I. — Causes qui tendent à élever la température
1° La proximité d’une côte occidentale dans la zone tempérée.
2° Les méditerranées et les golfes pénétrant profondément dans les terres. 3° L’orientation, c’est-à-dire la position d’une terre relativement à une iuer
(1) Humboldt, Cosmos , t. I, p. 380 et suiv.
DES CLIMATS
privée]
libre de glaces, qui s’étend au delà du cercle polaire, ou par rapport à un continent d’une étendue considérable, situé sur le même méridien, à l’équateur ou du moins à l’intérieur de la zone tropicale.
ti° La direction sud et ouest des vents régnants, s’il s’agit de la bordure occidentale d’un continent silué dans la zone tempérée; les chaînes de montagnes servant de rempart et d’abri contre les vents qui viennent de contrées plus froides.
5° La rareté des marécages, dont la surface reste couverte de glace au printemps, et jusqu’au commencement de l’été.
6° L’absence des forêts sur un sol sec et sablonneux; la sérénité constante du ciel pendant les mois d’été; enfin le voisinage d’un courant pélagique, si ce courant apporte des eaux plus chaudes que celles de la mer ambiante.
IL — Causes qui abaissent la température moyenne :
1° La hauteur, au-dessus du niveau de la mer, d'une région qui ne présente point de plateaux considérables.
2° Le voisinage d’une côte occidentale, pour les hautes et les moyennes latitudes.
3° La configuration compacte d’un continent dont les côtes sont dépourvues de golfes.
k° Une grande extension des terres vers le pôle, et jusqu’à la région des glaces éternelles, à moins qu’il n’y ait entre la terre et cette région une mer constamment libre pendant l’hiver.
5° Une position géographique telle que les régions tropicales de même longitude soient occupées par la mer; en d’autres termes, l’absence de toute terre tropicale sur le méridien du pays dont il s’agit d’étudier le climat.
6° Une chaîne de montagnes qui, par sa forme ou sa direction, gênerait 1 accès des vents chauds, ou bien encore le voisinage de pics isolés, à cause des coûtants d air froid qui descendent le long de leurs versants.
7° Les forêts d’une grande étendue : elles empêchent les rayons solaires d’agir sur le sol; leurs organes appendiculaires (les feuilles) provoquent l’évaporation d’une grande quantité d’eau, en vertu de leur activité organique, et augmentent la superficie capable de se refroidir par voie de rayonnement , 8° Les raa,'écages nombreux qui forment, dans le nord, jusqu’au milieu de l’été, de véritables glacières au milieu des plaines.
9" Un ciel d’été nébuleux, parce qu’il intercepte une partie des rayons du soleil. J
10» Un ciel d’hiver très-pur, parce qu’un tel ciel favorise le rayonnement de la chaleur.
Il est évident que la climatologie acquiert une certaine précision en s’appuyant sur la connaissance des moyennes de température qu’offrent tous les heux du globe annuellement, en été et en hiver; nous accordons encore que a variation des températures auxquelles l’homme est exposé dans les différentes paities du globe est la plus puissante des causes qui tendent à diversi-
fier les climats; niais ceux-ci ne se résument pas entièrement dans la thermo- • i scopie. Humboldt lui-même le reconnaît, car il entend par climat « toutes les modifications de l’atmosphère dont nos sens sont alîectés d’une manière sensible, telles que la température, rimmidilé, les variations de la pression barométrique, la tranquillité de l’air, ou les effets des hétéronymes, la charge ou la quantité de tension électrique, la pureté de. l’air ou ses mélanges avec des émanations gazeuses plus ou moins insalubres ; enfin le degré de diaphanéilé habituelle, cette sérénité du ciel si importante par l'influence quelle exerce non-seulement sur le rayonnement du sol, sur le développement des tissus organiques dans les végétaux et la maturation des fruits, mais aussi sur l’ensemble des impressions qui, dans les zones diverses, sont excitées dans l’âme par les sens. »
Remarquez que l’isotbermie, ou l’égalité de température moyenne, estivale, hivernale et annuelle, no confère point aux régions du globe l’aptitude à produire les mêmes végétaux, à faire vivre les mêmes espèces animales ; les températures extrêmes exercent sous ce rapport une influence décisive; quelques degrés thermométriques de plus on de moins font mûrir les fruits ou gèlent les plantes. Remarquons, en outre, que l’application de la doctrine des lignes isothermes crée des systèmes de climats scientifiques non rée|s, car ils ne présentent pas une surface continue : des régions séparées par des distances énormes font partie d’un même groupe isothermique; leur liaison, non fondée en géographie, ne résulte que d’une opération de l’esprit, qui a le privilège d’effacer les intervalles et de circuler d’un hémisphère à l’autre pour recueillir les matériaux de sa synthèse. Mais, en hygiène pratique, les climats ne sauraient être envisagés idéalement, et l’unité de lieux ne peut être rompue ; pour nous, les deux conditions essentielles du climat sont, d’une part, la continuité du sol; d’autre part, une influence approximativement la même sur ceux qui l’habitent ; il représente à la pensée une agrégation de localités analogues quant aux modifications physiologiques et pathologiques qu’elles impriment à l’homme. La question des climats se résout donc dans celle des localités, comme le problème de la constitution individuelle se décompose en une série d’études qui ont pour objet le tempérament, l’idiosyncrasie, I hérédité., etc. C’est pourquoi nous pensons, contrairement à Guérard (1), que l’exploration des localités doit précéder celle des climats, qui généralisent et superposent les éléments si variés des topographies.
Le climat étant aux localités ce que le genre est à l’espèce, il arrive nécessairement qu’il encadre dans sa circonscription des climats partiels qui diffèrent par leurs phénomènes : ainsi file cl’Otaïti, quoique située sous le tropique austral, jouit d'une température moyenne de 27 degrés centigrades. Dans les zones tempérées se trouvent des localités qui, par leur météorologie, se rapprochent, celles-ci des régions polaires, celles-là des contrées équato-
(1) Guérard, Annales d’hygiène , loc. cil.
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DES CLIMATS
riales; niais un fait général juslific le partage do chaque hémisphère en de larges zones qui résultent de l’agrégation des localités : c’est que les circonstances qui modifient les effets île l’irradiation solaire, si nombreuses qu’elles soient, n’agissent en définitive que dans uno mesure restreinte; elles engendrent les dissemblances locales; elles individualisent le sol dans de médiocres étendues; elles altèrent l’égalité de la progression décroissante de l’influence solaire de l’équateur au pôle; mais de 10 en 10 degrés de latitude, on observe que les températures annuelles, hivernales et estivales s’élèvent en allant vers la ligne, et s’abaissent en rétrogradant vers les pôles. Il résulte de cette loi qu’en se plaçant au centre de vastes zones, et en négligeant les divergences qui naissent des localités, on voit les influences cosmiques et atmosphériques réaliser, sur de grandes échelles, un même type de végétation et d’animalité, les mêmes conditions de santé et de maladie pour l’homme : sous la ligne et près du pôle, elles atteignent leur maximum d’opposition ; à distance égale du pôle et de la ligne, elles se balancent, elles se neutralisent ; dans les intervalles qui séparent ces points culminants de l’action climatérique, mélange, croisement, lutte, progression ou décroissance de causes et d’effets. La distinction des climats chauds, lroids et tempérés, est donc un fait d’observation, mais soumis à la double restriction des nuances intermédiaires de climat et des singularités topographiques.
La série des climats chauds, tempérés et froids, que l’on parcourt de l’équateur au pôle, se répète suivant la hauteur, qui agit comme la latitude sur
1 état du sol et des eaux, sur les qualités de l’air, sur la végétation, etc. Au pied des montagnes, on trouve la flore qui correspond au climat de la région; à mesuie qu on s élève, les végétaux de la plaine font place à ceux qui caractérisent des climats plus froids : ainsi s’élever dans l’atmosphère ou marcher vers le pôle, c’est traverser successivement des zones de plus en plus boréales qui ont une fixité remarquable pour les productions du sol. Ch. Martins a couslalé que, même sur le versant méridional des Alpes, les rhododendrons, Végétation intermédiaire entre les sapins et les plantes alpines, ne se rencontrent ni au-dessous de 1517 mètres, ni au-dessus de 2139. Dans les Alpes et les Pyrénées, le châtaignier disparaît à 780 mètres, le noyer à 800, le hêtre à 1300, l’épicéa à 1800; sur la pente méridionale des Pyrénées, les sapins sanêtent à 2570 mètres. Ces limites vont s’abaissant vers les pôles : ainsi, tandis que le bouleau blanc cesse de croître sur le versant septentrional du Grnnsel, a 1975 mètres (Martins), le bouleau nain ne se rencontre plus en Laponie à la hauteur de 585 mètres. Dans les Alpes, le maïs mûrit encore entre 8/0 et 1100 mètres; sur le revers nord du mont-Rose, l'orge n’existe plus à 1300 mètres; elle monte à 1950 sur le revers sud. L’Amérique méridionale a des moissons de froment et de maïs entre 1000 et 2000 mètres d élévation; de seigle et d’orge entre 2000 et 3000. En Norvège et en Laponie, es cultures expirent à quelques centaines de mètres au-dessus du niveau de a mer. Mais si les récoltes deviennent d’autant plus tardives qu’on s’élève
480 DES MODIFICATEURS. — CIRCÜMFÜSA. [hygiène
plus haut dans les montagnes, la végétation spontanée ne se subordonne pas ' aux mêmes conditions d’altitude. Sur le sommet du Faulhorn, qui s’élève a 2683 mètres, par une température moyenne annuelle de — 2°, 33 centigrades, sous un climat plus froid que celui du cap Nord (71° de latitude), en butte à tous les vents, croissent près de 200 espèces de plantes, dont 126 phanérogames qui fleurissent pendant l’été, un été de Spitzberg (Martins et Bravais).
Les hautes montagnes, telles que l’Himalaya, le Chimboraço, le Liban, présentent donc une série de climats différents, étagés les uns sur les autres. On a calculé le rapport thermométrique de la superposition des climats à leur projection horizontale. Il est admis généralement qu’une ascension de 100 mètres équivaut, pour l’effet thermométrique, au déplacement de 1 à 2 degrés vers les pôles. Sous la ligne, 1 degré de froid correspond à une élévation de 219 mètres. Bischof a calculé, d’après les observations (Je Boussingault, que dans les Andes équatoriales, un degré de refroidissement correspond à 195 mètres de hauteur (1). En Europe, le décroissement de la chaleur dans les montagnes est plus rapide le jour que la nuit, en été qu’en hiver; entre Genève et le Saint-Bernard, pour voir le thermomètre descendre d’un degré, il faut s’élever :
Mètres. Mètres.
Au printemps, de ... . 179 En automne, de 210
En été 184 En hiver 232
TJn grand nombre de causes accidentelles troublent le décroissement régulier du calorique suivant la hauteur : tels sont le rayonnement de plateaux échauffés, la naiure et la couleur des roches, la présence et l’étendue des forêts, l’humidité ou la sécheresse du sol, la proximité des glaciers, la prédominance des vents plus ou moins froids et secs, l’accumulation des nuages, etc. En un mot, les causes accidentelles qui contribuent à modifier les climats en projection horizontale agissent aussi sur les climats superposés, élèvent ou abaissent la limite des neiges. Celle-ci n’est pas la même sur le versant méridional que sur le versant septentrional de l’Himalaya. Par 14 et 16 degrés de latitude sud, les neiges perpétuelles ne se rencontrent qu’à 400 mètres au-dessus du point qu’elles occupent sous l’équateur. Par 46 degrés de latitude, on aborde à 2000 mètres d’élévation le climat de la Laponie, et à 2500 mètres au-dessus de nos têtes passe la courbe des neiges éternelles, cercle polaire de la climatologie verticale.
(1) Humboldt, Asie centrale, t. III, p. 223.
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DES CLIMATS
Hauteur des principales montagnes du globe.
Mont Blanc
Mont Rose
Finsteraarhorn (Suisse)
Mont Pelvoux
Jungfrau
Schreckhorn
Ortler (Tyrol) ........
Simplon
Mont Cenis
Mulhacen (Grenade). . .
Grand Saint-Bernard. . .
Malahite (Pyrénées) . . .
Mont Perdu
Le Cylindre
Etna
Saint-Gothard
Europe.
Mètres,
La Brèche de Roland
Karpathes (plusieurs cimes)
Surul (Transylvanie)
Monte Rotondo (Corse)
Snœhattan (Norvège)
Hospice du Saint-Bernard
Monte Vellino (Apennins)
Mont Pilate
Le Tourmalet
Mont Athos
Mont Dore
Mont des Géants (Bohême)
Puy-de-Dôme
Pointe Noire au Spitzberg
Broken (Saxe)
Hécla (Islande)
Mètres
Asie.
Kunchinginga (Sikim)
Dhawalagiri (Montagne Blanche) . .
Jawahir
Elbrouz (Caucase) * ’ ’
Pic de la frontière de la Chine et de
la Russie
Ophyr (Sumatra)
Mont Liban
Petit Altaï
Afrique.
Pic de Ténériflfe
Montagne d’Ambotismène ( Madagascar)
La Sorata
Illimani
Chimborazo
Volcan d’Anlisana ....
Cotopaxi
Volcan d’Arequipa. . . .
Popocatepetl (Mexique)
Mètres.
3710 Piton des Neiges (île Bourbon)
Montagne de la Table (cap de Bonne- 3507 Espérance)
Mètres.
Amérique.
Cerro de Potosi
Maison de poste d’Ancomarca
Sierra Nevada (Mexique) ]
Ville de Potosi
Montagne d’Otahiti
Volcan de la Solfatara (Guadeloupe)’
Hauteur des plateaux dans les deux continents.
lévy.
Le plateau de l’Auvergne a
— de la Bavière
— de l’Espagne
— de Mysore
— de Caracas
— de Popayan
— de P Abyssinie (lac Tzana)
— de l’Abyssinie australe.,
de 1 Abyssinie (Axum). . .
— de Mexico
— de Quito
du lac de Tilicaca
Hygiène, 5" édit.
Mètres.
482 DES MODIFICATEURS. — CIRCUMFUSA. [hyGIENR
Dans chacune des trois zones, dans chaque système de climats, l’ohservation , des météorologistes a établi deux divisions, fondées sur le nombre et sur I étendue des vicissitudes qui affectent l'atmosphère : lu Toutes les régions qui avoisinent des masses d’eau considérables, comme celles qui se terminent par des côtes maritimes, ou qui sont baignées par de larges rivières, jouissent d’un état atmosphérique relativement très-uniforme, c esl-à-dire qui varie peu d’un jour à l’autre, du matin au soir, de mois en mois : ce sont les climats insulaires, littoraux, maritimes. Ainsi, grâce au voisinage de la mer, on trouve dans la zone équatoriale, de zéro à 15 degrés de latitude, une température moyenne annuelle de 27 degrés centigrades, si 1 on omet quelques localités exceptionnelles, telles que Pondichéry. 2° Une autre catégorie de contrées se distingue, au contraire, par des mutations brusques, fréquentes, considérables dans les qualités physiques de leur atmosphère, de telle sorte qu elle contraste avec les régions maritimes ou insulaires, et par la multiplicité, et par l’étendue de ses variations météorologiques. Dans ce second ordre de c.imats, que Humboldt indique après Buffon sous le nom de climats continentaux , parce qu’ils se prolongent, loin des mers, dans l’intérieur des terres, les différences de température, d'hygrométrie, de pression barométrique, etc., sont tranchées entre le soir et le matin, du jour au lendemain, de mois en mois; les maxima et les minima des qualités d’air y déterminent une longue échelle de vicissitudes : aussi les a-t-on appelés encore climats excessifs. La capacité de l’eau pour la chaleur, et la grande quantité de calorique qui devient libre par la précipitation des vapeurs, et latent par leur retour à 1 état aériforme, voilà les causes de la différence toujours croissante entre la température de l’été et celle de l'hiver, à mesure que l’on s’enfonce dans 1 intérieur des continents. Dans les climats marins, dans les îles, sur les côtes, dans les péninsules, les moyennes de l’hiver et de l’été diffèrent peu ; la première de ces deux saisons est moins froide, la seconde moins chaüde : les hivers sont doux en Angleterre, parce que les vents du S. O., si communs en cette île, lui I amènent l’air humide et chaud de la mer Atlantique; les vapeurs qu ds rou-
lent dégagent du calorique en se précipitant et s’opposent en même temps au rayonnement du sol. Sur les côtes de Glenarm, en Irlande, par une latitude de 55 degrés, le myrte réussit en plein air comme en Portugal, et bien que les chaleurs de l’été ne suffisent pas à la maturation du raisin, on y observe rarement les phénomènes de la gelée. Les côtes du Devonshirc ont des lin ers si cléments, que les orangers en espaliers. y fleurissent quelquefois. La côte méridionale de l’Angleterre a une moyenne hivernale de -f 5° a + 6“,8 cenligt . , quoique sa température annuelle moyenne ne s’élève guère au-dessus de 11 degrés. Ce n’est que par exception que le thermomètre descend en Angleterre au-dessous de 10 degrés : or ce degré est la moyenne hivernale que l’on trouve, sous des latitudes à peu près égales, à l’intérieur du continent.; Dans l’Allemagne occidentale, le voisinage de la mer réduit à 16 degrés centigrades la différence entre l’hiver et l’été, tandis qu’elle est de 20 degrés dans
DES CLIMATS
la partie orientale. A Dantzig même, on sent la faible influence de la proximité de la Baltique. L’hiver est relativement très-doux sur la côte occidentale delà Norvège; les mares et les petits lacs des îles de Feroc ne se couvrent pas de glaces, et, bien qu’elles soient situées par 62° de latitude, la moyenne de l'hiver y est de + â°,3, et celle de l’été n’est pas supérieure à 12“ ou 13°. Le voisinage de la mer compense certaines différences de latitude dans la détermination de la température moyenne, comme on le voit par le tableau cidessous :
Température moyenne. Lutitudu.
Londres 10°,4 51 31
Maestricht 10°, 1 50 50
Harlem 10°, 0 52 23
Dublin 9°, 5 53 23
Manchester 8°, 7 53 29
Edimbourg 8°’(j 55 57
Franchissez la crête des. Alpes Scandinaves, et vous éprouverez toutes les rigueurs de l’hiver. A latitude à peu près égale en Angleterre et en Russie la température moyenne est très-différente. Dans les régions éloignées de l’Atlantique comme la Russie, un ciel sans nuages active le rayonnement du sol en hiver et le refroidit, tandis qu’il y rend les étés plus chauds qu’en Angleterre L'influence des continents, l’éloignement des mers, ne se bornent pointa rendre les êtes plus ardents, les hivers plus rigoureux. D’après un ensemble d’observations laites en Europe et en Asie, la température moyenne annuelle s’abaisse a mesure que l’on s’enfonce dans l’intérieur des terres vers les régions de l’est. Humboldt impute cet effet à l’action réfrigérante des vents dominants. Voici quelques données qui font ressortir la marche de la diminution de température depuis le littoral occidental de l’Europe jusqu’au delà du méridien de la mer
I ('msimpnnp *
Lieux.
Amsterdam. .
Berlin
Copenhague .
Kasan
Température umyeuuu.
Latitude.
52° 22' 52 31 55 Ai 55 48
h Europe peut se partager en cinq zones climatériques. Dans la première ou es glaces eL les neiges subsistent en grande niasse à l’ombre, sont compris
eu n r T11'6 SU6Cl0iSe, da,,0i8e’ rUS8ie,,n0> le P«ys des Samoïèdes optons La deuxième, caractérisée par un été très-chaud, par un hiver
ir, ci rude, sans saisons intermédiaires marquées, se compose de la Norvège de la Sucde, du Danemark, du nord de l’Écosse, de la partie septentrionale de 0 ogne, de la Courlande, etc. La troisième, où l’hiver est court et rigoueux, 1 automne et le printemps prolongés, et d’une température assez modèle, contient l’Irlande, tes Pays-Bas, la Hollande, le nord de l’Allemagne etc
m DES MODIFICATEURS. - CIKCUMFUSA. [hyciène
La quatrième zone, située à peu près au milieu de l’hémisphère boréal, à distance égale du pôle et de la ligne, réunit les caractères du climat temperé, mais les saisons, quoique irès-dislinctes, y sont très-versat.les et fréquemment traversées par des intempéries : la France, l’Allemagne du midi, la Hongrie, la Moldavie, la petite Tarlarie, la Russie méridionale, etc., en font parue. Enfin la cinquième zone a le plus d’affinités avec les contrées tropicales, sans en reproduire néanmoins la turbulente météorologie : des printemps délicieux, des étés secs et brûlants, des hivers courts et presque toujours exempts de celées et de neiges durables, tel est le climat de la France méridionale, de l’Espagne, de l’Italie, de la Grèce, du sud de la Crimée, etc. Les sub-climats de la Frauce peuvent être déterminés par quelques lignes principales de eu ture : de Saint-Jean-Pied-de-Port à Briançon s’étend la ligne au-dessous de laquelle l’olivier croît et se multiplie ; entre la Rochelle et Tou! le so se prête •7a culture du mais, qui s’arrête au 40% au W degré de latitude ; enfin, Grandville et Rocroy sont les deux limites extrêmes de la récolte du vm en France. Cette division des régions agricoles s applique aussi a l Europe, et correspond a celle qui, fondée sur l’arboriculture, est indiquée par Schouw (1, . !» région des arbres à feuillage toujours vert; 2» celle du ehataigmer et du chêne- 3° celle du chêne et du hêtre ; k° celle du pinet u ou • en ei du que ces divisions, empruntées à la géographie botanique, traduisent les effets complexes du climat suivant la hauteur et suivant la latitude. J Martins (2) applique à la France cinq divisions climatologiques : 1 Climat dura Le plus éloigné de la mer, le plus excessi , ,1
sW sur le massif te Vosges, « Lorraine, en Suisse et en Savote W « Alpes • il s’adoucit vers l’ouest, en Champagne par exemple. Il a les h.veis nlis rudes de la France ; le thermomètre n’y monte guère au-dessus de deg nenclmt cette saison. Il y tombe environ 685 millimètres d eau, la plus gi
Paris et à Bruxelles, n’est que de 12 degrés a Angers, et de 11 ,8
et à Cherbourg. Ce climat est h pluies d automne , le • -,
Vannes — 3» Climat du sud-ouest ou girondin. Borne. -P J à l’est par les petites chaînes des montagnes qu, s elcndenl (lepm
(,) Senau», tete.
■2) Martins, Annuaire météorologique de la France, 1849.
mvÉE] DES CLIMATS. — DES CLIMATS CHAUDS.
jusque dans les plaines du Languedoc, il comprend tout le pays situé entre la Loire et le Cher jusqu’aux Pyrénées. Analogue au climat précédent, mais moins égal, il reçoit à peu près la même quantité de pluies qui augmentent vers les Pyrénées; le tiers des pluies tombe en automne, les deux autres tiers se répartissent sur le reste de l’année ; les orages y sont plus rares que dans les bassins du Rhône et du Rhin, plus fréquents que dans la région séquanienne. — A0 Climat du sud-est ou rhodanien. Il embrasse les vallées de la Saône, du Rhône, de l’Isère et de leurs affluents, depuis Dijon jusqu’à Viviers ; il est continental, bien qu’il ait des étés plus chauds et des hivers moins âpres que le climat vosgien dans les plaines de l’Alsace. Après les deux presqu’îles de la Bretagne et du Cotentin, c’est la région qui a les pluies les plus abondantes et les plus prolongées, souvent suivies des inondations de la Saône, de l’Isère, de l’Ardèche, etc. — 5° Climat méditerranéen ou provençal. Il commence au Pont-Saint-Esprit ; une ceinture de montagnes l’abrite de ce côté contre les vents du nord, formée par les Cévennes et la ligne sinueuse qui, dans les Basses-Alpes, circonscrit la région des oliviers en passant par Orange, Nyons et Sisteron ; au midi, il est limité par la Méditerranée, à l’ouest par les hauteurs qui séparent le bassin de l’Aude de celui de la Garonne. Il a pour moyenne lhermométrique annuelle 15° c. , des étés plus chauds et des hivers plus doux que le climat girondin ; la température estivale n’y descend jamais au-dessous de 20 degrés. Sa quantité de pluie n’est pas supérieure à celle du climat séquanien ; la moitié s’en débite en automne, l’autre moyenne en hiver et au printemps ; sans le N. O. (mistral) qui souffle avec violence dans le bassin du Rhône, le climat de la Provence serait un des plus favorisés.
Nous allons caractériser rapidement les trois grandes zones qui comprennent les climats chauds, les climats tempérés et les climats froids, sous le rapport de leur météorologie et de leur action physiologique et pathogénique sur l’homme, pour en déduire des règles d’acclimatement ; quant aux variétés intermédiaires de climats qui forment la transition d’une zone à l’autre, elles sont l’expression combinée des influences propres à toutes deux, comme les saisons intermédiaires dérivent de l’hiver et de l’été; et de même que l’automne ou le printemps se partagent en plusieurs phases qui réfléchissent l’étal météorologique de la saison qui précède ou qui suit immédiatement, ainsi les climats jetés sur la frontière de nos trois divisions empruntent de celle qu’ils avoisinent leur nuance caractéristique.
§ ■• — l»es climats chauds.
Les climats chauds s étendent entre les tropiques, et depuis les tropiques jusqu aux 30e el 35' degrés de latitude australe et boréale; ils comprennent : 1 presque toute I Afrique et la plupart des îles africaines situées dans l’océan nc ien, Madagascar, les Comores, les Sécheiles, Socolora, Bourbon, Maurice, odngue ; 2° en Asie, les régions du sud, la Syrie, l’Arabie, la Perse, l’Inde
'|8G DF, S MODIFICATEURS. — CIROUMFUSA. [hygiène
eu deçà et au delà du Gange, le Tonquin, la Cochinchine, la partie méridionale de la Chine, les îles Ceylan, Andaman, Nicohar, les Laquedives et les Maldives ; 3° la plus grande partie de la Nouvelle-Hollande et la presque totalité des îles qui, semées sur le grand Océan, composent l’Océanie ; enfin, dans l’Amérique septentrionale, les contrées qui régnent depuis le golfe de Californie jusqu'à l’isthme de Panama ; et dans l’Amérique méridionale, toute la Colombie, les Guyanes, le Paraguay et la partie septentrionale de la Plata; les Anlillos, situées dans le golfe du Mexique et appelées autrefois Indes occidentales.
L’irradiation perpendiculaire du soleil accumule sur l’équateur le maximum de calorique; la moyenne annuelle égale 27 degrés à 29", 6; la moyenne de l’été, 28 degrés à 32", 5; celle de l’hiver, 27°, fi et au-dessous; celle du printemps, 28°, 7 ; enfin, celle de l’automne, 26°, 8 ; bien entendu que ces résultats sont obtenus à l’ombre. Les régions tropicales de l’ancien monde s’échauffent plus que celles du nouveau continent. D’après Humboldt, les rnaxima de l'air continental oscillent à Pondichéry, à Madras, à Bénarès, dans la haute Égypte, entre 40 degrés et 46", 8. Dans le voisinage de l’équateur, la chaleur décroît lentement, de 0 à 10 degrés de latitude. Cet abaissement ne s’exprime que par + 1 degré, tandis qu’en France un progrès de 5 degrés de latitude vers le nord donne lieu à une dépression thermomélrique de 3 degrés. Sous la zone torride, les transitions de température sont rares et peu considérables pendant le jour; elles ne dépassent guère 8 à 9 degrés; leur fréquence et leur étendue sont moindres dans le nouveau monde que dans l’ancien, près des côtes que dans les terres, dans les régions de l’ouest que dans celles de l’est. On retrouve d’ailleurs ici l’influenco de l’élévation et de la nature du terrain, de l’état de sa surface et de son orientation, etc. Ainsi le pays plat de la Guayra, exposé à une réverbération très-forte et abrité des vents alizés, éprouve des variations de température moins nombreuses et moins tranchées que Caracas, situé dans la même zone, mais à plusieurs centaines de mètres au-dessus de la mer; au Sénégal, la différence atteint jusqu’à 26°, 8 pendant la saison sèche (1), ce qui est excessif. En général, la chaleur des plaines équinoxiales se maintient entre 18 et 39 degrés; mais, du jour à la nuit, elle s’abaisse souvent de 20 degrés thermométriques, tant le rayonnement nocturne de la terre est activé dans ces climats par la pureté du ciel et par la durée même de la nuit. L’évaporation est en proportion de la chaleur; de là les pluies diluviales qui tombent annuellement et qui occupent toute une saison dite humide ou d’hivernage , par opposition à la saison sèche, pendant laquelle il pleut très-rarement. Le partage de i’année équatoriale en deux saisons n est pas très-exact. A l’exemple de Johnson, Levacher et d’autres observateurs des pays chauds admettent quatre saisons. La première, de novembre à février, a quelque analogie de température avec les deux derniers mois du printemps en
(1) Tliévenot, Traité dns maladies (les pat/s chnuits. Paris, 18A0, in-8.
PRIVÉE] DES CLIMATS. — DES CLIMATS CHAUDS. 4R7
Europe ; elle représente l’hiver tropical et conduit à la saison sèche, qui se prolonge jusqu’en mai. Entre celle-ci et la saison des pluies, on observe une période appelée le renouveau dans les Antilles, et qui se caractérise par de brusques oscillations de température, par des ondées petites et rares, mêlées d’éclairs et de tonnerre; enfin la saison humide se déclare et éclate en averses, précédées de coups de vents qui amoncellent les nuages. Elle atteint son apogée en août et ne finit qu’en novembre : l’atmosphère est alors lourde et accablante, l’horizon s’illumine par de vastes combustions électriques ; le tonnerre roule avec fracas, les nuages fondent en torrents ; la mer bondit, le sol tremble souvent ; on dirait l’imminence du chaos. Cependant la végétation a pris un rapide essor, la vie fermente dans les deux règnes, l’humidité imprègne et gonfie tous les corps; les rivières grossissent et vont féconder par leurs inondations les champs environnants : c’est une époque de rénovation universelle que célèbrent avec des danses et des chants les indigènes des régions desséchées pendant huit mois de l’année par un soleil de feu.
Le baromètre, dont les variations périodiques sont presque nulles dans nos climats, monte et descend deux fois par jour dans les contrées équatoriales; terme moyen, l’ascension de la colonne mercurielle s’opère de A heures 13 minutes du matin à 9 heures 23 minutes; puis elle s’abaisse jusqu’à A heures 8 minutes, pour monter de nouveau à 10 heures 23 minutes et redescendre finalement jusqu’au matin. La différence du maximum du matin au minimum du soir, ou grande période, est de 2, 55 à 3 milliin. ; la moyenne | correspond à une heure de l’après-midi.
La zone torride a ses vents périodiques qui sont dus aux mouvements diurne et annuel de l’atmosphère ; les vents diurnes sont appelés brises, qui soufflent surtout avec régularité au voisinage des mers : celle du malin se lève quelques heures après le soleil, et tombe vers A ou 5 heures du soir; celle du ; soir commence après le coucher du soleil et dure jusqu’au retour de l’aurore. Les vents annuels, dits moussons, soufflent toujours vers l’hémisphère le plus échauffé, et changent par conséquent de direction avec |e soleil; leur durée est donc d’autant plus longue dans une localité donnée -que celle-ci est plus voisine de l’équateur. Loin des côtes régnent les vents alizés, qui sont la résultante des moussons et de toutes les brises. En outre, les contrées tropicales ont leurs vents extraordinaires dont les effets varient, et dont les plus ordinaires sont I harmattan des côtes de Guinée, le simoun de celles de Barbarie, le chamsin d Égypte, les collas de Manille, etc. L’harmattan (vent d’est) est le I vent de la saison sèche;, il souffle en décembre, janvier et février. Un peu moins fort que la brise de la mer, il se lève trois ou quatre fois par an, et dure chaque fois de un à quinze jours; sa température est de 29 degiés à i ombie, et de AO degrés au soleil; il est précédé, le malin, d’un calme ou j ( une petite brise de terre qui est froide; la chaleur sèche qui le caractérise augmente jusqu’à midi, rarement jusqu’à quatre heures ; il produit des tourmentes ou tourbillons sans orages; il s’accompagne d'un brouillard sablonneux
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très-épais, qui dépose sur tous les objets une poussière blanche ; il consume et flétrit tout ce qu’il touche; sous son influence, les meubles et les boiseries se fendillent, se disjoignent, la peau se raccornit, les orifices muqueux se dessèchent et se gercent ; néanmoins, avec son apparition, on voit coïncider la cessation des fièvres endémiques, et des affections contagieuses, telles que la variole, perdre de leur virulence. Le simoun règne dans le grand désert de Sahara ; il répand une telle chaleur, que dans les lieux abrités le thermomètre peut monter à Z18 degrés ; il soulève en colonne les sables du désert et les accumule en montagnes de vingt pieds d’élévation ; en s’écroulant, celles-ci donnent lieu 'a des nuages de poussière qui communiquent au soleil une teinte jaune ou bleue uniforme. Ce vent est connu en Italie sous le nom de sirocco; même après avoir roulé sur la mer, il fait sentir encore à Naples et à Païenne l’effet connu de son extrême sécheresse. Le chamsin, en Égypte, souffle cinquante jours, ainsi que son nom l’indique, vingt-cinq avant l’équinoxe du printemps, et vingt-cinq jours après. Pendant les saisons sèches, les côtes du Malabar et du Coromandel, l’Arabie, la Perse, la Syrie, etc., sont désolées par des vents analogues aux précédents. Les collas des Philippines soufflent du sud-ouest, et amènent des pluies torrentielles, des inondations, de légers tremblements de terre au milieu d’un brouillard épais. Ces tempêtes furieuses appartiennent à la saison intermédiaire, qui aboutit ou plutôt qui prélude à l’hivernage; sur les côtes d’Afrique, elles sont appelées tornades, typhons dans la mer des Indes, ouragans dans l’archipel des Antilles. C’est aux régions tropicales que semblent réservés ces bouleversements, ces ouragans si justement redoutés : presque inconnus dans les zones tempérées, ces phénomènes y marquent presque inévitablement la transition de l’hivernage à l’été, et de l’été à l’hiver : ils résultent alors du choc des vents contraires du sud et du nord, et de l’est et de l’ouest ; elles sont en même temps le théâtre des manifestations les plus énergiques de l’électricité, dont les fluctuations diurnes y sont faciles à observer, et qui joue un rôle certain, quoique inconnu, dans la production des orages et des catastrophes si fréquentes dans ces latitudes.
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