot. Vient l’homme de la civilisation : il enlève les obstacles qui arrêtent le libre écoulement des eaux, il construit des digues, il creuse des canaux ; il relève le sol et déverse par des pentes artificielles l’excès des eaux infiltrées. La terre se couvre de richesses, la vie et la santé fleurissent là où

tout était poison, maladie et mort. , 1

En visitant Guelma (1843), Bégin fut frappé de la coexistence des fièvres endémiques avec un ensemble de conditions d’apparente salubrité; il crut en découvrir la cause dans les produits entassés de la putréfaction des plantes annuelles qui croissent sur scs pentes avec une luxuriante rapidité et y acquièrent de grandes dimensions. Ces dépôts de matières organiques fermentent par l’action combinée des chaleurs et des pluies, et forment de véritables marais artificiels. Non loin de ce camp, les débris d’anciens thermes et

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