‹ Traité d'hygène publique et privéeChapitre 111 sur 181 · DES CLIMATS FROIDS · texte numérisé non relu

DES CLIMATS FROIDS

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dans sa hutte échauffée à 30 ou ZiO degrés, et dans laquelle l’air ni la lumière ne pénètrent point. Au temps de ses excursions à travers glaces et neiges, il souffre la faim et la soif, endure des fatigues inouïes. Aux longs jours d’abstinence forcée succèdent les excès de nourriture grossière et de boissons irritantes; le commerce de pelleterie auquel il se livre ne sert presque qu’à satisfaire sa passion pour les alcooliques. A défaut de ces liqueurs, il arrose, avec l’huile rance de baleine ou le lait de jument fermenté, son festin de chair à moiiié crue ou de poisson pourri. Les alternatives d’abondance et de pénurie, de jeûnes et d’excès, de fatigues excessives et de stagnation, engendrent des maladies et usent les forces. L’intensité soutenue du froid, qui sévit au delà du cercle polaire, retarde la croissance et diminue la taille; les végétaux eux-mêmes subissent cette influence : ils n’atteignent pas plus de six pieds ; les plus grands, tels que les bouleaux, les aunes, le sapin et le mélèze, propres au sol de ces contrées, y rampent en arbrisseaux.

En général, le tempérament sanguin est la forme d’organisation la plus commune dans les climats froids ; il exprime l’activité de la chylification et de l’hématose, fonctions qui deviennent prépondérantes sous l’action d’une basse température et sous une forte pression ; ces deux circonstances augmentent l’exhalation d’acide carbonique par les voies pulmonaires : d’où la nécessité de consommer par les aliments une plus forte proportion de carbone. S’il est aisé, sous l’équateur, de supporter une demi-diète et même la faim, la faim et le froid, dans les climats voisins du pôle, épuiseraient promptement les forces de la vie. L’appétit glouton du Kamlchadale et de l’Esquimau, la puissance de leur appareil digestif peuvent étonner celui qui ne réfléchit pas aux conditions différentes de la vie sous des latitudes opposées; mais ce qui semblerait monstrueux dans le midi de la France ou en Italie est très-physiologique en Laponie. C’est de l’hygiène qu’il est vrai de dire : vérité en deçà des Pyrénées, erreur au delà. La nature a pourvu, par ses dispositions, aux besoins inégaux de la consommation du carbone sur les points distants du globe ; tandis que les fruits des pays méridionaux, pris à l’état récent, n’en renferment pas plus de 12 pour 100, le lard et les huiles de poisson dont se repaît l’indigcne des régions polaires en contient de 66 à 80 pour 100 (1). Les repas copieux et répétés des gens du Nord sont en rapport avec la quantité de carbone détruit par la respiration, avec le besoin d’une stimulation incessante, sans laquelle les organes s’engourdiraient par le froid. Les mouvements, les marches, les exercices violents qu’ils font, activent leur circulation. D’après ce que nous avons dit, leur pouvoir calorifique doit augmenter avec l’intensité du froid : en effet, le capitaine Parry a vu la température de plusieurs renards croître avec le froid : Cranz rapporté que les Groënlandais s’habillent légèrement, et sortent sans se couvrir la tête ni le cou ; il en est de même des Sauioïèdes, des Osliakcs, etc. ; le paysan de la Norvège se livre aux travaux

(1) Liebig, loc. cit., p. 19.

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des champs la poitrine découverte, et pendant que le givre s'attache à ses cheveux, la sueur ruisselle sur sa peau. Les Esquimaux de l’île Melville supportent pendant l’hiver un froid de — 25 degrés à — 32 degrés, et qui descend parfois jusqu’à — ôG degrés : leurs abris sont des huttes édifiées patassises avec des blocs de neige taillés et réunis en forme de dôme, dont le sommet est fermé par un fragment de glace diaphane ; ils consomment habituellement 8 kilogrammes par jour de chair crue, contenant un bon tiers de graisse et se régalent en outre de morceaux d’huile de baleine congelée. Le docteur Hayes, chirurgien de la deuxième expédition des États-Unis au pôle arctique, a remarqué que les marins ne réussirent à lutter avec succès contre de tels froids qu’en suivant un régime analogue qu’ils finirent par trouver à leur goût. Les sécrétions urinaire, graisseuse, pulmonaire, etc., sont d’autant plus abondantes que celle de la peau l’est moins; la nutrition s’accomplit avec énergie, et le système musculaire présente un grand développement ; mais l’innervation languit, ici encore des différences se prononcent entre les popula- I lions du Nord, suivant les nuances plus ou moins adoucies du climat, suivant leur genre de travail national (pêche, agriculture), et surtout suivant le degré d’isolement que la distance et l’excessive rigueur du froid entretiennent autour d’elles. La civilisation modifie puissamment le rôle du système nerveux. Pourquoi refuser (1) l’imagination et la sensibilité à ces peuples lointains, qui ont leur poésie populaire, leurs légendes naïves, leurs shagas? Récemment les membres de l’expédition française au Spitzberg se sont délectés dans la complaisance hospitalière de leurs foyers, entourés d’affection et de piété. Dans les zones un peu plus éloignées du pôle, dans la patrie de Linné et de Berzelius, l’homme se révèle dans toute la noblesse de ses attributs moraux, dans tout l’éclat de ses facultés intellectuelles.

Ainsi, chez les habitants des climats froids, la physiologie humaine se résume dans la prédominance sanguine ; les organes qui préparent le sang et ceux qui l’élaborent y sont les plus vivants ; les fonctions centrales ont le plus d’énergie ; la vie s’accumule en quelque sorte dans ses réceptacles internes. Cette modalité fonctionnelle, jointe à l’action persévérante du froid, explique la pathogénie de ces contrées ; celle-ci se dénote presque exclusivement par la forme inflammatoire | l’automne et le printemps, humides et froids, développent en sous-ordre une complication catarrhale ; les courtes chaleurs de l’été font taire l’une et l’autre, et communiquent parfois à la constitution médicale des traits fugaces d’un état bilieux; mais, en définitive, les maladies hivernales l’emportent, et le caractère «le l’imminence morbide reste phlegmasique pendant la presque totalité de l’année. Les zones polaires sont la terre classique des inflammations de poitrine ; "Wargentin a calculé qü’en Suède le quart des décès est du à cette catégorie d’affections (2). Les exceptions éma-

(1) Guérard, Dictionnaire de médecine en 30 vol., 2e édition, t. VIII, p. IM-

(2) D’après les rapporls statistiques sur les maladies de l’armée anglaise, la proportion

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nent des localités : ainsi, d’après les notes que Gaymard a adressées à l'Académie de médecine (1), l’Islande, quoique sous le même parallèle que le Groenland et la Laponie suédoise, est particulièrement exposée à des maladies catarrhales, l’humidité et les brusques mutations de l’air formant le fond de sa constitution météorologique. Indépendamment des maladies dont la succession caractérise l’année médicale, on rencontre dans les climats septentrionaux des affections qui leur sont propres, de même que la zone torride joint à ses phases morbides générales la lèpre et l’éléphan tiasis des Arabes, le pian, le scorbut si fréquent aux Antilles, le carreau si meurtrier pour les enfants à Bourbon, à 111e de France, etc., les névroses, telles que l’hystérie, l’hypochondrie, l’épilepsie, etc. Des causes analogues produisent, sous les climats les plus opposés, les mêmes résultats : la réverbération solaire à la surface des neiges, les vents de la mer Glaciale, le sablon des steppes soulevé dans 1 air, déterminent dans le nord de l’Asie, de l’Amérique et de l’Europe, des ophthalmies endémiques qui sont entretenues dans les climats équatoriaux par l’intensité de la lumière réfléchie, par les vents sablonneux du désert, etc. Les Lapons, aux paupières tuméfiées et ulcérées, marchent les yeux abrités par la main contre l’impression des rayons solaires; l’amaurose et la cataracte sont très-répandues parmi eux. L’épiderme, plus rétractile que le derme, se fendille par l’action du froid ; les gerçures, accompagnées d’exhalation sérosanguinolente, occasionnent des douleurs cuisantes : les indigènes des régions polaires cherchent à s’en préserver par des onctions huileuses dont les Africains et les Asiatiques font également usage pour réprimer les flux immodérés de sueur, sans obstruer les pores de la peau (Currie). On trouve encore dans l’archipel Feroë, et sur les côtes maritimes de la Suède, de la Norwége et du Danemark, une espèce de lèpre tuberculeuse qui occasionne des destructions de tissu et des déformations hideuses. La variole exerce de fréquents ravages en Pologne, au Kamtschatka, dans le Groenland : elle n’est pas moins commune parmi les Kirghiz, les Bouriats et les Toungouses. L’affection scrofuleuse est très-répandue dans les différentes classes de la sociéLé, en Russie, en Suède, dans le Nord de l’Asie, et jusque chez les peuplades sauvages : elle s’y montre plus fréquente et plus grave depuis l’importation de la syphilis. Celleci, moins intense et plus curable dans les pays chauds, acquiert chez les peuples du Nord une violence H une ténacité qui rendent souvent inutiles les efforts de l’art : cantonnée dans les familles, elle se perpétue par la génération, et engendre, par sa combinaison probable avec les scrofules, les masques variés d’une cachexie héréditaire. L’influence du régime et des habitudes se

annuelle des pleurésies et des pneumonies est pour 1000 : de 42 à Gibraltar, de 34 à Malte, de 33 aux îles Ioniennes, de 37 aux Bermudes, de 35 à Brunswig; d’où il résulte que, dans ces colonies, la fréquence des affections aiguës de poitrine ne paraît liée ni au degré ni aux variations de la température.

(1) Voyez Bulletin dt l'Académie de médecine. Paris, 1838, t. III, p. 316. — Pritchard, Histoire naturelle de l'homme. Paris, 1843, t. II, p. 278. '

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mêle intimement avec les effets du climat pour la production des maladies, comme dans la détermination du type physiologique des masses : ainsi la plique, qui est endémique en Pologne, en Lithuanie, les épidémies scorbutiques qui régnent sur les côtes de la Suède et de la Russie, accusent une étiologie complexe. D’autres affections y existent à l’état permanent, sans relation probable avec les conditions du climat; le pyrosis et les affections vermineuses qui attaquent les Lapons sont dus à la mauvaise alimentation, et des maladies gastriques se multiplient en Norvège toutes les fois que la disette remet en usage le pain d’écorce.

Les climats froids exercent-ils une action préservatrice contre certaines maladies, ou, du moins, en corrigent-ils la gravité? Nous avons dit que les fièvres paludiques s’atténuent dans leur expression symptomatique, et finissent par s’éteindre en rétrogradant vers les pôles. D’après Hildebrand, la propagation du typhus, diminue sensiblement dans les climats froids, et finit même par y cesser tout à fait. Malgré l’entassement des Lapons, des Esquimaux, etc. , dans des huttes enfumées et sans aération, les voyageurs n’ont signalé chez eux aucune épidémie de typhus. L’hiver représentant la somme des conditions propres aux climats froids, peut-on en induire que les maladies se distribuent dans les zones climatériques comme elles font entre les saisons? L’observation directe et locale ne peut être suppléée ici par l’analogie; néanmoins la plupart des médecins qui ont observé la fièvre typhoïde dans diverses contrées ont remarqué qu’elle est plus commune pendant les chaleurs de l’été et dans les pays méridionaux (1). Les affections nerveuses sont plus fréquentes dans les climats chauds; mais, nous l’avons dit, les influences delà civilisation effacent souvent celle du climat; elle multiplie les névroses dans les pays du Nord autant que dans les zones tempérées; on trouve parmi les classes élevées de la Russie des organisations aussi impressionnables que celles des créoles; le Danemark est l’une des contrées de l’Europe où le suicide fait le plus de victimes. Enfin, il serait intéressant de connaître la proportion de phthisiques que présentent les régions les plus septentrionales, surtout celles où domine le froid sec ; mais les documents font défaut : celui dont nous avons extrait quelques données statistiques sur la phthisie (page ù95) fait voir qu’elle affecte les troupes en garnison depuis vingt ans au Canada dans la même proportion que les troupes de Londres, de Malte, de Gibraltar, -et dans une proportion moins forte que les troupes des Antilles, des Bermudes, etc. Si la statistique militaire pouvait suffire pour fixer les rapports de fréquence de la phthisie dans les différents climats, nous serions tenté de répéter encore ici, avec Genest, que les faibles variations du chiffre de celle maladie (de 6 à 9-10 sur 1000) indiquent une cause toujours identique et produisant des effets à peu près analogues sur tous les points du globe habités par l’homme. Cette conclusion en contient une autre, qui confirme une opinion de Louis : la phthisie pulmo-

(1) Forget, loc. ciL, p. 451.

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naire offrant à peu près le même chiffre et dans les pays chauds et dans les pays froids, comme les phlegmasies des voies respiratoires régnent plus dans ceux-ci que dans ceux-là, on ne saisit point le rapport de fréquence tant : signalé entre les inflammations pulmonaires et la production du tubercule dans les poumons. Ce raisonnement acquerrait force de loi, s’il était prouvé, comme le professait Laennec, que la phthisie, très-répandue dans les régions i tempérées, telles que la France, le nord de l’Espagne, de l’Italie et de la Grèce,

: se montre relativement plus rare dans les climats très-froids et dans les climats : très-chauds; pour ceux-ci, les observations de nos chirurgiens de marine ont démontré l’erreur de Laennec.

§ .1. — Des climats tempérés.

Les climats tempérés régnent entre 30, 35 et 55 degrés de latitude australe ou boréale; l’Europe presque entière avec ses îles en fait partie; en Asie, ils i embrassent Jes belles et vastes contrées qui se développent depuis la Méditer- : ranée et la mer Nuire, à l’ouest, jusqu’à l’empire du Japon et le grand Océan du Sud, à l’est; en Amérique, la Californie, une partie du Mexique et du i! Canada, les États-Unis, le Chili, la Patagonie. Les traits généraux de la zone : tempérée sont les suivants : 1° les saisons sont tranchées, le froid et la chaleur alternent annuellement, mais n’arrivent d’ordinaire à leur apogée que par une gradation intermédiaire; l’observation météorologique de vingt-six |: stations choisies dans la zone tempérée, dans les conditions différentes de hauteui , de pi oximité et d exposition, a fourni pour température moyenne, en - hiver, o°,3 . en été, 19°, 9; au printemps, 10°, 7 et en automne, 11°, 8;

2° quoique distinctes, les saisons sont d’une grande variabilité, tandis que i l’équateur et les contrées circumpolaires se font remarquer par la stabilité de ; leuis qualités lhermométriques ; 3° les oscillations de la température, qui marquént peu d uu jour à l’autre sous la zone torride et vers les pôles, ne manquent ni de fréquence ni d amplitude, de telle sorte que du matin au soir, i d une semaine à l’autre, de mois en mois, de saison à saison, les mutations de l’atmosphère font éprouver à nos organes des modifications variées qui tournent au profit ou au détriment de notre santé. 11 est rare que le thermomètre se maintienne pendant cinq ou six jours au même degré; les vicissitudes qu’il éprouvé dans cet intervalle affectent souvent 10, 15 ou 20 degrés ; leur échelle totale ne comprend pas moins de 30 à A0 degrés, tandis qu’à l’équateur les oscillations thermométriques ne dépassent point 8 ou 9 degrés.

Les époques annuelles où l'on observe principalement la versatilité, et, pour ainsi dire, le tumulte des phénomènes météorologiques, correspondent aux saisons intermédiaires. Vers l’équinoxe de mars, au moment où le soleil frana igné équatoiiale, la masse atmosphérique est ébranlée par des vents contraires, qui s’élancent à la fois de tous les points de l’horizon. Le baromètre e e t ermomètre subissent de brusques variations ? les météores aqueux se

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répètent, alternent ou se mêlent avec ou sans le concours des vents ; le soleil, quand il se montre, est limpide, et manifeste déjà une grande puissance de calorification; mais soir et matin, en plein jour, à l’ombre ou par un ciel couvert, on éprouve encore une vive sensation de froid, le sol émettant avec rapidité le peu de chaleur solaire qu’il a pu absorber jusqu alors. Aussi la première moitié du printemps participe-t-elle aux qualités de 1 hiver; les vents contribuent à refroidir l’atmosphère, même ceux du midi qui se dépouillent de leur tiédeur en passant sur des pays en pleine végétation; les dégels, la fonte des neiges, des ondées fréquentes, l’évaporation de ces eaux météoriques, l’activité du rayonnement nocturne pendant des nuits encore longues ■ et souvent transparentes, la vapeur apportée par les vents d ouest, et qui, condensée par le froid des régions supérieures de l’air, retombe pendant le jour en pluies, neiges et grêles, et pendant la nuit en brouillaids, rosees et gelées • blanches, communiquent à la première période du printemps une constitution atmosphérique mobile, humide et froide. L accroissement progressif de la chaleur solaire améliore la température de la seconde période sans lui ôter son caractère d’hygrométrie et de variabilité. L’été présente trois phases, dont la première se ressent de la turbulence météorologique qui appartient au printemps; la seconde a pour condition l’élévation soutenue de la températuie, la sécheresse de l’air et la pureté du ciel ; la troisième amène des perturbations électriques, fait marcher l’hygromètre vers l’humidité, détermine soir et matin un abaissement notable dans la température. Ces vicissitudes annoncent l’approche de l’équinoxe d’automne, qui renouvelle la lutte des vents j contraires, les alternatives de tempêtes et des calmes, le mélange des météores aqueux; l’atmosphère, encore chaude et saturée d’eau, s’en débarrasse par des pluies, des brouillards et des rosées. Le printemps et l’automne se ressem- ■ bleui par le fond humide de leur constitution atmosphérique, par le nombre et l’amplitude de leurs variations; mais, encadrés dans un ordre inverse entre l’hiver et l’été, l’automne est chaud au début et froid sur son déclin, tan is que le printemps commence par le froid et finit par la chaleur. A cette inter vention des qualités thermométriques s’ajoute une opposition physique e morale, dont le médecin doit tenir compte; tout être inaugure le printemp i par une sensation de renaissance et d’expansion vitale : 1 automne jette sii^ l’horizon un voile brumeux et sur l’âme une involontaire tristesse; la vie com mence à restreindre le cercle de ses irradiations; le coips épiouve coinn frisson précurseur de la concentration hivernale. Pendant 1 hiver, amu sphère se régularise : des vents froids, des pluies répétées, des brouilla sans fin, une ascension diurne du thermomètre faible et fugitive en ie et deux heures, des nuits prolongées, des alternatives de neige, c e p.uies de gelées, suivant que le ciel se couvre ou s’éclaircit, telle est la mwdw cette saison ; comme les autres, elle se nuance par son contact avec la c : *> tution atmosphérique qui précède ou qui suit, humide et à sou début, d'un froid sec et cuisant à son apogée, se mitigeant de

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à son déclin qui prépare Pétât hygrométrique et variable de la période initiale du printemps.

Est-il besoin de dire que les saisons ne se comportent point d’une manière uniforme dans l’immense étendue de la zone tempérée Elles ne se déroulent dans l’ordre précité que vers le centre de cette zone : vers les pôles, vers les tropiques, elles réfléchissent les effets d’une climatologie extrême. La zone tempérée déploie donc à sa surface des climats moyens ou tempérés par excellence, et des climats qui portent, les uns une empreinte plus australe, les autres une empreinte plus boréale. Fuster(l) a calculé, d’après les valeurs thermométriques rassemblées par Humboldt, des résultats moyens de température qui permettent de spécifier avec quelque précision les catégories de climats comprises dans la zone tempérée. Entre les latitudes 55 à 65 degrés, l’hiver égale — 6 degrés, et l’été 15 degrés seulement; sous les parallèles de 22 à 36 degrés, la température arrive à 27 degrés en été, et lie descend pas en hiver au-dessous de 8 degrés ; d’où l’on voit que, sur la lisière boréale des climats tempérés, l’hiver est plus froid de 21 degrés, et la chaleur de l’été moins forte de moitié que vers leur limite australe : la différence porte nonseulement sur l’intensité de ces deux saisons, mais encore sur leur durée; dans le groupe boréal des climats tempérés, l’biver occupe cinq à six mois, et l’été, qui commence en juillet, finit en août. Upsai et Stockholm ont des hivers rigoureux de cinq mois, des automnes et des printemps dont la température moyenne donne à peine k à 6 degrés, tandis qu’Alger présente encore 18 à 21°, 6 du 1er janvier à la fin de mai; 29, 30 et 31 degrés pendant les quatre mois suivants, et jusqu’à 2û degrés en octobre. Enfin, au voisinage des tropiques, la Havane jouit en janvier d’une chaleur moyenne de 21 degrés, et n’a pas vu en trois ans le thermomètre descendre au-dessous de 16°, k. Ainsi, vers le nord, hivers longs et rudes, étés courts et peu chauds; vers le sud, hivers modérés, étés ardents; vers le centre, les saisons tendent à se faire équilibre; sous les latitudes de Zi5 à ô8 degrés, l’hiver et l’été ont chacun environ une durée trimestrielle : la température, calculée dans sept stations comprises entre ces deux parallèles, a donné de l°,û pour l’hiver, eide 19 degrés pour l’été. A l’extrémité polaire de la zone tempérée, l’automne et le printemps tiennent plus de l’hiver que de l’été, et les vicissitudes atmosphériques surviennent principalement en été et en automne ; à l’extrémité tropicale, elles portent sur le printemps et sur l’hiver; le printemps et l’automne sont sous la domination de l’été. C’est dans les régions centrales de la zone tempérée, là où les influences équatoriales et les influences polaires se rencontrent et se pénètrent que les quatre saisons tendent à une distribution égale, et réagissent franchement l’une sur l’autre.

Indépendamment des différences qu’offrent les saisons dans (es trois systèmes c inntéi iques de la zone tempérée, leur physionomie propre et la régularité

(1) Euster, foc. cit., p. 502.

de leur succession sont altérées par deux ordres de causes perturbatrices : les unes, fixes, ne sont autres que les conditions géologiques, telles que l’élévation ou l’abaissement du terrain, sa nature, sa configuration, son orientation, son étendue continentale ou le voisinage des mers; les autres, accidentelles, sont les intempéries qui impriment aux saisons une allure anormale et remplacent, par une combinaison inusitée des qualités atmosphériques, 1 état météorologique qui constitue annuellement l’habitude d un climat: il y a intempérie, dit Fuster, si l’hiver est moins froid qu’à l’ordinaire, à plus forte raison s’il est fort doux ou même chaud; il y a intempérie, si le froid de la saison excède la mesure commune, s’il survient prématurément, s il finit trop tard, si 1 hiver pèche par manque d’uniformité, s’il a, par exemple, alternativement de fortes gelées et des dégels subits, etc. Les constitutions insolites de l’atmosphère se prolongent parfois pendant plusieurs années-: le vulgaire dit alors que le climat est changé, quoiqu’il n’ait subi en réalité aucune modification directe dans ses éléments. Mais, de meme que les circonstances de localités qui font dévier les lignes isothermes ne peuvent rien contre la progression thermométrique de 10 en 10 degrés de latitude, ainsi les intempéries' et les individualités géologiques s’effacent dans la considération des différences qui existent enlte les extrêmes et entre les moyennes thermométriques, pour chaque saison, dans les divers climats : la différence des extrêmes va en augmentant rapidement de l’équateur au pôle; même décroissance des moyennes, comme 1 indique ce

tableau :

Bandes isothermes de

20 degrés c.

Température moyenne de l’hiver.

15 degrés c.

Température moyenne de l’été.

27 degrés c.

Différences.

•12 degrés c.

Latitudes.

33 degrés.

La simple inspection de ces résultats montre que, plus on s’éloigne des tropiques, plus les variations de la température d’une saison à l’autre acquièrent d’amplitude; dans la portion australe de la zone tempérée, la température est à la fois et plus élevée et plus égale; au contraire, le gioupe septentriona e climats tempérés expose à des froids plus rigoureux, et exige chez ceux q l’habitent plus d’élasticité organique, puisque les vicissitudes thermomeluques

y ont plus d’étendue.

L’influence que la latitude, la longitude et la hauteur exercent sur a température moyenne des saisons a été précisée par les calculs à l a.de desquels Guillaume Mahlmann a déterminé la distribution de la chaleur sur e 8° dans les deux hémisphères. Nous extrayons du tableau qu’il a dressé et qui été publié par Humboldt, la thermométrie comparée de 84 localités situe entre 54° 47' et 5° 30' latitude nord : c’est une source précieuse de renseignements pour la médecine et pour l’hygiène.

privée] DES CLIMATS. — DES CLIMATS TEMPÉRÉS.

La zone tempérée imprime aux produits du règne organique et du règne inorganique un caractère général qui se diversifie sous 1 empire des climats particuliers qu’elle renferme. On y trouve des plantes très-variées et dont les qualités manquent aux mêmes espèces végétales sous les autres zones; elle offre en foule les labiées, les amentacées, les crucifères et les ombellifères : ces deux dernières familles ne se rencontrent guère avec l’équateur, et les malvacées, si répandues entre les tropiques et dans nos régions tempérées, disparaissent au delà du cercle polaire. Celte zone est habitée par des espèces animales qui font défaut aux climats équatoriaux et polaires, et celles qui leur sont communes ne laissent pas que d’avoir une forme distincte d’organisation. L’économie humaine reçoit l’empreinte des influences générales de cette zone. On ne confondra jamais le type physique des Géorgiens, des Grecs, des Italiens, des Français, avec le nègre de la Guinée ou de l’Abvssinie, avec l’Esquimau à la taille rabougrie. Mais dans l’intérieur même des vastes régions qui appartiennent à la zone tempérée, que de différences dans la stature, dans la coloration des systèmes pileux et cutané, dans le développement musculaire, dans l’évolution plus ou moins aiguë des organes de la reproduction, dans le rbythme des fonctions d’hématose et de nutrition, dans le jeu de l’innervation, et, par suite, dans les manifestations du moral et de l’intellect! différences qui dépendent, non-seulement de l’action climatérique, mais encore du régime, de l’aisance, des habitudes, du degré de civilisation, des émigrations, etc. Le Maure, l’Arabe, l'Italien, l’Espagnol, le Suédois et le Russe, sont issus de la même race; ce qui les distingue entre eux est le produit de ces influences combinées et de leur spontanéité vitale. La conformation du sol en plaines, en montagnes, en vallées, en côtes fluviales et maritimes, etc., agit non-seulement sur la destination sociale de l’homme et sur son genre de vie, mais encore sur la modalité de ses ionctions et sur sa forme générale. L’investigation de ces différences collectives des hommes, lesquelles ressortent des localités et des climats, appartient à 1 hygiène publique, et plus encore à l’histoire naturelle ; remarquons seulement que les modifications que subit l’organisation humaine dans 1 étendue de la zone tempérée sont parallèles aux différences que la météoi ologie annuelle présente dans les stations très éloignées, mais comprises dans celle même zone. Là où celle-ci revêt une nuance équatoriale, le type général des masses rappelle celui des nations groupées entre les tropiques; et chez l’individu, la prédominance physiologique tend à s’établir vers la peau et le foie; l’état des forces se révèle par la brusque alternative de la jactance nerveuse et de l’épuisement. A l’extrémité boréale, la lenteur de la puberté permet a la taille de s’allonger; les cheveux, l’iris et la peau s’étiolent comme chez les peuples hyperboréens; chez l’individu, les appareils digestif et respiîatoiif se sui activent, tandis qu une sorte d’hivernation commençante atteint es fonctions périphériques. Dans les climats moyens de notre zone, les lemp’r.iments sont plus variés, plus mélangés; les appareils organiques tendent à se faire équilibre par leur proportion matérielle et leur jeu. Sans décerner,

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avec Motard, ï» ceux qui habitent ces régions tempérées par excellence, la plus heureuse harmonie dans le développement de leurs organes (1), on peut caractériser leur état physiologique en disant qu’il exprime une tendance à l’harmonie; non par le balancement des fonctions, mais par la compensation totale de leurs excitations alternatives suivant les saisons. Ainsi, tandis qu’il l’équateur ou près des pôles, certains organes sont les centres permanents des mouvements vitaux, sous la zone tempérée l’été confère la prééminence à l’enveloppe cutanée et à l’appareil hépatique; l’hiver, aux instruments de l’hématose etde la chylificalion ; l’automne et le printemps secouent pour ainsi dire tous les systèmes et toutes les fonctions; suivant la nuance plus hivernale ou plus estivale de leurs périodes, ils provoquent une rapide succession de prédominances opposées; parleurs vicissitudes atmosphériques, ils font osciller dans une latitude proportionnelle la réaction des solides et des lluides de l’économie ; l’action nerveuse suit ces phases : tour à tour impétueuse et déprimée pendant les chaleurs de l’été, refoulée par le froid et l’hiver, versatile pendant les saisons équinoxiales, elle n’est jamais dominée d’une manière absolue par les influences atmosphériques, et c’est dans les climats tempérés que l’homme conserve le plus d’indépendance tant au physique qu’au moral : la puberté, la menstruation, ne sont ni précoces, ni tardives; en un mot, les actes de la vie ne sont ni précipités comme dans la zone torride, ni ralentis comme au voisinage des pôles; ils ne sont pas uon plus asservis à une allure uniforme. Dans ces régions évidemment privilégiées, la nature a réuni les conditions qui font l’équilibre de la santé et la plénitude de la vie : on les appelle tempérées, et elles le sont sans monotonie par l’effet total des contrastes atmosphériques de leurs saisons; de même la vie humaine y est tempérée, non dans la succession de ces phénomènes, mais par l’ensemble et les résultats de ses phases annuelles.

On ne trouve plus dans ces climats la stabilité des formes pathologiques qu’on observe à l’équateur et vers les pôles. La succession tranchée des saisons et l’inconstance habituelle des qualités de l’air ont pour effet d’imprimer aux affections morbides des phases qui sont en rapport avec le caractère de chaque période de l’année, avec la nature et l’étendue des vicissitudes qu’elle comporte. L’hiver traîne à sa suite le cortège des inflammations; le printemps, sans effacer l’état phlegmasique, développe plus particulièrement des allections catarrhales; les irritations des voies digestives, les ictères, les hydrémies hépatiques, les diarrhées, les dysenteries, les choléras sporadiques, se multiplient en été, en même temps que l’intensité de l’action solaire tend à irriter l’encéphale et ses enveloppes. Cet ensemble pathologique fait voir que l’été, parvenu à son apogée, place approximativement les zones tempérées dans les conditions des climats équatoriaux, à savoir : prédominance de 1 appareil gastro-hépatique et surexcitation de l’axe cérébro-spinal. L’automne, par son

(1) Motard, Essai d'hygiène générale, Paris, 1841, tome I, p. 114.

privée) DES CLIMATS. — DES CLIMATS TEMPÉRÉS.

i humidité et par ses variations, ramène la forme catarrhale, les phlegmasies qui naissent sons son règne s’enveloppent souvent d’une phénoménalité per-

I fI(iCi et, après avoir marché au début avec une apparente bénignité, elles se démasquent brusquement par l’explosion d’accidents adynamiques ou ataxiques; la tendance à la putridité et à l’éneivation se généralise souvent, h ce point qu’elle marque de son cachet la constitulion médicale de la saison ; alors aussi, sous l’influence de l’humidité et des chaleurs qui se prolongent, le dégagement miasmatique atteint son maximum dans les contrées marécageuses. Aux gradations météorologiques qui fondent une saison dans la saison suivante, correspondent des gradations dans les états pathologiques qui caractérisent l’une et l’autre à leur apogée : la prédominance bilieuse de l’été colore pour ainsi dire d’un reflet ictérique les affections initiales de l’automne; celles du printemps trahissent le processus inflammatoire de l’hiver ; plus tard, les maladies régnantes relèvent davantage de la constitution catarrhale qui résulte de l’humidité printanière, et, vers le déclin de la saison, leurs symptômes se compliquent des préludes de l’influence estivale : c’est ce que Sydenham appelait l’entre-deux du printemps et de l’été. En indiquant cette corrélation entre les éléments météorologiques des saisons et l’aspect des maladies régnantes, notre pensée n’est point d’adjuger à l’atmosphère une sorte d’omnipotence sur la pathogénie; nous tenons compte en même temps de la spontanéité organique, qui comprend toutes les conditions de structure individuelle, et des causes occasionnelles qui concourent à la localisation des résultats morbides; mais tout médecin dont le coup d’œil s’est exercé longtemps au milieu de grandes réunions de malades a pu constater sur eux la réaction uniforme, quoique nuancée, des modifications atmosphériques, et vérifier dans une certaine mesure l’intervention des saisons dans la production et dans la forme des affections. Au reste, celles-ci se diversifient dans les trois régions du nord, du midi et du centre dont se compose la zone tempérée ; c’est en France, en Allemagne et en Angleterre, qu’elles accusent avec une certaine netteté l’action distincte de chaque saison, tout en se subordonnant aux intempéries qui troublent, même au centre des climats tempérés, l’évolution météorologique de l’année. L’influence des localités contre-balance et souvent surpasse celle des saisons : Plymouth, Prague et Copenhague représentent un triangle géographique dont le sommet est occupé par la capitale du Danemark : celle-ci est séparée des deux autres villes par 5 à 6 degrés de latitude. Entre Prague et Plymouth, on compte 19 degrés de longitude; néanmoins les observations des médecins danois et celles de Huxham et de Joseph Pienciz attribuent h ces trois localités la prépondérance des maladies catarrhales et muqueuses (1). Le plateau de Madrid doit à sa hauteur, qui dépasse celle de tous les plateaux un peu étendus de l’Europe, les affections inflammatoires qu’on n’observe plus en permanence à Valence, à Naples, dans les îles Baléares et en Grèce, pays situés sous les mêmes latitudes.

(1) Fuster, p. 570.

DES MODIFICATEURS, — CIRCUMFüSA.

[hygiène

§ J. — De l'n oeil maternent.

Le fait le plus général qui résulte de l’examen comparatif des climats et des modifications qu’ils impriment à l’économie, c’est que l’homme est coordonné au milieu qu’il habite; soit que l’on recherche en lui les signes qui le rattachent à telle ou telle race, soit que l’on se borne à observer le mécanisme de ses fonctions, l’action du climat se révèle par une empreinte profonde. Suivant la différence des conditions extérieures que lui font l’air, les eaux et le sol, l’organisme est forcé d’exalter certains actes, de ralentir certains autres ; et soit condition initiale ou conséquence de ces mutations fonctionnelles, l’état du sang et le dynamisme nerveux sont profondément modifiés; de là la nécessité de changer le régime, les habitudes, le genre de vie, pour donner à ses relations avec le monde ambiant la stabilité, la régularité et la force qui constituent la santé. Les mutations qu’il opère sur lui-même, et par lesquelles il s’accommode à des influences nouvelles, représentent dans l’œuvre complexe de l’acclimatement la part de la spontanéité humaine; la manière dont s’accomplissent ces mutations, leur lenteur ou leur acuité, leur étendue, le degré de danger qui les accompagne, expriment les variétés infinies de la réaction individuelle. Dans l’appréciation des phénomènes de l’acclimatement, il faut se tenir également éloigné de deux exagérations, dont l’une consiste à prêter à l’organisation une puissance d’initiative qui lui permette de se jouer des modificateurs externes, et dont l’autre nous livre fatalement, comme un objet inerte, à l’atteinte des forces de la nature. Ce que nous voyous pendant le cours des saisons arrive aussi dans les diverses régions du globe où l’homme se transporte. La succession des saisons éprouve diversement les individus; chez' les uns, elle détermine des perturbations passagères; chez les autres, des dérangements profonds et qui portent sur différentes fonctions, suivant l’âge, le sexe, le tempérament, etc. ; il en est enfin qui traversent les phases de l’année sans aucune oscillation notable de fonctions et de santé. Telle est aussi l’intervention des dispositions organiques dans la série des phénomènes auxquels donne lieu la transplantation d’une zone dans une autre. Ces dispositions fixent la limite de l’influence des climats et en nuancent les effets; elles nous font comprendre pourquoi les coions anglais et hollandais qui ont quitté leur froide et brumeuse patrie conservent, sous le ciel brûlant de l’Inde cl du cap de Bonne-Espérance, les traits bien reconnaissables de leur structure originaire. La dissémination des Israélites, laquelle a commencé bien avant la mort du Christ, est, pour le médecin, comme une expérience instituée à travers les siècles et l’espace pour la vérification de l’action climatérique : l’Israélite hollandais, gros, spongieux et allongé, porte sur toute sa personne le cachet de la prédominance lymphatique ; le Juif de l’Algérie a le corps maigre et bien proportionné, la laille plutôt petite que grande, le teint brunâtre, les cheveux noirs, les mouvements agiles et souples; en un mot, il ressemble à son coin-

DES CLIMATS. — ACCLIMATEMENT

patriote l'Arabe. Or voilà ce qu’a fait le climat. Mais si vous comparez la physionomie du Juif hollandais et du Juif africain, la parenté vous frappe; les mêmes traits déclarent une origine commune, et c’est ce qui témoigne de l’efficacité des dispositions organiques contre l’action réunie et prolongée des influences du dehors.

L’acclimatement est donc un conflit entre l’ensemble des circonstances qui caractérisent une zone, une région, une localité et les dispositions organiques qui forment le fond de l’individualité humaine et le type collectif des familles et des races. Celte lutte entre les forces extérieures et l’homme tend à assimiler ce dernier aux indigènes du pays qu’il vient habiter. En effet, l’organisation la mieux adaptée à un climat quelconque est celle de la population qui s’y trouve implantée de temps immémorial; elle est liée à son climat par une harmonie parfaite d’actions et de réactions ; elle apporte en naissant la constitution la mieux assortie à l’équilibre spécial, qui est la condition de la vie sous des latitudes très-distantes l’une de l’autre; de telle sorte que, dans toutes les grandes divisions du globe, le problème de l’acclimatement est au fond le même. Il s’agit : 1° de connaître l’organisation et la fonctionnalité des indigènes; 2° d’ordonner sur ce modèle l’activité physiologique des nouveaux venus et de les rapprocher, par une transformation graduelle qui ne s’achève le plus souvent qu’à travers une série de générations, du type organique des indigènes, avec lesquels néanmoins ils ne se confondront jamais.

L’homme a-t-il assez de flexibilité organique pour s’adapter tour à tour à des influences très-prononcées d’un ordre contraire, pour réussir sous presque tous les climats? Ceux qui adoptent cette opinion allèguent la diffusion de l’espèce humaine depuis le 60e degré sud jusqu’au 70ü degré nord. L’homme vit sur des hauteurs de Al 01 mètres, dans les excavations profondes du sol, sous une pression supérieure à celle du niveau des mers ; il a porté passagèrement sa demeure au delà de ces limites. Saussure, dans les Alpes ; Bouguer, dans les Cordillères, ont atteint à des sommités élevées d’environ 6000 mètres; Parry et d’autres se sont frayé une voie à travers les glaces par delà le 82e degré de latitude nord. Ainsi, l’homme subsiste dans un milieu dont la température dépasse celle de son propre sang. Il triomphe d’un froid assez intense pour congeler le mercure ; son existence n’est point compromise immédiatement par une pression moindre environ de moitié que celle qu’il supporte à la surface du sol, à des hauteurs où l’ébullition de l’eau s’obtient à 66° 2/3 centigrades et sous une colonne barométrique de 14 à 16 degrés au lieu de 28 degrés. Ceux qui refusent à l’homme la faculté de vivre et de se perpétuer sous toutes les latitudes, affirment la formation multiple de notre espèce^ insistent sur les différences séculairement persistantes entre les races, sur les effets funestes de la translation d’un climat dans un autre. Trois cents Allemands, envoyés à Cayenne, en 1765, furent réduits en moins de deux mois à trois individus, ont un seul avait échappé à toute maladie. Sept cents Français, dirigés sur un canton du Mexique par Laisné de Ville -Lévesque, fournirent en deux ans m, Lévy. Hygiène, 5° édit.

514 DBS MODIFICATEURS. — CIRCUMFUSA. [hygiène

cinq cenl treille décès. Suivant Lind, les nouveaux venus dans les Antilles, . même entourés de précautions, succombent dans la proportion d un cinquième par année. Le docteur Twining, quia longtemps pratiqué dansl Inde anglaise, assure que l’influence du climat est telle que, dans la presqu île du Gange, la troisième génération d’Européens de pure race n’existe point. Cette remarque s’applique aux Anglais et aux Portugais. Les nègres résistent un peu mieux, mais cependant périssent très-rapidement. Il en est de même pour Ceylan (1). De 1730 à 1752, Batavia a vu succomber plus d’un million de nouveaux venus. L’armée anglaise perd, dans sa patrie et en temps de paix, 1,2 sur 100 olïiciers, et 1,7 sur 100 soldats; dans les Indes, les mêmes troupes éprouvent une mortalité trois fois plus grande, d’après une moyenne de trois ans, établie par Edmondre. Dans les Antilles anglaises, les calculs de Marshall et iulloch fixent la proportion des décès parmi la troupe 'a 1 sur 26, ; elle s élève, au Sénégal, jusqu’à 1 sur 7 (Thévenot). On peut multiplier des exemples de mortalité excessive observés chez les individus qui se sont transportés dans des contrées lointaines : mais tous les faits de ce genre, accumulés par la statistique, ne prouvent rien contre l’aptitude que l’homme peut avoir à supporter des climats très-différents; car il faudrait démontrer préalablement que la mortalité doit être attribuée exclusivement à l’action du climat. Quant à 1 extinction des immigrants à la deuxième ou troisième génération, a-t-elle été la conséquence certaine de l’essai d’acclimatement dans les localités intertropicales? ou n at-elle été que l’épisode funèbre de tentatives de colonisation dirigées sans piudence sur des pays dont l’insalubrité était flagrante? Les Européens, dont la postérité s’est desséchée si rapidement au souffle de la zone équatoriale, avaientils acquis, avec les signes d’un acclimatement achevé, la prérogative d’engendrer désormais une progéniture assortie au milieu dans lequel elle devait naître ? Avant de jeter sur cette terre inéprouvée des existences nouvelles, avaient-ils parcouru la série des transformations qui pouvaient les rendre aptes à vivre eux-mêmes? Les enfants ont-ils reçu les soins et la direction hygiénique que prescrivait le climat? Quelle a été l’hygiène des colons jetés brusquement de l’Europe dans les Antilles? Que peut-on conclure du sort déplorable des émigrants que la misère chasse en foule de leurs campagnes natales, et qui dès le jour de leur embarquement pour leur destination lointaine, fléchissent sous le poids de la nostalgie, des souffrances passées et des fatigues Selgue Jet Qui ne connaît le, excès, les barres excentncnes, le. usages nuisibles qui pèsent sur la vie des Anglais dans les Indes? Johnson rc trace le spectacle digne de pitié qu’ils présentent, quand, emprisonnés par “ clame tyrannie dan. l'étau de leur, étroit, uniforme., il, .ont mon, le nar des flots de sueur qui coulent à travers les plis de leurs vêtements. Ma EL ta Européen, n'ont pa, aubi le même sort dan, leur, tentative, d unplantation aous le, tropiques. Dan, toute, no, colonies, la population pic, en

(1) Bulletin de V Académie de médecine , t. I, p. 320.

DES CLIMATS. — ACCLIMATEMENT

piuvée]

un élément sédentaire, créole ou créolisé, se propageant depuis la fondation des établissements coloniaux, et, comme le remarque judicieusement Uutroulan (1), la seule existence de cet élément établit la preuve de la propriété que possède la race européenne, dans une certaine mesure et par certains moyens, de s’indigéniser dans les pays chauds.

Dans le problème de l’acclimatement entrent des éléments complexes qu’il importe de démêler et de classer : tout climat a des conditions fondamentales qui dépendent de ses quantités extrêmes et moyennes de température, de pression, d’hygrométrie, d’électricité, de la composition du sol, de la proportion et de l’orientation de ses masses continentales ou solides, etc. Il est donné à l’homme de s’exercer à ces influences combinées, de lutter contre leurs variations ; là où elles sont excessives, il payera d’abord un tribut parfois trèsrude, mais la tolérance du milieu finit par s’acquérir au prix de certaines précautions.

Il est d’ailleurs, même dans la zone intertropicale, des climats ou des localités salubres par eux-mêmes, comme Taïti où la mortalité sur une période de huit ans, accidents de guerre et d’installation compris, n’a point dépassé 0,98 pour 100 de l’effectif des Européens et, dans les bonnes années, 0,39 pour 1 00, comme Bourbon (1,72 p. 100), comme la Nouvelle-Calédonie, où, du 15 août 1850 au 15 août 1858, la mortalité de la garnison de Port-de-France a été de l,lû pour 100 (2); Gorée, que Thévenot lui-même recommande aux arrivants et aux convalescents de Saint-Louis, le groupe des Saintes à la Guadeloupe, les quartiers du Nord à la Martinique, Gueymas en Sonora, qui, malgré l’absence des pluies et sa température de 36° à 40° c. à l’ombre, est, d’après Celle, un des lieux les plus sains de la terre. Les navires, dit Dutroulau (3), qui se tiansporlent sur tous les points des mers tropicales, sans voir se modifie! leur état sanitaire, a la condition de ne point aborder les terres insalu-

bies, ne sont-ils pas aussi la preuve de l’innocuité du climat sidéral sous ces latitudes?

La température moyenne du littoral de l’Algérie est d’environ 17°,5;or dans les tierras templedas du Mexique, où la moyenne est de 20 à 21 degrés, « on rencontre, dit Humboldt, le beau climat de Xalappa, de Tasco et de Tlnlpanzingo, trois villes célèbres par l’extrême salubrité de leur climat » Pour cet illustre voyageur, nul doute sur la réalité de l’acclimatement et sur elhcacité du séjour prolongé pour l’acquérir; les chances de longévité paraissent meme plus favorables aux acclimatés qu’aux indigènes, Humboldt cite les données suivantes :

(1) Dutroulau, Traité des maladies des Européens dans les pays chauds, 2' édition

loo8, p. 169.

(2) Essai sur la topographie hygiénique et médicale de la Nouvelle-Calédonie, thèse de Victor de Rochas. Paris, 1860, n° 250, p. 16.

(3) Dutroulau, loc. cit.

Sur 100 blancs créoles (Espagnols) 8 ont dépassé 50 ans.

— Indiens **

— mulâtres ... 7

— individus de castes mêlées 0

Et il ajoute : « Ces calculs, en confirmant l’admirable uniformité qui règne dans toutes les lois de la nature, paraissent indiquer que la longévité est un peu plus grande dans les races les mieux nourries et chez lesquelles l’époque de la puberté est plus tardive (1). ». Les descendants des Espagnols peuplent aujourd’hui les Canaries; à Ténériffe les terres sont cultivées par les Espagnols et par des peuplades normandes qui, après trois siècles, se distinguent encore parlablanchcurde leur peau (2). La population deMadèrc se compose en grande partie de Portugais qui cultivent le sol. Catanc et Messine, qui ont une moyenne thermomêtrique annuelle de 19», 6 et de 18°, 8 voient prospérer la race européenne; nos troupes d’occupation de l’Océanie comptent moins de décès qu’en France, 17,7 (en 1844) et 1,29 (en 1845) sur 1000, au heu de 20 sur 1000, chiffre de la mortalité militaire de nos garnisons réunies.

Ouelles sont donc les causes de la nocuité plus grande de la plupart des résidences du littoral d’Afrique où la température moyenne annuelle ne s’élève guère au-dessus de 17°, 5? Ce sont celles qui s’ajoutent aux conditions météorologiques du climat et dérivent, soit de l’état inculte des terres et des défrichements qu’elles nécessitent, soit de la formation accidentelle des marais par suite des débordements, des dépressions du sol, etc. De là insalubrité périodique ou permanente de nombreuses et vastes régions du globe, de la un surcroît de chances et d’épreuves pour le colon. Portés à un haut degre, ces éléments accidentels de la climatologie acquièrent une force de destruction qui brise l’organisation humaine ; les autochthones l’éprouvent aussi bien que les immigrants. Sur les bords du Nil, du Sénégal et de la Gambie, les épidémies frappent les indigènes, quoiqu’ils réagissent encore avec succès contre des quantités de toxique qui tuent l’Européen. Moins prononcés, ces éléments spéciaux du climat perdent de leur nocuité, à mesure que 1 on s y habitue; et sans arriver à l’immunité complète, l’économie devient peu a peu réfractaire à des doses de matière miasmatique qui, absorbées parle nouveau venu lui susciteraient les plus graves accidents. Rien ne prouve mieux la possibilité de l’acclimatement, en dehors de ces conditions spéciales du sol, nue la longévité qui, d’après l’observation de Humboldt, est départie a espèce humaine dans les pays très-chauds, mais secs à la fois, longévité peutêtre plus grande que dans la zone tempérée. Dans les contrées très- chauc es et humides naissent les foyers d’insalubrité que la culture et la civilisation restreignent, compriment, effacent, mais qui, par l’incurie d une société demi-barbare, se multiplient, s’étendent et développent une effroyable puis-

MV Essai politique sur la Nouvelle-Espagne , grande édition, t. I, p.

(2) Humboldt et Bonpland, Relation du voyage dans U Amérique méridionale , • •

p. 183 et suiv.

DES CLIMATS. — ACCLIMATEMENT

ruction. Les climats affranchis de ces fléaux provoquent seulement l’organisme, qui réussit presque toujours à s équilibrer avec leurs piopriétés; ceux qui présentent la complication de 1 insalubiité accidentelle de l’intoxication palustre attaquent directement les sources de la vie qu’ils altèrent ou tarissent; ici l’acclimatement c est la civilisation.

On a remarqué que les stations les plus insalubres, les Guyanes, les Antilles, le Sénégal, les côtes Méditerranéennes de l’Afrique, l’Égypte où les Européens ne peuvent faire souche, où les Mamelucks eux-mêmes n’ont duré que par les immigrations d’esclaves circassiens, l’Arabie, l’Inde, la plupart des îles de la Sonde, sont comprises dans l’hémisphère boréal, tandis que le Cap, le Brésil, toute la partie australe de l’Amérique méridionale, les îles de l’Océanie avec l’Australie, Sainte-Hélène, Maurice et la Réunion offrent aux Européens des climats salubres. Malgré ses marais salants, ses marécages et une température moyenne de 22 à 23 degrés, et 26 à 27 pour écart des moyennes mensuelles, ce qui la rapproche du Cairq et de Rio -Janeiro, la Nouvelle-Calédonie n’a pas engendré de fièvres parmi nos soldats qui ont

È remué son sol(l). Boudin a voulu conclure de ces oppositions à une sorte de mystérieux privilège d’immunité en faveur de l’hémisphère austral ; mais cette hypothèse tombe devant les faits envisagés plus largement ; les plages de Madagascar, Mayotte, Sainte-Marie, Nossi-Bé, la côte de Zanzibar, Port-Natal, la baie de Lagoa, en Afrique, sont d’une insalubrité trop connue, quoique appartenant à l’hémisphère austral ; les fièvres, la dysenterie, l’hépatite, se rencontrentsur la côte orientale des Andes, de l’équateur au Chili, à Cobija, à Callao, à Guayaquil (2). Si les marais de la Nouvelle-Calédonie paraissent inoffensifs, il n’en est pas de même de ceux des Nouvelles-Hébrides, de Java, de Victoria. L’hémisphère boréal a d’ailleurs aussi des marais sans nocuité : l’isthme de Suez, d’après les rapports annuels d’Aubert-Roche, les îles Sandwich ou Havaï, avec une température moyenne de 24 degrés, San-Francisco, avec 15 à 20 degrés, des terrains meubles et fangeux, des marais salants, à fièvres rares et bénignes (thèses de Dumas, 1861, et R. Le Roy, 1860, citées’ par Bertillon).

La question de l’acclimatement est résolue, si on l’envisage avec Bertillon au point de vue historique, avec les lumières fournies par l’élude moderne des races, de leurs migrations et la comparaison de leurs idiomes; la philologie est devenue, en effet, un ingénieux auxiliaire pour l’anthropologie. Rufz avait déjà dit excellemment : « la migration est une fonction de l’humanité », et Bertillon ajoute avec non moins de bonheur « les annales de l’histoire ne sont guère que le récit de ses émigrations, de ses immigrations, de ses acclimatements ». Nous renvoyons nos lecteurs à cette belle page (3), nous en accep-

(1) Thèses de Yinson, 1858; de Rochas, 1800

(2) Thèses citées par Bertillon,

(3) Bertillon, Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales.

CIRCUMFUSA.

518 DES MODIFICATEURS. -

[hygiène

tons les données : des plateaux de l’Asie centrale, entre le 34e et le 41* degré * de latitude, entre les sources de l’Oxus, de l’Iaxartès eL de l’Indus, une race privilégiée, la race indo-européenne, se divise en deux courants : l’un, longeant les rivages, entre en Europe, et, à travers maintes traverses et mélanges, va former les Celtes, les Pélages, les Hellènes, les Slaves, les Goths, les Germains ; l’autre, aryen par excellence, se répand sur les rives de l’Indus, dans le pays des sept fleuves, le septa sindhou (le Pendjab actuel, sous le 30e degré de latitude), cl delà par une série de petits acclimatements et avec le secours des siècles, dans l’Inde entière. Ici, nouvelle bifurcation : les uns (Iraniens), gagnent par l’ouest les plaines élevées qui sont aujourd’hui l’Afganistan et la Perse, c’est le peuple zend ou persan; les autres s’étendent au sud et à l’est dans le bas-pays qu’arrose le Gange, lutte avec les aborigènes a à peau trèsfoncée » les Soudras, race conquise; la race conquérante se constitue en trois castes qui existent encore. Le peuple zend reste, lui, dans sa patrie primitive, tout en développant la supériorité des Aryens par les Zoroaslre, les Cyrus, et en absorbant les empires sémitiques de Ninive et de Babylone. Quant au rameau aryen du Nord, il fournit deux émigrations : l’une par l’Asie Mineure, la Thrace, la Macédoine, la Grèce; l’autre au nord donne les Celtes, les Sarmal.es (Slaves), les Goths, les Germains, etc. D’après Renan, le Lithuanien parle encore aujourd’hui un dialecte sanscrit ; d’après Grimm, les mythes primitifs de la race indo-germanique vivent dans les légendes de la Souabe. Dans le midi de l’Europe, comme dans l’Inde, la race envahissante soumet les aborigènes ou les extermine, s’approprie les femmes ; Ibères en Espagne, Étrusques et Ligures en Italie, mêlent leur sang au leur. Ainsi commence une longue sélection qui a pour effet lent une adaptation plus complète aux climats nouveaux. Les Grecs colonisent presque tout le littoral de la Méditerranée, moins celui de l’Afrique dévolu aux Syro-Arabes. Rome, héritière de la Grèce, colonise l’Italie, la Sicile, l’Espagne, la Gaule, la Bretagne, les rives du Danube, et telle est l’énergie de l’empreinte latine après un ou deux siècles de durée, qu’après les invasions passagères ou les dominations persistantes des hommes du Nord et des Arabes, ces pays se retrouvent latins. La province d’Afrique seule fait exception : sept siècles d’occupation romaine n’y ont laissé que des ruines.

La chute de l’empire romain fut l’œuvre d’Aryens qu’un séjour de plus de dix siècles et des croisements avaient assimilés aux aborigènes des plus froides contrées de l’Europe. Parmi ces pays barbares, il en est qui ont laissé un nom, une puissance nationale toujours subsistante (Angles, Saxons, Normands, Francs, Bourguignons, Germains, etc.) ; ce sont ceux qui s’établirent au nord des Pyrénées, des Alpes, des plateaux de la Macédoine ; ceux, au contraire, qui s’emparèrent des régions les plus riches et les plus chaudes de l’ancien monde (Goths, Vandales, Longobards), se fondirent en quelques siècles, les Goths en Italie et les, Vandales de l’Afrique en moins d’un siècle; les Visigoths n’ont échappé en Espagne à une décadence entière que par leur fusion

pRIVÉE] DES CLIMATS. - ACCLIMATEMENT.

avec la race vaincue sous l'influence de leurs lois qui, Inspirées par un clergé romain déjà prépondérant, ne reconnaissaient pas de caste ni de féodalité ; ce sont leurs métis qui, réfugiés pendant un siècle dans les montagnes du nord de la Péninsule, entreprirent contre les Arabes cette lutte de huit siècles dont la patrie reconquise fut le prix.

Reste l’Égypte, disputée à travers les siècles par toutes les races, par toutes les ambitions, par toutes les dominations et ne conservant que ses populations primitives, Coptes, Fellahs, Nubiens, Abyssins, Juifs, Aiabes et Bei bères.

Eu appliquant à ce vaste ensemble de faits historiques le critéiium de l’influence des climats comme la raison la plus probable du succès ou de la ruine des établissements et des substitutions de peuples, Bertillon arrive à formuler ces quatre lois :

1° Tout mouvement migratoire à marche séculaire, résultant plutôt de l’extension des populations de proche en proche, aboutit certainement à l’acclimatement, quelque loin qu’il s’étende (migration indo-européenne).

2° Une migration rapide ne peut aboutir à une colonisation durable et prospère que si elle a lieu sur la même bande isotherme, ou un peu au nord de cette bande; le succès sera d’autant plus compromis que l’émigration s’éloignera davantage de cette bande pour se porter au sud.

3° Les croisements avec les races aborigènes, s’ils sont féconds, ou pour user de l’expression de l’auteur, eugénésiques, favorisent et accélèrent l’acclimatement ; la sélection séculaire les consolide.

U° La race indo-européenne a toujours échoué dans ses tentatives d’acclimatement sur les versants méridionaux de la côte d’Afrique et plus particulièrement en Égypte.

Celte dernière conclusion comporte des réserves, une révision des faits passés, l’achèvement des faits présents; la troisième est loin d’une démonstration stricte; bien des migrations au midi ont prospéré et prospèrent encore. Enfin, dans leur ensemble et dans leur résultat final, cette longue série de petits acclimatements, s’opérant de proche en proche et avec le secours des siècles, ne représentent-ils pas une expérience d’acclimatement sur la plus grande échelle, à des distances immenses, depuis les contrées intertropicales jusqu’aux régions circompolaires, et aboutissant à la diffusion de la même race sous toutes les latitudes? Comment, appuyé comme Bertillon sur les enseignements concordants de l’anthropologie et de la philologie, refuser le cosmopolitisme à la race indo-européenne, si ce n’est comme une propriété inhérente, au moins à titre d’aptitude virtuelle?

Oui, l’acclimatement collectif est une opération de longue durée, mais il ne s’effectue pas d’après un seul procédé, celui des petits acclimatements successifs. En Algérie, sur cette terre que l’on croit réfractaire à l'implantation de la race indo-européenne, les colons (population civile) ont eu en moyenne, de 183ô à 1855, une natalité de 0,038 et une mortalité de 0,009, alors qu’en

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France et durant la même période, la première a été de 0,027 et la seconde de 0,023 à 2/i.

En partageant avec Bertillon cette période totale en trois partielles, 1835- 40, 18il-50, 1851-55, on a pour chacune :

Natalité = 0,035 ; — 0,036 ; — 0,041.

Mortalité... = 0,050 ; — 0,051; — 0,048.

La mortalité s’est donc atténuée ; de plus, dans une nouvelle période de 1855-62, le même et savant statisticien a trouvé pour la natalité 0,032 et pour la mortalité 0,038 en Afrique, l’une étant pour celte période en France de 0,026, et l’autre de 0,02à. Dans la petite période de 1859-62, natalité

0,039, mortalité 0,030. Ainsi, après trente-cinq ans de grande mortalité,

voilà l’Algérie entrée dans une voie de mortalité décroissante et de naissances dépassant les décès. Que cette progression se continue, même avec quelques interruptions trop justifiées (choléra, famine, etc.), et Bertillon lui-même reviendra, en présence des faits dont il tient un compte si scrupuleux, à d’autres idées sur l’acclimatement en Afrique; il admet déjà que quelquesunes de ses localités, Médéah, Bougie, Sétif, malgré leur température comprise entre les mois extrêmes + 15° et + 28°, ont une mortalité le plus souvent très-modérée, les naissances y excédant les décès.

Nous reviendrons (t. II, Hyg. publ. ) sur l’acclimatement des races.

Changer de climat, c’est naître à une autre vie : des mutations deviennent nécessaires dans l’exercice alternatif ou simultané des principaux organes, dans le régime, dans les habitudes morales et sociales; mais, si profondes que doivent être ces mutations, elles peuvent s’accomplir sans entraîner nécessairement la maladie et la mort. Grâce à l’élasticité de notre libre, grâce à l’amplitude de nos oscillations fonctionnelles, il nous est donné de nous accommoder à tout un ensemble d’influences nouvelles, de nous implanter partout où l’humanité est représentée par quelques-unes de ses nombreuses tribus; mais c’est à la condition de nous conformer aux convenances de la transition et de combattre par les soins modérateurs de l’hygiène les provocations du climat et les irrégularités de la réaction organique. Que la statistique obituaire des Européens dans les pays chauds ne nous soit point un sujet de terreurs exagérées; nous répétons qu’à part un nombre restreint de localités néfastes, elle proclame moins l’insalubrité radicale de certains climats que les complications délétères, mais non absolument incorrigibles, de leur topographie, telles que l’existence de marais, de vastes amas de détritus organique, etc. ; elle proclame surtout les conséquences de l’oubli funeste des lois de l’hygiène. Le séjour de Batavia n’est plus aussi malsain qu’au siècle dernier. Les phases de notre occupation de la âlorée et de l’Afrique viennent a 1 appui de ce que nous avançons : lors du débarquement de l’armée dans la plaine de Dyalowa, en face de Navarin, les maladies fondirent sur elle et multiplièrent

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les victimes ; plus tard, quand les troupes furent mises en possession de tous les avantages d’une bonne hygiène, l'état sanitaire devint excellent. Les premières années du séjour de nos soldats en Algérie réveillent des souvenirs de deuil et de mort : une terre inconnue, la pénurie des objets necessaires au traitement des malades, le manque de casernes et d’hôpitaux bien organisés, l’infection des ruines, la corruption des citernes, le croupissement des eaux pluviales; la fermentation d’un sol dépourvu de pavage; ces causes, auxquelles il faut en ajouter beaucoup d’autres, et surtout la nostalgie, l’alcoolisme et la démoralisation, font comprendre l’intensité meurtrière des épidémies qui ont sévi dans plusieurs localités du littoral. Depuis, les constructions , la : régularité des services administratifs, l’assainissement des villes, le dessèchement partiel des marais, les cultures, une plus grande familiarité du pays, et la sécurité que puise le soldat dans la conscience des soins dont il est l’ob- : jet, ont amorti les ravages de la maladie et augmenté les chances heureuses de la pratique. En 1840, l’armée y perdait encore 0,143; en 1843, elle n’y perdait plus que 0,074; en 1845, 0,050. En 1846, le général Paixhans évaluait encore, pour l’Afrique, la mortalité à 64 pour 1000. En 1862 et 1863,

■ elle était descendue à un peu plus de 12, différence comme 1 à 5. Les données suivantes ne sont pas moins rassurantes : dans nos cinq colonies de la Martinique, la Guadeloupe, la Guyane, le Sénégal, l’île de la Réunion, la i mortalité a été de 132,4 pour 1000 militaires dans une période de 9 ans, de 1819 à 1827; de 7,42 dans une période de 10 ans, de 1827 à 1837 ; de 6,05 dans une autre période de 10 ans, de 1837 exclusivement à 1847 inclusivement. Un document peut-être plus significatif encore, c’est la statistique des militaires malades évacués de la province d’Alger sur la France de 1840 à 1847 : dans cette période de 8vans, la progression décroissante des évacuations est comprise entre ces deux chiffres : 4,885 à 51. Naguère, on eût désespéré de 1 implantation définitive de la race française daus ce pays; aujourd’hui il n’est plus permis de la mettre en doute. C’est l’hygiène qui a tait ce loisir a la mort : sans hygiène, point d’acclimatement. On a avancé, d’après les recherches de Mac-Tulloch (1), que la prolongation du séjour! loin d’aider à l’acclimatement, augmente les chances de mortalité, et la statistique s’est empressée de grouper ses chiffres autour de cette opinion. Les faits sainement observés autorisent au moins le doute : sur 1220 militaires décédés a Alger et pris au hasard, les 3/4 n’avaient point dépassé 17 mois de séjour en Algérie (Martin et Foley.) Nous avons mentionné le décroissement numérique des évacuations : sur 1575 dysenteries observées pendant 10 ans en Afrique, 838 appartienent à la première année, 235 à la seconde, lo0 à la troisième, 86 à la cinquième, 35 à la septième, 17 à la huitième et 2 à la dernière année.

(1) Mac-Tulloch, Statistical Reports on the sickness and mortality among the trooos London, 1839, 1840. ^

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Un ancien gouverneur de Cayenne, Masclavy de Beauveset, a donné la sta- 1 tistique de ses administrés pendant son séjour de 9 ans (1) :

Durée du séjour ltB année 2e 3° 4e 5e Ge 7e 8e 9*

Décès sur 1000 colons. 15 19 4 2 21 60 75 82 102 125

Ce document, qui remonte à l’année 1742, concerne une localité tristement célèbre dans l’histoire de nos colonisations ; il n’a pas la signification qu’on y attache, car la station de Cayenne est devenue relativement salubre, et témoigne seulement de la durée nécessaire des efforts d’assainissement qu’elle a exigés, notamment des travaux de canalisation. Pendant les 30 années qui ont précédé l’épidémie de fièvre jaune de 1850, et la transportation des condamnés, les troupes n’y ont pas perdu, en moyenne, plus de 2,72 pour 100. (Rochard.)

De 1819 à 1847 (29 ans), la Guyane française a présenté les mortalités

suivantes :

De 1819 à 1827 (9 ans) 2,86 pour 100

De 1828 à 1837 (10 ans) 3,20 — —

De 1838 à 1847 (10 ans) 2,53 — —

29 ans 2,81

Pendant cette période de 29 ans, les moyennes annuelles des pertes subies par l’armée anglaise dans les colonies les plus voisines des nôtres ont été plus considérables :

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