ARTICLE VI
DES HABITATIONS PRIVÉES ET DE L’AIR CONFINÉ
L’habitation privée. délimite une masse d’air atmosphérique dont l’homme peut, suivant l’intérêt de son bien-être ou de sa conservation, modifier la tempéiature, 1 hygrométrie, la composition chimique et le mouvement; il retranche de cette manière une partie du milieu général pour l’accommoder à ses besoins, en I isolant plus ou moins complètement des influences du dehors. Le plus souvent il constitue ce milieu particulier, en opposition avec les conditions générales du climat : dans les pays chauds, il se procure dans l’enceinte
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de ses pénates l’ombre, la fraîcheur et le souffle d’une ventilation artificielle ; dans les contrées du Nord, l’instinct et l’industrie lui enseignent lesmoyensde propager et d’entretenir dans l’étendue de sa demeure une chaleur favorable à la santé.
L’atmosphère domestique est à la famille ce que l’atmosphère d’une ville est à toute une population, ce que la lame d’air emprisonnée entre la surface tégumentaire et le vêtement est à l’individu : elle agit directement sur sa constitution. Que l’on réfléchisse que la séquestration nocturne de l’homme a une durée moyenne de huit heures sur vingt-quatre, qu’il passe sous le même toit le temps consacré aux repas et à différents travaux ou distractions sédentaires; que, dans les conditions actuelles de son état social, la femme y est retenue pendant la plus grande partie de la journée; que la seconde enfance et l’adolescence, vouées aux labeurs de l’éducation, subissent, durant de longues années, la réclusion des collèges, des écoles et des ateliers, et l’on comprendra combien il est à la fois important et difficile d’obtenir des données exactes sur la question de l’air confiné, d’établir des règles certaines pour la construction et l’économie intérieure des habitations qui en sont les réservoirs. Celles qui sont collectives appartiennent à l’hygiène publique; l’habitation privée, la seule dont nous avons à nous occuper ici, a sur elles cet avantage que les conditions qu’elle doit remplir s’appliquent à un seul individu, au groupe d’une famille pour qui l’unité d'origine et d’organisation sollicite, en général, le même genre d’impressions et de soins hygiéniques.
Peut-être n’a-t-on pas assez réfléchi sur les conséquences de la solidarité vivante qu’établit entre les membres d’une famille la cohabitation sous le même toit, et parfois dans le même espace clos ; en nous exprimant ainsi, nous avons en vue, non-seulement les effets connus de la viciation de l’air par l’encombrement, par le dégagement des gaz de combustion ou d’éclairage, etc., mais, en particulier, l’échange continu de toutes les influences dont se compose l’atmosphère propre de plusieurs individus issus du même sang, porteurs des mêmes prédispositions. Dans les climats rigoureux, et pendant l’hiver des zones tempérées, la vie de la famille se concentre dans un rayon très-étroit; un grand nombre de professions nécessitent une relégation analogue : or donc, si plusieurs individus soûl entachés d’une maladie acquise, ou d’une prédisposition héréditaire; si, par une idiosyncrasie collective, ils ont une sécrétion, une exhalation, qui s’éloignent du type ordinaire, ne s’établira -t-il point, entre les parents sains et ceux qui ne le sont point, un commerce miasmatique? N’y a-t-il d’infection que celle qui se révèle à grands traits par des maladies répandues sur des localités, sur des populations entières, et chaque maison, chaque refuge où la famille se forme, grandit et meurt, ne peut-il avoir, si l’on peut ainsi dire, ses endémies particulières? Les maladies annuelles qui visitent les familles, les maladies surtout qui prennent chez elles droit de domicile, se confondent-elles par leurs caractères et par leur marche? Sans doute elles relèvent du fonds organique commun à chacune
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d’elles, de leur régime, de leur aisance, de leur éducation, etc; mais l'atmosphère domestique, cet halitus vital, qui émane des corps organisés, joue un rôle dans leur production ; suivant l’existence plus ou moins sédentaire et resserrée des familles, suivant la construction de leurs demeures, qui empêche ou favorise la stagnation d’une masse d’air, la cohabitation met en conflit les atmosphères personnelles de ceux qui y participent; l’équilibre résulte d’une saturation réciproque qui renforce certaines prédispositions morbides chez ceux qui en sont atteints, et les développe chez ceux qui jusqu’alors en étaient exempts.
L’habitation privée varie dans les différents climats; le degré de civilisation, le genre de vie, les matériaux et l’industrie propres à chaque contrée, l’existence nomade ou stable des familles, n’ont pas moins contribué à la diversifier. Les Changallas, tribus nègres de l’Abyssinie, s’abritent dans des creux d’arbres et de rochers ; plus d’un pâtre corse n’a connu, comme ces peuplades misérables, d’autre retraite que les anfractuosités profondes des rochers où il allume pendant la nuit des feux que le voyageur voit briller épars dans les montagnes. Les Puris, au Brésil, suspendent à des troncs d’arbres, au moyen de lianes, leurs hamacs tressés avec l’écorce d’une espèce de cécropia, et protégés contre le vent par de larges feuilles de palmier (d’Orbigny). Dans l’Australie, Dumont d’Urville a vu des huttes de fragments d’écorce assemblés au sommet en forme de ruches, recouvertes de terre et d’herbes marines qui les préservent entièrement de l’eau. A la Terre de Feu, les cabanes sont grossièrement construites au moyen de pieux fixés dans le sol, et d’un revêtement de feuillage, et de foin ; elles n’ont qu’une ouverture qui sert à la fois de porte et de cheminée. D’après d’Orbigny, les huttes des Patagons se rapprochent des baraques de nos foires; percées d’ouvertures sur un seul côté, elles sont distancées de six à douze pieds. Les Kamtchadales pratiquent dans la terre des excavations, sortes de terriers dans lesquels ils se réfugient contre l’excessive froidure de leur climat. Les habitants des îles Tonga construisent de vastes hangars; à Vanikoro, Dumont d’Urville en a vu qui ressemblent à nos granges; ceux des Papous, bâtis sur pilotis, sont distribués en cellules dont chacune est occupée par un ménage ; aux îles Hawaii, les cases, munies de fenêtres, ont des dimensions fort considérables, parfois soixante pieds de haut sur quarante de large (Dumont d’Urville); à Pelew, Wilson a trouvé des constructions de pierre de trois pieds d’élévation; aux îles Marshall, l’habitai ion présente déjà la division en deux étages. Il n’est pas nécessaire de chercher au loin des exemples d’habitations imparfaites, mal conçues, mal léglces • I Égypte nous montre le pauvre Fellah couché dans des huttes de terre pétrie avec de la paille, ayant à peine cinq pieds de haut cl percées d’une ouveiture unique; une partie de la population de ce pays n’a aucune dememe ; il en est de même des lazzaroni de Naples ; celles des serfs de la Russie point aient-elles leur inspirer quelque envie? Au sein même de notre France, que de villages dont les habitations semblent être celles d’une peuplade sau-
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vage (1). Si l’on est tenté d’appeler les grandes villes les tombeaux du genre 1 humain, c’est en parcourant les quartiers où croupit l’indigence dans des maisons dépourvues d’air et de lumière, empoisonnées par le méphitisme des immondices, hideuses de délabrement et de vermine : nos cités les plus florissantes ont leurs cloaques, moins abordables que la lente de l’Arabe, plus immondes que la hutte enfumée du Polynésien. Eu général, l’habitation rudimentaire est la lente, cet abri de la famille nomade qui l’emporte dans ses pérégrinations et la déploie aux heures où l’homme cherche à se défendre des impressions de l’air ambiant. La cabane est la première expression du besoin de stabilité ; elle a commencé la série des édifications de plus en plus compliquées qui ont pour objet d’altacher l’homme à la terre, d’organiser sous une forme permanente et fixe la vie de la famille ; elle a servi de noyau à la cristallisation sociale. Autour d’elles se sont groupées d’autres constructions; les besoins de la défense, l’imagination, le désir instinctif de bien-être, l’art naissant, en ont transformé le type, et à mesure que la civilisation a multiplié les besoins et les goûts, à mesure que le sentiment de la dignité individuelle s’est développé, l’habitation s’est élargie, élancée, compliquée dans sa structure interne, de manière à concilier l’intérêt de la vie collective avec l’aisance particulière de chaque membre de l’association domestique.
§ I. — De la construction des habitations.
L’étude que nous avons faite précédemment de l’air, des eaux, du sol et des localités, nous dispense d’entrer ici dans aucun détail relativement au choix de l’emplacement pour une habitation. Quant aux matières à employer dans sa construction, elles doivent être solides et réfractaires à l’humidité ; les premières assises des fondations exigent surtout ces deux conditions : elles doivent porter sur une surface incompressible; si on ne la rencontre point à une profondeur convenable, on bâtit sur pilotis ou sur des couches de maçonneries encaissées, faites avec du béton ou avec un ciment qui se durcit sous la terre et à l’eau (ciment hydraulique) et qui forme une masse dure et non sujette à s’affaisser. Plusieurs quais de Paris reposent sur des fondations de ce genre. Les matériaux de construction les plus avantageux seraient ceux que l’expérience aurait démontré être à la fois les plus solides et les plus légers, mauvais conducteurs du calorique, nullement hygroscopiques, ni susceptibles de donner lieu à un dégagement de gaz délétères. Les substances propres aux travaux de maçonnerie abondent en France. Les plus dures, les granits de Cherbourg, de la Bretagne, de l’Auvergne, du Midi, etc., ne sont guère employés qu’aux bordures des trottoirs, aux piédestaux, aux bornes, aux dallages, aux soubassements, etc. Viennent ensuite les calcaires des terrains secondaires
(1) Voyez Rapport de M. Michel Lévy sur les épidémies de 1850 (Mémoires de F Académie de médecine, t, XVII, p. A3).
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et (les terrains tertiaires : les premiers, difficiles à tailler à cause de leur dureté, mais conservant la vivacité de leurs arêtes et bien appropriés h une destination monumentale ; les autres, moins durs, mais très-solides néanmoins, très-répandus et fournissant en abondance aux constructeurs les moellons et les pierres de taille. Parmi ces dernières, la meulière, par sa dureté et sa résistance, convient dans les endroits humides (égouts) ou exposés aux chocs (murs d’enceinte, remparts). Le grès rouge qui existe dans les Vosges, et qui a servi à édifier la cathédrale de Strasbourg, est aussi une matière de bon choix; les autres grès ont l’inconvénient d’être ou trop tendres ou trop durs. Dans le midi de la France, ou se sert de la craie, qui y offre une assez grande dureté. Certaines pierres, très-dures en apparence, ne résistent pas aux gelées et se fendent en tous sens, comme il arrive souvent pour le calcaire dur si abondant dans la vallée de la Seine (pierres gélives). De bonnes pierres qu’on a le tort d’employer immédiatement après leur extraction deviennent gélives ; un intervalle de quelques semaines est nécessaire entre leur extraction et leur mise en œuvre. Les matériaux les moins secs doivent être appliqués dans les parties de l’habitation où le soleil et l’air ont le plus d’accès. Les pierres de taille et les moellons ne diffèrent que par leurs dimensions et le soin avec lequel sont taillés leurs parements ou surfaces apparentes. Il ne suffit pas de les bien choisir, il faut les cimenter avec des mortiers de bonne qualité. La chaux et le sable qui composent ces mortiers seront choisis avec attention : la chaux doit être bien éteinte, et former, après cette opération, une pâte solide, homogène; elle ne sera mise en contact avec l’air qu’au moment de son mélange avec le sable, qui lui-même aura été purifié de toute matière étrangère ; le sable de rivière convient mieux pour cette raison. Les joints des constructions de pierre de taille, ayant très-peu d’épaisseur, exigent un ciment préparé avec du sable très-fin (sable 3, chaux 1). La chaux hydraulique peut seule être employée dans la construction des murs de quais, des piles et culées des ponts et de toutes les parties exposées aux infiltrations de liquides. Kuhlmann a trouvé le moyen d’améliorer la nature de la pierre et de la préserver de l'humidité et du salpêtrage en l’arrosant et en l’imprégnant de silicate de potasse; par ce procédé, la pierre tendre devient d’un aussi bon usage que la pierre dure (1).
Les plâtres qui conviennent le mieux aux constructions sont ceux qui, à poids égal, exigent le moindre volume d’eau pour se gâcher au degré de consistance voulue, se prennent le plus lentement, pourraient absorber et solidiiei e plus d eau, si on les délayait plusieurs fois, et jusqu’à cette limite où la erniere addition d eau ne laisse plus faire qu’une prise à peine suffisante Pourqu on puisse incliner le vase sans faire couler la masse plastique (2). Le
(1) La silicatisation dune façade quelconque ne coûte que I fr. 50 centimes par mètre superficiel.
O) Pajen, Précis de chimie induslr., 5« édition, 1807, l. I, p. 570.
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sulfate de chaux, gypse cristallisé, se rencontre avec la même composition, chimique sous des formes très-différentes qui donnent lieu à la diversité de ses qualités plastiques. Celui qui existe en bancs énormes aux environs de Paris, dans le terrain tertiaire inférieur, se caractérise dans sa texture par des cristaux grenus plus ou moins serrés avec interposition de carbonate calcaire, d’argile et traces de matières organiques; il se compose de :
Sulfate de chaux 70,4 Carbonate de chaux 7,6 \
Eau.. 18,8 Argile et traces de matières l 100
oxygénées 3,2 )
Calciné et mis en poudre, il absorbe l’eau modérément et se prend en masse dense et solide, tandis que les plâtres à structure compacte, fibreuse ou lamelleuse, absorbent rapidement une plus forte proportion d’eau, et font une prise bien moins résistante. La cuisson des pierres à plâtre est sujette à beaucoup d’irrégularités. Presque toujours on le délaye trop pour la construction ; il renferme alors les deux tiers de son poids d’eau ; aussi est-il une cause d’humidité pour les murailles sur lesquelles il est appliqué par couches épaisses. A proximité du sol, il se nitrifie et retient beaucoup d’eau : il faut ici lui préférer la chaux et les divers ciments dont elle fait partie. Sous le nom de plâtre durci ou aluné, on prépare depuis quelque temps une nouvelle i substance plastique qui a le poli du marbre, mais qui résiste mal aux intem- ; péries de l’air. On fait du stuc à la chaux en mêlant de la chaux éteinte qui provient des bonnes pierres de celte matière avec une certaine quantité de poudre de marbre blanc. Le stuc de plâtre se fait avec le plâtre provenant d’excellentes pierres de cette matière qu’on a préalablement cuites; au sortir du four, le plâtre est pulvérisé, tamisé, puis gâché avec de l’eau où l’on a fait dissoudre de la colle forte et quelquefois de l’ichthyocolle et de la gomme arabique. Ce stuc, susceptible d’un très-beau poli et plus dur que le précédent, ne trouve comme lui son emploi que dans l’intérieur des maisons, car extérieurement il serait altéré par l’humidité et par les vicissitudes de 1 atmosphère. Le béton de Coignet, composé de cailloulis, graviers, terre grasse et chaux, s’emploie comme le pisé au moyen d encaissements; les murs et les voûtes ainsi construits sont aussi solides que s’ils I étaient en moellons, et coûtent beaucoup moins cher. Un autre béton du même inventeur, composé de cailloux, de sable, de terre cuite pilée, de cendre de houille et de chaux hydraulique, a la dureté de la pierre de taille et coûte huit fois moins.
Les briques mal cuites se délitent; bien travaillées et sèches, elles sontd un excellent emploi, ainsi que le témoignent les vestiges de murs romains où on les a fai l entrer. Elles valent mieux alors que les moellons recouverts d une forte quantité de plâtre qui sont en usage dans les travaux de Paris, cl qui gardent longtemps leur humidité. On a vu à l’Exposition industrielle de l85o des briques creuses ou tubulaires qui, grâce à leurs vides, sont mieux cuites, plus légères et en même temps plus solides que les briques ordinaires; clics
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ne sont pas plus dispendieuses. Depuis longtemps les constructeurs n’emploient plus pour les cheminées que les tuyaux de terre cuite inventés par un architecte, Gourlier. La terre elle-même, lorsqu’elle n’est ni trop grasse ni trop maigre, peut servir aux constructions; la plus convenable à cet usage est la terre îi briques. Le pisé (c’est le nom que l’on donne à cette nature de construction) est très- employé dans le midi de la France; la terre est passée à travers une claie qui retient les parties de la grosseur d’une noix; humectée ensuite avec de l’eau et malaxée jusqu’à ce qu’elle conserve la forme imprimée par les mains, on la mélange et pétrit avec de la paille ou du foin pour la préserver des fissures. Préparé avec soin et recouvert d’un enduit, le pisé acquiert avec le temps une grande solidité ; il abrite contre l’humidité et ne livre point passage aux insectes, avantages qui, pour les constructions rurales, le rendent préférable au bois.
Les bois bien desséchés trouvent un de leurs plus utiles emplois dans la confection des charpentes; préservés de l’humidité et disposés par piles, ils se conservent longtemps sans altération. Plus la consommation du bois va augmentant par suite de l’établissement et de l’entretien des chemins de fer, plus on accordera d’importance à l’industrie qui a pour objet de conserver le bois et de varier les essences applicables aux usages des constructions. Un kilomètre de chemin de fer exige 2500 traverses de chêne, ou 270 mètres cubes de bois, y compris les changements de voies, les stations, les gares, etc. Retarder la pourriture du bois, c’est accroître indirectement la richesse forestière de la France. Cette altération résume les fermentations successives produites par le concours de l'oxygène de l’air, de l’humidité et des ferments que fournissent les matières azotées, grasses et salines, les substances azotées se putréfiant et les substances sucrées et leurs congénères se convertissant en acide carbonique, alcool, acides acétique, lactique, etc. C’est surtout aux dépens de cette matière azotée que naissent a la surface des bois et pénètrent jusqu’en leurs parties centrales les végétations crvptogamiques, moisissures, champignons, etc. ; c’est elle qui sert de pâture à divers insectes, scolytes, cossus, sapei des, pciilelus, termites, à certains mollusques, larels, etc., envahissant les arbres sur pied, les bois abattus, et pulvérisant les navires jusque sur les chantiers où on les construit (1). Aussi les bois les plus altérables sont les arbres qui-, abattus en mars ou en avril, contiennent en plus forte proportion la sève ascendante ; coupés en novembre et janvier, ils en ont moins, et I on comprend que les moyens de les conserver consistent tous, à les imprégner d’un liquide antiseptique; la difficulté est de le pousser dans l’intérieur des cellules, des fibres, des vaisseaux, et dans les interstices qui les séparent. Nos hcleuis tiouveront, dans I ouvrage cité de Payen, la description des procédés et appaieils employés à cet usage, avec l’appréciation de leurs résultats et es dépenses qu ils entraînent. Dès .1813, Champy essaya l’immersion des
(I) Voy. Payen, Précis de chimie industr., 5e édition, 1867, t. II, p. 65, note **.
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bois dans un bain bouillant de suif (1) ; plus récemment, Hyan, dans une ' solution de 0,01 de bichlorure de mercure. Briant opéra dans le vide pour extraire les gaz du tissu ligneux, et ensuite sous une pression de 10 atmosphères pour forcer son imprégnation par le liquide antiseptique. Boucherie eut l’idée de le faire pénétrer par Yaspiration vitale dans les arbres debout ou dès qu’ils sont abattus, en pratiquant à leur base deux incisions qui, entourées d’une bande de toile caoulchouquée, reçoivent d’un petit tonneau le liquide à aspirer. Après l’expulsion de la sève par une première injection, une seconde y fait pénétrer un liquide conservateur (sulfate de cuivre) sur les arbres abattus et disposés presque horizontalement. Pour certaines essences, hêtre, pin, sapin, quelques minutes suffisent à cette double opération (i procédé 'par déplacement ) ; elle dure plus pour le chêne, dont les canaux séveux, à large section dans l’aubier, sont rétrécis dans le cœur. Les procédés de Boucherie sont exploités par une compagnie, et profitent aux traverses des chemins de fer comme aux bois de constructions domiciliaires. Parmi les agents conservateurs des bois, le tannin agit sur leurs éléments azotés comme sur la matière animale des peaux dans le tannage et sur celle des filets que les pêcheurs ne manquent pas de retremper par intervalle dans une solution de tannin; mentionnons le goudron, les huiles, suifs et résines, les sulfates de cuivre et de zinc obtenus neutres, le pyrolignale de fer, qui a été employé par Boucherie, l’acétate de plomb tribasique, etc. Wattren réussit avec une solution de 5 de sulfure de baryum dans 100 d’eau, et pendant 5 heures, sous la pression de 10 atmosphères; il le remplace par une solution de sulfate de fer dans les mêmes proportions, mêmes durée et quantité de pression; par une décomposition qui se fait dans les pores et vaisseaux du tissu ligneux, deux composés insolubles s’y produisent, du sulfate de fer et du sulfate de bat \ te, avec un excès de sulfure de baryum qui pendant longtemps prévient les attaques des insectes, le développement des cryptogames et 1 action des ferments. L’Amirauté anglaise préfère l’injection du bois par la solution du chiot me de zinc neutre (1 pour 100 d’eau) d’après le procédé de Payn.— Les bois les plus faciles à injecter sont le charme, le hêtre, les peupliers, le platane, le bouleau, les pins et les sapins. — A défaut d’injection conservatrice, la dessic cation lente et graduée dans une étuve à courant d air bridé (mêlé avec la fumée du combustible) a pour effet de rendre le tissu du bois plus séné, moins hygroscopique, moins sujet à s’altérer, à varier de volume.
L’emploi des métaux dans la construction des maisons a pris une extension
(1) L’usage d’immerger les bois date de loin : les premiers procédés, d ailleurs iuef ficaces ou nuisibles, sont ceux de Reed (17A0), de Jackson (1768), de l’allas (1779), de While (1798), etc. Voyez l’ouvrage de John Knowles, intitulé : Recherches sui es moyens employés dans la marine pour la conservation des bois et des vaisseaux. Pans, imprimerie royale, 1825, p. 20. — Traité- d’hygiène navale , par Fonssagrives. Pans, 1856, liv. I, cliap. i. — Payen, Précis de chimie industr., 5e édition, 1867, t. ,
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aussi considérable qu’avantageuse à leur salubrité et à leur durée ; ils tendent à se substituer de plus en plus aux charpentes de bois. Les colonnettes de fonte supportant des poitrails de fer ou de bois remplacent les piles de pierre du rez-de-chaussée, augmentent l’espace disponible, et laissent pénétrer plus d’air et de lumière dans les boutiques; les planchers de fer sont moins épais que ceux de bois; les persiennes et les fermetures de tôle sont plus légères, ne jouent pas, sont incombustibles, etc. Les portes de fer à claire-voie assurent l’aération permanente des corridors d’entrée et des cages d’escaliers.
Nous n’indiquons pas les éléments spéciaux qui entrent dans la structure des habitations suivant les climats et les lieux : à l’Islandais sa masure de terre gazonnée et protégée par des murs épais; au naturel de l’Océanie sa cabane dont les parois se composent de nattes mobiles et à claires-voies, qu’il enlève pendant les dix mois de saison chaude; nous considérons ici l’habitation dans son type le plus général, et telle surtout qu’il se présente dans les régions civilisées, abstraction faite des modifications qu elle doit subir en raison des localités.
Quelle contenance aura la maison qui s’élève? Les vastes édifices qui existent dans les grandes villes, et qui contribuent à leur magnificence monumentale, ne peuvent recevoir un si grand nombre d’habitants que par la superposition d’étages nombreux et par une stricte parcimonie de l’espace : presque toujours les convenances de la salubrité sont alors sacrifiées à l’intérêt de l’exploitation : point de paliers, des escaliers étroitement encaissés, des appartements d’une capacité insuffisante, un échange de méphitisme entre les fractions diverses de la population entassée depuis le niveau du sol jusqu’aux combles, telles sont les habitations où la grandeur apparente des proportions contraste avec l’exiguïté de la part faite à la santé. La maison est l’asile de la iamille : elle ne doit héberger que ce groupe naturel d’existences liées entre elles parla communauté d’origine, d’instincts, d’aptitudes physiques et morales. Socrate voulait la maison petite et pleine d’amis; nous voulons que les besoins et les commodités de la famille soient la base naturelle de la détermination de ses dimensions et de sa distribution intérieure. On l’entend ainsi en Angleterre, notamment à Londres; en Hollande, en Belgique et dans quelques autres pays ; l’hygiène s’accorde ici avec le sentiment de la bienséance domestique et l’indépendance de la vie privée.
L’orientation variera nécessairement, suivant les climats, les localités et la destination de la totalité ou des différentes parties d’un bâtiment; ceux qui doivent servir d’habitation d’été regarderont le nord; la même position convient ■ aux celliers, aux greniers, aux bibliothèques ; les appartements d’hiver, les salles j e bains, seront mieux placés au midi. Ce qui enlève à nos maisons le bénéfice Ites diverses ^positions à volonté, c’est leur alignement au cordeau, sans solution dç continuité : il faudrait que leurs quatre façades fussent en contact avec aii libie, en même temps que des cours spacieuses leur assureraient la jouissance de deux aspects opposés du ciel ; de cette manière la ventilation s’ef-
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fectuerait avec la plus grande facilité, et le ménage se conformerait à l'exi- , gencc des saisons en parcourant dans les divers corps de logis le cercle annuel des expositions. Les cours ne sont vraiment salubres que lorsqu’elles ont une largeur et une longueur égales h la hauteur des bâtiments qui les dominent; un pavé à chaux et à ciment défendra leur sol contre l’humidité. Quand on ne peut leur accorder ces dimensions, il est nécessaire d’abaisser un de leurs côtés au moins, et s’il est possible, celui du midi, au niveau d’un simple rez-dechaussée. À Paris, on ne fait des cours que pour administrer aux logements la lumière indispensable; un grand nombre de cours ne présentent pas en surface le dixième de celle des bâtiments environnants (1). Les allées, les avenues larges, les avant-cours qui ménagent entre la rue et. les habitations un espace libre, contribuent puissamment à leur salubrité. Les rues peuvent être considérées comme des canaux aériens dans lesquels se déverse le méphitisme humain par toutes les ouvertures des habitations qui les bordent des deux côtés; repousser sa demeure en arrière des lignes que décrivent les rues, c’est l’éloigner du courant miasmatique. Cet espace recevra une plantation d’arbres assez distancés pour ne pas nuire à la circulation de l’air, et pour ne pas devenir une cause d’humidité : ils intercepteront les effluves de la rue, ils procureront en été une douce fraîcheur, et en récréant la vue, ils agiront favorablement sur le moral. La hauteur des maisons se règle sur la largeur des rues. Une loi de '1792, confirmative de la déclaration de 1783, l’a fixée à cinquante-quatre pieds dans les rues de trente pieds de largeur, à quarantecinq dans les rues moins larges. Cette proportion est mal calculée ; nous voyons à Paris un grand nombre de maisons dont les étages inférieurs ne sont jamais visités par les rayons solaires. L’humidité permanente des cours et des rez-de-chaussée tient à la privation de l’influence solaire. Il convient ou d’élargir les rues ou d’abaisser les maisons : l’élévation de celle-ci et le diamètre transversal de celles-là doivent être égaux, si l’on veut que le soleil donne à midi sur les parties inférieures des édifices. Si la construction qui s’élève reste isolée sur ses quatre daces, on peut l’exhausser sans inconvénient. Dans les localités marécageuses, l’élévation des demeures permet d’éviter en partie le danger des émanations. En général, on leur donnera plus de hauteur dans les plaines que dans les pays de montagnes, au voisinage des eaux que sur un terrain sec, etc.
Le rez-de-chaussée, construit au-dessus du niveau des rues, sur des voûtes qui circonscrivent des caves bien aérées, communiquera par de larges ouvertures avec la voie publique et avec des cours étendues. Il est à désirer que l’emploi de la chaux hydraulique jusqu’au premier étage remplace celui du plâtre ; la différence du prix est minime (2). Point d’entre-sol : ceux que nous
(1) Rapport sur la salubrité des habitations, par une commission composée de MM. A. Petit, A. Trébuchet et Rohault, rapporteur. Paris, 1832, in-8.
(2) Voyez Rapports généraux du conseil de salubrité, etc. Paris, 1855, p. 190.
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voyons à Paris sont pour la plupart trop bas, débordés sur la rue par l’avance des balcons, des corniches, des entablements des fenêtres supérieures ; de là privation de lumière et d’air. Un escalier étroit les met en rapport avec les magasins, de sorte qu’ils sont placés entre les ellluvcs des ruisseaux et des égoûts de la rue, et une atmosphère altérée par l’odeur des marchandises, des denrées, etc. Le nombre des étages une fois arrêté, distribuez par masses égales entre eux l’air que vous confinez entre les quatre murs fondamentaux ; sacrifier, comme on le fait, les étages supérieurs aux inférieurs, c’est infliger à leurs habitants des conditions très-différentes de vie. La toiture ne reposera pas immédiatement sur les pièces d 'habitation les plus élevées; entre celles-ci et la couverture, un plafond doit limiter une couche d’air, comme font les caves entre le sol et le rez-de-chaussée ; les châssis vitrés, les fenêtres à tabatière, ne préservent pas complètement des intempéries; les pièces qui présentent cette disposition sont glaciales en hiver et torrides en été. La toiture sera construite avec des ardoises ou des tuiles. L’industrie fournit aujourd’hui des tuiles en losange et rectangulaires qui ne pèsent plus par mètre que 40 kilogrammes au lieu de 90, poids des anciennes tuiles, et des dalles d’ardoise assez épaisses pour ne plus se rompre en débris sous les pieds des poseurs. Le toit de chaume sied mieux en poésie que dans la vie réelle; il est déplacé même sur les chaumières qu’il expose trop aux chances de l’incendie, quoiqu’il abrite contre les pluies et qu’il soit mauvais conducteur du calorique. La couverture de planches est la plus mauvaise ; les planches finissent toujours par se disjoindre et pourrir. On emploiera avec avantage les métaux peu oxydables à l’air, tels que le zinc, le plomb. Ce dernier peut céder aux eaux pluviales une certaine quantité d’oxyde qui compromet l’approvisionnement des citernes (Berlhollet, Deyeux, Vauquelin, Boutigny). La couverture de zinc, grâce à son faible poids, n’exige qu’une charpente légère, et se répare plus facilement que celle d’ardoise ou de tuile ; mais les variations de température nuisent au zinc. Flachat a appliqué à la gare de l’Ouest, 5 Paris, une couverture de feuilles de tôle cannelées et courbées suivant un certain rayon; arrêtées aux extrémités, c’est-à-dire sur les murs, elles rendent la charpente du toit inutile. La forme n’est pas sans importance. Les toitures très-élevées et à pentes très-déclive, comme on en observe encore dans les vieilles villes, augmentent inutilement la hauteur des maisons, attirent l’électricité de l’air accélèrent la chute des eaux pluviales jusqu’à rupturer les tuyaux de conduite* Les toitures en terrasse plate exposent les appartements sous-jacents aux infiltrations d’eaux pluviales; elles s’échauffent en été, et laissent s’accumuler en hiver les neiges qui deviennent une cause de froidure et d’humidité; notre r imât repousse ce mode de couronnement des habitations qui vient d'être appliqué fort mal à proposa Metz à une caserne du génie (1846). Le dôme d origine orientale, doit à la convexité de sa surface de réfléchir les ravons solaires, sous quelque angle d’incidence qu’il en soit atteint ; aussi, dans les climats méridionaux, a-t-il l’avantage de préserver les combles d’un excès de
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chaleur. Nos maisons exigent une couverture d’inclinaison moyenne, peu élevée, faite d’une matière non poreuse, non hygrométrique, percée d’ouvertures i pour la circulation de l’air, ne dépassant point les murs de façade afin de ne i pas leur porter ombre; un paratonnerre les défendra contre les décharges J électriques. Pour les règles de construction de cet appareil préservateur, nousrenvoyons aux traités de physique.
Étant donnée une pièce d’habitation, il y a à considérer les murailles, le plancher, le plafond, les dimensions relatives à sa destination, les fenêtres et les portes, les escaliers qui y conduisent, etc. Que les murailles soient épaisseset sèches; quoi qu’on fasse, on obtient difficilement ce résultat : au niveau du sol, elles offrent une humidité constante due à la capillarité, et à leur extré- j mité supérieure elles se laissent imprégner par les eaux météoriques ; baignées par les brouillards, fouettées par la pluie, elles absorbent l’humidité i de l’air ambiant. En déposant entre les assises de pierres, et de distance en distance, une lame de plomb, une couche de bitume ou de mastic hydrofuge, on s’opposera aux effets ascensionnels de la capillarité et aux effets déclives de l’infiltration pluviale. On complète ces mesures préservatives de l’humidité en donnant aux appartements des parois de menuiserie, séparées des murs par une couche d’air intermédiaire en ménageant dans la maçonnerie des espaces vides où l’air se renouvelle, en faisant serpenter dans l’épaisseur des murs des tuyaux calorifères, etc. Les boiseries, les armoires, servent au même objet; mais la masse d’air qu’elles circonscrivent ne tarde point à s’altérer, si elle n’est fréquemment rénovée. Même utilité des tentures, des papiers dont on a coutume de tapisser les parois des appartements ; ils exigent, pour se conserver, l’interposition de lamelles métalliques ou d’une couche d’air libre. Leur couleur inllue sur l’éclairage des pièces, sur la sensibilité oculaire, sur les impressions morales. La où la lumière afflue, ménagez à l’œil des tons doux et moelleux ; corrigez par l’éclat du revêtement intérieur l’obscurité de certaines pièces ; les peintures contrastées, les dessins embrouillés, les papillotages, agacent les yeux disposés à l’iritis; une vue faible est offensée par la prodigalité des teintes rouges, pourprées. Qui n’a éprouvé ce qu’un appartement sombre, rembruni par une ornementation semi-lugubre, jette de tristesse dans les pensées de ses hôtes ! Les papiers de tenture ont l’inconvénient de s’infecter de punaises ; une solution concentrée de lx grammes de sublimé, associée à la colle qui sert au collage du papier, est un moyen de destruction que la prudence ne permet pas de vulgariser ; le lavage des murs avec la décoction d’absinthe et beaucoup d’autres agents, notamment la poudre de p> rétine, procurent le même résultat. — Ou a essayé de faire concourir la peinture des murs à l’assainissement des habitations ; faite à l’huile, elle a l’avaniagc de s’opposer à l’imprégnation des murs par les matières organiques, d’assurer leur durée et de permettre les lavages. L’industrie de nos jours a proposé bien des enduits destinés à la faire adhérer; mais aucun n’a soutenu les éloges de son inventeur. Les peintures à l’huile se fendillent, se desquament, se déta-
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chent, soulevées par les goutleletles d’eau. Nous ue blâmons pas l’excès de précaution qui bannit de la composition des couleurs destinées aux murs, l’orpiment, le vermillon, le minium et le blanc de céruse. La peinture au blanc de zinc a le double avantage de soustraire des classes nombreuses d’ouvriers à l’empoisonnement saturnin et de ne point brunir au contact des émanations d’acide sulfhydrique et de sulfhydrate d’ammoniaque ; elle a pour elle la sanction d’une expérience de plus de quinze années ; elle seule résiste dans les locaux exposés aux fuites du gaz de houille, aux émanations des latrines, des bains sulfureux, etc. ; associé avec 1 d’indigo pour 100, le blanc de zinc donne la teinte d’azur, avec 1 de charbon le gris-perle, avec 2,5 de plomb le jaune-paille, avec 8 de bleu de Prusse le vert d’eau, et avec 10 de jaune de chrome le jaune d’or, etc. (1). Il est nécessaire de laver de temps à autre les chambres d’habitation peintes à l’huile, pour les débarrasser de la couche de matières organiques qui s’y attachent et s’y accumulent à la longue. Quant au lavage des murs à la chaux, ce moyen est à peu près aussi efficace contre
l’humidité que le lavage au chlorure de chaux contre l’infection miasmatique des salles d’hôpital : l’un et l’autre sont d’une routine illusoire.
Le meilleur plancher consiste dans un parquet fait de bois dur et ciré ; les planchers de bois mou se défoncent, s’imbibent de toutes les matières liquides qui coulent sur eux, retiennent longtemps l’humidité des lavages. Moins froids que le dallage, les briques et la pierre, les parquets-cirés n’absorbent aucun liquide ni miasme; ils seront préservés de toute humidité au moyen d’une nappe d’air en circulation entre leur face inférieure et le sol ou la charpente; ce courant d’air sera alimenté par un appel à la cheminée, ou par l’opposition d’ouvertures pratiquées aux murs; les tambours du parquet doivent reposer sur des points d’appui isolés; on s’abstiendra de sceller en plâtre sur le remblai. Le plafond est préférable même à la forme voûtée du plancher supérieur, forme d’une exécution assez difficile ; il présentera une surface unie, sans renfoncements ni saillies. Cette disposition qui caractérise d’anciennes constructions, et que remet à la mode le goût renaissant des sculptures sur bois, n’est bonne qu’à empêcher une aération complète et à retenir les miasmes qui adhèrent aux anfractuosités des plafonds à encoignures et à reliefs entrecroisés.
La capacité d’une chambre se proportionne au nombre d’individus qui 1 habitent, et à la durée moyenne du séjour qu’ils y font pendant les vingtquatrc heures de la révolution diurne. La pièce destinée aux enfants exi"e d’amples dimensions, à cause de l’activité respiratoire de cet âge; celle où nous restons le plus longtemps sans y rétablir d’aération active est la chambre a coucher. La stagnation nocturne de l’homme dans une atmosphère confinée même la plus grande attention ; le sommeil cesse d’être une précieuse réparation de nos forces, s’il est pris dans un air vicié. Nous entrerons plus bas dans te detail de cette question; contentons-nous d’insister ici sur la nécessité de dispenser largement à la famille le bienfait d’un air pur, et sur les multiples
(1) Payen, Précis de chimie industr ., 5° édition, -1867, t. I, p. 694.
M. Lévy. Hygiène, 5e édit. ’
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circonstances d’installation, de vie commune, etc., qui contrarient la satisl'ac- , lion de celte règle. Le nombre, le diamètre cl la disposition des ouvertures y peuvent aider beaucoup ; les portes et les fenêtres sont des instruments de ventilation naturelle, ellicaces seulement pendant la saison chaude, caron ne les ouvre qu’alors d’une manière permanente ; encore faut-il que le temps ne soit pas au calme plat, et que les ouvertures, opposées les unes aux autres, permettent aux courants de balayer le marais aérien de la maison, en s’élançant à travers les appartements, et de se rompre en suivant leur configuration pour rejeter au dehors le détritus gazeux de la famille. Pratiquées à ('opposite les unes des autres, les fenêtres occuperont les deux tiers de la largeur totale des murs; plus elles auront do hauteur, plus elles faciliteront la prompte rénovation de l’air ; elles devront atteindre la corniche du plafond, afin que la couche d’air supérieure et les miasmes adhérents au plafond puissent être rapidement balayés ; si elles laissent entre leur bord inférieur et le plancber un intervalle d’un mètre et demi, il faudra établir au niveau du parquet des ventouses munies d’opercules, d’une section d’environ 15 à 20 centimètres carrés ; ces ouvertures lanceront des courants d’air pur dans la partie basse de l’appartement; leur utilité, constatée dans les hôpitaux, ne sera pas moins sentie dans les habitations privées, avec la précaution de ne les ouvrir qu’en l’absence des habitants ; mais il est désirable que les croisées ouvrent à 50 centimètres au plus au-dessus du plancher, et mieux vaut qu’elles s’ouvrent à deux battants du parquet au plafond. Dans les chambres à coucher, les châssis des fenêtres devraient être divisés en deux parties, dont la supérieure, plus petite et basculant par un cliquet, permettrait d’aérer de bonne heure sans inconvénient pour les personnes encore couchées. Si l’on ne peut établir deux rangs opposés de fenêtres, on aura soin de disposer la porte en face d’une croisée ou de la cheminée ; elle fermera exactement pour prévenir les courants d’air partiels ou vents coulis. Les portes doubles ou munies de tambours garantissent mieux contre le froid extérieur, mais elles sont un obstacle à la ventilation; celles qui conduisent dans les cabinets de travail, dans les chambres à coucher, etc., doivent être percées de telle manière quelles ne lancent pas en s’ouvrant un courant d’air sur des personnes au lit ou dans la station presque immobile d’un travail sédentaire. Avec toutes ces dispositions favorables h la rénovation de l’atmosphère domestique, il n’y a lieu de s’exagérer l'effet de la ventilation naturelle ou spontanée par l’excès de la température des lieux habités (en moyenne + 16“ c.) sur celle du dehors : suffisante eu hiver où l’on ouvre peu, elle ne l’est plus ni au printemps ni en ôté.
La condition première des escaliers est celle de toutes les autres parties de l’édifice privé, savoir : la largeur de l’espace et la facilité de l’aération. Dans les grandes villes, où le prix des loyers est très-élevé, la cupidité des proprietaires réduit aux dimensions les plus exiguës les cages des escaliers; aussi soutelles le plus souvent privées de lumière, humides, mal aérées. Dans les maisons de peu de valeur, l’odeur des latrines s’y répand; l’infection est inévitable quand
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des sources d’émanations fétides existent dans les parties inférieures, la cage de l’escalier faisant alors l’office d’un tuyau d’appel. Que l’escalier occupe donc un espace suffisant; que ses diverses sections soient séparées par des paliers qui augmentent la capacité atmosphérique de sa cage, et servent de haltes dans le labeur de l’ascension; qu’il représente un plan modérément incliné, que ses marches soient larges et peu élevées; plus il a de hauteur, moins il doit avoir de roideur et d’escarpement : l’action de monter gêne l’abaissement du diaphragme et détermine de l’anhélation chez la plupart des individus, même quand ils ne sont point faibles ni obèses, ni affectés d’une lésion pulmonaire ou cardiaque. C’est donc un soulagement pour tout le monde que d’adoucir la pente des montées; celles qui se contournent en spirales autour d’un point central et dont la cage forme une tour, occasionnent le plus de fatigue, et chez beaucoup de personnes une sensation de vertige. Les escaliers intérieurs qui établissent une communication directe entre deux appartements situés l’un au-dessus de l’autre, ont pour effet de hâter dans l’un et l’autre la viciation de l’air, et de susciter alternativement, de haut en bas, ou de bas en haut, suivant la densité de l’air, un échange de méphitisme. Dans les maisons qui n’ont pas de cour, on arrive ordinairement aux escaliers par une allée : celle-ci ne remplace que très-imparfaitement le moyen puissant de ventilation que fouruit une cour spacieuse. Elle doit être dallée ou bituminée, car le pavage laisse des interstices qui favorisent l’infiltration des eaux ména-
gètes; celles-ci doivent avoir un écoulement facile, et les gargouilles, bien couvertes, auront des ouvertures opposées au dehors du bâtiment, pour qu’il s y établisse un courant d’air; au besoin, un tuyau d’évent, piqué sur la gargouille, monterait au-dessus des toits. Sans ces précautions, des exhalaisons malsaines se développent dans les allées qui se transforment, dans les maisons de mince aloi, en véritables cloaques par le dépôt des ordures, par la diffusion des eaux ménagères sur le pavé, ou des caniveaux mal joints; ouvertes, elles servent d urinoir public aux passants; fermées, elles envoient dans les appartements un air infect. Le dallage remédiera au mal, surtout si la maison est feintée par une porte à claire-voie qui laisse accès à l’air extérieur. En général, les portes d’entrée sont un élément essentiel du système général de ventilation que toute maison réclame : leur ouverture doit offrir de grandes dimensions ; les portes en grillage de fer conviennent mieux que les portes massives qui, par leur fermeture, interceptent la circulation aérienne entre la maison et la voie publique.
Sous la dénomination d’annexes, nous comprenons les cuisines, le système d écoulement des eaux ménagères, les bains, les puisards, les latrines, les ecunes, etables, etc. La construction des cuisines est, en général, négligée • mal situées, mal éclairées, mal ventilées, elles deviennent un foyer d’insalume par la vapeur de charbon qui s’en dégage, par l’odeur des débris alimen-
i fV/ tC‘ P°ur *eur établissement un ensemble de règles
n autome foi ait sagement d’imposer l’exécution aux propriétaires. Il faut ‘oigner les cuisines des appartements, surtout des chambres à coucher, leur
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proximité n’est pas seulement désagréableù cause des exhalaisons culinaires, mais ■ * elle a causé plus d’une asphyxie, tant parmi les maîtres que parmi les cuisiniers. Elles seront spacieuses, très-élevées, dallées, fréquemment nettoyées, ventilées au niveau du plafond; les fourneaux seront placés sous une hotte commuai- 1 quant à celle du foyer principal, et dont l’ouverture soit calculée pour produire i un courant d’air qui entraîne les émanations du charbon. On pourra laisser un certain espace entre le foyer et les fourneaux, mais à condition qu’ils soient clos, et que la vapeur du charbon soit appelée dans un tuyau répondant à la cheminée. Les pierres d’éviers sont souvent une cause d’infection: on y remédie en passant au-dessus de l’orifice une cloche à bords découpés, qui, plongeant dans une petite rainure remplie d’eau, ne s’oppose point au passage de ce liquide; de temps en temps on soulève cette cloche pour déterger le tuyau. Dans un grand nombre de maisons, notamment dans les hôtels des : grandes villes, comme Paris, les cuisines sont reléguées dans lés caves ou soussols. Pour recevoir cette destination, il faut que les étages souterrains soient d’une grande étendue, très-secs et aérés par aspiration; encore la réunion de ces conditions ne suffit-elle point pour préserver ceux qui y travaillent de l’étiolement et de douleurs rhumatismales. Les fourneaux à circulation de fumée, généralement usités aujourd’hui, permettent d’établir à partir de leur foyer des tuyaux de circulation d’eau qui, ramifiés sur une certaine étendue dans la cheminée et revenant au foyer, comme dans les chauffages à l’eau chaude, déterminent un appel suffisant. En l’absence de ces appareils, si les cuisines sont éclairées au gaz, l’allumage d’un ou de deux becs de gaz au bas de la cheminée, et près de son tuyau de fumée, suffit à produire cet appel pendant le temps de la préparation des aliments. Le général Morin (1) auquel nous empruntons ces conseils, a calculé qu’au prix actuel du gaz, cet assainissement, répété deux fois par jour, ne coûterait pas plus de 26 fr. 28 cent, par an. Avec de grandes cuisines à larges hottes dont les fourneaux fonctionneraient plus longtemps et avec activité, il serait plus économique d’établir au bas du tuyau de fumée et sur le sommet de la hotte une grille alimentée de houille. Les habitations privées de l’aristocratie et de l’opulence sont seules en France pourvues de bains; en Angleterre, en Belgique, la famille simplement aisée, disposant d’une maison, y trouve cette précieuse ressource d’hvgiène domestique; elle existe aussi dans un grand nombre de modestes résidences de campagne qui rappellent les cottages de nos voisins d’outre-Manche. Le général Morin fait valoir la circulation et les récipients d’eau chaude qu’il prescrit pour l’évacuation des mauvaises odeurs des cuisines, ainsi qu’il vient d’être dit, comme le moyen économique d’y annexer des bains toujours prêts ; de même la chaleur perdue des fourneaux de casernes et des fourneaux économiques qui servent à l'alimentation des pauvres, comporterait l’adjonction de bainsgratuits ou à prix réduit, établis d’après le même principe. Il n’est pas même besoin d’une circulation d’eau
(1) A. Morin, Manuel pratique du chauffage et de la ventilation. Paris, 1868, p. 10/. — Études sur la ventilation , 2 vol.
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chaude; les fourneaux ordinaires de cuisine à circulation d’air chaud se prêtent ii cette installation : les ingénieuses combinaisons de la science inspirant l’industrie sont encore loin d’avoir produit tous leurs effets utiles pour le bienêtre des individus et des masses.
^)ans les campagnes, les eaux ménagères, qui ne contiennent plus assez de substance nutritive pour être données aux bestiaux, sont répandues hors des habitations, et vont alimenter des mares qui, réduites par l’évaporation, exercent parfois la même influence que les marais, et plus souvent encore une influence typhique. Dans nos maisons, le système d’écoulement de ces eaux se compose d’éviersintérieurs, répondantà des cuvettes placées au dehors au niveaude chaque étage, et se continuant par des tuyaux qui descendent le long des murs de face dans la rue ou dans la cour. Les tuyaux s’engorgent de matières infectes, dont l’odeur pénètre dans les habitations ; on évite cet inconvénient à l’aide de siphons ou de couvercles hermétiques, et, à leur défaut, on interrompt la communication directe du tuyau principal et de levier intérieur, en disposant à l’extérieur des cuvettes intermédiaires, qui permettent à l’air d’entrer dans l’embranchement, sans parcourir toute la longueur du tuyau ( Rapport cité). La cuiller, qu on place sous le tuyau, doit être large, disposée de manière à prévenir la détérioration du pied du mur. De la cuiller les eaux se déversent sur le pavé ou dans des gargouilles de pierre; quand celles-ci sont faites pour la traverse des bâtiments, les dalles qui les couvrent doivent être scellées à la pierre : sans cette précaution, ou avec des gargouilles qui ont une simple couverture de planches, l’intérieur des maisons est exposé à l’humidité, aux émanations malsaines. Il y a avantage pour la salubrité et économie pour le propiiétaire à conduire les eaux pluviales dans les conduits d’eaux ménagères, pour les laver. Des puisards sont destinés à recueillir et à débiter les eaux, quand leur écoulement ne peut avoir lieu sur la voie publique. Sans aucun inconvénient lorsqu ils ne reçoivent que les eaux pluviales, ils acquièrent un haut degré d insalubrité par l’addition des eaux ménagères; celles-ci, en s’infiltrant dans le sol, vont corrompre l’eau des puits; elles laissent d’ailleurs sur les parois du puisard une vase qui en obstrue les pores; bientôt l’infiltration n est plus possible ; les liquides s’accumulent, fermentent et donnent lieu à un dégagement d’effluves putrides. Supprimer les puisards et rejeter les eaux ménagères loin des habitations est une règle importante d’hygiène domestique ; s il y a nécessité de les conserver, il faut en fermer l’ouverture au moyen d’un siphon dans lequel l’eau qui s’écoule sert elle-même d’obturateur; cette mesure suffit si le liquide s’infiltre dans les terres; dans le cas contraire, il ne leste d autre remède que le curage périodique des puisards. L’ordonnance de P ’e c u 20 juillet 1 83b prescrit de construire les puisards en maçonnerie et
es^ ermerpar une cuvette à siphon ; l’ouverture d’extraction, correspon-
• a Une c eni'n^e c^e ^ mètre 50 centimètres au plus de hauteur, doit
* te ' rn<JLre en longueur sur 65 centimètres de largeur; quand ouverluie coirespond à une cheminée excédant 1 mètre 50 centimètres
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de hauteur, les dimensions des puisards seront augmentées et l’ouverture, égalera les deux tiers de la hauteur de la cheminée. Aucun puisard, aucun puits d’absorption ne peut être établi sans une autorisation spéciale. Les eaux des puisards ne peuvent pas être écoulées dans les ruisseaux des rues ; il est' procédé à leur vidange comme à celle des fosses d’aisances. #
La structure vicieuse des latrines est le fléau d’un grand nombre d’habitations privées. On connaît le danger de leurs émanations; les accidents qu’elles produisent ont été désignés sous le nom de plombe t de mit te. Celle-ci, due aux vapeurs ammoniacales, donne lieu à des picotements, à d’âcres cuissons aux yeux, à l’inflammation du globe oculaire et de ses annexes, à l’enchifrènement avec douleurs dans le fond et autour des orbites, à la photophobie, souvent suivie d’une cécité de plusieurs jours: la guérison survient par le bénéfice d’une abondante sécrétion de larmes et de mucus nasal limpide; d’où la distinction que font les vidangeurs de la mitte en sèche et en humide ou grasse. Cette ophthalmie se répète sans porter atteinte à la vision; la myopie, l’amaurose, l’ophthalmie chronique et: persistante sont rares parmi les vidangeurs qui, avec le temps, finissent par accoutumer leurs yeux au contact des émanations ammoniacales. Les accidents du plomb sont de deux genres : dus à l’action d’une atmosphère presque entièrement privée d’oxygène, ils expriment les effets d’asphvxie produits par l’azote et par l’acide carbonique, car dans quelques fosses l’analyse chimique a démontré que l’air contenait 2 pour 100 d’oxvgène, 94 d’azote et 4 d’acide carbonique; la gêne de la respiration et un affaiblissement progressif sont alors les symptômes que l’on observe et qui se dissipent par la simple exposition à l’air. Si le plomb est déterminé par la présence de l’acide sulfhydrique que l’analyse chimique a constaté dans les fosses aussi bien que le sulfhvdrate d’ammoniaque, les phénomènes sont ceux d’un véritable empoisonnement: douleur vive à l’estomac et aux articulations, resserrement du gosier; céphalalgie, nausées, défaillances, cris involontaires et quelquefois modulés ; délire, convulsions générales, rire sardonique; refroidissement du corps; yeux clos, pupilles dilatées et fixes, face livide, lèvres violettes; battements tumultueux du cœur ; pouls petit et accéléré; écume blanche ou sanglante it la bouche, respiration courte et convulsive, etc. Ces terribles accidents peuvent ne se produire que plusieurs heures après la sortie des fosses ; d’autres fois ils revêtent la forme délirante, et la mort est instantanée. Les premiers symptômes sont, chez quelques ouvriers, une loquacité insolite, des propos incohérents, une sorte de danse automatique; ordinairement la maladie dure de quelques minutes à vingt-quatre heures, et généralement la connaissance revient aux malades avant le terme fatal. Outre ces diverses sortes d’effets, les médecins militaires savent bien que la dysenterie des camps a souvent son origine dans l’infection des fosses mal entretenues ou rarement comblées qui reçoivent les déjections de masses d’hommes. Le méphitisme des latrines’cst «plus fréquent pendant les chaleurs, dans les temps humides, dans les habitations collectives; il augmente par le séjour prolongé
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des matières, la forme carrée et la profondeur de la fosse, par le mauvais état de ses parois, par le mélange avec les urines, l’eau de vaisselle, de lessive, de savon, etc. L’extinction d’une lumière introduite dans la fosse indique la prédominance de l’azote et de l’acide carbonique; le sulfhydrate d’ammoniaque estfragrant; le gaz hydrosulfureux ne se dénote par aucun indice appréciable. Le plus sûr moyen de prévenir le méphitisme consiste dans une bonne construction des fosses et des latrines. L’ordonnance de police du 1 ar décembre 1853 en a fixé les conditions, ainsi que celles des vidanges. Les fosses placées sous le sol des caves doivent avoir une communication immédiate avec l’air extérieur; les caves et autres locaux où se trouvent les ouvertures d’extraction des fosses auront au moins 2 mètres de hauteur et assez d’espace pour recevoir quatre travailleurs et leurs ustensiles. Les murs, la voûte et le fond seront entièrement construits en pierres meulières maçonnées avec du mortier de chaux maigre et de sable de rivière bien lavé ; les parois de la fosse seront enduites de pareil mortier lissé à la truelle ; on ne donnera pas moins de 30 à 35 centimètres d’épaisseur aux voûtes, et moins de 45 à 50 centimètres aux massifs et aux murs. Point de compartiments, de divisions dans les fosses, point de piliers, de chaînes ou d’arcs de pierres apparentes. Le fond sera en forme de cuvette concave ; tous les angles intérieurs seront effacés par des arrondissements de 25 centimètres de rayon. Autant que possible, on construira les fosses sur un plan circulaire, elliptique ou rectangulaire. Point de fosses à angles rentrants, hors le seul cas où la surface de la fosse serait au moins de 4 mètres de chaque côté de l’angle, et alors il sera pratiqué, de l’un et de l’autre côté, une ouverture d’extraction. Quelle que soit leur capacité, les fosses ne peuvent avoir moins de 2 mètres de hauteur sous clef; elles seront couvertes par une voûte en plein cintre, ou qui n’en différera que d’un tiers de rayon; l’ouverture d’extraction des matières sera placée au milieu de la voûte; la cheminée de celte ouverture ne doit point excéder 1 mètre 50 centimètres de hauteur, et l’ouverture elle-même ne pourra avoir moins de 1 mètre de long sur 65 Centimètres de large. Que si la cheminée a plus de 1 mètre 50 centimètres de hauteur, on calculera les dimensions de l’ouverture pour que sa longueur ou sa largeur égale les 2/3 de la hauteur de la cheminée. Le tuyau de chute doit toujours être vertical, d’un diamètre minimum de 25 centimètres, s’il est de lerre cuite, et de 20 centimètres, s’il est de fonte; il doit être immergé par sa partie inférieure, soit dans les matières de la fosse, soit mieux dans une cuvette de cuivre mobile ou fixe, dans laquelle il est utile, quand on le peut, de faire arriver, de temps à autre, île l’eau pour la laver. Parallèlement au luyau de chute doit régner un tuyau d’évent qui sera conduit jusqu a la hauteur des souches de cheminées de la maison ou de celles dos maisons contiguës, si elles sont plus élevées; ce tuyau d’évent aura un diamètie de. 25 centimètres au moins. L’orifice inférieur des tuyaux de chute et event ne pourra être descendu au-dessous des points les plus élevés de l’intrados de la voûte. Le mauvais état des tuyaux de chute est une des causes les
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plus ordinaires de l’infection des latrines; ils se font en poterie mal cuite dont les joints ne sont pas ajustés exactement; les plâtres qui les enveloppent s’imprègnent d’une humidité fétide qui s’étend aux murs d’adossement: ceux-ci se dégradent ; leur mortier, leur plâtre surtout, se décomposent; les bois de charpente ou de cloison pourrissent. On substitue avantageusement à ces conduits de poterie des tuyaux de fonte dont les joints sont bouchés avec du mastic: cette précaution ne suffît pas pour empêcher les émanations, il faut encore isoler le tuyau dans un coffre de plâtre, libre dans toute la hauteur du bâtiment, ouvert en bas et au-dessus du toit seulement, de manière à laisser entre sa face interne et le tuyau une couche d’air dont le courant entraîne les exhalaisons. Les sièges des cabinets sont garnis de cuvettes hydrauliques mobiles, dites à l’anglaise, qui s’opposent à l’ascension des gaz. La cuvette dite appareil Rogier- Mothès, bascule, se vide par le seul poids des matières, et revient ensuite fermer à peu près cet orifice qui, s’il n’est pas clos hermétiquement, infecte le cabinet.
Le système des fosses mobiles n’est pas une nouveauté : en 1788, Gourlier avait proposé un appareil pour la séparation des matières solides et liquides. Parent-Duchâtelet préconise ce système: « Il peut s’appliquer partout; il facilite l’enlèvement des matières, et permet de le faire sans odeur et sans malpropreté; il préserve les ouvriers des dangers de l’asphyxie ; il empêche les dégradations de nos édifices et contribue à augmenter la masse disponible des engrais (1). » L’ordonnance de 1853 interdit le placement des appareils mobiles dans une fosse supprimée dans laquelle il reviendrait des eaux quelconques; elle exige qu’ils soient établis sur un sol rendu imperméable à 1 mètre de profondeur au moins, au pourtour des appareils disposés en forme de cuvette. Les caveaux à fosses mobiles seront constamment pourvus d’une échelle qui permette d’y descendre sans danger; les trappes destinées à fermer l’ouverture de ces caveaux doivent être construites solidement, et garnies d un anneau de fer, pour en faciliter la levée; on évitera que les eaux pluviales et ménagères ne pénètrent dans les caveaux. Tout appareil plein sera enlevé et remplacé avant que les matières débordent ; il sera formé un plan, luté et nettoyé avec soin avant d’être porté aux voitures. Défense de laisser dans les maisons d’autres appareils de fosses mobiles que ceux qui y sont en service, et de faire écouler les matières contenues dans des appareils à 1 aide de cannelles ou de toute autre manière. Pour l’établissement des deux étages de tonneaux dont se composent les fosses mobiles, il faut préférer les rez-de-chaussée munis de tuyaux d’évent aux caves profondes dont les marches se dégradent par le passage fréquent des tonneaux, et où la surveillance est difficile; il faut veiller à ce que les tuyaux ou cylindres qui font communiquer entre eux les deux rangées de tonneaux soient bien disposés, et à ce que les matières ne se déversent pas sur le sol. Quand ces précautions ne sont pas exactement observées, les fosses mobiles deviennent aussi une source d’infection: c’est ce que
(1) Parent-Duchâtelet, Annales d’hygiène publique, 1835, t. \1V, p. 321.
privée]
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nous avons souvent constaté dans l’hôpital du Val-de-Grâce, où ce système est adopté depuis fort longtemps. Mais il ne s’agit ici que des maisons particulières; or, une expérience de plus de douze ans m a démontré qu un seul tonneau inodore, suffisant aux excreta d’une famille, s’il est remplacé en temps utile, disposé sur le sol de la cour sous un hangar, et en bon état, ne donne lieu à aucun dégagement d’odeurs et laisse, sur deux étages, aux cabinets d aisance toute salubrité : voilà ce qui se voit aussi au Val-de-Gruce, mais en dehors de l’hôpital, dans le pavillon de la Direction. Une préférence raisonnée et expérimentale s’attache au système des fosses mobiles ; il exige, comme tout autre, soins et surveillance; mais 'a ce prix, il n’en est pas de plus simple, de moins rebutant ni de plus expéditif; il supprime l’affreux cloaque dit fosse d’aisances, sur lequel l’homme, la famille bâtit sa demeure; il supprime l’horrible opération de la vidange nocturne.
En Angleterre, on a renoncé aux fosses d’aisances : elles ont existé à Londres tant que les maisons sont restées sans jonction avec les égouts ; mais vers 1820, les compagnies d’eaux ayant commencé leur service, qui dès 1850 procurait aux ménages particuliers une quantité d’eau de 260 000 mètres cubes, l’usage des water-closets se généralisa, les prescriptions qui fermaient les égouts tombèrent en désuétude, le drainage des maisons par la canalisation souterraine devint la règle et la fosse l’exception. Aujourd’hui un égout passe dans toutes les rues de Londres; de chaque maison particulière sort un tuyau de grès qui y décharge les eaux de la cuisine, des cabinets de toilette, du watercloset et de la cour ; l’égout lui-même est de briques, à profil d’œuf et se déverse dans l’ancien affluent de la Tamise, converti en égout de 2, 3 et A mètres d’ouverture; là l’écoulement ne s’effectuant qu’à basse mer, les eaux chargées d’immondices stationnent six heures : les grandes artères deviennent ainsi, dans le bas, de véritables réservoirs avec tous les inconvénients de dépôt, de méphitisme et d’inondation qu’un mode discontinu d’écoulement doit amener dès que surviennent des orages on qu’on étend trop le bassin de l’égout (1). Aussi l’eau de la Tamise est-elle altérée par le mélange de tant de matières organiques : sous les ponts, elle est jaune et sale comme un bourbier, tandis qu’en la remontant jusqu’aux prairies d’Hampton-Court, on la trouve vive et limpide. Sur les 16 U00 maisons de la cité, A000 à peine ne sont pas encore drainées. Des inspecteurs, qui, pour les travaux et la surveillance, relèvent d’un ingénieur, et qui, en même temps, rendent compte de l’hygiène au médecin en chef, sont répartis en dix sections sur le territoire de Londres; d’après leurs rapports, vérifiés sur place par ce fonctionnaire médical, injonction est faite aux propriétaires d’exécuter dans un délai fixe la jonction souterraine de leurs maisons avec l’égout public, de munir les water-closets de
(1) Mille, ingénieur des ponts et chaussées, Rapport sur le mode d’assainissenien des villes en Angleterre et en Écosse, 20 juillet 1851 (Annales d'hygiène, 2e série, Paris 1855, t. IV, p. 203).
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fermetures hermétiques et de la quantité d’eau nécessaire pour emporter les ■ vidanges ; de perdre par ta même voie souterraine les eaux des cours, écuries, cuisines et toitures; d’assurer aux habitants de la maison un approvisionnement suffisant de belle et bonne eau au moyen d’une citerne et d’un appareil convenable; enfin de faire vider et combler ensuite avec des remblais de bonne qualité les fosses actuellement existantes. Ainsi le système de latrines anglaises se lie à une circulation d’eau dans la maison par deux robinets au moins, l’un dans la cuisine et l’autre dans le water-closet; souvent il y en a un troisième dans le cabinet de toilette avec baignoire. Le drainage ou la perte des eaux qui ont été employées, est la conséquence forcée de cette installation. Toute habitation pourvue d’eau est une habitation drainée; le courant d’eaux pures nécessite un écoulement d’eaux infectes; de là ce réseau d’égouts et de conduits, sorte de système artériel placé dans le sous-sol de Londres et dont les veines sont partout.
On a proposé pour Paris l’application du système qui consiste à faire circuler l’eau dans toute la hauteur des maisons et à perdre les vidanges aux égouts. La construction d’égouts latéraux à la Seine et l’application des liquides d’égout à la culture par le jeu des machines seraient deux conditions sans lesquelles on aurait b prévoir et la détérioration des eaux de la Seine, et une immense perte d’engrais nécessaires à l’agriculture. Une pareille combinaison de moyens d’assainissement rencontrera bien des difficultés, provenant des terrains et des localités, sans compter celle d’obtenir un fonctionnement régulier par l’ensemble des chasses d’eau et des pentes d’égouts, etc. Quoi qu’il en soit, ou ne peut s’empêcher de considérer connue un foyer d infection toujours menaçant, le réceptacle des matières fécales placé sous le sol même de nos habitations. Les accumulations immondes tendent constamment à vaincre les obstacles qu’on oppose à l’expansion de leur atmosphère. Les rejeter au loin, les perdre au fur et b mesure de leur formation semble une mesure aussi nécessaire que celle de l’inhumation des cadavres b une distance suffisante des habitations. Et quand on sait le nombre énorme de maisons empoisonnées par le méphitisme des fosses d’aisances, quand on peut s assurer tous les jours dans Paris même que leur vidange, malgré le perfectionnement des méthodes de désinfection et la surveillance de la police, est restée une opération aussi dégoûtante pour les ouvriers que pour les habitants, on ne peut qu’applaudir aux efforts qui auront pour résultat tout b la fois de donner 1 eau aux habitations et . d’en expulser incessamment le détritus humain. G est une belle formule que celle du Bonrd of Health : « L’assainissement est 1 accord de trois fonctions : distribution des eaux pures, perte immédiate des eaux infectes, et arrosement des cultures. »
Sur l’avis du conseil de salubrité, le préfet de police a adopté, dans son ordonnance du 20 novembre 1856, le principe de l’écoulement direct et permanent dans les égouts des eaux vannes provenant des fosses d’aisances; d suppose, dans les fosses fixes ou mobiles, la division des matières solides et
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liquides. Les appareils diviseurs s’adaptent aux anciennes fosses; les nouvelles doivent comporter la séparation des matières. Les liquides, désinfectés tapidement et ii peu de frais, pourront, à mesure de leur production, être évacués directement et d’une manière permanente dans les égouts, au moyen d’une conduite souterraine; à défaut de cette circulation continue, les matières liquides désinfectées, provenant des fosses à proximité des égouts, ne pourront être écoulées dans ces égouts, lors de la vidange, qu’au moyen d’une conduite souterraine dont les conditions seront réglées par l’administration ; là où celle conduite souterraine ne peut être établie, on permet l’écoulement des liquides infectés au moyen d’un tuyau aboutissant à la bouche de l’égout le plus voisin. Si l’éloignement de l’égout ou toute autre circonstance s’oppose à ce mode d’écoulement, les liquides seront déposés au dépotoir. On le voit, ces dispositions de police sanitaire sont un premier pas vers le système anglais; les fosses avec séparation des liquides et des matières solides sont, en France, le dernier progrès réalisé dans la construction des latrines.
La disposition des cabinets d’aisances contribuera beaucoup à l’assainissement des fosses. Qu’ils soient isolés, éloignés de l’appartement, surtout des chambres à coucher, largement aérés ; que les sièges, de bois dur et cirés, soient •garnis à leurs ouvertures de cuvettes à l’anglaise, fermées par une soupape à bascule et communiquant avec un réservoir d’eau. One le tuyau de chute qui met la cuvette en communication avec la fosse soit de fonte ou de tôle bituminée, et dans les conditions mentionnées plus haut. La ventilation des cabinels d’aisances a donné lieu à deux théories : d’après l’une, le siège seul doit être ventilé; dans l’autre, le courant d’air, établi du siège au tuyau d’évent, passerait par la fosse. La première a prévalu par cette raison que le contact de l’air extérieur active la putréfaction des matières fécales, tandis qu’elle est ralentie par une atmosphère immobile de gaz azote mêlé de carbonate et de sulfhydrate d’ammoniaque.
Pour s’opposer à la diffusion des émanations des latrines dans l’intérieur des appartements, il convient d’isoler le siège à 0m,0à ou 0m,05 du bord supérieur de la cuvette, en laissant monter les faces de devant et des côtés jusqu’au siège et de mettre l’intervalle en communication avec un conduit d’évacuation des gaz qui s’élève jusqu’au-dessus du toit. Si ce conduit avoisine un foyer régulier de chaleur (tuyau de fumée d’une cuisine) ou si l’on y peut faire passer des tuyaux de circulation d’eau chaude, il s’y produira un appel suffisant; mais cette ressource manque dans la plupart des maisons privées; le général Morin conseille alors d’y établir un petit bec à gaz brûlant 30 à ô 0 litres à l'heure qui, sous l’abri d’un vasistas, servira tout à la fois h éclairer et à assainir le cabinet; une lampe ordinaire, consommant 15 à 20 grammes d’huile par heure, remplira le même office. Le conduit d’évacuation doit avoir environ 0"',03 à ()m,0ù de section ; avec une dépense de 30 litres de gaz par heure, on obtiendra en moyenne uneévacuation de 30 mètres cubes d’air par heure, c’està-dire l’expulsion de tous les gaz provenant du siège cl de son tuyau de des-
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cente et le renouvellement plusieurs fois par heure de l’air du cabinet avec ■ l’afflux de celui des corridors voisins.
Dans les maisons où il n’existe pas de lieux d’aisances perfectionnés, il faut jeter tous les jours et même deux fois par jour, malin et soir, dans l’orifice du tuyau de chute, un seau (environ 10 litres) de la solution suivante :
Sulfate de fer 800 grammes.
Eau 10 litres.
Acide phéniqueà 1/100° 100 grammes.
Et on lavera les surfaces avec un mélange de 9 litres d’eau et de 500 grammes de chlorure de chaux sec.
A l’exemple de Labarraque, on peut étendre sous les portes une traînée de chlorure de chaux sec, épaisse de 2 centimètres, et tendre derrière les portes, sur des cordes, un linge épais trempé dans du chlorure liquide. Le prix élevé * des chlorures ne permet guère leur emploi pour la désinfection des fosses et la préservation des vidangeurs qui y pénètrent; mais on doit exiger, suivant l’avis de Labarraque, qu’une bouteille de chlorure d’oxyde de sodium fasse partie de leurs équipages pour le secours des ouvriers asphyxiés, et que l’on fixe sous le nez et la bouche de ceux qui travaillent à l’intérieur des fosses, des éponges imprégnées d’une solution du même produit.
On a proposé divers procédés pour désinfecter les matières fécales à moindres frais, en leur conservant en même temps leurs propriétés utiles pour l’agriculture, avantage que n’ont point les chlorures; ils répondent tous à cette double indication : saturer les gaz fétides et utiliser l’ammoniaque.
1° Procédé de Salmon. — C’est le mélange des matières stercorales avec le charbon très-divisé. Il a pour résultats leur désinfection instantanée et complète, et la formation d’un engrais solide, susceptible d’être transporté sans inconvénient et de servir immédiatement à l’agriculture; mais il répand une poussière noire dans les habitations, il salit les environs de la fosse, et ne sépare pas exactement les substances solides et les eaux vannes. Il est exploité avec succès dans la banlieue.
2° Procédé de d’ Arcet, substituant la cendre de tourbe au noir animalisé.
3° Procédé de Schattenmann. — Il a pour base l’emploi du protosulfate de fer, qui, agissant sur un mélange d’acide sulfhydrique, de carbonate, de sulfhydrate d’ammoniaque, et de quelques éléments organiques, fixe 1 ammoniaque à l’état de sulfate et le soufre à celui de sulfure ferreux. Les nouveaux produits ne dégagent plus qu’une faible odeur de fèces et de résidus végétaux qui s’y trouvent contenus en petite proportion ; transportables à de plus grandes distances que le fumier, et délayés dans l’eau sur le terrain, ils constituent un opulent engrais.
Uu Procédé de Siret. — On délaye dans 2 kilogrammes d’eau 1 kilogramme de poudre composée de charbon, de sulfate de zinc et de fer; ce mélange est projeté sur les matières à désinfecter. Le sulfate de zinc ne vaut point le sulfate
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ferrique; les inconvénients du charbon out été indiqués ; celte poudre est d’ailleurs plus dispendieuse que le moyen de Schattenmann.
50 pr0cédé de Kraff et Suquet. — Ils appliquent le protoxyde de fer hydraté à la désinfection des matières en séjour dans les fosses d’aisances et à la fabrication de sels ammoniacaux et de la poudrette; toutefois les produits solides ne sont désinfectés complètement qu’après leur arrivée à l’établissement, où on les réduit eu tourteaux solides, compactes et inodores; et c est aussi la que sont traitées les eaux vannes par la chaux hydratée, qui en dégage 1 ammoniaque et précipite les matières animales tenues en suspension. Nous renvoyons, pour de plus amples détails sur ce procédé qui intéresse plus l’hygiène publique et l’industrie que la salubrité des habitations privées, à la description qu’en a donnée Guérard (1); il permet d’établir en quelques heures la dessiccation parfaite des matières fécales solides, et leur conversion en poudrette inodore, infermentescible et d’un facile transport; tandis que la grossière méthode de Montfaucon, stratifiant les matières semi-fluides, développe une grande surface d’évaporation et de fermentation putrides, qui entraîne, en sus de l’insalubrité sur une grande échelle, le déchet des neuf dixièmes des principes utiles de l’engrais.
6° Procédé de Domange (2) ou vidange atmosphérique. — Ce mode d’extraction a pour unique agent la pression de l’air extérieur : de puissantes pompes pneumatiques qui fonctionnent dans les ateliers de l’établissement, servent à opérer le vide dans des l’écipients hermétiquement fermés; dès qu’ils sont mis en communication avec les fosses au moyen de tuyaux de plomb, les matières y montent et emplissent les récipients en moins de trois minutes.
La désinfection des matières dans les fosses, avant la vidange, est aujourd’hui obligatoire; les moyens ne manquent point; on a indiqué successivement, outre ceux déjà mentionnés : 1° parmi les substances solides, les chaux, le sable, les marnes, les cendres de houille, de bois et de mâchefer, la tourbe mêlée de sous-chlorure et de carbonate de chaux, le salpêtre, les plâtres et les plâtras, les vieux mortiers, les terres calcinées, la sciure de bois, les poussiers de mottes et de diverses écorces d’arbres, le tannin, les résidus des diverses opérations chimiques, tels que les chlorures et les sulfates de soude, de fer et de magnésie, etc.; 2" parmi les substances liquides, le lait de chaux, les lessives de cendres, diverses dissolutions salines, les hypochlorates alcalins, le chlore, les acides sulfureux, sulfurique, chlorhydrique, acétique ou pyroligneux, les décoctions de plantes aromatiques, le goudron, les huiles de schiste et autres, etc. Le principe de la désinfection est l’absorption des gaz délétères, ce qui explique la multiplicité des agents employés : « en grand, toutefois, il est des difficultés qui out retardé la mise en pratique des procédés réputés les
(1) Guérard, Annales d'hygiène, 18AA, t. XXXII, p. 326.
(2) Voyez Annales d'hygiène, 18A6, t. XXXV, p. 77.
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plus économiques » (1). Le plus généralement usité dans les fosses mêmes, lorsqu’on doit couler sur la voie publique et qu’il y a lieu d’éviter la coloration noire du sulfate de fer, consiste dans l’emploi du sulfate de zinc parfumé avec l’essence do romarin; s’il s’agit des fosses mobiles, on a recours au sulfate de fer et à l’acide pyroligneux impur, à l’aide de 1 kilogramme de chaque par tonne mobile.
Éloignez de vos demeures les écuries, les étables, les basses-cours : elles répandent des émanations qui sont au moins désagréables par leur odeur. Ces constructions, qui entrent dans le système de beaucoup d’habitations privées, exigent d’ailleurs les mêmes conditions de salubrité : une capacité atmosphérique qui, pour le cheval, le mulet, le bœuf, etc., doit être beaucoup plus grande que celle qui est nécessaire à l’homme; des ouvertures suffisantes pour l’accès de la lumière et la ventilation ; des murs édifiés avec des matériaux secs; un sol disposé pour l’écoulement des liquides et pavé de manière à s’opposer à leur infiltration, etc.; des ruisseaux à pente, des lavages réguliers, contribueront à l’assainissement de ces lieux.
La première de ces conditions consiste dans la ration d’air proportionnée aux besoins des animaux. En comparant les effets de la respiration humaine dans un lieu clos avec ceux de la respiration des chevaux dans des écuries fermées, on trouve qu’un cheval exhale environ trois fois plus d’acide carbonique qu’un homme; Chevreul admet ce nombre comme exprimant le rapport des capacités pulmonaires. On pourrait s’étonner qu’un vétérinaire distingué, Leblanc, s’appuyant sur des expériences, ait fixé h 18 et 20 mètres cubes la ration d’air nécessaire par heure à un cheval dans une écurie close, si Péclet n’avait üxé à 6 mètres cubes par heure celle des enfants dans les écoles. Les règlements militaires ont déterminé la capacité des écuries à raison de 5 mètres cubes par tête d’animal, et de lm,U5 environ pour largeur; c’était un progrès, et il a suffi pour procurer, de 1835 à 1858, une diminution de 51 sur 10U0 chevaux dans la mortalité par la morve; dans la période décennale de 18u8 à 1858, l’ensemble de la mortalité des chevaux par toutes les maladies a subi une diminution de 90 sur 1000. Des expériences poursuivies simultanément pendant plusieurs années dans des régiments de cavalerie, dans des garnisons du nord, du midi et au centre de la France, ont prouvé que les chevaux ont plus de vigueur et de santé dans des écuries dont les portes et les fenêtres, en nombre suffisant, restent ouvertes en toute saison, de jour et de nuit, que lorsqu’on les tient fermées. Des observations concordantes ont été faites sur des étables pourvues d’un grand nombre de têtes de bétail, et l’on a noté ce fait inattendu, qu’elles ont fourni moins de cas de péripneumonie et d’autres affections épidémiques des organes respiratoires que dans la stabulation close. Les vétérinaires les plus autorisés rattachent l’étiologie de la morve chez les chevaux à leur séjour
(1) Rapports généraux des travaux du Conseil de salubrité de Paris, de 1 8â6 « 18iS inclusivement. Paris, 1855, p. 125.
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dans des écuries trop étroites, humides, où l’air a peu d’accès ; les faits de transmission de cette affreuse maladie à l’homme sont une raison de plus pour y dispenser largement l’air pur. Si elles ne sont pas construites de manière à le recevoir sur toute leur longueur et par leurs deux faces opposées, le général Morin conseille de disposer, à partir du plafond, soit au milieu des ailées, en cas qu’elles soient doubles, soit au-dessus du passage, en arrière des chevaux, des cheminées d’évacuation en briques ayant 0n“i,07 à 0m,i,08 par tète de cheval; avec une différence de température de b à 7 degrés centigrades entre l’air extérieur et l’air intérieur, elles auront une vitesse d’écoulement de l’air de 0“ , 7 0 par seconde, et procureront à chaque cheval 180 à 200 mètres cubes d’air par heure, car telle est la fixation actuelle et rationnelle de la ventilation des écuries. La plupart sont éclairées la nuit par des becs à gaz dont la chaleur peut être employée à activer la ventilation, ce qui permettra de réduire la section des tuyaux d’évacuation de l’air vicié.
En cas d’épizootie, il faut s’empresser de faire parquer les bestiaux. Les masses de matière animale et végétale qu’on laisse s’accumuler près des écuries, sous forme de fumiers, couvrent le sol d’excréments et l’imprègnent d’urine; leur fermentation putride donne lieu à des émanations dont la nocuité a été contestée ; mais il est remarquable que de nombreuses relations d’épidémies adressées tous les ans à l’Académie de médecine s’accordent à attribuer à la présence des fumiers l’influence la plus fâcheuse. Il sera certainement d’une bonne administration de défendre le séjour des fumiers au delà de deux jours à proximité des habitations. Les chenils, les poulaillers, les pigeonniers, les trous où l’on élève des lapins, ne sauraient être tolérés dans uue demeure urbaine; ces réceptacles, dont le bon entretien exige des soins minutieux, et qui finissent toujours par répandre des exhalaisons malsaines, ne peuvent être établis que dans les habitations qui se développent sur une grande étendue de terrain,
§ 3. — aïe l'influence des habitations.
Au point de vue de l’hygiène, l’influence que l’habitation privée exerce sur l’homme et sur la famille n’est autre que celle de l’atmosphère qu’elle circonscrit; or, l’air confiné agit par son humidité, par son volume, par ses altérations, par sa température, par le mode et le degré de son renouvellement.