‹ Traité d'hygène publique et privéeChapitre 156 sur 181 · SI · texte numérisé non relu

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lait des nourrices peut être altéré par le mélange du colostrum ou par celui du pus. Le colostrum contient des globules laiteux plus ou moins bien formés, liés entre eux par petites masses au moyen d’une substance muqueuse et de particules d’une nature spéciale que Donné a décrites sous le nom de corpuscules granuleux . Ce premier lait préexiste à l’accouchement; il ne change pas à cette époque, mais il augmente jusqu’à distendre les seins. Après la lièvre de lait et après plusieurs succions, il perd sa couleur jaune et sa consistance visqueuse pour devenir un véritable lait. Au bout de six à huit jours, il n’offre plus de corps granuleux; leur persistance en très-petite quantité, même au delà de trois semaines, ne lui communique rien de morbide; mais quand ils s’y montrent indéfiniment et en abondance, le lait n’a point sa pureté normale; il est altéré. Cet état du lait, que le microscope seul décèle, est permanent chez les nourrices mal constituées, et se produit chez les bonnes nourrices sous l'influence d’une maladie générale ou locale; l’enfant subit alors les effets d’une mauvaise alimentation : diarrhée, maigreur, etc. Les abcès du sein qui s’ouvrent dans les lactifères altèrent ce fluide par le mélange du pus; quelquefois la suppuration est située sur un point assez profond de la glande mammaire pour que le pus passe inaperçu dans le lait. Dans ces cas, les succions de l’enfant ne peuvent qu’aggraver la maladie du sein, bien loin de contribuer à son dégorgement, comme le vulgaire se l’imagine. En outre, un pareil fait ne peut qu’être nuisible. Les globules du pus, frangés, granuleux, légèrement opaques, insolubles dans l’éther et l’alcool, se dissolvent dans l’ammoniaque, et se distinguent avec la plus grande facilité des globules lisses, sans nucléus, transparents el parfaitement sphériques du lait. — Nous indiquons plus loin (sexe) le régime alimentaire qui convient aux nourrices; il faut y joindre un exercice modéré, surtout l’exposition à l’air libre; le bain d’air presque continu leur est aussi nécessaire qu’à l’enfant nouveau-né ; que leurs chambres soient vastes et aérées; qu’elles ne soient point reléguées pendant la nuit entre le lit de la mère et le berceau de l’enfant, dans le méphisme d’un local étroit et fermé. Elles doivent redouter les vicissitudes trop arguës de la température, surtout l’impression du froid; dans les arrangements de leur toilette, elles éviteront les compressions sur le sein. Point d’émotions, point de lectures ni de spectacles qui agitent l’âme. Si les relations sexuelles ne peuvent être absolument refusées aux nourrices mariées, qu’elles se gardent d’allaiter avant l’apaisement des troubles que le coït détermine.

3° Allaitement par les animaux. — C’est la chèvre que l’on préfère pour cet usage, à cause de la grosseur et de la forme de ses trayons que la bouche de 1 enfant saisit sans peine. On la dresse facilement à présenter sa mamelle à 1 enfant, et elle paraît susceptible de s’attacher à lui. Le lait d’ânesse a plus d analogie avec celui de la femme; mais vu la difficulté d’appliquer l’enfant à la mamelle de cet animal, on réserve son lait pour la nourriture au biberon. Outre les précautions à prendre contre la pétulance et l’impatience de l’animal, il faut choisir une chèvre jeune, d’un naturel doux et maniable, qui ait

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récemment mis bas, et qui ne soit pas à sa première portée. Dans ce dernier cas, le lait est peu abondant et tarit plus tôt; trop âgée, elle fournirait un lait 1 sans qualité et en quantité médiocre. La couleur de l’animal paraît influer sur la nature du lait; celui des chèvres blanches n’a guère d’odeur hircine. On a répété sur les ell'els moraux du lait des animaux les mêmes opinions que sur celui des femmes. Les enfants nourris du lait des vaches ne montrent, dit-on, ni la vivacité des mouvements, ni la gaieté d’esprit qu’on observerait chez les enfants allaités par des chèvres. L’hygiène de l’animal modifie la nature de son lait, et que l’enfant reçoive ce liquide par voie de biberon ou directement au sein de l’animal, il faut placer ce dernier dans les conditions les plus favorables à sa santé; qu’il paisse en plein air et en liberté; qu’il couche sur la paille renouvelée chaque jour, dans une étable bien aérée; l’usage des végétaux verts, en rendant son lait plus séreux, l’appropriera mieux aux organes du nouveau-né. Les carottes produisent le lait le plus léger et le plus digestible; les betteraves donnent naissance au lait le plus riche et le plus nutritif; les autres substances et les fourrages produisent un lait d’une richesse intermédiaire. L’étrillage favorisera l’action perspiratoire de la peau. S’il ne nourrit qu’un enfant, on devra le soulager du superflu de son lait; qu’on lui épargne les mauvais traitements, que l’on s’abstienne de l’effrayer, de l’irriter; sinon, l’excrétion du lait deviendra difficile, ou ce liquide changera de qualité; pour le même motif, il ne devra pas supporter trop de fatigues. Une chèvre qui a déjà nourri un enfant convient le mieux pour un nouvel allaitement; et comme les animaux ont aussi leurs idiosyncrasies, il faut s’en tenir à celui dont le lait réussit. Ce mode d’allaitement, fort rare dans nos contrées, un peu moins dans la Suisse, en Allemagne, en Auvergne, constitue une exception, et les observations manquent pour en apprécier les véritables effets tant physiologiques que d’ordre intellectuel et moral.

/j° Allaitement artificiel. — Désastreux dans les hospices consacrés aux nouveau-nés, funeste dans les grandes villes, proscrit par la plupart des médecins et condamné par les résultats de la statistique, l’allaitement artificiel, s’il est dirigé avec une sollicitude de tous les instants et le concours de bonnes conditions hygiéniques, peut réussir dans l’intérieur des familles, et particulièrement à la campagne; son succès est plus assuré s’il succède à un allaitement naturel de quelques semaines; mieux vaut aussi le faire alterner avec un allaitement même précaire, que de l’employer d’une manière exclusive

(allaitement mixte). Le lait doit être fourni par le même animal, nouvellement trait, non bouilli, mais chauffé au bain-marie à la température du lait de femme. Quand le lait dont on se sert est beaucoup plus riche que ce dernier, comme le lait de vache, on l’atténue par le mélange d’un liquide aqueux, tel qu’une décoction légère d’orge, de gruau, d’avoine. D’autres, préfèrent une décoction légère de mie de pain, parce que la fermentation a plus intimement combiné les principes de la farine. Desormeaux (1), préconisant pour les nou-

(i) Dictionnaire de médecine, t. XXVIII.

DES ALIMENTS. — AGE

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veau-nés l’usage d’une nourriture annualisée à un certain degré, d’après des analogies peu fondées avec d’autres espèces zoologiques, propose de couper le lait déjà trop peu animalisé des herbivores avec du liquide chargé de substances animales, par exemple, le bouillon de poulet. Cette manière de concevoir le régime du premier fige est parfaitement réfutée par les expériences que Donné a laites sur des chiens d’une même portée, de même force, et dont les uns, nourris avec du lait, se sont développés plus rapidement que les autres, nourris avec du bouillon. Notre expérience nous porte à préférer tout simplement l’eau pour délayer le lait trop crémeux des bonnes vacheries, de l’ajouter dans la proportion d’environ moitié au début, et pendant les deux ou trois premières semaines, d’un tiers, et d’un quart après plusieurs mois : le lait de femme contenant plus de sucre que celui de vache, on a soin de sucrer, mais sans excès, le mélange, dans lequel on fait varier les proportions relatives des deux liquides suivant l’aptitude digestive de l’enfant, dans la mesure progressive de ses besoins d’assimilation ; la seule règle est le tâtonnement ; et c’est d’après les effets fidèlement observés, que l’on pousse jour par jour ce régime. Plus tard, l’eau sera remplacée par les solutions amylacées, gommeuses, puis par le lait pur. On peut aussi, d’après le conseil de Donné, débuter par le lait de première traite, provenant de vaches alimentées avec des carottes : ce lait est le moins substantiel que l’on puisse obtenir.

Comparons le lait de la femme et celui de la vache.

En prenant les moyennes des analyses faites par les chimistes les plus dignes de foi, on arrive aux résultats suivants :

Tableau comparatif des principaux éléments qui entrent dans la composition du lait de femme et du lait de vache pour 1000 grammes.

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