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DU SOL

ÉTAT DE LA SURFACE DU SOL

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constructions romaines, joints aux inégalités du sol, divisaient, ralentissaient, retenaient les eaux d’une source minérale abondante qui se jette dans la Sevbouse; une végétation puissante se développait dans les flaques et mares qui en résultent. La pathologie palustre comptait ainsi, à Guelma et dans les environs, une station de plus, déjà amoindrie par les récents travaux de culture, comme nous l’avons constaté nous-même en 1851.

Mais si les- cultures bien établies bonifient les conditions du sol et de l’atmosphère qui repose sur lui, les premiers travaux qu’elles nécessitent exposent à de graves dangers : les remuements d’un humus riche en débris organiques, surtout dans la saison chaude et humide, donnent lieu à un dégagement redoutable de miasmes. Bégin, qui a fait une sérieuse inspection médicale en Afrique, à une époque où nos troupes exécutaient de grands travaux de terrassements, a signalé le développement des fièvres à quinquina comme un fait de coïncidence constante avec les mouvements des terres vierges (1). Cent cinquante hommes des compagnies de discipline travaillèrent en 18A3-AA à la fondation de Saïda, défrichant, remuant, nivelant, creusant des fossés; au bout de six mois, les fièvres pernicieuses en avaient enlevé une cinquantaine (2). En 18A2, le 26e de ligne et le 13e léger ont creusé et remué le sol pour établir les ponts de Tisser et du Rio-Saiado, et quoiqu’on relevât les travailleurs tous les quinze jours, presque tous furent atteints de fièvres graves, soit immédiatement, soit après avoir quitté le camp. Dans sa topographie de Philippeville, Gaudineau signale, comme la cause des épidémies qui sévissenl sur la population militaire et civile, les effluves délétères d’un sol longtemps inculte et profondément remué à cette époque pour les constructions, poulies roules [et pour la culture des jardins. Les travaux de dessèchement et de défrichement à Staouëli, conduits d’abord avec rapidité, ont fait périr dans une année 8 trappistes sur 28, et kl militaires sur 150 mis à leur disposition. En 18A8, les dépendances du couvent ont changé d’aspect : le sol est assaini, et il est couvert de belles cultures, et sur 150 à 200 habitants, 2 seulement ont succombé en dix-huit mois. Accélérer les travaux de dessèchement et de défrichement, c’est concentrer la mortalité sur une courte période et hâter l’époque de l’établissement définitif de la salubrité (3).

Au lieu d’assainir les localités, les travaux de culture ont quelquefois pour effet d’y développer ou d’y introduire des conditions nuisibles, d’y créer des sources de dégagement miasmatique. Tout le monde sait que les rizières présentent une nappe d’évaporation délétère, non-seulement dans la presqu'île indo-gangétique, mais encore dans les contrées méridionales de l’Europe. En Afrique, on conduit les eaux sur les champs de maïs et de millet ; dans les oasis, on arrose même les céréales et les dattiers ; les jardins, multipliés,

(1) Bulletin de l’ Académie de médecine. Paris, 1845, t. X, p. 1069.

(2) Félix Jacquot, Recherches sur les causes des fièvres à quinquina, etc.

(3) Recueil des mémoires de médecine militaire, t. LI1, p. 217.

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pressés autour des douars et, des habitations, nécessitent les mêmes irrigations 1 qui les transforment en autant de marais. Ces éléments moins saillants de l’étiologie des fièvres endémo-épidémiques de l’Algérie, ne sont bien appréciés que depuis les plus récentes observations de nos médecins militaires. Les barrages grossiers construits par les Arabes, dit Rodes (1), suffisent pour arrêter les eaux et les élever jusqu’au niveau d’un système de rigoles dont les ramifications, multipliées à l’infini, distribuent le liquide sur une vaste étendue de terrain. Une humidité constante sé joint à l’action vivifiante du soleil, et imprime à la végétation une force prodigieuse. Mais cette pratique, si avantageuse pour l’agriculture, n’est point sans inconvénient au point de vue de l’hygiène publique. Ce qui active le développement du végétal devient pour l’homme une source de maladies, et trop souvent une cause de mort. Les engrais augmentent la quantité d’acide carbonique que le sol exhale : la terre argileuse, engraissée avec du fumier de ferme et 3300 kilogrammes de tourteaux à l’hectare, exhale en vingt-quatre heures 15lll,70 d’acide carbonique par mètre carré de surface = 1570 hectolitres par hectare. Corenwinder ( loc . cit.) a constaté ce fait sur une couche de terre de 8 centimètres d’épaisseur, contenant 12 à 13 pour 100 d’humidité, sous une température de -j- 20° à 30° centigr. On augmente le dégagement d’acide carbonique en remuant, et plus l’altération des engrais est avancée, plus ils produisent d’acide carbonique.

' Les arbres réunis en forêts refroidissent l’atmosphère : 1° en protégeant la terre contre l’irradiation solaire; 2° en entretenant, par la transpiration cutanée des feuilles, une forte évaporation des liquides aqueux; 3° eu multipliant, par l’expansion de ces lames foliacées, les surfaces qui sont susceptibles de se refroidir par rayonnement. Dans nos zones tempérées, l’effet physiologique de l’ombrage des arbres se prononce le plus au printemps et au commencement de l’été, où les neiges demeurent accumulées dans les forêts. Dans celles dont le fond est marécageux, l’interception des rayons solaires est cause que les marais, à demi couverts d’éricacées et de rosacées, gèlent complètement, et forment de petits glaciers longtemps réfractaires à l’action de la chaleur obscure : c’est ce qui arrive dans un grand nombre de lorêts en Europe, dans l’Asie centrale et dans l’Amérique du Nord. Pour comprendre l’effet total de l’évaporation qui s’opère au-dessus des forêts, il faut se rappeler que Haies s’est assuré qu’un seul pied d ' heltanthus de trois pieds et demi de hauteur développait, par juxtaposition de ses feuilles, une surface d environ quarante pieds carrés ; aussi des torrents de vapeur roulent sur les forêts des régions équinoxiales ; et dans les belles contrées de l’Amazone et du haut Orénoque, dont les bois occupent une étendue de 260 000 lieues marines carrées, le ciel est constamment brumeux, et des traînées de vapeur se laissent voir en plein jour entre les cimes des arbres (Ilumboldt).

(1) Rodes, Essai topographique sur Sidi -bel -Abbés ( Recueil des mémoires de médecine militaire. Paris, 1847, t. LXIII, p. 1 et suiv.).

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La rareté ou l’absence des forêts augmente la chaleur et la sécheresse de l'atmosphère; la sécheresse réduit l'étendue des nappes d’eau évaporantes, appauvrit la végétation du gazon et réagit secondairement sur la température du climat. On observe ces effets réunis sur la bande de terres presque entièrement arides qui borde le bassin de la Méditerranée,' là du moins où l’Industrie agricole ne les a point corrigés par l’irrigation. Quand le sol des forêts est marécageux, l’abri des arbres intercepte tous les rayons solaires; ces marais gèlent profondément et forment ainsi de petits glaciers qui résistent longtemps à l’action de la chaleur rayonnante.

Les défrichements peuvent-ils opérer des mutations sensibles dans le climat d’une contrée? La climatologie historique a résolu celte question : « Quod autem ejusdem terrœ clima quoque mutari possit , non erit qui dubitet , dummodo ipsam nostram hodiernam Germanium cum veteri, populares nostros cum majoribus nostris conférât. Tempus erat ubi alce , nunc ultimi septentrionis tantum accola , Rheni littora oberrabat, ubi ipsum hoc flumen frequentissimo gelu coibat, ita ut Galli sacra ip&i facerent ne viciais proavis nostris dorsum prœberet ; ubi vastissimœ sylvœ totam fere tegebant pa triam, nec nullus vitium prouentus erat (1). » Les Gaules, comme la Germanie, jadis couvertes de bois, avaient un climat plus rigoureux, d’après Diodore de Sicile, César, Pomponius Mêla, etc. ; du temps d’Ovide, l’Euxin restait quelquefois gelé pendant deux ans. Pline le jeune ne pouvait élever des oliviers et des myrtes dans sa campagne en Toscane, où maintenant ces plantes croissent eu pleine terre; la Pensylvanie doit l’amélioration de sa température aux défrichements et à l’encaissement de ses rivières. Ailleurs, le déboisement a produit des effets différents : le département de l’Ardèche, où il n’existe plus aujourd’hui un seul bois considérable, a éprouvé depuis trente ans une perturbation climatérique, dont les gelées tardives, autrefois inconnues dans ce pays, sont l’un des effets les plus funestes (Bosson). La dénudation de plusieurs crêtes des Vosges permet aux vents de souffler sans obstacle sur la plaine et dans les vallées, où ils occasionnent de la pluie ou de la neige, et ramènent souvent l’hiver aux approches du printemps (Puymaigre). Notre ami Charles Boersch (2) a démontré que le déboisement considérable de l’Alsace a eu pour résultat d’imprimer aux saisons de fréquentes irrégularités, de rendre la vallée du Rhin plus accessible au vent du nord, qui y est humide et glacial, d’agrandir, en un mot, l’échelle des variations thermométriques. Dès 1806, Héricart de Thury signale avec force les effets désastreux du déboisement dans les Hautes-Alpes, tels que torrents furieux, terrains enlevés ou

- engravés, chute de roches, etc.

Boussingault attribue à la disparition de nombreuses forêts l’abaissement giaduel de lacs situés sur les plateaux de la Nouvelle-Grenade, à une hauteur

(1) Blumenbach, De gencris humani varietate native.

(2) Boersch, Essai sur la mortalité à Strasbourg , thèse. Strasbourg, 1836.

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de 2000 à 3000 mètres, où la température moyenne est de léi à 1 6 degrés 1 ) centigrades; de telle sorte que des terrains submergés il y a trente ans sont aujourd’hui livrés à la culture. Desbasfeyns de Riphemonl mentionne, dans l’îlé de l’Ascension, une source située au bas d’une montagne tarie par l’effet du défrichement, et dont Les eaux oui reparu par le reboisement de la montagne. Les lacs de Bienne, de Morat et de Neuchâtel se sont abaissés à la suite de défrichements. Les montagnes dépouillées donnent lieu à des courants plus vifs, plus froids. Au sommet de deux montagnes, dont l’une est boisée et l’autre dégarnie, da température diffère souvent de 8 à 10 degrés; les neiges qui tombent pendant l’hiver s’amassent plus facilement, et séjournent plus longtemps sur les cimes dénudées; celles-ci communiquent leur froidure aux couches d’air qui roulent sur elles, tandis que les crêtes couronnées de forêts amortissent les vents et en brisent le cours. Sans l’attraction des forêts, celle des sommets ne suffit point pour retenir les nuages que le vent porte ailleurs, jusqu’à ce qu’ils rencontrent des obstacles propres à les arrêter et à les résoudre en pluie; en outre, le sol, en butte à l’irradiation solaire, se dessèche à une grande profondeur. Pour ces causes, on voit tarir graduellement les réservoirs intérieurs qui alimentaient les sources et qui entretenaient les rivières à un niveau constant. Que si les nuages condensés par les vents éclatent en torrents de pluie, ces eaux, n’étant plus retenues et ne pouvant plus s’infiltrer dans un sol dénudé, entraînent les restes de sa couche végétale et charrient jusqu’au lit des rivières un mélange de limon organique, de sables et de graviers qui étouffent le gazon des prairies et produisent l’atterrissement. Dans quelques localités défendues autrefois par des forêts contre l’effet frigorifique de certains vents, la destruction de ces abris naturels a compromis des cultures avantageuses. Plusieurs départements de la France ont dû renoncer à la culture de l’olivier, du maïs et de la vigne (1). Déboiser une montagne, dit avec raison Gavarret, c’est appauvrir l’humanité (2) et perdre une quantité considérable de force, car le bois que nous brûlons dans nos foyers ne nous rend en réalité que la chaleur empruntée au soleil par la forêt; les houilles, les tourbes dont l’industrie alimente ses fourneaux, lui restituent la chaleur solaire fixée, emmagasinée, sous forme d’énergie potentielle, par les vastes forêts qui couvraient le globe dans les temps antérieurs. Au contraire, planter d arbres une grande étendue de sol jusqu’alors improductive, comme on l’a fait dans les landes de Gascogne et comme on le fait aujourd’hui en Sologne, cest nonseulement assainir un climat local, mais augmenter la richesse sociale et créer une source de force pour l’avenir.

(1) Voyez dans Becquerel père, Des climats et de /'influence des sels boisés et non boisés (Paris, 1853, p. 517), les extraits des documents administratifs qui constatent, dans divers départements et à différentes époques, les effets funestes du déboisement.

(2) Gavarret, Moniteur , 31 mars 1868.

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