‹ Traité d'hygène publique et privéeChapitre 117 sur 181 · III. • — Acclimatement dans les localités · texte numérisé non relu

III. • — Acclimatement dans les localités

Les phénomènes de cet acclimatement, et les règles d hygiène qui s y ^apportent, varient suivant la température, l’état hygrométrique, les émanations et la pression atmosphérique.

1° passer d’une localité dans une autre relativement plus froide ou plus chaude, c’est s’exposer à des nuances d’effets qui se confondent avec ceux que nous venons d’étudier. Les Italiens, les Espagnols, qui viennent se fixer en France, perdent leur sobriété, mangent avec plus d'appétit, et acquièrent de l’obésité; le centre, l’est et le nord de la France produisent sur eux des

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modifications semblables à celles qu’éprouve le créole nouvellement débarqué eu Europe. Tour les Allemands, l’Italie est un pays chaud, et leur impose des précautions en conformité avec leurs sensations. Audouard a vu des soldats originaires du nord de la France être atteints à Naples de fièvres qui, par leur forme et leur gravité, rappelaient le fléau des Antilles. Cleghorn a observé

Ichez des Anglais, à Minorque, de nombreux cas du même genre.

2° L’établissement dans une localité beaucoup plus humide que celle où l’on a vécu jusqu’alors entraîne ou des modifications promptes qui se résolvent dans un état morbide local, ou une altération progressive de la constitution, qui finit par assimiler les nouveaux venus au type physiologique des habitants. Dans le premier cas, on observera quelques affections de nature catarrhale, localisées dans la membrane muqueuse des voies aériennes ou des voies digestives, caractérisées par l’exubérance de la sécrétion dont elle est le siège, et par les irrégularités ou la dépression habituelle de l’innervation : ce sera un catarrhe bronchique, un embarras gastrique, une diarrhée muqueuse; et si le système nerveux est intéressé, on pourra observer ce que l’on appelle encoredans quelques pays la fièvre muqueuse , cette variété de l’affection typhoïde dont Rœderer et Wagner ont tracé le tableau. Dans le second cas, il s’opère dans la constitution un changement sans trouble morbide évident : la sensibilité générale diminue; les sympathies organiques s’émoussent; la peau s’étiole; les tissus musculaires sont moins colorés, moins contractiles; l’élément cellulaire prédomine ; la formation graisseuse augmente, ainsi que les sécrétions des muqueuses. Un moment vient où la transformation est achevée, où l’harmonie s’établit entre l’organisme déchu et le milieu insalubre dans lequel il est plongé. L’hygiène des localités humides et froides ne diffère pas de celle des pays froids : on insistera davantage sur l’usage des boissons théiformes, aromatiques, légèrement excitantes, sur les pratiques qui ont pour objet l’entretien ou le rétablissement de la transpiration cutanée qui tend h se supprimer; les liqueurs alcooliques, à doses modérées, peuvent être ajoutées sans inconvénient à la boisson fermentée qui est nécessaire aux repas : ceux-ci seront composés en majeure partie de substances animales. Des vêtements chauds et des habitations soigneusement préservées de toute humidité compléteront la prophylaxie : ainsi réglée et soutenue, elle réussit à corriger chez les classes aisées de l’Angleterre et de la Hollande la constitution catarrhale, lymphatique et scrofuleuse, qui végète dans les froides brumes de leur atmosphère.

3° Il est toujours hasardeux de tenter l’acclimatement dans les localités à émanations palustres; c’est sur les hauteurs éloignées et hors de leur vent que sont le refuge et le salut. Dans les pays où la chaleur et l’humidité impriment un funeste essor au dégagement miasmatique, on ne saurait trop rappeler aux chefs de 1 armée, aux chefs des immigrations, les influences préservatives de la climatologie verticale; non-seulement l’altitude compense les effets de l’irradiation solaire plus ou moins directe, mais encore elle neutralise, elle anéantit

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le maléfice des plus énergiques foyers de fermentation délétère qui parsè- > ment les terrains bas, les vastes dépressions du sol. Sous les latitudes intertropicales, se rencontrent de frais climats ; au-dessus des palétuviers et des marécages pestilentiels de l’Afrique méridionale, existent de salubres stations où n’arrive point le miasme fébrifère : dans celle superposition de climats gradués, quelle immense ressource pour la conservation des hommes, pour l’extinction des épidémies meurtrières, pour la retrempe des constitutions détériorées! Les stations qui préservent sont aussi celles qui guérissent : les fébricitants du littoral de nos Antilles se rétablissent aux Pitons ou au camp Jacob. Il n’est pas toujours nécessaire, pour l’un ou l’autre résultat, de se réfugier sur les hauteurs; même dans la zone torride, se trouvent des climats ou des localités exempts de paludisme : les fiévreux de Madagascar vont se rétablir à la Réunion; ceux du Sénégal, à Corée. Entre 20° lü' et 22° 26' de latitude sud, une grande île de l’océan Pacifique, ayant 66 lieues marines de long sur '10 de large, a des marais et des marécages dans son intérieur, des plages tour à tour inondées et découvertes par les marées, des atterrissements limoneux, une végétation palustre qui rappelle celle des palétuviers, etc. : « Chose vraiment extraordinaire, s’écrie V. de Rochas, malgré tous ces éléments fébrigèues, la fièvre est presque inconnue dans ce pays, et il est extrêmement rare qu’on trouve dans des affections quelconques indication à quinine (1). » Les Européens y ont remué des terrains neufs pour les cultiver, jeté des chaussées sur les marais, desséché une partie de celui qui existe à Porl-de-France; ils en ont fouillé le fond pour les constructions, et pas un seul cas de fièvre ne s’est montré chez les travailleurs. Dira-t-on que la latitude est impropre à la production des fièvres; mais elles désolent des pays voisins, les îles Viti, les Nouvelles-Hébrides. Si des nécessités inéluctables condamnent à retenir des masses d’hommes dans la sphère d’activité des foyers d’impaludation manifeste, mieux vaut assainir le pays que d’échafauder uu système pénible de prophylaxie. Le dessèchement des marais est peut-être le plus grand bienfait qu’attende l’humanité. Sur plus de A00 000 hectares de marais qui existent en France, 120 000 sont susceptibles de culture : en les séchant, on augmenterait donc les moyens d’alimentation publique, en même temps qu’on assurerait l’amélioration physique de notre espèce et la prolongation de la vie humaine. Déjà la Bresse, la Sologne, ont vu diminuer le nombre de leurs marais; la compagnie des Landes poursuit ailleurs le même but. Si ces travaux étaient imités partout où il existe des eaux stagnantes, les endémies les plus meurtrières auraient bientôt disparu du globe. Nous avons esquissé leur mode d’exécution; mais une hygiène sévère doit y présider. L’opportunité des travaux de dessèchement correspond à l’époque où la fermentation des marais est nulle; malheureusement, les ingénieurs les font

(1) V. de Rochas, Essai de topographie hygiénique et médicale de la Nouvel/e- Calèdonie , thèse. Paris, 181)0, p. 15.

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commencer nu < fort de l’été, pour profiler de la diminution des eaux. Les ouvriers devront être choisis parmi les plus robustes et les mieux constitués; ils auront des vêtements épais, des chaussures hautes et imperméables; ils ne se rendront pas à jeun sur le lieu de leurs travaux, qui cesseront avant la fraîcheur du soir; ils recevront une nourriture réconfortante, assaisonnée ; une boisson fermentée et une ration d’eau-de-vie leur seront distribuées, ainsi qu’une infusion légère de quinquina qu’ils boiront entre leurs repas : des feux seront allumés dans le voisinage pour qu’ils puissent sécher leurs vêtements dès qu’ils interrompent leur opération ou qu’ils ressentent les effets de l’humidité. L’application de ces précautions doit être impérieuse et stricte; grâce à cette discipline hygiénique, trois cents ouvriers ont pu mener à fin le dessèchement de l’étang de Coquenard, sans qu’un seul d’entre eux ait éprouvé le moindre accident : le même succès couronna l’entreprise du curage du bras de la Seine qui forme l’île Louviers, curage opéré impunément par deux cents ouvriers qui, dans l’espace de deux mois, enlevèrent et transportèrent à une grande distance environ 9000 mètres cubes de vase(1). Éloignons des localités marécageuses les individus faibles, épuisés par les privations ou les maladies, les femmes, les enfants. Ceux qui ont vécu longtemps dans le voisinage d’un marais ne peuvent compter sur le bénéfice de l’habitude en allant habiter sur les bords d’un autre marais : ils trouveront peut-être dans leur nouvelle résidence la fièvre qui les a épargnés dans la première. Quand on est obligé de demeurer dans un pays marécageux, il faut choisir son habitation de manière à éviter le vent qui souffle dans la direction des eaux stagnantes; l’interposition d’un obstacle, tel qu’une montagne, un bois, ou seulement un rideau d’arbres, est une garantie contre leurs effluves. A défaut de ces avantages naturels, il faut savoir y suppléer par une plantation d’arbres et par l’occlusion complète des ouvertures que l’habitation peut avoir du côté des marais. «Elle sera établie, s’il se peut, sur un lieu élevé et sec; si elle se compose de plusieurs étages, c’est dans la partie supérieure que l’on devra s’installer. Les autres règles consistent à prendre une nourriture substantielle, composée de viandes et de végétaux sapides, à faire usage de quelques condiments énergiques (oignons, ail, raifort, moutarde), d’une boisson fermentée, à s’abstenir de l’eau de marais; s’il n’y en a point d’autre, à la purifier au préalable; à se vêtir chaudement, à ne pas sortir soir et matin, à se garder de toute humidité, à ne jamais s’étendre par terre au voisinage des marais. On a cru remarquer, en Afrique, que les fumeurs de tabac sont moins atteints par les épidémies; ce mode d’user du tabac serait donc indiqué. Les Moréoles et les Arabes consomment beaucoup de café peu ou point sucré, et sans qu’il soit clarifié par le repos; cette liqueur un peu amère a le double avantage de tonifier l’estomac et d’entretenir l’action éliminatrice de la peau : aussi y a-t-il dans les troupes turques un individu chargé spéciale-

(1) Parent-Duchâtelet, Hygiène publique. Paris, 183G, t. I, p. A87.

ment de préparer pour elle le café, le kawadji, ou cafetier. Autant l’emploi , modéré d’une boisson fermentée relève et soutient, autant l’abus des alcooliques dispose à l’intoxication paludique : les fatigues, les excès de tous genres, l’énervation du coït, agissent de la même manière.

Les contrées marécageuses offrent-elles moins de phthisiques que les pays plus salubres, et les endémies de fièvres intermittentes excluent-elles les tubercules? Cette doctrine, dit Lebert, a été professée il y a vingt ans par Schœnlein, dans son cours de pathologie, et adoptée par l’école de Vienne. On connaît les faits nombreux que les médecins français, belges et hollandais lui ont opposés. A Rochefort, foyer d’intoxication palustre, Lefèvre a compté sur 615 autopsies, 132 sujets tuberculeux (1). Dans le bas Valais, où la fièvre intermittente est endémique, Lebert a noté le grand nombre des phthisies. Virchow (2) conduit, à l’occasion d’une mission officielle en Silésie au commencement de ISfiS, 'a discuter l’influence des marais sur les tubercules, arrive à cette conclusion que, s’il existe quelques contrées où les tubercules ne se rencontrent point avec les fièvres intermittentes, il en est beaucoup d’autres où les deux affections coexistent sans se modifier réciproquement, et finalement il repousse la théorie de cet antagonisme. Aux Antilles, on voit régner la phthisie en même temps que les fièvres intermittentes et la fièvre typhoïde (3). Au milieu des immenses marais du Sénégal, les tubercules sont très-communs chez les indigènes, et la phthisie a une large part dans les décès (Raoul cité par J. Rochard). Collas, James Reynold, Martin, Allan “West, qui ont pratiqué dans les Indes, ont vérifié la coïncidence des endémies palustres et de la phthisie pulmonaire; celle-ci est commune à Java. Au Brésil, l’influence marécageuse imprime son cachet à toute la pathologie; or, la phthisie pulmonaire, dit Sigaud (ù), y fait autant de ravages qu en Euiope, à Rio-Janeiro, il y a un hôpital spécial pour les phthisiques; elle sévit autant parmi les blancs que sur les noirs ; dans le sud elle marche en première ligne (docteur Jubier) ; dans le nord, les maladies de poitrine sont fréquentes. Chervin a remarqué que la phthisie est assez commune à la Guyane, en dépit des marécages; à la Vera-Cruz, elle entre pour l/13e dans la mortalité (Godineau). Il faut avoir inspecté les hôpitaux de Rome vers la fin de la saison endémo-épidémique, comme nous l’avons fait en 1851, pour se faire une idée de l’énergie de son paludisme, des ravages profonds qu’il exerce sur les constitutions; or, Journé a constaté qu’à Rome 1 décès sur 32o est dû a la phthisie (mortalité civile), et Félix Jacquot, analysant les éléments de la mortalité militaire (division française d’occupation), a trouvé qu’en 1850 la

(1) Lefèvre, De l’ influence des lieux marécageux sur le développement de la phthisie.

/ Bulletin de l’Académie de médecine , t. X, p. 1047.)

(2) Virchow, Arch. fur pathologische Anatomie, etc., t. Il, p. 170-173. Berlin,

l8/l8. Lebert, Traité pratique des maladies scrofuleuses. Paris, 1849, m-S.

(3) J. Rochard, Mémoires de l'Académie de médecine , t. XX, p. 13/ et 138.

(4) Sigaud, Du climat et des maladies du Brésil. Paris, 1844.

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phthisie pulmonaire occupait le deuxième rang de fréquence, et en 1851, le quatrième, et, soit dit en terminant, la fièvre typhoïde, autre argument de la doctrine d’antagonisme, règne à Rome à côté de la phthisie et des fièvres intermittentes. « La lecture attentive des rapports sur le service de santé de nos colonies pendant ces dix dernières années, ainsi que ma pratique personnelle, ne fait que confirmer les conclusions auxquelles est arrivé Jules Rochard. Rare au Sénégal et à Mayotte où le règne endémique absorbe toute la pathologie, on la voit figurer en proportion notable sur les statistiques de tous les autres hôpitaux, et il n’est pas un rapport médical qui ne signale l’influence fatale du climat sur la rapidité de sa marche (1). » Dans la Nouvelle- Calédonie, la phthisie tuberculeuse moissonne les indigènes au milieu des marais, dont ils ne subissent pas l’action fébrifère (2).

4° Les effets de la raréfaction de l’air ne commencent à se faire sentir qu’à de grandes hauteurs où les essais d’acclimatement n’ont jamais lieu sous nos climats. Nous avons décrit les phénomènes que fait naître un séjour passager ou prolongé dans les régions élevées du globe; l’habitude manifeste encore ici sa puissance. Quand on abandonne un pays de plaines pour aller s’établir dans les montagnes, on doit se préoccuper moins d’une légère diminution de pression que du froid, des variations brusques de température, des brouillards et des vents impétueux qu’on y rencontre; les personnes sujettes aux con-

I gestions pulmonaires, aux hémoptysies, celles qui s’essoufflent facilement ou dont la circulation est très-mobile, s’exposeraient à des accidents plus ou moins

I graves en choisissant des résidences d’une grande élévation. L’habitation des montagnes, favorable aux lymphatiques, aux organisations nerveuses et molles, ne peut que nuire aux individus sanguins, aux pléthoriques, aux enfants dont la circulation est très-rapide, aux vieillards chez lesquels elle ne peut être

activée sans danger, et dont la plupart portent une lésion des poumons ou du cœur.

La plupart des villages et des résidences qui reçoivent des malades et des convalescents, se trouvent à environ 1000 mètres de hauteur. Quant aux indigènes de ces localités, Isensée (3) a caractérisé comme il suit leur état sanitaire : <■ Morbi peculiares montium incolas, quantum tenemus, non aiïiciunt.

» Necullum de hac re libellum evolvere nobis quidem contigit. Vidimus mon- » tanos qui aerem siccum, tenuem, purum, temperatumque spirant et cum » hmpido fonte nutrimenta simplicia sibi assumunt, vivaciores et agiles,

” foi tes et indomitos ac inflainmaiionibus omnibusque morbis acutis maxime » propensos. »

Dans ce genre d’acclimatement, comme dans tous les autres, on doit prendre aussi en giave considération et le changement des impressions morales et celui

(!) Dutroulau, 2<= édition, loc. cit., p. 143.

(2) V. de Rochas, thèse. Paris, 1800, n" 250.

(3) Isensée, Elementa novœ geographiœ et statislices, in-8. Bcrolini, p. 107.

M. Lévy, Hygiène, 5e édit. , --

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des habitudes fonctionnelles : les difficultés plus ou moins grandes de l’exercice , musculaire, la privation ou l’addition de quelques aises, le contact d une population différente par ses mœurs et sou caractère, etc., ce sont là des influences plus agressives pour certaines natures qu une ondée pluviale de plus ou de moins.

L’homme peut-il s’acclimater à des hauteurs où ses fonctions sont troublées par l’effet d’une brusque translation? Il existe dans l’Amérique méridionale des villages à M66 mètres au-dessus de la mer. Tout le monde connaît les observations de Humboldt etBoussingaull sur les florissantes populations et les belles cultures des régions de Bogota, dicuipampa, Potosi (de 26OÜ a AOOU mètres), de Quito (3000 mètres), etc. Jacquemont cite des villages à U et 5000 mètres sur le versant thibétain de l’Himalaya; lui-même a campé avec une suite nombreuse, sans préjudice pour elle ni pour lui, à 5000 et à 0200 mètres de hauteur. Guilberl (1), dans des localités de la Bolivie, situées à A000 et à 5000 mètres de hauteur, a remarqué la facilité de l’acclimatement et l éneigie. des habitants. Les voyageurs visitent impunément un grand nombre de localités situées dans les Cordillères à une hauteur absolue plus considérable de 270 mètres au moins que le grand plateau du mont Blanc (ùlBl mettes). Humboldt a vécu longtemps, sans aucun accident, à la ferme d Aulisana (MOI mètres). D’après d’Orbigny, les indigènes 11e souffrent point à la Paz de la raréfaction de l’air qui l’a si cruellement éprouvé. Dans les Alpes, Agasstz et Desor, parfaitement acclimatés à 2600 mètres, après un séjour de plusieurs semaines, sont parvenus ensuite sans souffrir à la cime de la Jungfrau, plus élevée de 1600 à 1700 mètres. Nul doute pour Lepileur sur-l’aptilude de l’homme à vivre sans malaise dans l’air raréfié des sommités du globe, à une limite où des perturbations fonctionnelles sont la conséquence d’une transition

rapide. , ...

Et pourtant, on est frappé de ce fait qu’en Europe, d’apres Muhry (-)>

on ne rencontre pas 20 000 âmes sur l’altitude de 12 000 mètres; au-dessus de 2000 mètres, nulle habitation permanente. L’hospice du Saint-Golhard est à 2075, celui du petit Saint-Bernard à 2250, le Simplon à 200A. Or, c est sur les altitudes intertropicales où des races diverses et nombreuses prospèrent entre 2 et 5000 mètres de hauteur, c’est en particulier sur le plateau de l’Anahuac que, malgré la douceur presque uniforme de la température et au milieu des richesses de la végétation, Jourdanet nous représente les populations comme plongées dans une incurable anémie par 1 insuffisance de 1 oxygène inspiré; le déficit de ce gaz, il l’évalue à 79A grammes par jour; sous la pression barométrique de 0U\583 à Mexico, chaque litre d’air contenant 69 milligrammes d’oxygène de moins qu’au bord de la mer. Par suite de l’apathie qui

(1) Guilbert, Phthisie en rapport avec l'altitude et avec les races au Pérou et en Bolivie, thèse de Paris, 1862, n° 162.

(2) A. Mühry, U cher das Klima der Hocli-Alpen (in Beitrage zur Geo-Physik mut Klimatographie, Heft, 2, 3). Leipzig, 1863, in-8.

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résulte de l’imperfection de l’endosmose pulmonaire, ralentissement des mouvements respiratoires, diminution du nombre des ampliations thoraciques. C’est sous l’impression du livre de Jourdanct que j’écrivis à l’un de nos médecins distingués alors à Mexico, Léon Coindet, pour lui proposer un programme de recherches expérimentales destinées à vérifier ces assertions. Suivies avec persévérance et précision, elles ont donné les résultats suivants : 1° sur 250 Français, la moyenne générale du nombre des inspirations par minute a été de 19,36, au lieu de 10, chiffre de Jourdanct ; sur 250 Mexicains, elle a été de 20,207 ; confirmation de l’opinion qui attribue aux hommes une plus grande fréquence respiratoire sur les altitudes que dans les régions basses; 2° la moyenne numérique des pulsations a été chez les Français de 76,210, chez les Mexicains de 80,24, relation des pulsations aux mouvements respiratoires ; : 4:1; elle n’est donc pas troublée comme on l’a dit; 3Ü la mensuration thoracique a donné chez les Français 92,750, chez les Mexicains 89,058; ceux-ci ont en moyenne le thorax moins développé que ceux-là; 4 j avais piié L. Coindet de doser l’acide carbonique de l’air expiré comme indice de 1 énergie de 1 hématose, et l’analyse chimique a prouvé que l’exhalation de ce gaz était le même qu’au niveau de la mer. — L’économie ne s’adapte pas d’emblée à ces conditions de fonctionnement, et, jusqu’à ce qu elle soit accoutumée à ce rhythme respiratoire de compensation, les longues courses, les marches forcées, paraissent plus pénibles, mais l’acclimatement s acquiert, et 1 état sanitaire de nos troupes pendant cinq ans sur les altitudes du Mexique a été d’une bénignité remarquable. D’après les documents anglais, dit Leroy de Méricourt, les sanatorium , établis au delà de 200U mètres dans l’Himalaya, voient le chiffre mortuaire des enfants nés dans l’Inde de parents européens s’abaisser avec le degré de l’altitude.

Le règne pathologique des altitudes est subordonné, comme dans le système des climats horizontaux, à des circonstances de localité. Jusqu’à présent la fièvre jaune n’a pas franchi certaines hauteurs, si ce n’est par importation. S’arrêtera- t-elle toujours à ces limites, et quand le chemin de fer reliera la Vera-Cruz à Mexico, ne s’élancera-t-elle pas sur les rails comme elle a suivi les bateaux à vapeur jusqu’à Saint-Nazaire ? L’immunité des fièvres palustres n’a point paru complète à nos médecins dans la vallée de Mexico ; les fièvres rémittentes y sont endémiques chez les Indiens. Même à de grandes hauteurs, sui les plateaux de 1 Himalaya, on rencontre encore de nombreux cas de fièvre rémittente, non dépourvue de gravité; la nature du sol, le manque de pente quelques flaques d’eau, suffisent à les produire, et au-dessous de 8000 pieds,’ point de préservation certaine contre le paludisme. D’après Tsclmdi, rare sur e versant oriental des Cordillères, le typhus se montre fréquent sur leur versant occidental. La peste indienne, sorte de typhus, a décimé la population de 1 Himalaya depuis sa base jusqu’à la ligne des neiges persistantes. En 1850 • ourdanet a vu le choléra très-meurtrier à Puebla, le typhus et la fièvre typhoïde permanents sur les hauts plateaux du Mexique; d’après lui, c’est le

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[hygiène

typhus à forme hémorrhagique qui, sous le nom de lièvre rouge des Aztèques 1 (: matlazahualt ), aurait, à des époques diverses, sévi sur les Indiens des Cordillères. Dans l’Inde le choléra s’est élevé à plus de 6000 pieds et il n est pas rare dans les montagnes. L’altitude est sans influence sur la propagation des fièvres éruptives. Le Roy de Méricourt a remarqué que les diari liées, les dysenteries, les hépatites, ne disparaissent pas aussi promptement qu’on le croirait avec le séjour sur les hauts plateaux des contrées tropicales; ces maladies s’y aggravent ou s’y éternisent par 1 effet combine de 1 humidité, des pluies, des brouillards, des variations tranchées de température. — D’après A. Guilbert, la phthisie est rare sur les hauts plateaux de la Bolivie, d’après Jourdanet sur ceux du Mexique ; mais encore ici les statistiques sont contradictoires (Coindet). Le goitre et le crétinisme ne comptent pas avec l’altitude, pas plus que la lèpre dans les Cordillères.

Dans notre Europe, les grandes agglomérations humaines ne dépassent guère l’altitude de A00 à 600 mètres; au delà, ce ne sont plus que des groupes restreints, des familles plus ou moins isolées qui ne se prêtent pas à une comparaison avec une population des vallées. Lombard (1) partage les climats des montagnes en alpins et en alpestres, suivant qu’ils sont situés au-dessous ou au-dessus de 2000 mètres d’élévation. Mal de montagne, hémorrhagies moins celles des voies respiratoires, inflammations, asthme, telle serait la pathologie dominante à 2000 mètres de hauteur, où l’on ne rencontrerait presque jamais les fièvres intermittentes, les maladies bilieuses, la fièvre jaune, la peste, le choléra, tandis que l’on y rencontre les fièvres typhoïdes et éruptives. Audessus de 2000 mètres, mêmes maladies atténuées. Au-dessous, dans les régions moyenne et inférieure des Alpes, la phthisie pulmonaire, les scrofules, le goitre et le crétinisme qui s’effacent presque entièrement dans la zone alpine, etc. Les diversités locales font ici sentir leur influence, exposition au midi ou 'a l’est, degré d’altitude et inclinaison du sol, etc. La plus énergique est la hauteur qui a suggéré au médecin de Genève sa division des climats montagneux en : 1° climats plus doux que toniques, au-dessous de 900 mètres; 2° toniques et vivifiants, au-dessous de 1200 mètres; 3° toniques et irèsexcitants, de 1200 à 1600 mètres, tels que Kallbad sur le Righi(lAAl mètres), Saint-Maurice dans l’Engadine (1786 mètres), les bains de San-Bernardino situés sur le versant méridional des Alpes (16AA mètres). Les éléments d’une observation probatoire manquent pour l’appréciation du rôle pathogénique, curatif ou préservatif de ces climats, à cause de la rareté des habitants à certaines hauteurs et de leur séjour seulement temporaire sur des stations plus élevées.

En général, l’habitation des lieux élevés est, dans les pays chauds et marc cageux, le plus sûr moyen d’atténuer ou d’annuler l’action nocive des fléaux

(1) Lombard, Les climats des montagnes considérés au point de vue médical. Genevc,

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endémiques et épidémiques ; dans les pays tempérés, de procurer le bénéfice d’un air pur et vif, non altéré par les multiples foyers de l’infection industrielle et du méphitisme des agglomérations humaines, presque toujours subordonnées aux facilités naturelles de communication. En Europe, le séjour sur les stations estivales élevées entraîne presque toujours le bienfait du calme moral et de la vie réglée dans des sites salubres, favorables aux excursions, etc. Dans les régions intertropicales, s’élever, c’est se replacer dans les conditions sanitaires de l’Europe. Lind, recommandant sous les tropiques l’habitation des coteaux, avait déjà fait cette remarque qu’un asile, propre à la conservation de la santé, peut se trouver dans toutes les parties du monde. Dazille, cité par Leroy de Méricourt, déplorait que « de toutes les nations, la française fût la seule qui ne tînt pas ses troupes cantonnées dans les montagnes d’où elles viendraient faire le service des villes par détachement ». Dès 1821, Simla était devenu une station de convalescence pour les riches Anglais des grandes Indes. En 1826. Jelfreys, chirurgien anglais, conseilla d’évacuer les malades de l’Inde anglaise sur les points élevés de l’ Himalaya. De nombreuses stations de convalescence ont été créés dans les Indes sous le nom de sanatorium ; dans la présidence de Bombay, celui de Malcompett à 6500 pieds; dans celle de Madras, ceux des monts Nilgharrys, de 6000 à 8000 pieds ; dans la présidence de Calcutta, il n’y en a pas moins de six, tous sur l’Himalaya : Darjeling (8008 pieds), Murree (7300), Landoux (6786), Sanauer (6000), Nynce Tal (6800), Almora (5600). Ceylan et la Jamaïque ont aussi leurs sanatorium. La Guadeloupe a son camp Jacob, la Réunion ses salubres hauteurs de Salazie où guérissent les fièvres contractées sur le littoral de Madagascar. Les enquêtes dont les sanatorium anglais sont annuellement l’objet les montrent favorables aux enfants qui, nés dans les Indes, sont susceptibles de s’y conserver et de grandir, aux adultes affaiblis, non gravement malades, aux fébricitants des plaines ; mais elles ne préservent pas les uns des fièvres éruptives, de la coqueluche, de l’entérite, ni les autres de la diarrhée qui, par sa persistance ou ses récidives, entraîne l’anémie et un état analogue au scorbut ; les maladies intestinales nécessitent le retour en Europe.

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