‹ Traité d'hygène publique et privéeChapitre 110 sur 181 · TOMBÉE · texte numérisé non relu

TOMBÉE

Hauteur. j

Oscillations 1

diurnes. ,

Moyenne. ^

Tension

de la vapeur. |

Humidité relative j en 100"’.

Nombre de jours, i

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en millimètres.

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de^Diifr^' "|S aV°n.r C0lnP0S^ce tableau à l’aide de matériaux empruntés à l’excellent ouvrage 1868j °U 3U ' ' ^6S rna^adies des Européens dans les pays chauds (Paris, 2e édit.,

n’a pas^élé'nolé6 ^us*eurs années, <1 après Gillebert d’Hercourt. La tension de la vapeur

490 DES MODIFICATEURS. — CIRCUMFUSA. [hygiènk

En résumé, l’année tropicale se caractérise par la permanence et l’intensité de la chaleur: six mois de sécheresse et de chaleur intenses; six mois d’humidité avec un léger abaissement de température qui ne constitue pas un hiver réel ; entre la saison des pluies et celle des chaleurs arides, des saisons inter* médiaires que signalent des perturbations atmosphériques ; l’automne et le printemps de la zone torride, remarquables par les brusques variations de la température et de l’humidité, et ressemblant, par cette versatilité météorologique, aux saisons équinoxiales de tous les climats : mais ces deux saisons sont fort courtes, et les mutations qu’ellegdéterminentdans la température n’affectent, comme celles de l’hivernage, que les degrés supérieurs de l’échelle thermométrique (I); car le terme extrême de l’abaissement général de la chaleur entre les tropiques ne dépasse pas moyennement 18 degrés. Ainsi, le trait le plus constant, le plus invariable, le plus efficace, des climats équatoriaux, c’est la chaleur : cette influence souveraine, l’homme, réactif à double face, en témoigne et par sa modalité fonctionnelle, et par ses manifestations pathologiques.

Nous avons étudié plus haut les effets de la chaleur. L’habitant des climats équatoriaux les éprouve dès sa naissance; il les subit sans interruption jusqu à sa mort : son organisation, composée des éléments d’une hérédité spéciale, est donc l’expression la plus vraie et la plus complète delà puissance de cet agent; elle porte le cachet de l’action solaire comme tous les produits de la natme qui l’environne. Le propre de la chaleur est d’exalter les organes de la péiiphérie, de déterminer un mouvement centrifuge : exagération habituelle des fonctions extérieures, abaissement des fonctions centrales, tel est le rhytbme de l’indigène de la zone torride. La chaleur aride resserre, crispe, irrite ses tissus cutanés ; la chaleur humide les détend par la sueur, et souvent par les éruptions; dans l’un et l’autre cas, les fluides sont attirés vivement sous la peau, qui se décolore et acquiert un haut degré de sensibilité; les organes quj sympathisent directement avec la peau reçoivent une égale impulsion, notamment les sens et l’appareil génital. La surexcitation cutanée a pour conséquence la dépression vitale des muqueuses: aussi les forces digestives languissent, l’élaboration du chyle est incomplète; le sang, fourni d ailleurs pai une alimentation peu substantielle, reste séreux et peu stimulant; porté dans h s poumons dont l’activité est diminuée, il ne s’artérialise point dune manieie aussi complète que dans les pays froids où la respiration est plus éneigique. Le docteur Copeland a constaté que, dans les climats chauds, il s échappe une moindre proportion d’acide carbonique par les voies respiratoires ; aussi le caibone prédomine dans les fluides organiques qui manquent de plasticité 5 d se fixe dans le pigment, dont la formation augmente. L’économie ne tarderait point à être surchargée de ce principe contraire à la vie, si elle n’en expulsait

(1) Fuster, Des maladies de la France clam leurs rapports avec les saisons. Pans, 1840, p. 446.

DES CLIMATS. — DES CLIMATS CHAUDS

privée]

une partie par la peau et par le foie, qui s’animent d’une activité supplémentaire h celle du poumon; le carbone, que ce dernier viscère n’élimine plus sous forme d’acide carbonique, le foie l’évacue dans le tube digestif sous forme de bile. A toutes les époques delà vie, depuis l’état embryonnaire, on observe cet antagonisme entre le foie et le poumon; liés par un rapport inverse de développement et d’activité, dès que l’un de ces organes se ralentit, l’autre s’exalte; le climat agit en cela comme l’âge, comme les maladies ; il crée des idiosyncrasies spéciales, et amortit celles qui existaient. Ainsi, la transpiration cutanée, la sécrétion de la bile, la déposition plus copieuse du pigment, voilà le triple travail qui domine la physiologie des pays chauds; la peau et le foie, sont les organes les plus vivants; sur eux aussi se dirige plus particulièrement l’imminence morbide. Chez les indigènes de ces contrées, la forme la plus ordinaire de la santé ne sera donc point le tempérament sanguin, qui traduit une chylilication et une hématose parfaites; mais ils offriront, comme type général, les caractères de la prédominance bilieuse, les signes d’une véritable saturation de carbone, combinés avec ceux du tempérament lymphatique ou du tempérament nerveux. Leur constitution témoigne des influences énervantes du climat : tous les observateurs y ont signalé le contraste de la faiblesse radicale, du relâchement des tissus, de l’indolence et de l’apathie avec l’exaltation du système nerveux, la fougue des passions, les saccades d’activité physique et morale. L’affaiblissement général de ces races est favorisé encore par la nature du régime alimentaire, peu réparateur au fond, malgré le pigment et. les assaisonnements incendiaires par lesquels elles s’efforcent de réveiller l’inertie de leurs organes digestifs, par les excès vénériens qu’elles commettent sous la stimulation spéciale du climat, par les désordres de tout, genre

auxquels les entraînent leur luxure naturelle, l’oisiveté et le dévergondage des mœurs.

Les maladies équatoriales ont été observées dans des régions diverses par un grand nombre de médecins parmi lesquels ceux de la marine française occupent un rang distingué. On peut juger de l’importance de leurs travauxeide a sagacité de leurs observations, depuis qu’une heureuse fondation celle des Archives de médecine navale, leur permet d’émerger des cartons poudreux des b.bhothèques et de se produire au grand jour à côté des mono- Sffaph.es ou des traités spéciaux des écrivains si justement accrédités de la eme famille, En écartant de leurs descriptions ce qui dépend des circonstances locales on arrive à déterminer les traits généraux de la pathologie équatoriale.

Ji l " î0m,nanle.de ’a Sa,'SOn -SÔC,le est UIle A*" continue rémittente, accompagnée de congestions rapides qui s’opèrent tantôt sur l’encéphale ou les

S tant6î "T 10 tUbC « s* annexes , Ce n’est pas ici ie lieu de

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Lènp. ° ’ ses sofutions éminemment critiques. L’analyse de ses phéno-

° de Soa traiten)ent a conduit Fusler à l’assimiler au vrai causos

DES MODIFICATEURS. — C1UCUMFUSA. [hygiène

d’Hippocrate, à la fièvre ardente bilieuse à son plus haut point. Avec cette affection coïncident des maladies locales, fébriles ou apyrétiques : la chaleur sèche dispose aux hypérémies cérébrales, aux méningites, aux encéphalites, aux apoplexies; l’éclat de la réverbération solaire provoque des ophthalmies, la peau, siège d.’une incessante stimulation, se couvre d’éruptions diverses, sudamina, papules, érythèmes, érysipèles, boutons ardents ; la rougeole et la variole qui n’épargnent aujourd’hui aucune nation du globe sont originaires des climats chauds. Les appareils digestif et biliaire s’irritent à leur tour, soit directement ou par sympathie : les colites, les dysenteries, les hépatites, se montrent en foule, enveloppés d’une violente fièvre presque toujours de natuie paludique ; mais celle-ci ne tarde point à imprimer son cachet à ces phlegmasies ; il n’est point jusqu’aux fièvres traumatiques qui n’en revêtent la nuance

spéciale (Pouppé-Desportes, Bajon, Rochoux).

La saison humide vient achever, par son action dissolvante, la prostration de l’économie, épuisée par la surexcitation qu’ont entretenue les chaleurs de la saison précédente. Les premières ondées qui détrempent la terre dessechée font fermenter la couche des débris organiques qui la recouvrent ; bientôt la surface du sol n’est plus au loin qu’un limon fétide, et sur toute l’étendue de la zone torride s’opère un dégagement d’émanations délétères, principalement le long des côtes marécageuses, dans les terrains bas et dans les pays boisés . alors apparaissent les endémies de fièvres intermittentes et rémittentes, suivies ou compliquées d’hépatite, de dysenterie, de choléra-morbus ; les lésions locales manifestent une plus grande tendance à la suppuration, à la gangiène. an is que la fièvre de la saison sèche se fait remarquer par la persévérance de la surexcitation initiale jusqu’au moment de la catastrophe, celle delà saison humide débute par des symptômes d’abattement, et s’accompagne d une prostration qui va croissant avec la décomposition des fluides orgamques; aussi a-telle été appelée fièvre bilieuse putride par plusieurs observateurs des pays chauds. L’extrême danger de la saison humide, pour les indigènes et poui es acclimatés, est bien connu des naturels de l’Afrique qui, a appiocie pluies, se retirent dans leurs cases et allument des feux. Ils attribuent action pernicieuse à la pluie, et surtout aux premières ondées; s ds en so mouillés pendant leurs sorties, ils se lavent avec soin et s empressent de se sécher (1) : opinion et pratique populaires, parfaitement motnées pai commun des premières pluies sur un sol desséché, brûlant et chargé d, ' tus organiques. La mortalité des indigènes atteint son maximum pe pluvieuse. Les éu-augers ne son, pas épatés: c’es, depu, jusqu’au mois d’octobre que la fièvre jaune les moissonne aux Am , ils échappent à ce fléau, ils sont décimés par les dysenteries, les fio- e. tropiques, le choléra sidérant; cependant les pluies ropéens à Calcutta, à Chandernagor, à Java, a Batavia, au SuiéD ,

(1) Golbéry, cité par Fuster, p. 47.

privée] DES CLIMATS. - DES CLIMATS CHAUDS.

les calculs de Thévenot, les quatre cinquièmes de la mortalité annuelle des Européens au Sénégal pèsent sur les deux trimestres qui correspondent à la

saison des pluies.

Les saisons intermédiaires de la zone torride, appelées aussi saisons des tempêtes, troublent l’équilibre entre les transpirations cutanée et pulmonaire et les sécrétions des membranes muqueuses; quoique l’abaissement de la température n’excède pas 8 à 12 degrés, l’habitude d’une chaleur presque uniforme pendant le reste de l’année dispose l’indigène à ressentir l’effet des brusques perturbations de l’automne et du printemps; à la Martinique, suivant l’observation de Rufz (1), deux degrés de refroidissement agissent sur le corps autant et plus peut-être que dix en Europe, parce qu’ils suppriment une transpiration plus abondante ; les corps s’échauffent facilement; sous l’action des vents, ils se refroidissent aussi promptement. C’est pourquoi les refroidissements sont plus redoutés qu’en Europe, et la flanelle y est plus usitée que dans les pays septentrionaux. Au Bengale, pendant la saison la plus chaude, lorsque de violents orages avaient pour effet, vers la fin du jour, d’abaisser le thermomètre de 33 ou 34 à 26 ou 27 degrés, J. Rochard voyait se déclarer brusquement parmi l’équipage de son navire une véritable épidémie de bronchites (2). Aussi voit-on éclater alors les bronchites, les pleurésies, les pneumonies, les angines, les rhumatismes; c’est aussi l’époque des fièvres éruptives, des douleurs névralgiques, des convulsions et du tétanos. Les indigènes et les créoles sont plus exposés aux phlegmasies des voies aériennes que les nouveaux venus; fréquemment elles entraînent la tuberculisation pulmonaire, qui marche alors avec, une effrayante rapidité. Les abcès des poumons ne sont pas très-rares, notamment au Bengale (Twining). La phlhisie pulmonaire est-elle plus rare dans les climats chauds que dans les autres climats? Cette question rentre essentiellement dans l’hygiène; car s’il est établi que les pays chauds ont la propriété d’empêcher ou d’arrêter le développement des tubercules, la prophylaxie de celte cruelle maladie se trouvera faite. On s’est beaucoup occupé, dans ces derniers temps, de la solution de cet important problème : l’Académie de médecine en a fait la base d’un programme d’études, lequel ne sera peut-être jamais rempli (3). Un fait généralement admis, c’est la fréquence de la phthisie chez les indigènes des zones tropicales, blancs, mulâtres et surtout nègres. Or, les statistiques sanitaires des armées anglaises, publiées sous les auspices du gouvernement anglais, par Tulloch et par Wilson (4), n’indiquent pas de différence en faveur des Euro-

(1) Ruiz et de Luppé, Mémoire sur la maison des aliénés de Saint-Pierre-Martinique ( Annales d'hygiène et de médecine légale, janvier 1856, p. 181).

(2) Jules Rochard, De l’influence de la navigation et des pays chauds sur la marche de la phthisie ( Mém . de l' Acad, de méd., t. XX, p. 108).

(3) Voyez Bulletin de l’Académie royale de médecine. Paris, 1836, t. I, p. 43 et 312.

(4) Voyez Gazette médicale du 9 septembre 1843.

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péens: aux Antilles, les troupes noires comptent les 9/6 phthisiques sur un effectil' de 1000 hommes; les troupes européennes, 9/5; à l’île Maurice, les troupes noires ont 8/5 phthisiques sur 1000 ; les Européens 7/7 ; à ia Jamaïque et à Sainte-Hélène, l’avantage reste aux noirs, qui y présentent 10,3 et 2 sur 1000, tandis que les Européens fournissent la proportion de 13 sur 1000 pour la Jamaïque, et de 4 pour l’île de Sainte-Hélène. En prenant pour base de ses calculs, non l’elfeclif des hommes, mais le nombre des malades et des morts, Johnson était arrivé à d'autres résultats : il avait trouvé, dans les Antilles, pour les blancs, 1 phthisique sur 153 malades, et 1 décès par phthisie sur 14; pour les noirs, 1 phthisique sur 66 malades, et 1 décès par phthisie sur 4. A la Martinique, Ruiz (1) a compté 1 phthisique sur 16 malades; dans le nombre des phthisiques, il a observé peu de soldats et beaucoup de mulâtresses, dont le genre de vie est fort désordonné; mais sa statistique ne repose que sur un total rie 1954 malades. D’après Segond, les affections de poitrine se développent à Sinnamari dans la proportion de 1 sur 7 individus, et à Cayenne, de 1 sur 6. La phthtisie se montre rare au Sénégal, et chez les indigènes, et chez les Européens ; mais cette appréciation admise par Thévenol, est combattue par Raoul et Fonssagrives, qui ont aussi pratiqué au Sénégal (2). Journée a noté, pour Livourne, 1 phthisique sur 44 malades; pour Florence,

1 sur 28; pour Rome, 1 sur 20 ; pour Naples, 1 sur 6 : celte dernière proportion paraît trop forte pour le climat de Naples; aussi a-t-elle été contestée; de Rienzi fait observer que les étrangers, qui affluent dans celte ville, contribuent à y élever le chiffre des tuberculeux; encore ne le portent-ils qu’à 1 sur 12 malades; d’où l’avantage du séjour de Naples sur celui de Faris, où, suivant cet écrivain, il se rencontre 1 phthisique sur 4 malades» Enfin, noire regrettable ami Cas. Broussais, qui a réuni ces documents dans un mémoire lu à l’Académie de médecine (4 avril 1843) (3), a lait le dépouillement des résultats numériques obtenus dans les différents services de la médecine militaire en Afrique : la statistique médicale de quatorze principaux points d occupation dans les provinces d’Alger, de Bône, d’Oran et de Conslanline donne l décès par phlhisie sur 1Ü0 morts, et 1 cas de phthisie sur 561 malades : or les recherches de Benoiston de Châleauueuf (4), confirmées par celles que C. Broussais a faites au Val-de-Gràce, et qui portent sur une période de douze ans, prouvent qu’en France l’armée comptait, il y a vingt ans, 1 décès par phlhisie sur 18,6 morts. Deux objections se présentent ici, que C. Broussais a prévues, mais auxquelles il n’a pas accordé assez d importance : 1° les soldats qui sont envoyés en Afrique sont des hommes de choix; les infirmes, les valétudinaires, les cacochymes, sont laissés aux dépôts, qui

(1) Ilufz, Mémoires de L’Académie royale de médecine, Paris, 1843, t. X.

(2) i. Rochard, Mémoires de l’Académie de médecine. Paris, 1856, t. XX, p. D>9. — Fonssagrives, Traité d’ hygiène navale. Paris, 1830.

(3) C. Broussais, Bulletin de l’Académie royale de médecine, t. III, p.54'2.

(4) Benoiston de Châteauneul', Annales d'hygiène publique, 1" série, t. X, p. 239.

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restent en France; 2° les dysenteries, les lièvres pernicieuses, etnpnrten avant le temps des sujets qui auraient pu succomber plus tard à la phthisie pulmonaire : il n’y a donc ici que l’échange d’un genre de mortalité contre un autre; la préservation, si elle est réelle pour la phthisie, n’est point démontrée, et reste sans influence sur le chiffre de la mortalité, c’est-à-dire sur les chances de vie. D’un autre côté, toutes ces recherches s’appuient sur le chiffre des malades, chiffre très-variable, et dans lequel entrent des unités factices, le même sujet comptant autant de fois qu’il est entré à l’hôpital : ainsi 1000 soldats européens ont donné, dans les Antilles anglaises, 1903 malades; tandis que le même nombre de soldats de race africaine n’y a fourni que 820 malades. Les calculs de Johnson, Benoiston, G. Broussais, etc., reposent donc sur des éléments non comparables ; pour être justes, ils devraient se baser sur le chiffre des hommes présents sur l’effectif des troupes. En suivant cette marche dans les relevés qu’il a faits sur les documents anglais, Genesl (1) a démontré : 1° que la phthisie atteint dans les Antilles le même nombre de soldats européens et africains, 1 sur 82, mais qu’elle tue 1 sur 155 des premiers, et 1 sur 111 des autres; 2° que cette maladie, par la presque uniformité de son chiffre, qui varie de (i à 9 ou 10 sur 1000, s’attache à l’homme avec une opiniâtreté presque égale sur tous les points où l’on peut l’observer en société. En effet, sur 1000 hommes, la phthisie atteint en :

Angleterre 6,5

Gibraltar 6,6

Iles Ioniennes 5

Malte. 6

Canada , . 6,5

Bermudes 8,8

Nouvelle-Écosse 7

Antilles I Européens.

( Noirs

Cap

Sainte-Hélène., f Européens... 4

( Noirs 2

Ile Maurice Européens ... 7,7

| Noirs 8,5

Ces données numériques sont loin de confirmer l’opinion qui attribue aux climats chauds une influence favorable sur la diathèse tuberculeuse; elles montrent la phthisie sévissant avec une intensité presque égale sur des points très-différents du globe; mais les tableaux dressés par Genest, à l’aide des documents anglais, indiquent un fait qui n’a pas attiré son attention : c’est que partout le nombre des officiers atteints de phthisie est très-inférieur à celui des soldats; on sait aussi que partout les soldats commettent les mêmes excès, violent avec une égale insouciance les règles de l’hygiène, et comme les statistiques anglaises portent exclusivement sur l’armée, la proportion presque uniforme des cas de phthisie se rattache peut-être au genre de vie plus qu’it toute autre cause. La question de l’influence du climat resterait donc intacte, pai cela même qu elle est ici dominée par celle du régime : or les médecins

Vi) Oeuest, Gazette médicale du 9 septembre 1843.

49g des Modificateurs. — circumfusà. [hygiène

qui ont allégué l’action favorable des pays chauds n’ont pas prétendu sans ' doute qu’elle ne puisse être balancée, annihilée par l’effet d’autres circonstances.

Les conditions d’une statistique péremptoire pour la solution du problème sont nombreuses et difficiles à remplir; celles qui ont été faites ne permettent que des probabilités assez vagues. Il ne suffit pas de vérifier par l’arithmétique la proportion des victimes que fait la phthisie parmi les troupes en garnison dans les pays chauds : ces pays, que l’on confond sous une seule dénomination, diffèrent souvent par la nature du sol et par les fluctuations de leur météorologie; la spécialité du régime et de la profession ne restreint pas moins la portée des résultats numériques; ailleurs, la statistique est altérée par l’immigration des phthisiques voyageurs. En observant avec soin deux groupes d’individus malades, ou prédisposés au même degré, et qui, placés, l’un sous un climat de France ou d’Angleterre, l’autre sous un climat équatorial, suivraient exactement les règles d’une hygiène appropriée à leur situation, on serait conduit à des conclusions plus sûres que par la manipulation de grands nombres, composés d’unités hétérogènes. La où il est si chanceux de compter, il faut se borner à l’observation. La plupart des médecins qui ont pratiqué dans les climats interlropicaux en ont constaté le maléfice pour les personnes affectées de phthisie naissante, ou simplement prédisposées à cette maladie. Les troupes anglaises stationnées dans l’île Maurice comptent 1 phthisique sur 1A0 hommes (Mac-Tulloch) ; Twining assure cpie la phthisie est plus rapidement fatale au Bengale cju’en Angleterre. Un tel ensemble d’opinions ne devait pas être dédaigné, alors qu’il n’avait pas encore la sanction des données numériques.

Les recherches de J. Rochard sont venues démontrer que sous la zone torride, la tuberculisation pulmonaire marche avec plus de rapidité qu’en Europe, et que l’immigration est fatale aux tuberculeux de cette dernière provenance; elles confirment les observations de beaucoup de médecins éminents de notre marine, tels que Cornuel (Guadeloupe), Dutroulau (Martinique), Segond et Laure (Cayenne), Lepetit (Bourbon), Collas (Inde), etc.; elles coïncident auss. avec les résultats obtenus par Wilson et par les médecins anglais qui ont écrit sur les maladies des pays équatoriaux; tous s’accordent à signaler, chez les nouveaux venus aux Indes occidentales, l’aggravation rapide des affections tu berculeuses dont ils apportaient le germe; chez les Anglais de la Jamaïque, Fergusson a noté la marche aiguë de la phthisie; la grande chaleur, dit Clark, parait agir puissamment comme cause prédisposante sur les affections tuberculeuses. Rochard a établi, à l’aide de documents officiels qui embrassent une période de vingt-six années aux Antilles, que la phthisie fait deux fois plus de ravages dans l’infanterie de marine aux colonies que dans l’infanterie de ligne en France; celle-ci compte 1 phthisique sur 30, 1x2 décès, celle-là sur 13, • La phthisie marche plus vile qu’en Europe au Sénégal, à Bourbon; elle est très-commune à Taïti, aux Marquises, dans toute l’Océanie; tous les rappoi s

DES CLIMATS. — DES CLIMATS CHAUDS

privée]

des chirurgiens de marine qui ont observé dans les îles de la Société, sont unanimes sur la fréquence de la phthisie, tant parmi les indigènes que parmi les Européens. Segond l’a trouvée aussi meurtrière au Brésil qu’en Europe, et il estime à 1/5° de la population le nombre des victimes qu’elle fait annuellement dans les villes maritimes. « Il résulte, en somme, de tout cet examen, qu’en niellant de côté les contrées peu fréquentées par les Européens et à l’égard desquelles nous ne possédons pas de renseignements suffisants, les pays situés sous la zone torride peuvent être divisés en deux classes: les uns, comme le Sénégal, l’Inde, Madagascar, etc., sont d’une telle insalubrité qu'il n’est pas permis de songer à y envoyer des malades ; les autres, qui par la douceur de leur climat, le peu de gravité des affections endémiques, semblent appeler la confiance, sont précisément les points du monde pour lesquels la phthisie semble avoir le plus de prédilection, où elle marche le plus vite. Les îles de la Société, de Maurice et de Bourbon sont dans ce cas. Le Brésil et les Antilles

participent de cette double condition : ils sont insalubres et la phthisie les ravage (1). » Il ne faut donc pas attribuera des régions nombreuses et diverses, parce qu’elles font partie d’un vaste système de climats chauds, un avantage qui semble dépendre, non-seulement de la latitude, mais des conditions topographiques.

C’est pour avoir méconnu l’influence décisive des localités que tant de phthisiques ont subi la fatigue d’inutiles migrations, et sont allés chercher la mort la où ils espéraient trouver la guérison, ou du moins la prolongation de leurs jours. On voit déjà que le séjour de la plupart des localités comprises dans la zone équatoriale leur doit être sévèrement interdit. Les praticiens savent l’influence fâcheuse des mouvements fébriles chez les sujets prédisposés à la tuberculose ; ils savent aussi que toutes les causes qui se traduisent par la débilitation organique impriment un fatal essor à son évolution ; or, les deux grands auxiliaires de la phthisie sont en permanence dans les contrées inlertropicales ; aussi, rien de moins rare, à la côte occidentale d’Afrique, dans Inde, à Madagascar, que de la voir achever, par des atteintes accélérées, les constitutions usées par les récidives fébriles, par des hépatites, des dysenteries des coliques nerveuses, etc. C’est donc hors de la zone tropicale qu’il faut chercher aux phthisiques un refuge. L’exploration de localités de la climatoogie tempérée a été faite à ce point de vue par Carrière, Champouillon (2) utiura, J. Rochard, Bonnet de Malherbe; nous renvoyons à leurs écrits; disons seulement que si le voyage en Italie réussit rarement aux poitrines compro- ■scs, c est que I Italie est une agrégation de localités qui diffèrent singulièement par leurs phénomènes atmosphériques : le tout est de choisir à propos sonv! mC6' C0Urtedistance, ‘suiva»t l’observation d’Hippocrate, change routine • ep.|nienle des loca,ités- Nice ne justifie point la vogue que lui fait la oiencc doit êlie évitée par les phthisiques; à quelques lieues de là,

loi 1’, l!ochard> Mémoires de l'Académie de médecine , t. XX, p. 140.

) ampouillon, Gazette des hôpitaux, 1857. m. lévy. Hygiène, 5° édit.

498 DES MODIFICATEURS. — CIRCUMFUSA. [hygiène

Pise leur offre une température douce, sans brusques perturbations, Gênes et * I Naples leur sont funestes. Home, que l’on avait vantée, est dépossédée de son prestige par les recherches statistiques de Félix Jacquot (1). Le midi de la France leur ouvre peu de retraites abritées : notre littoral méditerranéen est en général à redouter par la fréquence du mistral. La ville d’IIyères, préservée du vent du nord, jouit d’une réputation qui paraît méritée, d’après la topographie de Barth (2) ; Amélie-les-Bains, Menton, Cannes, Ajaccio, Palerme, Madère, Alger, paraissent des stations hivernales plus favorables encore aux phthisiques. Mais aucune d’elles n’a été l’objet d’une étude assez prolongée et de relevés statistiques vraiment probatoires.

§ S. — Climats froids.

Les climats de ce nom s’étendent du 55e degré de latitude vers le pôle, et comprennent le nord de l’Écosse, le Danemark, la Suède, la Norvège, la Finlande, la Russie, la Sibérie, la Laponie, l’Islande, le Groenland, le Kamtchatka la Nouvelle-Zemble, le pays des Samoïèdes, celui des Esquimaux, le Spitzbèrg, etc. Le point le plus froid du globe, non encore déterminé dans l’hémisphère austral, correspond, dans l’hémisphère boréal, à 10 degrés du pôle terrestre, et se trouve au nord du détroit de Behring, qui sépare l’Asie de l’Amérique à S0 degrés de latitude et à 170 degrés de longitude ouest de Pans. La température de ce point est de - 23 degrés ; la moyenne du pôle nord n’est que de — 16 degrés. Entre les latitudes de 6A à 75 degres, la tempeiature moyenne du printemps est de - 16 degrés, celle de l’automne - 12 deo-rés celle de l’hiver — 30 degrés, celle de l’été. + 2", 2. Ces résultats ont été calculés par Fuster, d’après les observations journalières des capitaines Ross, Franklin Parry et Back. Neuf ans d’observations thermométriques ont donné nour Tornéa, situé au-dessus du 66e parallèle, sur le golfe de Bothnie, - 12°, 2 n hiver — 1°,2 au printemps, — 0°,9 en automne, et IA degrés en etc. Iakoutsk, en Sibérie, par 52 degrés de latitude, à 8 ou 900 mètres au-dessus du niveau de la mer, qui en est fort éloignée, présente, d’apres un relevé de dix ans environ :-lA degrés en hiver, 6 degrés au printemps, 1b deerés en été - A°,5 en automne, et - 0“,38 dans l’année. Quoique plus au nord l’Islande doit à sa position insulaire une température beaucoup plus égale et plus douce; car elle est, en moyenne, de + 0°,S3 en hiver, de Me- JL au printemps, de IA degrés en été, de 5 degrés en automne, de 5°, 5 dans l’année. Mais les résultats thermoinétriques ne suffisent pas pour caractériser , arèhe des saisons dans les régions polaires. Le printemps s’annonce par .l m.tp ries neiges molles et floconneuses, suivies de pluies abondantes, par des vents d’ouest ou du sud. Bientôt les glaces éclatent, se détachent des côtes;

pii:,, Jacquot, Gazette médicale de Paris, 1854, p. 438.

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JJaUlctnaUe.ctc. P-rU, 18M, P- 548 et sut,.

DES CLIMATS. — DES CLIMATS FROIDS

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les vents, les courants, les entraînent, et la débâcle s’opère au milieu d’épaisses vapeurs qui obscurcissent l’atmosphère. La température s’élève de mai jusqu'en juillet, époque où l’on observe quelques rares orages. L’été réel ne dépasse point cette période : sa chaleur moyenne est de 2", 2, et sa chaleur extrême arrive à 15°, 6; les causes qui réduisent le bienfait de celle saison sont l’obliquité des rayons solaires, la froidure des vents qui souillent des pôles, et l’évaporation incessante de la masse pélagique. Dès le mois d’août, après quelques pluies, tombent les premières neiges; le thermomètre descend rapidement, et en novembre, l’accumulation des glaces dans les passes et les détroits oppose de nouveau un obstacle insurmontable à la navigation : alors s’appesantit sur ces régions le rude hiver qui les caractérise et dont les météorologistes du dernier siècle ont encore exagéré la rigueur. Avec des instrument mieux construits, et par une observation plus exacte, on a constaté de nos jours qu’aux latitudes de 70 à 78 degrés, la température moyenne de l’année est de — 7° 2 eide — 8°, 3 : mais le maximum du froid atteint jusqu’à 57 degrés (Scoresby). Ces froids extrêmes se fout sentir en janvier et en février, époque où l’hiver polaire est à son apogée : alors la neige couvre au loin la terre et la mer; une vapeur glaciale s’en dégage et se mêle à l’air : le soleil, caché sous 1 hoiizon, ne se révèle pendant sa déclinaison australe que par un crépuscule dont l’effet calorifique est nul. Des aurores boréales viennent suppléer à son absence par leur magique illumination; mais leurs clartés sans chaleur ne sauraient mitiger l’âpreté de cet hiver.

Dans les climats froids, les différences diurnes de la température sont peu marquées; mais les variations annuelles s’exercent sur une grande échelle. Le capitaine Franklin (1820) a observé un minimum de — 50 degrés et un maximum de + 31 degrés, ce qui donne une différence de 81 degrés. Les températures moyennes décroissent d’autant plus qu’on se rapproche plus des pôles : ainsi, du 55' de latitude au 75% elles s’abaissent de 13 degrés à 15» 5 ihcrmomelriques taudis que pour un égal nombre de degrés de latitude vers a bgne, de zéro a 20 degrés, la différence n’est que de ùu,ù à k°, 8. Le baromètre suit une marche diamétralement opposée à celle qu’il affecte dans les nés tropicales. Au delà du 60e degré de latitude, plus de variations pério- ! s, mais ses variations générales augmentent avec la latitude. A 25 degrés

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DES MODIFICATEURS. — C1RCUMFUSA,

[hygiène

pagent au loin. La quantité d’eau météorique, qui, de 0° latitude à 30 degrés, , s’élève h 826 centimètres, ne dépasse point 98 centimètres entre 60 et 90 degrés de latitude. Plus on se rapproche du pôle, plus ordinairement cette eau tombe à l’état solide sous forme de neige compacte, cristallisée en hiver, molle et humectante au printemps. Souvent cette neige est colorée en rouge par VUreclo nivalis ; la grêle est due dans ces climats à la congélation des gouttes de pluie, et sa chute n’est pas accompagnée, comme dans les zones tempérées, de phénomènes électriques. Enfin la vapeur d’eau, soit qu’elle se forme sur les lieux, soit qu’elle provienne de points éloignés des glaces, donne lieu à ces brumes qui épaississent l’atmosphère des régions polaires.

Le caractère général des climats polaires est déterminé par la durée et par l’intensité de l’hiver; il commence dès le mois d’octobre, décline de mars en avril, et souvent se prolonge encore sur le mois de mai ; les trois autres saisons ensemble s’écoulent en quelques semaines; l’été, neutralisé parles gelées nocturnes et par la médiocrité de sa moyenne lhermométrique ; l’automne et le printemps, remarquables par leur humidité, qui aiguise la froidure persistante de l’air. La nature exprime, par les qualités de ses produits, la puissance du froid permanent : la vigne ne franchit pas le 50e degré de latitude; les peupliers s’arrêtent au 60% les chênes au 62% les pins et les sapins au 67e ; l’orge et l’avoine sont les seules graminées que l’on rencontre encore sous le 70e parallèle. Dans le domaine des frimas et des glaces, en Laponie, au Spitzberg, dans le Groenland, à l’île Melville, comme sur les cimes des Alpes et des Pyrénées on ne trouve guère que des cryptogames, une flore chétive et rare, qui se compose surtout de glumacées, de fougères et d’éricinées. En quelques semaines la végétation parcourt toutes ses phases. Les espèces animales qui appartiennent au sol n’y présentent point cette stature imposante, cet éclat du pelade qu’on admire dans les zones tropicales ; elles ont un aspect et une struc- ■ ture caractéristiques; celles qu’on y importe succombent ou dégénèrent, l 'homme n’est pas moins modifié dans sa constitution physique, dans sa fonctionnalité dans ses manifestations morbides. Toutefois, des différences profondes, dues au genre de vie et surtout à la diversité d’origine, séparent entre elles les populations du Nord, sans que la prépondérance des agents climatolomuues cesse de se faire sentir. Les Lapons, les Esquimaux, les Groenlandais ont la taille petite, la tête volumineuse, les pommettes saillantes, es )cv\ écartés, le nez épaté, la bouche largement fendue, la peau enfumée, la barbe noire les cheveux noirs, longs et roides. Au contraire, les Norvégiens, les • Suédois les Danois, etc. , sont connus par l’élévation de leur stature, la vigueur de leur constitution, la blancheur de leur teint, la coloration claire de leur terne pileux. On sait que, par leur développement et parleur beauté, ces neunles étaient l’honneur de la race humaine dans l’ancien monde ; mais i s • Seul des contrées moins froides, et suive,,, un régime bien d, lièrent celui des populations plus rapprochées du pèle. Le Lapon. I Es qunnau, Sainoïède, quand il n’est point excité par le besoin, vit immobile, acc I

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