ARTICLE IV
DES LOCALITÉS
La connaissance des localités résulte de l’application des données relatives à l’air, aux eaux et au sol. Nous avons exposé, dans l’article précédent les conditions générales de l'influence du sol : les localités les individualisent’ les combinent diversement avec les éléments hydrologiques et météorologiqueselles sont au soi, considéré d’une manière générale, ce cjue les tempéraments sont a organisme : manifestations infiniment variées d’un même ordre de causes. Et comme il est impossible de relever les caractères spécifiques de toutes les localités, nous devons nous borner ici à des indications collecli. es établir quelques types génériques auxquels on puisse rapporter, par simili’
tude ou par analogie, l'immense variété de sites et de stations où l'homme vil se multiplie et meurt.
Les caractères hygiéniques des localités se déduisent de l’exposition des circonstances météorologiques et géologiques, du régime des eaux, de la forme du terrain, des influences de proximité : les qualités de l’air et l’aspect du ciel sont nécessairement en rapport avec cette série de causes
10 eXp°siti0n modifie les effels de l’irradiation solaire, et par conséquent ceux des saisons. L exposition au nord procure l’avantage d’une température peu variable, modérée en été, mais rigoureuse en hiver, et celui d’u/air sec stique et transparent. Sous les expositions méridionales, lumière et chaleur plus intenses et plus prolongées : toutefois l’évaporation activée m. h
‘0Umésà ,,est' '« brouillards et
dissent l'irrad Ita ta 27, 777'’ 7* ^ X à
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à corriger ou à favoriser l’obliquité de Ue'1Ce de 1 exp0SItl0n ne se borne point
'a température Cte locâîLs 27 ^‘7 1 ^ “ * *b— r
tlon des différents vents • elle fait à ch a ° °U rerme U'le contrée h lac effets hygrométriques râl r h qUe pays ses vents habituels, dont les
d’où iŒ“ r; etCV S0,U liéS avec ,e de l’horizon Par son influence sur la direrti ” ? ^ '* 'en(Ire une lerre stérile ou féconde,
2° Les circonstances n é " ! “ d’eau et le '"ode ^irrigation,
est souvent annulée par l’influen<?des v ' *mp0"ten,; SUr rexpc,sition i celle-ci «• lévy. Hygiène, 5» édit. ^ S’ qU' SOnt’ da'1S t0Utes ,es localités,
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[HYGIÈNE
la cause la plus fréquente des intempéries. Suivant les régions qu’ils traversent, ils apportent avec eux la chaleur, le froid, la sécheresse ou l’humidité. Les côtes découpées en golfes et en baies conduisent les vents dans la direction de ces sinuosités ; il en est de même des gorges ou défilés de montagnes, au sortir desquels l’air s’échappe avec force et détermine des courants dangereux dans les plaines. Les aspérités du sol déterminent journellement un flux et reflux atmosphériques qui se font sentir par des brises ou des vents ascendants et descendants, connus de temps immémorial dans certaines localités sous les noms de thalwind, pontias (Nyons, département de la Drôme), vent du mont Blanc , aloup de vent (vallée de la lirevenne), etc. A l’embouchure de la grande vallée de Munster, en Alsace, on observe, le soir, pendant les journées chaudes et calmes, un courant qui s écoule toute la nuit, et îépand la fraîcheur assez loin dans les plaines de Colmar; les gens du pays 1 appellent thalwind, ou vent de la vallée. Ces courants se développent au plus haut degré dans les concavités des vallées ; mais ils se manifestent aussi le long des rampes, et le courant des vallées n’est que la résultante des ascensions et des cascades latérales et partielles (i). Les vents d’est, qui sont secs pour nos conliées d’Europe, parce qu’ils nous arrivent des grands continents d’Asie, jettent, après avoir passé sur la mer des Indes, les brouillards et l humidité sut les côtes orientales de l’Afrique. Une localité bornée au sud par des monts neigeux en recevra des brises glaciales; les incessantes variations de la pression atmosphérique dans les lieux élevés, l’attraction que les sommets semblent exercer sur les nuages et la condensation que leurs massifs refroidissants produisent dans les vents humides qui viennent les lécher, y déterminent la fréquence des météores aqueux. Pour apprécier la salubrité des sites, il laut donc joindre à la connaissance des expositions celle des vents prépondérants et de leurs qualités, établir la moyenne des jours de sérénité, de brouillards, de pluie, de neige, de gelée, la température moyenne de chaque saison, la quantité d’eau tombée annuellement; en un mot, c’est par une série prolongée d’observations barométriques, thermométriques, hygrométriques et anemoscopiques, qu’il convient d'explorer la tolérance des localités pour l’homme en général, et pour les différentes catégories d’organisation en particulier. L est ainsi que vingt et une années d’observations ont assigné au site de Pans, année moyenne, Ul jours de chaleur, 515 de froid; 12 de neige, 18U de brouillard, 1 1x2 de pluie; 45 jours de veut du nord, 63 vent du sud, 23 est, /t) ouest,
40 nord-ouest, 23 sud-est, 67 sud-ouest.
3« Nous avons mentionné les pllets de la structure géologique, de la culture, du déboisement, etc. L’influence de pes deux dernières causes commence toujours dans les localités avant de s’étendre au climat total d’une vaste région. On aura donc soin de constater, dans la localité que l’on examine, si le terrain est argileux, calcaire, siliceux ou sablonneux, etc.; si les productions qu fl
(1) Fournet, Annales de physique et de chimie, t. LXX1Y, 1840, p. 3o>.
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donne sont de nature h bonifier l'alimentation publique, à fournir aux échanges du commerce, qui amènent l’aisance et réagissent heureusement sur la sauté des habitants} si les cultures en usage ne communiquent point au sol une influence délétère, etc. Ainsi, celle de riz nécessite l’inondation du terrain où croit celte substance alimentaire; elle condamne les paysans h travailler, pop, dant une partie de l’année, les jambes dans une eau dormante : de là, sur les rizières du Piémont, du Milanais et de la Caroline, cette population étiolée, sujette aux engorgements splanchniques, et décimée par la mort avant l’âge de quarante ans. Telle est encore la culture du chanvre, dont le rouissage dans les lavoirs, les mares ou les cours d’eau, détermine une fermentation putride aussi active qu’odorante, et qui dégage des émanations éminemment pernicieuses.
U° Le rapport de surface entre la masse du sol et celle des eaux (rivières, ruisseaux, canaux, ports, mares, etc.) est un élément essentiel de topographie: c’est la disproportion de la surface évaporante des eaux avec l’étendue des terrains qui imprime à tant de localités un caractère d’humidité permanente. Venise avec ses lagunes; la Hollande, sillonnée parle Rhin, l’Escaut, la Meuse, llssel, le Vahal, etc.; Strasbourg, coupé de canaux, environné de fossés, dé flaques d’eau, de prairies submergées, sont des exemples de cette influence. Etant connue la quantité de pluie que reçoit, année moyenne, une localité il importe d’en déterminer le mode d’écoulement d’après la structure et la configuration du sol. La pente des cours d’eau, leurs divisions, leurs embranchements, le système d’irrigation établi par la nature ou par l’industrie, sont des eu constances importantes à connaître.
5° Les ondulations du sol multiplient les différentes espèces de localités montagnes, collines, vallées, plaines. Ce que nous avons dit des effets de la diminution de pression atmosphérique et de l’abaissement progressif de la tempe, aime suivant la hauteur, s’applique à l’habitation des montagnes; mais ces causes ,i agissent pas seules, fl faut y ajouter la fréquence et l’immité des tnts, les tésultats do 1 exposition, le voisinage ou l'éloignement des pics frèséleves qm empechem | accès des vents chauds ou froids et do la lumière solaire es MM, que des terrains en pente rapide e, diversen.eni aeo!den“s " ’
P sent a la progression de l’homme et au mouvement habituel de la vie etc A ss, les sommités tres-élevées sont-elles abandonnées par l’homme coum I les e sont par la végétation, U’Orbjgny et Boussingault ont vu les chiens u ^ chevaux conduits a de très-grandes hauteurs sur les Andes surmonter ‘ au i c un ceitaiji temps, la gène de respiration qu’ils éprouvaient d’abord •
' Imnime n est point impropre à s’acclimater dans une alnu, phère t^-n^é ’
q |l0“r ,r°'Sanoées : ““ sc"' <* séjournait depuis vingt ans au
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couvent du Saint-Bernard. A de moindres élévations, ces inconvénients cessent en grande partie : on y jouit d’un air pur, sec, moins dense, ventilé. Les collines à faible inclinaison ont une salubrité relative plus grande que les vallées et les enfoncements que le terrain présente entre les montagnes. Les vallées étroites et profondes recueillent et réfléchissent, comme au foyer d’une parabole, les rayons solaires et la chaleur diffuse; abritées de toutes parts contre les vents par les adossements des montagnes, elles circonscii\ent une atmosphère stagnante chargée de brouillards et d émanations, et ne se renouvelant que par ses couches supérieures ; plus larges, plus étendues, balayées par des courants d’air, traversées par des rivières, exposées à la lumière, les vallées se rapprochent des conditions ordinaires des plaines. Celles-ci s’individualisent néanmoins par une foule de circonstances qui règlent leur degré de salubrité, telles que leur étendue, la sécheresse ou l’humidité du terrain, les vents dominants, l’orientation par rapport à des chaînons de montagnes, le voisinage des pics isolés qui causent fréquemment le long de leurs pentes des courants descendants nocturnes. La hauteur seule suffit pour nuancer à grands traits l’état climatérique des plaines, alors même qu’elles sont séparées par de courtes distances; car il y a des plaines dont le niveau est celui de l’Océan, et d’autres qui s’étendent sur le sommet de plateaux très-élevés.
Les Arabes (1) appellent les terrains bas tiemma, qui signifie fièvre, définition laconique de la valeur sanitaire de plaines basses, humides, situées sous une latitude méridionale, sillonnées par des cours d’eau mal encaissés, et qui s’infiltrent, comme les eaux pluviales, dans les terres meubles et poreuses; plaines, vallées, bassins ouverts et fermés, lieux déclives, si leur sol est imprégné d’une abondante humidité, se transforment sous le soleil d’été en surfaces d’évaporation délétère : point n’est besoin alors du classique marais pour engendrer les fièvres épidémiques; il en est de même des plaines et vallees des pays chauds, qui, crevassées, fissurées par l’action des chaleurs, s’infiltrent des eaux pluviales et font l’office de bouches vomissant les miasmes febrifeies (2). Au Mexique, terre chaude est synonyme de région à fièvre jaune. Dans le Sahara algérien, les eaux, dont le cours est très-limité sur le sol forment des rivières et des lacs souterrains à niveau presque constant; il suffit de cieuse dans les ravins ou de déblayer le sable au pied des dunes calcinées par le solei , pour ouvrir de larges puits dont l’eau s’élève souvent jusqu’au sol des oasis, ce sont ces nappes d’eau souterraines qui déterminent l’insalubrité periodiqu de beaucoup d’oasis; et déjàMonro avait remarqué qu’un terrain sec en apparence peut être maléficié par les eaux qui gisent sous son écorce.
g0 Les influences de proximité dérivent des montagnes, des masses ou cou . d’eau des forêts, des grands établissements de l’industrie. Les modifications que le voisinage des montagnes apporte au climat des localités ressortent assez
(1) Périer, De l’hygiène en Algérie. Paris 18A7, 2 vol. in-8 t. I, p. 238.
(2) Cambay, De la dysenterie et des maladies du foie, etc., 1847, p. 11.
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de tout ce qui précède. Si le centre des forêts épaisses est un séjour défavorable à cause de l’humidité du sol et du défaut d’insolation et de ventilation, il n’en est pas de même des contrées qui les avoisinent: les arbres, réunis en forêts, protègent contre la violence de certains vents, modèrent l’intensité des chaleurs estivales; par leur action verticale sur les nuages, ils contribuent à l’entretien des sources et des cours d’eau : c’est ainsi que la basse Égypte, enrichie par le pacha actuel d’une plantation de 20 millions d’arbres, reçoit plus d’eau pluviale que la haute Égypte dégarnie de bois (duc de Raguse). Le déboisement a frustré Bourbon-Vendée des sources qui y abondaient auparavant. Ailleurs, les masses profondes de forêts servent d’écran contre les effluves des marais. Clément XI défendit l’exploitation des forêts situées aux environs de Cisterna et de Cermineta, qui servaient de barrière contre les vents des marais Pontins. Nous ne reviendrons pas sur les dangers de la proximité des marais ; celle des étangs n’est guère moins redoutable, à moins qu’ils n’aient une certaine profondeur et des bords taillés à pic; sinon, leur fond bourbeux, les végétaux qui y croissent, les feuilles d’arbres qui y tombent et s’y putréfient, les bains que les animaux y prennent, les lavages qui s’effectuent sur les bords, les envasements formés par les eaux qui y sourdent, l’abaissement de leur niveau par les temps de sécheresse, sont autant de circonstances qui les confondent avec les marais. L’agglomération des hommes dans les localités riveraines des fleuves, des rivières, des lacs, des mers, est un fait général qui s’explique par des raisons d’utilité, mais qui ne prouve rien eu faveur des conditions plus ou moins hygiéniques de ces régions. Le cours des eaux a réglé pour ainsi dire les migrations des peuples; les facilités d’existence et de communications qu ils ont trouvées sur leurs bords et sur le littoral de la mer ont déterminé les premières polarisations de l’espèce humaine, et placé le long des fleuves et sous le souffle de l’Océan le berceau des sociétés naissantes. Le contact de 1 atmosphère maritime est généralement sain; néanmoins, sur une limite qui se confond plus ou moins avec la ligne ondulée du littoral, elle entre en conflit a\ec 1 atmosphère continentale, dont la température est moins constante, moins unifoime, et de là, en partie, la fréquence et la soudaineté des variations thermométriques et hygrométriques qui sont le fléau des ports de mer; de là encoie les vapeuis qui s arrêtent et s accumulent le long des rivages, sous forme de b roublards qui rendent insalubre la navigation sur les côtes, la plus froide des deux atmosphères, maritime et terrestre, condensant les vapeurs de l’autre. Le voisinage de la met ne devient une cause insalubre que par des circonstances particulièies : tels sont les amas d’algues, de débris de plantes et d’animaux marins que les vagues rejettent, et dont la décomposition, accélérée souvent par un soleil ardent, vicie accidentellement l’air des rivages; ailleurs, la isposition naturelle des côtes, interrompues par des sinuosités profondes ou Pai es travaux de I homme, amène dans les bassins, les rades, les ports, etc., es eaux de la mer, qui, manquant de reflux, deviennent stagnantes et infectes, uiconque s est promené le soir sur le port de Marseille ou de Toulon a res-
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senti les effets de colle corruption des eaux maritimes servant d’émonctoile à toute une population, cloaque immense auquel on u’a appliqué jusqu’à présent que des moyens insuffisants de curage. La Configuration des côtes influe principalement sur leur salubrité : les roches abruptes de l’Écosse, battues par des vents froids et humides? les rivages de Naples, où l’on passe d’une chaleur d’Afrique à des vents brusques et froids; la côte de la Nouvelle-Orléans avec ses atterrissements marécageux, d’où s’échappe le miasme léthal de la fièvre jaune ; Dieppe avec ses plages à galets ; Boulogne, dont le sable lisse et moelleux invite les pieds du baigneur, sont des localités aussi différentes que plaine el montagne. L’appréciation hygiénique des contrées voisines de la mer doit donc porter sur un ensemble de circonstances qui sont propres il chacune d’elles, et en font autant d’individualités topographiques.
La proximité des fleuves a ses avantages et ses inconvénients : leur atmosphère est humide, et devient par là meilleure conductrice des émanations nuisibles; ils désolent les contrées riveraines^ soit parleurs incursions, qui laissent après elles un dépôt fangeux, soit par l’abaissement annuel de leurs eaux, qui dénude leur bord, souvent une partie de leur lit, et livre ainsi aux réactions de l’air et des rayons solaires des foyers d’infection multiples. Dans les climats chauds, il n’en faut pas plus pour engendrer des endémies meurtrières j mais dans nos zones tempérées cette influence paraît peu active, d après les recherches de Villermé, qui n’a point observé de différence de mortalité entre les quartiers voisins de la rivière et ceux qui en sont éloignés (1). La proximité de cours d’eau et la configuration des terrains favorisent, aux époques des crues annuelles, les inondations qui changent le caractère des localités, c est à cette cause que sont dues les fièvres endémiques des bords du Nil, du Gange, du Mississippi, du Sénégal, de la Gambie, du Niger, etc. Les côtes des terres équatoriales sont bordées d’une bande d’épais mangliers et de palétuviers, alternativement noyée par la mer et les torrents et dénudée par le retrait des eaux; de là l’atmosphère miasmatique qui ceint les Antilles, les rivages de Madagascar, etc. Le morbus hungaricus sévit dans les contrées basses de la Hongrie, fréquemment submergées par les eaux de la Dave et du Danube (2). F. Jacquot, Rodde et Froussart ont fait ressortir le rôle des inondations dans la production des fièvres de quelques localités d’Afrique (3).
La salubrité des localités peut être compromise par le voisinage des établissements que l’industrie crée aujourd’hui sur de grandes échelles : les fabrications dont ils sont le siège modifient l’atmosphère, dans un rayon plus ou moins étendu, par le mélange de poussières, de vapeurs, de gaz, d’exhalaisons animales ou végétales; elles n’épargnent pas le sol, qui se laisse pénétrer par les eaux de fabrique. Cette cause d’altération n’est pas aussi peu sensible qu on
(1) Villermé, AnMlèS d’hygiène et de médecine légale , 1'“ série, t. UI, P- 294.
■•(3) Mohfa, Médecine d’armée) t. Il, p. 309.
(3.) Recherches sur les causes des fièvres à yuim/uuia, etc. Pans, 184S.
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le suppose. Certaines régions industrielles sont évidemment IHfluertCéës dans leurs conditions climatériques par les brouillards factices et permanents qui pèsent sur elles. D’après les investigations de Lombard, Benoislon, Johnson, Knight, les poussières minérales ont une action d’autant plus dangereuse qu’elles ont acquis un plus grand degré de division et de ténuité ; plus grossières, comme celle du plâtre, elles paraissent moins nuisibles qUc ne l’ont pensé Ramazzini, Leblanc, Pâtissier et d’autres. On a remarqué que les individus qui vivent au milieu des poussières de nature organique sont plus exposés aux maladies de poitrine : telles sont les ouvriers qui battent le coton (Lombard, Johnson), les plumassiers, chez l’un desquels Patrix aurait trouvé des plumes dans les bronches (Pâtissier), etc. Les vapeurs métalliques, arsenicales, mercurielles, etc. , ne tardent pas à Se condenser à la
(température de l’air extérieur, ce qui les rend peu redoutables pour les localités où elles se dégagent ; certains oxydes, certains sels en poudre, comme
iceux de zinc, de plomb, etc., en raison de leür pesanteur, ne peuvent être entraînés au loin que par les vents. Les émanations putrides, qu’elles proviennent des substances animales ou végétales, ne sauraient avoir l’innocuité qu’on a cherché à leur attribuer en ces derniers temps ; cette question sera
I discutée en son lieu ; bornons-nous pour le moment à signaler comme autant de foyers d’insalubrité directe ou secondaire, les lieux où s’accumulent les vidanges, les voiries, les buanderies, les fabriques de sel ammoniac et de noir
(animal, celles où se dégage de l’acide sulfureux, et surtout de Y huile pyrogénée. Le moindre inconvénient de ces établissements est de répandre au loin des odeurs infectes qui révoltent les personnes impressionnables, et vicient la pureté de l’air. Les eaux qui s’écoulent de certaines fabriques entraînent dans leur cours des matières délétères ; on reproche à celles des féculeries d’infecter les étangs, de faire mourir le poisson, de faire naître parmi les riverains des maladies analogues à celles qui résultent de l’impaludation. Eu pénétrant dans le sol, les eaux de fabrique peuvent fuser à travers des couches crayeuses ou sablonneuses, atteindre des nappes d’eau à des profondeurs plus ou moins considérables, altérer d’une manière plus ou moins grave les eaux des pluies. Un équarisseur de Montfaucon ayant conduit dans un grand puits les eaux de sa voirie, l’infection se communiqua aux puisards des habitations voisines; ü Bicêtre, les vidanges coulèrent jusqu’à un village assez éloigné, etc. De quelque manière qu’on envisage le mode d’influence des substances gazeuses, pulvérulentes ou liquides qui s’échappent des usines, fabriques, voiries, etc., quoique I enquête scientifique ail produit des faits contradictoires, et oppose à d anciennes appréhensions le scepticisme d’observaleurs autorisés, il restera toujours acquis a l’hygiène : 1° que ces différents genres de modificateurs n ajoutent rien a la salubrité des lieux où ils sont en action ; 2° qu’ils sont, en général, de nature à nuire à la santé, ou au moins au bien-être des habitants; °° que plusieurs d’entre eux entraînent des inconvénients et même des dan— geis manifestes. Ces conclusions, que nous énonçons par anticipation, trouveront leurs preuves dans l’étude des professions.
i72 DES MODIFICATEURS. - CIRCUMFUSA. [hygiène
Les qualités de l’atmosphère propre il chaque localité dépendent des cir- ■ constances que nous venons de passer en revue : ainsi, une vaste surface de marais, la multiplicité des grandes fabriques, l’entassement des populations, versent dans le milieu local des principes étrangers : on trouve dans l’air de Paris du sulfhydrate d’ammoniaque ; dans celui de Londres, de l’acide sulfureux; l’acide chlorhydrique se dégage abondamment 5a Marseille, près des grandes fabriques de soude artificielle ; dans le voisinage des mines de mercure en voie d’exploitation, on saisit dans l’air des traces de vapeur ou de poussières mercurielles, etc. L’eudiomètre sert h déterminer la proportion d’oxygène que contient l’air; pour la constater, le médecin peut recourir encore à d’autres méthodes plus commodes et suffisamment approximatives; mais la stabilité des proportions d’oxygène et d’azote qui constituent le mélange atmosphérique de toutes les localités le dispense généralement de celte vérification. L’appareil suivant peut servira la détermination de l’acide carbonique et de plusieurs substances qui n’entrent point dans la composition normale de l’air ; il se compose d’un aspirateur au moyen duquel on force l’air à passer bulle à bulle à travers différents réactifs, suivant le genre d'analyse qu’on veut faire. Pour déterminer la quantité d’acide carbonique, l’appareil doit consister dans un tube plein de chlorure de calcium, un tube à trois boules à moitié pleines d’une solution de potasse, et un second tube de chlorure de calcium ; l’air, passant bulle à bulle dans l’appareil, cède son humidité au chlorure de calcium du premier tube, son acide carbonique à la solution potassique des trois boules, et laisse dans le second tube à chlorure l’humidité enlevée à cette même solution; l’excédant de poids acquis par le tube à boules et par le second tube à chlorure calcique représentera rigoureusement le poids de l’acide carbonique dont l’air aura été privé. S’agit-il de vérifier dans l’atmosphère des traces d’hydrogène sulfuré, l’air à analyser sera dirigé à travers une solution d’acétate de plomb très-légèrement acide; la couleur brune et le poids de sulfure obtenu feront connaître la présence et la proportion de l’hvdrogène sulfuré dans l’air. Pour la recherche des traces d’acide chlorhydrique, on mettra dans les flacons une solution acide de nitrate d'argent, et l’on dosera le chlore au moyen du chlorure d’argent produit. L’existence de l’acide sulfureux dans l’air est constatée par une solution de chlore saturée qui fait passer ce gaz à l’état d’acide sulfurique, qu'il est facile de doser, sous forme de sulfate de baryte. Les matières organiques qui se volatilisent dans l’air n’échappent point à l’analyse. Après avoir lavé l’air dans un premier flacon, où il se dépouille des corps en suspension, on le dessèche dans un tube à chlorure calcique ; puis on le fait circuler lentement dans un tube rempli d’amiante humecté d’acide sulfurique concentré, qui se colore promptement par la carbonisation des particules de matière animale ou végétale. Plus cet effet de coloration sera rapide et prononcé, plus l’air aura contenu de matière organique volatilisée. Les substances organiques ou autres, qui sont solubles dans l’eau, peuvent se trouver en suspension dans l’air, en
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proportions minimes ; il suffit alors de faire passer cet air à travers une suite de vases d’une température très-basse : la vapeur d’eau contenue dans l’air, et qui sert de véhicule aux principes étrangers, se condense sous forme de rosée ou de neige artificielle, et le liquide qu’on en obtiendra fournira des réactions caractéristiques. En l’absence de moyens d’analyse chimique, on peut tirer de sa facilité à se putréfier des inductions touchant la salubrité d’un local. Celte expérience de laboratoire, la nature l’accomplit elle-même, en précipitant le soir avec la rosée les miasmes des marais. Dans le voisinage des fabriques de soude artificielle, les gouttes de rosée dissolvent l’acide chlorydrique en quantité telle qu’elles corrodent la végétation par le seul effet de leur contact.
La transparence du ciel varie nécessairement suivant l’exposition, la hauteur, la proximité de la mer, des montagnes, des forêts, etc. Or cette circonstance intervient activement dans le climat des localités : elle détermine, surtout dans les pays chauds, des contrastes de température diurne et nocturne ; des plateaux très-élevés, et, sous un ciel presque toujours serein, accumulent pendant le jour le calorique solaire, et l’émettent rapidement pendant la nuit. Le magnifique plateau de Oaxamarca au Pérou, dont Humboldt évalue à
286o mèties I élévation au-dessus du niveau de la mer, jouit d’une température moyenne de 18 degrés centigrades, et néanmoins le froment y gèle souvent de nuit.
En somme, l’influence prépondérante dans la détermination des localités est la même que pour les climats, la température ; et celle-ci dépend de causes générales et de causes particulières qui seront indiquées plus loin (voy. Climats, lignes isothermes).
Les localités exercent sur l’homme une influence physiologique et une influence pathologique. La première se révèle dans les différences d’organisation et de fonctionnalité, si souvent signalées, depuis Hippocrate, entre les habitants des vallées et ceux des montagnes, entre les riverains des marais et les cultivateurs des plaines fertiles et bien exposées, etc ; la seconde s’exprime soit par la forme que revêtent les mêmes maladies dans différents lieux, soit par 1 existence des endémies, c’est-à-dire des maladies qui, propres à certains pajs, dépendent de causes souvent inconnues, mais ordinairement locales et permanentes. Dans les contrées humides et froides, la forme catharrhale dome; dans les beux élevés, secs, activement ventilés, c’est la forme inflamma-
rüwl 7/?ratlCien SG rapPeler Ie mot de : Scribo hœc in aere
causr.7 >ÜXtS medlcuï- Quant aux endémies, elles sont le produit des es qui agissent à certaines époques de l’année, comme les foyers de
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onb/t, 77 so,‘. esscnce- Il sera question ailleurs des endémies ( Hygiène maj l dwnt 1 éUoloSie et le traitement relèvent entièrement de l’hygiène: «marquons tout de suite qu’en les rattachant aux localités, nous sommes
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loin d’imputer leur géhération à l’influence exclusive de tel ou tel modiiicateur ' M hygiénique : c’est ici que s’agrandit la signification du terme localité. Il désigne non plus seulement l’air, les eaux et le sol, mais encore les aliments et les boissons qui composent le régime des différents groupes de populations, et jusqu’aux coutumes et aux mœurs qui les distinguent. jNous retrouvons ici l’elitrecroisemcnt de causes et d’effets qui complique üil si grand nombre de problèmes de notre science. Toutefois le sol, l’eau et l’atmosphère dominent toujours les autres séries d’influences, et lès expliquent en grande partie ; ils déterminent les qualités des productions, et, par conséquent, le régime alimentaire; le régime réagit, qui le nierait? sur les manifestations de l’intellect et sur le mode d’existence sociale. En hygiène comme en médecine pratique, la vérité gît souvent dans la considération d’un ensemble de causes dont les j résultats convergent : le Crétinisme et le goitre affligent le Valais, la haute et la basse Maurienne ; on les trouve dans la Carinlhic, la Tartarie chinoise, à Java, à Sumatra, à Mexico, etc. Quelle est donc l’origine de cette forme si répandue de la dégradation humaine ? Les influences atmosphériques, dit l’un ; nourriture insuffisante et. malsaine, dit l’autre ; celui-ci accuse la désoxygénation de l’eau, celui-là la nature des terrains; Grange dénonce la magnésie con- i tenue dans les eaux, et promet la guérison moyennant l’usage prolongé* pendant une année, du sel ioduré à la dose maximum de 5/10000eB (1). Réunissez plusieurs de ces causes, toutes peut-être; car l’endémie des vallées ! subalpines est l’expression pathologique de la localité prise dans sa signification totale, avec l’inévitable concours de la race et de l’hérédité.